mardi 3 avril 2018

dans la cabane

042
LA RÉGION SAUVAGE
de Amat Escalante

Semaine latino 7.1 : Mexique
Et nous entrons de plain-pied dans notre querida Semaine Latino (la 7ème déjà!). Plain-pied est d'ailleurs une façon de parler, et pas forcément la plus appropriée puisque le pied n'est pas l'organe (le membre ?) le plus sollicité dans le film (pour entrer, je veux dire). Interdit aux moins de 16 ans il est. Diantre. C'est cul, c'est cru, et ça démarre en fanfare : premier plan : une demoiselle se caresse avec un chose pas très bien identifiée, deuxième plan une autre demoiselle, dans son lit, se fait matinalement et de dos honorer par son mari, troisième plan (ou presque) un homme est assailli tout aussi par derrière et énergiquement par un  autre monsieur (qui y va de bon coeur...) bref, on rentre dans le vif du sujet (et des sujettes) avec vigueur. L'appétence sexuelle est une chose nous concerne tous, partout, géographiquement, mais on peut dire qu'elle est spéciquement intensive ici, (enfin, là-bas, quand on regarde depuis chez nous) au Mexique. (L'amateur attentif de langues étrangères apprendra notamment, via sms, que baiser se dit coger... et notre héros aime ça, coger...) Comme je l'ai déjà écrit, ailleurs, Mexico, Mexiiiico, serait-on donc à même de chanter à pleins poumons au moment de la jouissance. On comprend assez vite que le monsieur avec la dame et celui avec l'autre monsieur sont le même, Angel, puis que la dame et l'autre monsieur qu'il honore sont frère et soeur... Donc, voci le trio : la femme, le mari, et le beau-frère. Plus la demoiselle du début, qui va assez vite les rejoindre.
Il est aussi question d'une cabane au milieu des bois où un couple de vieux scientifiques hébergent quelque chose, qui provoque le plaisir -et l'addiction- de celles (d'abord), puis ceux qui en font la connaissance, et qui nous sera révélé (le quelque chose) aussi progressivement que la bestiole dans Alien, pour vous donner un ordre d'idée (pour ceux qui se souviennent de Possession, avec isabelle Adjani, ce sera aussi le même ordre d'idée...). Et cette fameuse cabane va accuieillir, l'un(e) après l'autre, chacun des principaux protagonistes.
Amat Escalante, on l'aime aussi beaucoup ici (Sangre, Los bastardos) et on a passé presque tous ses films. mais qui dit Mexique pense aussi forcément Carlos Reygadas,  qu'on a aussi  toujours beaucoup aimé par ici (Japon, Batalla en el cielo, Post tenebras lux), auquel ce film ici emprunte non seulement ses paysages matinaux verdoyants embrumés et humides mais également une certaine folie furieuse. Les deux hommes se connaissent (Escalante a été l'assistant de Reygadas, et Reygadas a co-produit les films d'Escalante) leurs univers cinématographiques respectifs sont un peu poreux, perméables l'un à l'autre, et leurs films ont en commun une certaine violence, une frontalité, une crudité qui peut en désarçonner certain(e)s (mais qui, personnellement ne m'est pas du tout inconfortable...) à la seule différence que, chez Escalante, on n'a jamis de QV.
On a donc un récit extrêmement réaliste et prosaïque (des gens qui travaillent, qui préparent à manger, qui prennent leurs repas, qui vont chercher les enfants à l'école) dans lequel vient interférer un élément "autre" qui va bien sûr perturber -parasiter- cette réalité terre-à-terre et ordinaire ("normale", quoi) comme une maladie contaminerait progressivement une population donnée (et deviendrait visible au même rythme). Comment la fatalité affecte, en ricochet, une série de personnages diversement maussades (on ne sourit pas beaucoup dans le film, et c'est rien de le dire... Le récit se situe dans le registre de l'excès, qu'il soit de malheur, de violence, ou de sexe. Où le plus monstrueux finalement, ne serait pas forcément celui qu'on croit... Avec au centre du récit ce personnage masculin particulièrement double (il baise en douce le frère de sa soeur mais tient officiellement un discours macho et outrageusement homophobe), dualité qu'on retrouve aussi, in fine, en écho, chez la bestiole... (Premier film mexicain, à ma connaissance, avec un alien. En tout cas, un film qui marque.)

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(je trouve l'affiche très réussie)

 

Posté par chori à 06:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]