mardi 15 mai 2018

zeitgeist & polonium

062
9 DOIGTS
de F.J. Ossang

On a navigué encore une fois, dans le bôô cinéma. Sur un bateau, en noir et blanc. Pas de tout repos. Tiens, comme dans Les garçons sauvages. Et on finit aussi par aborder sur une île mystérieuse. Dont tout le monde tiens tiens ne repartira pas non plus. Deux films cousins, par leur atypisme, leur esprit d'aventure(s) leur façon de raconter et de se situer soit à contre-courant soit à la marge d'une cinématographie "ordinaire". Aux confins. Des films ailleurs, des films "autrement".
J'avais vu il y a quelques années, à Belfort me semble-t-il*, du même réalisateur, Le trésor des Îles Chiennes, qui m'avait plutôt enthousiasmé (le même noir et blanc, le même décalage, et la même musique, signée MKB fraction provisoire -le groupe de F.J. Ossang-, qui m'avait d'ailleurs fait remuer ciel et terre et mettre le ouaibe sens dessus-dessous pour réussir à m'en procurer un exemplaire). Et j'avais donc envie de retenter l'expérience.
D'autant plus que la bande-annonce était séduisante. Qui raconte d'ailleurs pas tout à fait le même film au spectateur. Au début j'ai pensé à l'écriture de Jean Echenoz (que j'adore) et à sa façon à la fois réaliste et ironique de se confronter à un genre donné (ici on en aurait plusieurs, et on glisserait de l'un à l'autre : polar, braquage, aventures maritimes, science-fiction (avec, en prime un mcguffin à la hitchcock sous forme de machin radio-actif dans un sac comme dans le En quatrième vitesse (Kiss me deadly) de Robert Aldrich).)
Paul Hamy (L'ornithologue), Damien Bonnard (Rester Vertical), Pascal Greggory (Dans la solitude des champs de coton) et Gaspard Ulliel (Juste la fin du monde) indiquent ainsi les quatre points cardinaux d'une cartographie cinématographique exigeante (où je me repère de façon assez précise et référencée). Les rôles féminins sont un peu plus stylisés (image-ricochet : j'ai pensé à Véra Clouzot dans Les Diaboliques...) et auraient sans doute gagné à être plus étoffés (les films de F.J. Ossang sont des films d'hommes, qu'y peux-je?)
Le héros à qui surviennent toutes ces aventures est un certain Magloire, qui à affaire à un certain Kurtz, et tout est est téléguidé (les ficelles sont tirées) par un mystérieux et occulte 9 Doigts (dont on n'en saura jamais plus).
Si j'ai adoré la plastique irréprochable du film (oh ce noir et blanc sublime, oh ces cadrages anxiogènes, oh cette lumière réaliste/irréaliste, oh ces personnages comme dessinés façon ligne claire, oh ces intérieurs suffocants oh ces extérieurs fabuleux) j'ai tout de même été un peu gêné par les dialogues (enfin, une grande partie des dialogues) qu'on croirait situatonnistement découpés/recollés d'un autre film, d'une autre histoire (et deviennent à la longue pénibles et sentencieux -pontifiants, oui oui- était-il besoin de convoquer ici Lautréamont et les Chants de Maldoror ?), pièces rapportées, recousues (de fil blanc) de façon un peu voyante et maladroite (et, en ce qui me concerne, déplacée), et je reste persuadé que le film aurait été tout aussi (voire même encore plus) fascinant, avec juste ses images (très fortes, je le répète) et, bien sûr, ses intertitres. Car, comme aurait pu dire Lagarce "car intertitres et rien d'autre"... Avec le curieux sentiment de décalage provoqué par un film qui fait appel (du pied, mais appel d'air aussi) à l'iexpressionnisme et à ce qu'on pourrait nommer "le cinéma des origines", au temps du muet ou presque, donc, et l'alourdit en y rajoutant de la parlotte...
Là, en plus d'être étrange, on rajoute au récit -déjà fort mystérieux- via les mots des personnages, une couche d'abscons, qui charge sérieusement la barque, et risque pour certain(e)s de devenir décourageante et de donner l'envie de quitter le navire (on était 7 au début, et plus que 3 à la fin...)
Mais bon, on a mérité de rester jusqu'au bout, et on en est récompensé, après un mystérieux coup de feu, par un générique en musique très MKB comme j'aime (post-rock ? indus ? électro ? en tout cas y a des guitares qui déménagent) qui nous électrise et, sans doute, frevenir à la réalité  (et m'a fait me tortiller de plaisir sur mon siège...)

* Entrevues 2005, j'ai vérifié...

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Posté par chori à 22:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]