071
073
077
SENSES
de Ryûsuke Hamaguchi

Bon, résumons : à l'origine, un film de plus de cinq heures. Projeté à Locarno, où les quatre actrices principales ont été collectivement récompensées pour leur(s) interprétation(s). Idée marketing : le saucissonner pour une exploitation en salles plus facile (et plus rentable : trois entrées au lieu d'une seule!). Le film étant lui-même subdivisé en cinq parties (correspondant à chacun des cinq sens, d'où le titre), il sera donc exploité en trois films, de taille décroissante (2h20, 1h30, et 1h15), et présenté, marketing toujours, comme "la première série cinéma" Et hop! Chacune des trois parties étant programmée, sur trois semaines consécutivement, début mai (oui, il faut le temps que ça parvienne jusqu'au bôô cinéma, je sais bien).
J'ai trouvé plus facile (et plus conforme, ou judicieux) de les chroniquer toutes les trois ensemble, puisqu'il ne s'agit, finalement, que d'un seul film.
Quatre parcours, quatre histoires individuelles, celles de Jun, Akari, Funi et Sakurako, qu'on suivra, ensemble ou séparément,  assez longuement dans le premier film (2h20), avant que l'une d'entre elles ne disparaisse, in extremis, justement à la fin de cet opus, comme elle l'avait annoncé d'ailleurs à ses copines.
Le film s'appelait à l'origine Brides (Epouses) en référence au Husbands de John Cassavettes, dont il pourrait être, dixit le réalisateur un genre de version féminine. mais le film est surtout né lors d'ateliers d'improvisation auxquels participaient les quatre actrices (dont c'est d'ailleurs, pour chacune, si j'ai bien compris, le premier rôle au cinéma.)

Je viens de voir le troisième (et dernier) film, et j'en suis enchanté. impeccable. Comme dans les deux autres le réalisateur procède par plans-séquences, personnages assis, immobiles, caméra statique aussi, sauf exception (notamment une très impressionnante scène de boîte de nuit et de danse de plus en plus frénétique, dont on se demande à un moment comment, rire ou larmes,  elle va bien pouvoir se terminer...). dans cette dernière partie (un seul "épisode" sensoriel : "Goûter"), 1h15, les fils narratifs sont censés se dénouer, sauf qu'à la faim on restera sur notre faim : Jun a disparu, mais on n'en saura pas beaucoup plus sur ce qu'elle devient, est devenue, deviendra... on aurait bien aimé, en spectateur occidental habitué au confort narratif, la revoir juste un peu, histoire de lui dire au revoir... J'ai énormément aimé cette dernière partie, où on est, en tant que spectateur, un peu secoué : une qu'on pensait morte mais qui ne l'est pas, une qui ment à son mari en lui racontant qu'elle a rencontré un homme, une qui croit que son mari va réchapper de son accident alors que pas vraiment, un autre mari qui tombe mais qui ne se fait pas trop mal, mais qui plus tard va s'acroupir dans la rue pour pleurer... Chacun des personnages, et donc chacun des couples (sauf l'infirmière qui est un couple à elle tout seule) nous (re)présente une situation affective (sentimentale) précise (avec les problèmes générés, y compris souvent au niveau de la communication...) et l'éventail proposé est assez complet (et joliment déployé, de surcroît) pour qu'on suive l'évolution de leur(s) histoire(s), et qu'on ait envie à chaque fois de savoir la suite.

5140686