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GUY
d'Alex Lutz

Une excellente surprise.
J'ai beaucoup de sympathie pour Alex Lutz, et je venais là surtout par curiosité. L'histoire d'un vieux chanteur des années 70, mouais... Un faux documentaire sur un chanteur vieillissant qui n'existe pas, incarné par le réalisateur lui-même. Un documentaire tourné par un jeune homme qui pense qu'il est peut-être le fils caché du vieux chanteur en question. Le jeune homme en question est incarné par Tom Dingler, complice habituel d'Alex Lutz notamment sur sa série Catherine et Liliane (et qui est justement, ô coïncidence, le fils d'un vieux chanteur des années 80 Christian Dingler, de Cookie Dingler ("Ne la laisse pas tomber, elle est si fragile, être une femme libérée tu sais c'est pas si facile...") et se cache derrière la caméra (on entendra sa voix et on percevra quelquefois son reflet).
Un objet intriguant, donc, que ce faux-documentaire sur un faux-chanteur. Il faut d'abord saluer la prestation hallucinante d'Alex Lutz dans l'incarnation de ce vieux mec un peu agaçant, un peu pathétique, coincé dans son histoire, son passé, bref  une certaine forme de déni de la réalité (le chanteur has-been coincé dans une bulle des années 70). Puis saluer toutes les partenaires féminines dont il s'est entouré, et qui mériteraient un prix d'interprétation collectif (Pascale Arbillot, Nicole Calfan, Elodie Bouchez, Dani, Brigitte Roüan, et même, je ne l'avais pas reconnue en blonde mais c'est mon copain jean-Luc qui me l'a dit, Marina Hands...) tellement elles sont bien. Un homme à femmes, donc, et à fans aussi.
Et c'est très malin, et très fort, de la part des réalisateurs (pourrait-on dire, à la fois celui du "vrai" film (Lutz) et celui du film dans le film (Dingler)) que de non seulement réussir à tenir la note de leur chansonnette aigre-douce, mais aussi, mieux, de la prolonger en nous amenant vers des lieux narratifs qu'on n'attendait pas forcément.
Et on y croit.
Et on ressort de la salle en chantonnant des ritournelles de Guy Jamet comme si elles avaient toujours fait partie du paysage variétoche français.
Alex Lutz s'est visiblement fait plaisir en incarnant ce personnage aujourd'hui (vieux, donc), mais, tout autant en recréant tout son passé musical discographique et télévisuel (on a droit à des clips, des extraits de concerts, des émissions de variétoche(s) avec Mimi Drucker, reconstituées avec tout autant de soin.)
Et tout ça fonctionne, incontestablement. Non seulement Alex Lutz réalise un sacré numéro d'acteur (une performance césarisable ?) mais aussi un sacré numéro de film. Tout parait vrai, même si rien n'est vrai. Guy pratique le parler cru (et je ne peux qu'aimer ça) et le filmer juste (j'ai craint un moment l'irruption du lacrymal et de "Je suis ton père..." mais non. Impeccable.
Et c'est... touchant de voir qu'il a donné le rôle de son fils à Bruno Sanchez, (méconnaissable en mec), son/sa partenaire de Catherine et Lilane). Malgré ses aspects parfois rentre-dedans, (l'acidité parfois à la limite de l'agressivité) au fond, Guy est un tendre. Et j'étais tristounet de le voir quitter l'affiche aussi vite (en deuxième semaine il n'avait déjà plus qu'une unique séance quotidienne, en milieu d'après midi) : les vieux chanteurs, ça n'intéresse personne ?

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