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I FEEL GOOD
de Benoït Delépine et Gustave Kervern

Mouais...
Je vais commencer par la fin.
Heureusement qu'il y a la fin, oui, pour sauver le film. Allez, disons le dernier quart d'heure, qui est excellent. Avant, hélas, c'est un peu moins attachant. Delépine et Kervern, pourtant, on connaît bien, on les suit depuis le début (Aaltra me semble-t-il), la dérision, l'esprit Groland, l'humour rentre-dedans (à sec et sans gants), l'insoumission, la révolte, bref ce genre de corrosion salutaire qu'on adore. Je crois les avoir tous vus ou presque (sauf Le grand soir,  pour cause de problème personnel avec les crêtes) et les avoir tous aimés, plus ou moins, mais bon pour moi celui-là c'est moins...
Jean Dujardin est le petit nouveau dans cet univers et partage l'affiche avec Yolande Moreau, qui en est, elle,à sa troisième participation avec le tandem de réalisateurs (Louise-Michel, avec Bouli Lanners et Mammuth avec Gros-Gégé) et qu'on sent mieux rompue, du coup, à l'exercice.
Un frère en peignoir blanc et claquettes de curiste  débarque pour voir sa soeur, qui s'occupe d'une communauté Emmaüs. Un frère branleur qui n'a qu'une idée : avoir une idée simple qui lui rapporte un maximum de fric. Comme tout nouvel arrivant dans la communauté, (sa soeur lui a dit "Il va falloir bosser...") il va passer par divers postes (la menuiserie, la cuisine, les livres, etc.) et rencontrer ceux qui y bossent, afin de trouver celui qui lui convient le mieux. Mais son idée fixe, c'est toujours d'en avoir une, qu'il finit par trouver : la chirurgie low-cost, pour "rendre beaux les petites gens".
Le film a été tourné dans une "vraie" communauté Emmaüs, mais les personnages les plus importants sont de "vrais" acteurs, les Compagnons faisant surtout office de silhouettes ou de background. C'est à la fois la posture (des réalisateurs et des personnages qu'ils ont créés) et la structure (c'est très répétitif, pas très drôle, et ça s'étire) qui m'ont gêné. Jean Dujardin compose un raté cynique et assez détestable et Yolande Moreau (que j'ai toujours adorée et que je défendrai toujours) fait hélas ici un peu du sur-place (et presque du sur-jeu) dans la candeur ébahie qu'on lui connaît bien.
La première partie (à Emmaüs) est décevante, la deuxième (en Bulgarie) pas totalement aboutie, mais la fin -enfin- est parfaite, que ce soit au niveau du scénario ou de la réalisation. A partir de la scène dite "du crash" le film (re)démarre et met les gaz. Jusqu'à la fin.  Heureusement. J'adore l'idée de tous ces regards-caméra (comme quand on photographie les gens, en Inde, et qu'ils vous regardent autant que vous les regardez, droit dans les yeux) adressés par l'ensemble des  personnages "vrais" du film, les Compagnons d'Emmaüs, même si je l'avais déjà adorée, cette idée, et de la même façon, dans Carnets de voyage (Diarios de Motocicleta) de Walter Salles.
C'est dommage que le film ne prenne vraiment corps -et toute sa force- que lors de ce dernier quart d'heure, mais, en même temps c'est malin d'avoir gardé le meilleur pour la fin, et de nous faire sortir de la salle sur cette impression-là, qui efface un peu le délayage (la dilution) et (souvent) la faiblesse de ce qui a précédé...

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