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PLAIRE, AIMER, ET COURIR VITE
de Christophe Honoré

On devait l'avoir en sortie nationale dans le bôô cinéma, et voilà-t-y pas qu'il a soudain mystérieusement disparu des radars, pfouit! et ce sans aucune explication. Tout le monde étant à Câââânnes, on n'obtiendra aucune réponse à nos questions... J'ai donc pris ma voiture et j'ai filé dès que j'ai pu au Cinéma Victor Hugo chérichéri...
Séance de 13h10 (le film fait plus de deux heures) mais déjà à la salle 3 (la plus petite) et avec visiblement un problème de sous-son (bah, on s'habitue à tendre l'oreille...) un peu comme si le sonotone était débranché.
Christophe Honoré est le papa d'une cinématographie qui, la plupart du temps m'enchante (Dans Paris, La Belle Personne,  Homme au bain, Les Chansons d'amour, Les Bien-Aimés) même si avec  de ci de là quelques baisses de régime affectives (Les malheurs de Sophie, Les métamorphoses, Non Ma fille tu n'iras pas danser, étant, pour moi, "en demi-teinte"...)
Là, on revient tout en haut et ça fait vraiment plaisir. Avec un film plus "simple" (sans chansons), où il sera question de relations (affectives, sexuelles, sentimentales, platoniques, charnelles, romantiques, tarifées, -hétéro, bi, gay, mais gay surtout quand même-) et de la façon dont, comme le résume le titre, elles naissent vivent et meurent. le début, le milieu, et la fin. Un programme simple, que Christophe Honoré fait mine de respecter à la lettre. C'est triste (parfois) mais jamais larmoyant, toujours digne
Une histoire entre la Bretagne et Paris ("Je suis beau, jeune et breton, je sens la pluie et les crêpes au citron..." chantait Grégoire Leprince-Ringuet dans Les Chansons d'amour). Une histoire (des histoires, plutôt) entre plusieurs hommes : entre plusieurs âges aussi (le plus jeune, le plus vieux, et celui du milieu) : Arthur (Vincent Lacoste, qui me réconcilie ici avec lui) est l'étudiant breton, Jacques (Pierre Deladonchamps, toujours aussi bien depuis L'Inconnu du lac) est l'écrivain parisien malade (on est en 1993), Mathieu (Denis Podalydès, un peu trop rare ici et c'est dommage) est le vieil ami/amant qui vit dans l'appart' du dessus, et Marco (Thomas Gonzales, que je ne connaissais pas mais que j'ai trouvé très touchant, et bénéficie de deux scènes de baignoire, bouleversantes chacune à sa manière) est l'ex, en train de mourir, (puis mort). Jacques et Mathieu se sont rencontrés (dans un cinéma, devant La leçon de piano me semble-t-il), ils vont s'aimer, dans tous les sens du terme, et je n'ai pas pu m'empêcher, à chaque étape, de faire le parallèle avec ma propre expérience, tout ce que j'avais vécu, et, surtout, ce à côté de quoi j'étais passé...
On ne peut ne pas faire le parallèle avec 120 bpm (les années 90, le sida) mais les deux films, même s'ils racontent, finalement, la même histoire (un couple gay / l'un meurt et l'autre pas) ne le font absolument pas de la même façon (et je fois avouer que, si je défends le film de Robin Campillo vraiment de tout mon coeur, celui de Christophe Honoré me touche encore plus), chacun sur son propre chemin narratif, le poing levé ici et la romance là, même s'il arrive qu'ils se croisent quelquefois aux fils de leurs narrations respectives.. C'est très simple, très juste. et donc très touchant. En tant que vieux pédé avec beaucoup de souvenirs (ce qui est mon cas) il est facile de s'identifier et, forcément, de faire des comparaisons (avec ce qu'on a vécu, mais, aussi et bien davantage, ce à côté de quoi on est passé...)
Mais il n'y a pas que des histoires de pédés dans Plaire, aimer et courir vite : il y a aussi, autour du beau personnage d'Arthur, qui "monte à Paris" (et qui doit avoir me semble-t-il quelques traits communs avec le réalisateur), la fin de l'adolescence, l'amitié (une scène magnifique, quand Arthur a réuni, de nuit, ses copains pour leur annoncer son départ, une scène qui sonne magnifiquement -terriblement- juste). L'amour c'est gai, l'amour c'est triste disait un titre de film de Jean-Daniel Pollet (celui-là, je crois que je le sors régulièrement, mais c'est tellement, justement, approprié...) et le film de Christophe Honoré aurait pu s'appeler comme ça (on m'a rapporté avoir entenu lors d'une interview que des pressions amicales avaient été exercées sur le réalisateur pour que le titre originellement prévu soit adouci et politiquementcorrectisé pour Câââânnes...)Bref, un beau moment de cinéma, qui rejoint au Honoré-palmarès mes préférés Les Bien-aimés et Les chansons d'amour. Et qui, justement, en parlant de chansons, a l'excellentissime idée de reprendre Les gens qui doutent, d'Anne Sylvestre, une chanson que j'adore, juste à l'image du film, simple, forte, et bouleversante.

"J'aime ceux qui paniquent
Ceux qui sont pas logiques
Enfin, pas "comme il faut"
Ceux qui, avec leurs chaînes
Pour pas que ça nous gêne
Font un bruit de grelot
Ceux qui n'auront pas honte
De n'être au bout du compte
Que des ratés du cœur
Pour n'avoir pas su dire:
"Délivrez-nous du pire
Et gardez le meilleur"
J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons..."

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