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L'HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE
de Terry Gilliam

Clataclop clataclop, il a fini par arriver. Qui donc ? Eh bien non pas Zorro, mais Don Quichotte (dont j'ai réappris que son nom prenait deux t en français), bien sûr, suivi de son fidèle Sancho Panza (Pança croyais-je aussi). Enfin soyons précis : un certain nombre de Don Q., accompagnés du même certain nombre de Sancho(s).
Disons tout de suite les choses, Terry Gilliam est quelqu'un que j'aime fort et depuis fort longtemps, à qui je dois un certain nombre de grands bonheurs cinématographiques (Bandits Bandits, Brazil, les Aventures du Baron de Munchausen, et, surtout, surtout, FisherKing) et que je continue de suivre assidûment, vaille que vaille, (coûte que coûte), même si les films suivants peuvent parfois prêter à confusion et/ou provoquer (parfois) un peu moins d'enthousiasme. J'aime le bonhomme, point. Et je suis donc depuis un certain temps les rebondissements quichottesques dans sa filmographie (qu'on vit résumés dans Lost in la Mancha, il y a déjà tout de même -déjà- quinze ans! (je tiens le dvd à votre disposition), ce qui dit quand même que ça fait déjà un bail que cette affaire traîne...)
Le barouf médiatique à Cannes 2018 en rajouté une louche (des démêlés un peu compliqués avec Paulo Branco le producteur historique du premier, si j'ai bien compris...) sur, d'abord la projection cannoise ou pas, puis la diffusion en salle idem. Bon le film est donc sorti, avec un carton explicatif en ouverture (mais qui ne clarifie pas vraiment les choses), et le voilà dans notre programmation, dans le bôô cinéma, et nous étions quelques-un(e)s, en petit comité, pour la première projection (à 118h dans la salle 1) et j'étais très content de me retrouver là assis à côté de mes amis Pépin et Régis.
Et nous voilà partis en Espagne. un grand maigre sur son cheval, un petit gros sur son âne, des moulins à vent... Clataclop clataclop, oui, Don Quchotte et Sancho. sauf qu'il s'agit d'un film, tourné par un réalisateur pas extrêmement sympathique (joué par Adam Driver, ce gaillard-là je l'aime aussi, Paterson ne sors pas de ce corps!). On est sur le tournage, et on laisse un instant Quichotte accroché à l'aile du moulin (une image qui reveindra à plusieurs occasions) pour suivre le dit pas très sympathique réalisateur, dont on apprend qu'il a tourné quand il était jeune une autre version de Don Quichotte, dans un village voisin, avec des acteurs non professionnels du cru, qu'il va soudain avoir envie d'aller retrouver (en vrac le village, Don Quichotte, Dulcinée, sa jeunesse enfuie), en moto cette fois, et nous voilà parti (vroum vroum, pas cataclop) à sa suite. Celle du réalisateur du film dans le film, mais aussi celle du réalisateur du film dans le film dans le film, Terry Gilliam himself. Le début est un peu embrouillé, mais, assez vite on est embarqués, et on jubile, de ces incessants allers/retours entre ce qui est vrai dans le film (mais qui, pour nous, est filmé, et donc, déjà,  fictionnel) et ce qui relève de la pure fiction (rêve, fantasme, hallucination, film), et qui est donc, pour nous spectateurs ébahis, doublement ou triplement- fictionnel.
Ca devient du grand Terry Gilliam. On jubile, oui, pendant un grand moment.
Et ça retombe hélas un poil à la fin (la looooongue scène dans le château n'en finit pas de ne pas finir), et c'est comme si soudain Terrychounet ne savait plus trop comment se dépêtrer avec panache de sa narration, et donc l'appliquait juste point barre.
Tous les trois, en sortant (Régis , Pépin et moi-même donc) on a fait la même remarque : que c'était longuet, platounet et un peu inutilement délayé.
Mais bon le sentiment de jubilation qu'on avait ressenti avant était suffisamment puissant pour nous laisser, tout de même, tous les trois, devant le bôô cinéma, avec un large sourire.

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