lundi 13 août 2018

sinan reste qu'un...

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LE POIRIER SAUVAGE
de Nuri Bilge Ceylan

3h08, la chaleur à l'extérieur, la digestion, les mauvaises nuits précédentes, tout semblait jouer contre ce nouveau film de NBC, que j'attendais depuis Cannes 2018. Comme il était à craindre, j'ai (un tout petit peu) dormi, étrangement, surtout au début. J'avais précédemment tout à fait adoré Il était une fois en Anatolie et juste un petit peu moins le palmé Winter Sleep (que je trouvais parfois très bavard, même si tchékhoviennement bavard).
Et bien c'est un peu le même cas de figure avec ce Poirier, centré autour d'un jeune homme, Sinan, et de son père. Sinan revient régulièrement "au bled" (c'est traduit ainsi dans le film) où il retrouve sa chambre, sa famille, ses habitudes. il vient de réussir ses exams et ambitionne de devenir écrivain. Écrivain publié, puisqu'il a déjà écrit un livre, Le Poirier sauvage, qu'il souhaiterait faire éditer. Le film, comme Winter Sleep, est constitué de blocs narratifs successifs, autour de chacune des rencontres que fait Sinan (il est de tous les plans du film), avec, à chaque fois, les dialogues qui vont avec. Dialogues hyper-écrits (c'est le réalisateur qui le dit) mais pourtant, toujours sonnant hyper-juste. On parle d'édition, de religion, de société, de souvenirs, d'ambitions, d'écriture, d'addiction(s), de retraite, le spectre est hyper-large, et le film aussi donc. mais, heureusement, avant d'être un (beau) parleur, Nuri Bilge Ceylan est un cinéaste, et nous le prouve régulièrement dans des plans, des compositions, sublimes, oui, d'une beauté à couper le souffle, et la magie, hallucinatoire ou presque, opère à chaque fois comme dans les films précédents.
J'ai donc un peu dormi, et le pire c'est que je ne l'ai pas vu venir. A un moment, je découvre que Sinan a une ecchymose sur le visage, je m'étonne, et j'ai donc demandé pourquoi à Dominique, réalisant qu'il me manquait cette scène-là. J'ai eu deux ou trois alertes de ce genre, en début de film, mais les deux dernières heures, nickel. Et c'est un bon signe, c'est que j'ai énormément envie de revoir le film, ce que je ferai dans le bôô cinéma (pour la sortie nationale, j'avais quand même bravé la chaleur pour aller le voir au Victor Hugo à Besac) où nous le programmons bientôt (à partir du 5 septembre).
Le poirier sauvage est un film riche. Très riche. Trop riche sans doute, trop de choses à assimiler (ce qui se dit, ce qui se joue, ce qui se dit vraiment, ce qui se joue vraiment) et il aurait été possible de l'alléger un chouïa (je pense notamment à l'interminable la très longue scène dite "des deux imams", où je ne comprenais ni ce qui se disait, ni, non plus ce qui se jouait -je n'avais en tête que les deux pièces d'or que l'imam avait empruntées -et jamais rendues- au grand-père, et je me demandais quand Sinan allait oser lui en parler, ce qu'il ne fit jamais-. Le réalisateur prend un malin plaisir à la faire durer, en la mont(r)ant sous toutes les coutures (une continuité dialoguée qui passe par une quantité de changements d'échelle de plan -de près de loin ici là-bas du haut du bas- qui aèrent la scène mais ne la rendent pas plus digeste (la religion est je le redis un sujet qui m'inintéresse) et qui prouvent une fois de plus que Nuri Bilge Ceylan est un réalisateur sacrément doué. Mais que j'apprécie d'autant plus quand il arrête de s'écouter parler et qu'il préfère se regarder filmer. Moi aussi c'est ce que préfère.
Le film serait comme un escalier aux 5000 marches dont la vision finale, lorsqu'on est parvenu tout en haut (la scène finale est belle à pleurer), justifie les difficultés et les essoufflements qu'on a pu ressentir de temps en temps pendant la grimpette, et c'est d'ailleurs ce qui restera dans la mémoire, cette splendeur, une fois que le film sera fini.
J'ai vu la bande-annonce dans le bôô cinéma, le lendemain de l'avoir vu, et ça m'a doublement re-donné envie de (re)venir l'y voir, très bientôt, quand nous l'y programmerons. Pour voir ce que j'ai manqué, mais, aussi, pour pouvoir le faire dans des conditions optimales (d'installation et de taille d'écran).
Top 10, hop!

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Posté par chori à 06:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]