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LES RIVES DU DESTIN
de Abdolreza Kahani

Cas de figure pas si fréquent : un film vu par défaut, à la séance de 13h30 (Dominique avait déjà vu Une année polaire, et dans la troisième salle,  Nanouk l'esquimau, merci, on avait déjà donné, en séance scolaire, en plus...). Donc film inconnu, en sortie nationale, réalisateur inconnu, titre et affiche moyennement attractifs, mais bon on y est quand même allés (et on était d'ailleurs les deux seuls spectateurs, et, donc, on ne s'est pas gênés pour faire comme les deux vieux du Muppet Show et commenter à voix haute quand on en avait envie...).
Et une excellente surprise, pour résumer notre expérience en trois mots.
Un film iranien bref (1h15 tout mouillé), résolument contemporain, iranianissime a priori (les femmes sont voilées, les hommes sont velus) mais, on s'en est rendus compte assez vite, puis tout au long du film, un film surprenant. Par la façon qu'il a d'aborder frontalement des choses qu'on ne voit pas si fréquemment abordées dans les films iraniens, justement : tiens des hommes torse-nu qui jouent au foot, tiens deux potes qui piquent un fou-rire en fumant un pétard, tiens le mot "gay" qui est prononcé, même si c'est sur le ton de la boutade, et tiens tiens quelques petits métiers abordés, ancrés résolument dans la technologie et, surtout, l'illicite (récepteurs et paraboles pour "avoir toutes les chaînes"...)
Un beau portrait de femme forte, Samira, dont on comprend assez vite qu'elle a divorcé, qu'elle était partie à la campagne, et qu'elle revient à Téhéran avec sa fille, où dès son arrivée elle est "accueillie" par son ex-mari, Hamed, qui lui prend la gamine et lui annonce qu'il va lui pourrir la vie.
Ca démarre fort. On va donc suivre parallèlement Samira qui fait tout son possible pour s'installer,reprendre sa vie d'avant comme avant, et le hargneux Hamed (mais pourquoi est-il si méchant ?) qui va tout faire pour, justement l'en empêcher (et c'est vraiment un salopard). Le film est ancré dans un quotidien réaliste, bien souvent même de l'ordre de l'intime, et on est notamment, comme Samira, témoin des scènes de ménage du couple qui l'aide, Davoud (lui) et Rezvan (elle) tous les deux formidables. Comme le film, oui, formidablement juste. On suit Samira, mais aussi  les gens qui gravitent autour d'elle, de plus ou moins près, et les démarches, et les tentatives, et les complications. Le film sait n'être pas grave, ou, en tout cas, pas que grave. j'aime beaucoup la proximité et la simplicité avec laquelle les personnages sont traités. On pourrait presque parler de familiarité, et ça c'est bien.
Le seul bémol formel est la "parenthèse" (qui ouvre et ferme le film), genre de pirouette narrative qu'on pourrait qualifier de maladroite ou, mieux, désinvolte, (et dont il est difficile de parler davantage sans déflorer l'intrigue). un peu comme un gamin qui aurait joué avec un truc pendant un certain temps, lui accordant tout son intérêt, puis à un moment le bazarderait parce que ça ne l'intéresserait plus. Comme la place de Samira dans le film. Elle est présentée comme le personnage central, mais, finalement, le réalisateur ne lui accorde pas tant d'importance que ça, elle ne "porte" pas le film, elle n'en est qu'un des piliers, à égalité avec les autres personnages.
Mais bon, semble se résigner le réalisateur, la vie continue à Téhéran, un seul être vous manque mais ce n'est pas pour autant que tout est dépeuplé, hein, la preuve... Et du coup, à défaut d'attendre Les rives du destin 2,  on a très envie de voir tous les films qu'il a fait avant, ce cher Abdolreza Kahani, dont aucun ne semble être sorti en France (voilà une idée intéressante pour un prochain Ficâââ, non ? Moi je dis ça je dis rien, hein...)

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