samedi 29 septembre 2018

chirurgie lowcost

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I FEEL GOOD
de Benoït Delépine et Gustave Kervern

Mouais...
Je vais commencer par la fin.
Heureusement qu'il y a la fin, oui, pour sauver le film. Allez, disons le dernier quart d'heure, qui est excellent. Avant, hélas, c'est un peu moins attachant. Delépine et Kervern, pourtant, on connaît bien, on les suit depuis le début (Aaltra me semble-t-il), la dérision, l'esprit Groland, l'humour rentre-dedans (à sec et sans gants), l'insoumission, la révolte, bref ce genre de corrosion salutaire qu'on adore. Je crois les avoir tous vus ou presque (sauf Le grand soir,  pour cause de problème personnel avec les crêtes) et les avoir tous aimés, plus ou moins, mais bon pour moi celui-là c'est moins...
Jean Dujardin est le petit nouveau dans cet univers et partage l'affiche avec Yolande Moreau, qui en est, elle,à sa troisième participation avec le tandem de réalisateurs (Louise-Michel, avec Bouli Lanners et Mammuth avec Gros-Gégé) et qu'on sent mieux rompue, du coup, à l'exercice.
Un frère en peignoir blanc et claquettes de curiste  débarque pour voir sa soeur, qui s'occupe d'une communauté Emmaüs. Un frère branleur qui n'a qu'une idée : avoir une idée simple qui lui rapporte un maximum de fric. Comme tout nouvel arrivant dans la communauté, (sa soeur lui a dit "Il va falloir bosser...") il va passer par divers postes (la menuiserie, la cuisine, les livres, etc.) et rencontrer ceux qui y bossent, afin de trouver celui qui lui convient le mieux. Mais son idée fixe, c'est toujours d'en avoir une, qu'il finit par trouver : la chirurgie low-cost, pour "rendre beaux les petites gens".
Le film a été tourné dans une "vraie" communauté Emmaüs, mais les personnages les plus importants sont de "vrais" acteurs, les Compagnons faisant surtout office de silhouettes ou de background. C'est à la fois la posture (des réalisateurs et des personnages qu'ils ont créés) et la structure (c'est très répétitif, pas très drôle, et ça s'étire) qui m'ont gêné. Jean Dujardin compose un raté cynique et assez détestable et Yolande Moreau (que j'ai toujours adorée et que je défendrai toujours) fait hélas ici un peu du sur-place (et presque du sur-jeu) dans la candeur ébahie qu'on lui connaît bien.
La première partie (à Emmaüs) est décevante, la deuxième (en Bulgarie) pas totalement aboutie, mais la fin -enfin- est parfaite, que ce soit au niveau du scénario ou de la réalisation. A partir de la scène dite "du crash" le film (re)démarre et met les gaz. Jusqu'à la fin.  Heureusement. J'adore l'idée de tous ces regards-caméra (comme quand on photographie les gens, en Inde, et qu'ils vous regardent autant que vous les regardez, droit dans les yeux) adressés par l'ensemble des  personnages "vrais" du film, les Compagnons d'Emmaüs, même si je l'avais déjà adorée, cette idée, et de la même façon, dans Carnets de voyage (Diarios de Motocicleta) de Walter Salles.
C'est dommage que le film ne prenne vraiment corps -et toute sa force- que lors de ce dernier quart d'heure, mais, en même temps c'est malin d'avoir gardé le meilleur pour la fin, et de nous faire sortir de la salle sur cette impression-là, qui efface un peu le délayage (la dilution) et (souvent) la faiblesse de ce qui a précédé...

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vendredi 28 septembre 2018

mandarine

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BURNING
de Lee Chang Dong

A la base un grand film, et doublement (par la durée : 2h28, et par le format, la taille de l'écran). A la sortie, on peut même rajouter triplement, par le plaisir qu'on y a pris. Lee Chang-Dong, pour moi, c'est d'abord (et surtout) Peppermint Candy, vu en 2000 dans le vieueueux cinéma, avec Zabetta à côté de moi, et le souvenir qu'on pleurait tous les deux à la fin.
Un film, donc, somptueux, car somptueusement filmé (le réalisateur a le sens (et le goût) des détails qui me ravissent : amples plans-séquences (sur l'écran gigantesque du bôô cinéma l'effet en est encore démultiplié), scènes au crépuscule ou entre chien et loup (d'ailleurs parfois au sens strict du terme) prolongées jusqu'à la pénombre, changements de focale dans un même plan avec variation des effets de flou) tout me ravit dans sa façon de filmer une histoire somme toute simple dans son énoncé : boy meets girl, enfin, au moins au départ, et adaptation d'une petite (par la taille) nouvelle de Murakami : Les granges brûlées (dans le recueil L'éléphant s'évapore, en 10/18, dont je me suis aperçu que je l'avais mais que je n'avais pas lu, et je vais donc le faire illico de ce pas...)
Un jeune homme coréen, donc, rencontre une jeune fille coréenne, ils sympathisent, elle lui demande de passer chez elle nourrir son chat pendant qu'elle part faire un voyage en Afrique, dont elle revient accompagnée d'un autre jeune homme coréen... Triangle amoureux coréen, assaisonné d'un discret parfum de lutte des classes (le premier jeune homme est fils de paysan et roule en pick-up pourri tandis que le mystérieux deuxième jeune homme  roule, lui, en Porsche et ne semble pas avoir des fins de mois trop difficiles) pas tout à fait ça ?  (jeune homme 2 a un hobby un peu surprenant, dont il va faire la confidence(la confession ?)  à jeune homme 1...).
Le trio triote, donc, bon an mal an, (...), jusqu'au jour où, brutalement, Haemi (la jeune fille) disparaït. "Comme une fumée..." est-il même dit dans le film. Et Jongsu, le premier jeune homme, désemparé, cherche désespérément à la revoir où, au moins, à comprendre ce qui s'est  passé, et s'intéresse plus en détail au deuxième jeune homme, Ben (et à son curieux hobby).
C'est un film qu'on peut qualifier de lent, mais les 2h28 passent sans qu'on s'ennuie une seconde. A partir du moment où Haemi disparaît, le spectateur remonte ses manches de détectitve amateur et devient attentif à la moindre piste, au moindre détail de cette comédie dramatique qui s'est soudain muée en thriller, aux indices dont le réalisateur parsème son récit ici et là, mais les choses sont rendues plus compluquées par les recherches superposées de Hongsu : une histoire de puits, une histoire de serres, une histoire de chat, et une histoire de tribunal aussi (son père y passe, accusé d'avoir frappé un représentant de la loi avec une chaise), et on court avec lui, à sa (pour)suite, jusqu'à la très forte scène finale, qu'on n'attendait pas forcément sous cette forme.
Burning est sans doute le plus intense des films de Lee Chang-Dong, de par sa perfection formelle incontestable (enfin, ce que moi je nommerais une perfection formelle incontestable, ce qui n'engage que moi) sa forme ample, contemplative, sa volonté de refuser les effets, et celle, in fine, qu'on pourrait trouver frustrante, de ne pas livrer toutes les réponses à toutes les question que le récit a générées.

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PS : je viens de lire la nouvelle Les Granges brûlées, c'est étonnant de voir de quelle façon on la retrouve dans le film : plusieurs scènes y figurent quasiment à l'identique : celle ou Haemi mime l'épluchage d'une mandarine, celle de l'aéroport, celle où Ben avoue son hobby a Hongsu, mais une grande partie du film (tout le reste) a été "rajoutée" par lee Chang-Dong (tout ce qui concerne Haemi, notamment). Les granges sont devenues des serres (Corée oblige, explique le réalisateur dans une intéressante interview parue dans Les Cahiaîs). Pas de chat, pas de montre, pas de recherche d'Haemi par Hongsu, et pas de scène finale...

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jeudi 27 septembre 2018

phalanstère

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LES FRERES SISTERS
de Jacques Audiard

Je dois dire que, sortant de Climax, et, comme aurait pu dire Molière "tout échauffé de mauvaise bile", j'appréhendais un peu de voir ce nouveau film de Jacques Audiard, envers qui mon coeur a toujours plus ou moins balancé (je reste un inconditionnel de son premier, Regarde les hommes tomber, mais j'ai un peu de mal parfois, souvent, avec sa fascination pour la violence virile des suivants) mais en même temps, comme aux courses, je plaçais tous mes espoirs dessus.
La bande-annonce, vue maintes fois (même si, dans le bôô cinéma, uniquement en v-f : pfffff! tout de même) m'avais mis en appétit : Joaquin Phoenix, John C.Reilly, Jake Gyllenhaal et Riz Ahmed, dans un ouesterne,  ça faisait baver... (J'ai appris dans un entretien que c'est John C.Reilly qui détenait les droits du bouquin et l'a proposé à Audiard, qu'il souhaitait travailler avec Joaquin P., et comme Audiard aussi, les choses se sont, comme on dit, bien emmanchées...).
Noir dans la salle, ça démarre, et dès le début (un paysage nocturne coupé en deux horizontalement, et un échange de coups de feu, presque abstrait), oui, dès les premières secondes, j'ai senti que c'était bon. Et ça continue tout pareil. Plus le film avançait et plus je m'envolais, avec un sourire béat,comme après un shoot d'hélium. Je ne reconnaissais pas tout à fait mon Jacquounet, tout allait trop bien, quel bonheur quel plaisir. Mais c'était compter sans la dernière partie qui n'hésite pas à nous faire redescendre promptement, les deux pieds dedans, jusqu'à même nous cacher les yeux parfois, heureusement avant un final aussi doux et plaisant que la panna cota du fjt.
J'ai adoré le film, et j'ai trouvé (comme d'hab') Joaquin Phenix absolument sensationnel, voilà, c'est dit. (Mais tous les autres sont excellents aussi).
Je n'ai pas vraiment connu les westerns "originels" (ceux des années 50), ni même les spaghettis (ceux des années 70), j'y suis venu un peu plus tard, par la tangente. le mythe en tant que tel ne m'intéressait pas. Puis plus tard,j'ai beaucoup apprécié un film comme Silverado, par exemple, qui était pour moi comme une relecture, une façon de se réapproprier le mythe (en en utilisant tous les archétypes et les figures imposées) qui frisait la perfection (Kevin Kline et Brian Dennehy, en ce temps-là, suffisaient à mon bonheur, j'avais des plaisirs simples), et j'ai donc continué à m'intéresser à ces revisites occasionnelles, par-ci par-là, quand l'occasion se présentait, via les films des Coen, de Kelly Reichardt, de Thomas Arslan, d'Andrew Dominick, de Clint Eastwood...
Là, dès le départ, on a l'essentiel : deux mecs assez crades (l'Ouest c'est pas pour les fillettes, on le sait), des chevaux, des révolvers, des galopades et bam bam bam. Mais on a, tout de suite, plus que ça : deux bourrins, ok, tueurs à gages (ou chasseurs de primes c'est kif-kif) mais, déjà, qui ont les têtes de John C. Reilly (que j'ai toujours beaucoup aimé) et de Joaquin Phoenix (que j'ai toujours encore plus aimé), -et qui vont ici combler toutes mes espérances- qui non seulement parlent, oui, des cow-boys avec des dialogues, des vrais, mais aussi, quasiment, philosophent. L'action supposée du film étant quasiment un prétexte pour leur permettre d'échanger.
Les frères Sisters, ce sont eux, ils ont été chargés par le Comodore (un genre de grand manitou local ) de récupérer un mec qui lui aurait pris quelque chose. Ca commence tendu entre les frangins puisque Eli, l'ainé, vient d'apprendre que c'est Charlie qui a été nommé chef de leur gang, parce qu'il faut bien un chef, et qu'il en conçoit comme qui dirait une certaine amertume (il est l'aîné, quand même).
Comme dans Regarde les hommes tomber, on suit, parallèlement, l'homme qu'ils recherchent (incarné par Riz Ahmed, découvert dans l'iconoclaste et jubilatoire We are four lions), et la façon dont il est "pris en charge" par un détective (Jake Gyllenhaal, qui a déjà tâté du western, du côté de Brokeback Mountain) qui doit le garder sur le feu et le livrer aux deux frères pour qu'ils "finissent le boulot". Le poursuivi est un chimiste et le détective se pique de littérature... et voilà qu'entre lettrés les choses ne vont pas se passer tout à fait comme prévu.
Et voilà mis en marche un quatuor de haute volée. De haute chevauchée plutôt devrais-je dire, vu le contexte. Clataclop clataclop.
Road-movie à cheval, avec passages obligés du western (ou figures imposées : j'ai toujours rêvé de manger des haricots dans une assiette en fer blanc, auprès du feu, à la nuit tombée, tandis qu'au loin hurlent les coyotes...) les deux poursuivants ont toujours quelques longueurs de retard sur les poursuivis, chacune des deux paires vit sa vie (vis-à-vis) jusqu'au moment où, on l'espérait celui-là, ils finissent par se retrouver. Et encore une fois les choses ne vont pas tout à fait se passer comme on aurait pu penser.
On jubile de voir la façon dont Jacques Audiard a lâché la bride à ses dadas habituels et comme desserré les mâchoires pour esquisser, oui, un sourire (et les poings, aussi, desserrés) et aussi déboutonné le dernier bouton, celui qui serre en haut, pour laisser passer un peu d'air. Par un certain sens du détail, par une façon d'évoquer les choses en creux (Pas souvent, par exemple, que, dans un western, il est question de brosse à dents, et la façon de s'en servir...) Les frères Sisters, pendant un grand moment, c'est drôle, c'est touchant, c'est inquiétant, c'est réjouissant, oui, mais souvent avec le  sourire (ou une arrière-pensée de sourire ?). A un moment, (une scène où tous les quatre sont assis sur une barrière et se fendent la poire) le SSTG a même affleuré au grand jour (et m'a illuminé comme un sacré filon aurifère) et j'ai même pensé que ce Jacques Audiard-là n'avait plus grand-chose à voir avec celui de Deephan ou de De rouille et d'os). Quel bonheur de cinéma! Je rayonnais, littéralement, dans le noir, je ronronnais tellement je trouvais ça bien.
Mais bon, chassez le naturel... et il finit par vous revenir en pleine gueule, et ça ne loupe pas. Jacques Audiard, quand même... A un moment la gravité mâchoires serrées se repointe (c'était trop beau ?), dans tous ses films, il y a un moment où ça doit faire trop mal : et le réalisateur nous ressort un peu (trop) de pathos de dessous le tapis (personnellement j'aurais adoré que ça reste léger jusqu'au bout mais en sachant que c'eût  été un peu illusoire (irréaliste), genre Quand les hommes vivront d'amour..., mais le coup du phalanstère (phalansquoi ? s'interroge Charlie/Joaquin) et de la société utopique, moi, ça me parlait... et je n'aurais rien eu contre le fait de, par exemple les voir se monter tous les quatre en ménage, hein, moi je dis ça...).
Donc la jubilation retombe un peu, parce que ça saigne, mais pas trop, ni trop longtemps, et ça repart en force (au galop, quoi), et toute la fin est somptueuse. D'abord par la façon (goguenarde) dont nous est évité, justement, l'inévitable (en principe) duel final entre nos héros et le méchant-très-méchant (rien que ça c'est du bonheur), avant le couronnement d'une scène finale élégiaque où le réalisateur a tellement remisé son arsenal habituel qu'on a presque du mal à y croire tellement c'est yop la boum genre La petite maison dans la prairie  (mais qu'est-ce c'est bien!).
Pour la petite histoire (je ne m'en suis aperçu que la seconde fois que j'ai vu le film -et lu son interminable générique de fin-), la vieille dame au fusil est interprétée par Carol Kane, découverte dans Les Jeux de la Comtesse Dolingen de Gratz, l'unique -et fascinant- film de Catherine Binet -la compagne de Georges Perec, en -aïe- 1982!)
A la seconde vision, j'étais toujours aussi bluffé par le jeu de Joaquin Phoenix (et cette façon  dont il réussit à évoquer un gamin, juste par un regard ou un demi-sourire) mais j'ai été plus attentif à celui de John C.Reilly, qui fait haut la main jeu égal avec son partenaire en nous livrant une composition toute en nuances et en délicatesse.
Un grand grand bonheur de cinéma, incontestablement.

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 *SSTG : Sous-sous-texte gay...

 

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mercredi 26 septembre 2018

sangria

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CLIMAX
de Gaspar Noé


Ah, Gaspar Noé... c'est une longue histoire. Au début il y a eu Carne, moyen-métrage que j'avais beaucoup aimé (avec Philippe Nahonen papa boucher), suivi quelques année plus tard, avec le même Philippe Nahon, de Seul contre tous que je n'ai pas vu mais dont Pépin m'avait enthousiastement vanté les mérites. puis Irréversible, que j'ai refusé tout net de voir,tellement ça me filait les jetons, puis Enter the void que je n'ai pas eu l'occasion (ni vraiment l'envie) de voir, puis Love que je suis allé voir sur l'alléchante proposition de QV en 3D mais bof bof. Et donc celui-ci (sans doute suite à la conversation avec Jean-Luc C. -qui me les a si chaleureusement défendus- à propos de Irréversible et Enter the Void ). J'y suis allé -plouf- sans réfléchir, oui, exactement comme quand, gamin, on saute dans le grand bain sans encore être sûr de savoir nager... "On verra bien..."
Ca commence plutôt bien : après un préambule enneigé (dont on comprendra a posteriori qu'il s'agissait de la fin du film) où une jeune fille rampe au milieu de la surface neigeuse -immaculée- de l'écran -le rouge et le blanc-, des jeunes danseurs sont interviewés par une chorégraphe qui vient de les engager, c'est simplement mis en scène (plan fixe, au centre une vieille téloche, et de chaque côté des k7 vidéos et des bouquins qu'on suppose être ceux de chevet de GN (et où j'ai retrouvé avec plaisir quelques titres aimés...) et sont mentionnés à chaque fois les prénoms de chacun, mais, comme au début d'une soirée où on ne connaît personne mais où on sait déjà qu'on ne se souviendra d'aucun ou presque).
Puis ça continue, tout aussi bien : les jeunes danseurs en question sont filmés en train de danser (ce qui semble logique). Je ne connais pas exactement ce style de danse(s) dont les noms bizarres apparaissent dans les critiques, mais je dois reconnaître que c'est très agréable à regarder. Qu'ils dansent bien. Et que le réalisateur semble avoir du plaisir à les filmer
(la sangria)
Et les bonnes choses s'arrêtent là.
(la sangriaaaaaa....)
Les danseuses et les danseurs font une fête pour fêter ça. Qu'ils ont bien dansé et tout. Sauf qu'une sangria (sangria! sangria!) a été servie, et que dans la sangria quelqu'un(e) a versé de la drogue ou quelque chose de pire, et tout va partir en sucette (et le scénario, et la caméra, et la réalisation aussi). Jusqu'à la fin (il y en a encore pour une bonne heure, j'ai regardé l'heure sur mon téléphone -je le fais rarement pour ne pas déranger mais là on n'était que deux dans la salle et l'autre était assis devant, à des kilomètres de moi donc je pouvais)...
Toutes et tous pêtent les plombs, l'un(e) après l'autre à des degrés divers (et de façons diverses aussi), mais ça ne va plus arrêter, jusqu'à la toute fin (une fille se met du lsd directement dans les yeux et fondu au blanc, blanc comme l'image du tout début... aaaaah on comprend que la boucle est bouclée).
Ah ouais... subversion transgression poésie pure esthétique de la violence et j'en passe. Mouais moi je dis que c'est vraiment N'IMPORTE QUOI (et je l'écris en majuscule pour insister). Qu'ils se crient dessus ok qu'ils se foutent sur la gueule ok qu'ils baisent comme des lapins/pines ok qu'ils vomissent ok qu'ils se tailladent ok mais quand ils se re-crient, se re-foutent, se re-tailladent et re-baisent et re-vomissent, et ensuite re-re, et encore re-re-re, on commence à bailler à regarder les grains de poussière dans la lumière du projo, à pencher la tête pour pouvoir l'image avec le bon angle, à envisager de dormir jusqu'à la fin de la séance, et à se demander mais pourquoi tant de haine (et, à la fois, tant de rien) ?
Ca n'a aucun sens, comme semblent l'indiquer les couloirs (je dois reconnaître que j'aime plutôt bien les décors, cet espèce de colonie désaffectée, à la topologie complexe -un décor idéal de film d'horreur pour y dégommer des ados-) qui semblent pouvoir mener n'importe où, et même la caméra, (qui a tâté aussi de la sangria ?) qui utilise tous les angles toutes les positions toutes les postures (GN adore filmer en biais, et là il se fait plaisir et va jusqu'au bout de la révolution, et filme à l'envers, la tête en bas les pieds en haut (c'est sûrement le record du monde de durée de filmage la tête en bas dans un film je pense), et ça lui plaît tellement qu'il ne s'arrête plus.
Aucun sens, ouais, et qu'on ne me parle pas de transe, faudrait voir à pas pousser papy dans les orties quand même. le grand trip psychédélique à la fin de 2001, Odyssée de l'espace, on n'y comprenait rien non plus, mais aucun personnage n'en faisait les frais, comme hélas ici. Ca s'agite et ça s'agite de plus en plus, mais ça pourrait aussi bien être une colonie de fourmis qui s'entretuent, on n'en aurait pas plus grand chose à faire. Et ça dure et ça dure ça vire fou-furieux ou du moins on le suppose) pour une loooongue séquence en rouge et noir (ni Stendhal ni Jeanne Mas, ni quoi que ce soit d'autre d'ailleurs) le fameux climax (prononceze claille-maxeu) du film en question. Musique paroxystique et boum et boum et boum.Mais finalement on s'en contretamponne.
Et clic tout d'un coup c'est le matin et la porte s'ouvre et il fait jour et (toujours tout ça avec la tête en bas) entrent des (ce qu'on suppose être) des flics avec des chiens qui aboient ouah ouah tout ça au son d'une version karaoké cheap d'Angie (sans les paroles) sur un (ce que moi j'appellerais) un radio-cassette merdique.
On est content qu'il fasse jour, que les chiens aboient, et que la demoiselle se mette du lsd dans les yeux. parce que les lumières se rallument et qu'on va pouvoir sortir...
Expérience psychédélique mon cul dirait Zazie. Ave un poil de scénario en plus et une touffe d'esbrouffe en moins, ça aurait pu valoir le coup (ne me restent que les images -très graphiques- d'une jeune fille qui marche dans un couloir vert rectiligne, avec du rouge pétant au bout. a moins que ce ne soit l'inverse). C'est peu. (et la question de savoir si quelqu'un a finalement retrouvé la clé du placard électrique où le gamin a été enfermé par sa mère "pour sa sécurité"...)
Ach! Désolé ! (je prend l'accent allemand puisque le film revendique le drapeau et la nationalité français -ça fait drôle, mais c'est comme ça qu'on accorde, non ?-, c'est presque déplaisant cette cocoriquesque attitude.) Non ça n'est pas encore aujourd'hui que je vais me réconcilier avec le cinéma de GN (ça pourrait être les initiales de Gros Nounours, mais non). Dommage.

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l'affiche

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l'héroïne

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mardi 25 septembre 2018

13 bougies

Oups!
Comme aurait dit mon ATSEM en 94 : "Passée la fête, adieu le saint..."
D'habitude j'y pense, mais là, allez savoir pourquoi, avec ce foutu mois d'août, j'ai complètement zappé...

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et de une

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et de deux

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et de trois

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et de quatre

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et de cinq

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et de six

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et de sept

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et de huit

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et de neuf

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et de dix

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et de onze

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et de douze

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et de treize!

... Oui le 20 août,j'aurais dû fêter les 13 ans de ce blog!

Bon anniversaire, mon blogchounet!

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lundi 24 septembre 2018

oui, tu m'étonnes...

je suis abonné à Libé depuis plusieurs années, déjà pour le plaisir d'avoir un truc à lire dans ma boîte chaque jour ou presque. Même si le journal m'agace un peu, beaucoup, passionnément, il y a de bonnes raison pour continuer : le libé du mercredi (celui du cinéma), celui du jeudi (les livres) et celui du week-end (avec son plein de pages culture tous z'azimuths) mais la meilleure, paradoxalement, elle a été retirée du journal depuis quelques années, et n'est plus trouvable que sur le ouaibe (la version numérique de Libé, quoi), il s'agit de Tu mitonnes! la rubrique de Jacky Durand, dont j'ai déjà parlé à plusieurs reprises. Je suis gourmand, j'aime lire tout ce qui a trait à la bouffe et à la gourmandise, aux plaisirs de la vie, quoi, et voilà que c'est exactement ce que fait Jacky Durand. Quel bonheur! Mais quel bonheur!
Certaines de ses chroniques ont déjà été publiées en bouquins (Tu mitonnes!... l'hiver et Tu mitonnes!... l'été et Cuisiner, un sentiment) mais j'aimerais pouvoir les (re)lire toutes, notamment une que j'avais spécialement aimée mais que je n'ai jamais retrouvée, publiée me semble en tout début d'année et qui consistait, me semble-t-il, en une lettre  ouverte à son médecin en énumérant tous les plaisirs -gourmands- dont il entendait bien continuer à ne pas de priver pour l'année qui commençait, même si c'était, "en principe" au détriment de sa santé...

Et voilà que je reçois un mail, en tant qu'abonné, m'informant que Tu mitonnes! va désormais constituer un genre de tiré-à-part, uniquement destiné aux abonnés, s'étoffant et se diversifiant au niveau du contenu, mais conservant, heureusement, la sacro-sainte chronique de Jacky Durand et c'est là raison pour laquelle je vais continuer de l'être, abonné (33 euros mensuels, pourtant, que la résiliation de l'abonnement me permettrait de récupérer, et qui pourrait compenser -un peu- la somme dont Macronus Maximus a amputé ma pension tous les mois, au prétexte scélérat que je fais partie des nantis et des privilégiés... Quelle honte mais quelle honte!), avec toujours cette envie non seulemnt de me régaler avec ladite chronique, mais la furieuse envie de la faire partager...

En guise d'amuse-gueule, quelques lignes de quelques chroniques pour lesquelles je vous mets ensuite un lien pour la déguster en entier (Libé vous donne droit à un certain nombre d'accès gratuits) :

"Ne cherchez pas ce mirabellier-là pour gauler ses fruits. Vous risqueriez de vous perdre dans nos contrées orientales. Quelque part entre Vesoul, Commercy, le Valdahon, Lapoutroie et Culmont-Chalindrey. Fermez les yeux, donnez-nous la main et montez avec nous dans un train qui sent encore le mazout et les banquettes fanées. On vous fera la lecture des pages locales de l’Est républicain, on s’enfilera un gros morceau de fromage de tête et un chèvre rebelle en contemplant la campagne jaunie par la canicule. C’est le carnaval de la vie qui défile devant les fenêtres des trains : le plein, le vide, le réjouissant, le nostalgique, l’espoir, l’amertume, le passé irrévocable, le présent mouvant, le futur incertain jalonnent le ballast…"
Mirabelle lurette

"L’autre jour, on a fait une crise de manque de grenailles, cette mitraille pour les offensives de fringales. C’est péché mais on s’est pointé dans une épicerie bio où la patate se négocie au prix de la pêche et du raisin. Du moins la grosse de patate. Parce qu’à côté de l’étal de charlottes plus chères que le beurre AOC pour les rôtir, il y avait quelques poignées de cendrillons, grenailles tarabiscotées dont visiblement personne ne voulait. Soldées comme nulle part ailleurs, même dans les allées boulevards de la grande distribution. Dans la poêle, on les a fait chanter tout doucement (entre 45 minutes et une heure) à l’huile d’olive et à découvert avec un final de gros sel de Noirmoutier aux herbes. Et vous savez quoi ? C’était le Nirvana de la patate et justice pour les légumes dits moches."
Les pommes de terre se ramassent à l'appel

"Et pourtant, ce soir, ils sont là tous les trois. Plus près de la porte que de l’augmentation. Le holster de la raison rangé près du cœur, les rêves confits dans la naphtaline. Ils ont pris juste ce qu’il faut de rides et d’embonpoint pour sourire devant la beauté sans tirer de plan sur la comète de la séduction. Leur relevé de points de retraite leur tient désormais lieu de CV. Ils sont soulagés d’avoir mis leur ambition et leur jalousie à la casse des illusions perdues et des sentiments empoisonnés. Ils ne courent plus après le temps car ils le savent insaisissable. Ils aiment le café solitaire dans un gobelet en carton sur les aires d’autoroute où ils font défiler leurs souvenirs. Ils ne zappent plus sur les chaînes des hôtels clonés. Ils préfèrent relire San Antonio sur un double oreiller dans un hôtel sans chaîne. Ils sont prévoyants pour les autres (comme leur petite dernière qui veut faire médecine et avec qui ils sont allés voir Première Année) mais plus pour eux-mêmes. Car ils savourent l’imprévu comme le caramel Klaus de leur enfance."
Un poulet à se taper le croupion par terre

Juste pour vous mettre en appétit... En plus, à la fin de chaque chronique, il vous fait profiter d'une ou plusieurs recettes...
Jacky Durand écrit simple, juste, et gourmand. Gens simples, plaisirs simples, vous, moi, exactement ce qui me touche et me donne à chaque fois l'envie d'y revenir... Allez goûter, vous m'en direz des nouvelles!

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dimanche 23 septembre 2018

camion-poubelle à cinq heures du mat

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TULLY
de Jason Reitman

Un joli film. Très joli, même. Une histoire de famille, de bébé(e), de maman fatiguée. Chauffe-biberon, tire-lait, couches à changer, babyphone. Très exotique pour moi, donc. Maman surmenée, sur les rotules (en plus du bébé qui vient d'arriver, il y a deux autres enfants, dont un garçon "adorable mais particulier" (lovely but corky) et la pauvre n'en peut plus mais alors plus) à qui son frère offre une "nounou de nuit" qu'elle finit par accepter. Se pointe alors, un soir, une jeunette blonde, Tully, qui va prendre les choses en main et s'occuper, non seulement du bébé mais aussi de la maman.
L'histoire est simple, les dialogues délicieusement acerbes, le déroulement tranquille et plutôt attendu (les deux femmes sympathisent, malgré leur différence d'âge, la maman reprend figure humaine, et recommence progressivement à ressembler à la Charlize Theron qu'on voit d'habitude dans les films, glamour blondeur et tout) jusqu'à ce que.

(un blanc)

Le réalisateur nous prend par surprise (personne, parmi les gens que je connais, n'avait vu "ça" venir, et, youp la boum encore mieux, pour une fois aucun(e) critique n'avait vendu la mèche), avec un rebondissement scénaristique presque final qui remet les choses en perspective et modifie le point de vue du spectateur sur ce qui vient de lui être raconté. Et on ne l'en aime que plus, du coup.
(J'avoue que je me suis décidé le dernier jour à la dernière séance, et ce qui a pesé dans la balance c'était la blondeur et la voix de la comédienne qui incarne Tully  (Mackenzie Davis) "I'm Tully and I'm here to take care of you...")
Et le réalisateur aussi a su prendre soin de nous..

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(l'affiche est assez laide, tout de même, non ?)

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samedi 22 septembre 2018

"comme c'est cruel..."

111
MADEMOISELLE DE JONCQUIERES
d'Emmanuel Mouret

Oui, comme c'est cruel... Une belle histoire de vengeance, la vengeance d'une femme (jouée par Cécile de France), marquise de son état à l'égard d'un homme, marquis lui aussi (Edouard Baer) qui a commis la faute de cesser de l'aimer (de se lasser d'ele, plutôt).. Titres de noblesse car film en costumes (le premier pour Emmanuel Mouret), tiens encore un quelques temps après l'autre premier film en costume de Lucrecia Martel (Zama). 
Châteaux, gens de maison,  vaisselle raffinée, langage châtié, courbettes, perruques, robes échafaudées comme des pièces montées, jardins à la française, lettres cachetées, aucun détail n'y manque... Mais sans excès ni affectation.
Dans un premier mouvement, le marquis courtise (en vain) la marquise qui lui résiste, dans le second (vous devriez bien un peu vous en douter) elle finit par lui céder mais ça ne dure pas toute la vie, et dans le troisième acte, le plus long, elle va se venger de ça... (oui, assez cruellement), avant que l'affaire ne soit close dans un épilogue "apaisé" (pour qui ?).
On n'est pas très loin des Liaisons Dangereuses et du triangle Merteuil / Valmont / Cécile de Volanges, puisque, ici aussi, c'est une jeune fille d'apparence pure et virginale qui va servir d'appât (de proie) dans la machination ourdie par Madame de la Pommeraye.
C'est comme un petit théâtre raffiné qui se joue devant nous, Emmanuel Mouret joue la carte historique mais comme avec retenue, juste ce qu'il faut de costumes d'accessoires et de décor. L'important ce sont les mots, ceux que s'échangent les divers(es) protagonistes, ceux qu'ils s'écrivent aussi (spontanément ou sous la dictée) mais qui ne seront pas forcément lus par la destinataire prévue, ce beau langage (c'est adapté de Denis Diderot, tout de même) courtois et policé, qui nous narre avec une certaine délicatesse les égarements du coeur et de l'esprit. Beau monde, beaux atours, et beau langage. Plumage et ramage. Avec esprit et pudeur, sans vraiment oser appeler un chat un chat.
Et, donc, les personnages en question, aussi, Cécile de France en maîtresse d'oeuvre d'une vengeance impitoyable envers le pauvre Edouard Baer, idéal en libertin séducteur amoral (et manipulé, sous les yeux d'une Laure Calamy mi-confidente mi choeur), utilisant la jeune et diaphane Alice Isaaz (qui m'a rappelé avec émotion la porcelaine fine de la jeune Michèle Pfeiffer lorsqu'elle incarnait Cécile de Volanges) suivant le vers de Corneille "Et le désir s'accroît quand l'effet se recule..."
Tout ça aurait pu paraître artificiel, poseur, empesé... il n'en est rien. Ah qu'en termes galants ces choses-là sont dites... Mouret nous régale avec son joli conte (a)moral, servi par des comédien(ne)s superbes, un quintette à cordes parfaitement accordé(es), à l'image de celles du Giardino Armonico, qui viennent réveiller Vivaldi dans l'alerte bande-son. qui finit d'emballer parfaitement l'ouvrage (Décidément, Bach la semaine dernière, Vivaldi cette semaine, un vrai rbonheur pour les oreilles. Et pour le coeur.)
Comme le dit in fine Mme de la Pommeraye : "Mon coeur est en paix...".
Le nôtre aussi, assurément.
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vendredi 21 septembre 2018

masser la carotide

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PREMIERE ANNÉE
de Thomas Lilti

Un petit problème de dates et de chronologie d'abord : en 2014, dans Hippocrate, du même Thomas Lilti, Vincent Lacoste jouait Benjamin, un jeune interne qui effectuait son premier stage dans le service de son père chirurgien (joué par Jacques Gamblin). Dans celui-ci, en 2018, ce même Vincent Lacoste joue Antoine, un jeune étudiant qui retriple sa première année de médecine, et sympathise avec Benjamin (joué par William Lebghil, très bien), fils de chirurgien... Un peu comme s'il se rencontrait lui-même, trois ans avant. Le personnage de Benjamin dans Première année, c'est le même que dans Hippocrate, sauf qu'il n'est pas joué par le même acteur (et que l'acteur qui l'incarnait joue désormais un autre personnage).
Une fois cette petite distorsion de l'espace-temps cinématographique admise, le reste suit sans problème. Thomas Lilti sait de quoi il parle, il est passé par là, et ça ne m'étonnerait pas trop qu'il raconte, peu ou prou (on devrait utiliser cette expression plus souvent), sa propre histoire à lui.
Une histoire de fac, de préparation de concours, d'amphi, mais surtout de bachotage imbécile, tant ce concours est sélectif et l'écrémage radical, à l'issue dudit concours. Et, dans le cas présent, une belle histoire d'amitié entre deux garçons. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, j'ai dit amitié. Une histoire simple, pour un film qui l'est tout autant. Et agréable.
Les deux jeunes acteurs (Lacoste et Legbhil) sont très bien. On peut juste regretter que tout ça soit très sage. Très raisonnable. On aurait souhaité un peu plus de sel, d'assaisonnement, d'épices, de folie.
Tel que, c'est très bien, mais on a vraiment le sentiment que Lilti aurait pu réaliser quelque chose d'excellent. Alors qu'il n'est que très bon. C'est déjà très bien, d'être très bon (c'est exactement la même chose avec les résultats aux examens de nos deux deux compères...)
Finalement le plus important c'est le duo de comédiens (comme dans Hippocrate, déjà, où Vincent Lacoste faisait équipe avec le très chér(i) Reda Kateb), à côté duquel les autres personnages semblent un peu effacés. Comme si les deux étaient en couleur et tous les autres en noir et blanc.

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jeudi 20 septembre 2018

la baguette, 25 euros

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BONHOMME
de Marion Vernoux

J'ai toujours eu un faible pour Nicolas Duvauchelle, son animalité, son côté rebelle, le phrasé, les tatouages, la barbounette... Là, il est en couple avec Ana Girardot,  (un couple qui rappelle un peu celui qu'il avait avec Mélanie Thierry dans l'impressionnant Je ne suis pas un salaud, d'Emmanuel Finkiel) mais ils ont un accident de voiture, et sa tête (à lui) heurte le pare-brise... Coma, et lorsqu'il se réveille il n'est plus tout à fait  le même. Comme le précisera plus tard le Docteur Rollin devant le juge, "Il a 5 ans là (la tête) et 15 ans là (la bite), et toute la vie devant lui pour se reconstruire..."
J'ai beaucoup de tendresse pour Marion Vernoux dont j'ai suivi assez fidèlement la carrière depuis l'initial -et par moi chéri chéri- Personne ne m'aime (mon dieu 1993 déjà...) et son goût pour les films choraux, avec à chaque fois de très beaux -et attachants- portraits de femmes, fortes le plus souvent (mais pas toujours).
Cette fois le film est un peu moins choral (quoique on a quand même du monde : le couple central, donc, la meilleure copine, le collègue attentionné, et la mère d'elle, qui donne le plaisir de revoir cette chère Béatrice -Dalle-) et plus duel (dans tous les sens du terme). Piotr (Duvauchelle) oscille entre les 5 ans (mentaux) et les 15 ans (testostéronés) et passe de l'un à l'autre sans préavis. Il n'a plus de barrière, plus de notion de "ce qui se fait" ou pas, et donc y va, joyeusement. Surtout que sa copine l'a repris avec elle, à la maison, pour contrer l'envie de sa mère (à lui) de le reprendre avec elle. Il dit et il fait ce qui lui passe par la tête. C'est difficile.
Pendant un moment, j'avoue, j'ai été un peu mal à l'aise, avec le sentiment que ça n'était pas très "moral" de faire rire en évoquant le handicap, que ça partait un peu dans tous les sens, que le film par instant perdait presque le cap et naviguait à vue...Et puis les choses se mettent en place, et Marion Vernoux peut se permettre d'aborder l'aspect comédie de sa comédie dramatique.
Il faut saluer la performance de Nicolas Duvauchelle (mais, bon, ça, je n'aurais même pas du l'écrire, tellement ce bonhomme-là m'épate à chaque fois...) et, parallèlement, même si elle est moins "visible", celle de sa partenaire, Ana Girardot.
Comme ressort de comédie, un mec qui se comporte comme un gamin, et, dans le même temps, ne pense qu'à baiser, c'est un peu mince. Et malaisant. Mais grâce aux personnages (et, surtout à celles/ceux qui les incarnent) on surmonte la gêne qu'on pourrait avoir devant un mec qui ne pense qu'à sa bite (ou ne pense qu'avec sa bite), mais sans penser à mal, juste, comme ça, parce qu'il en a envie. Et Duvauchelle est vraiment parfait dans ce (double) rôle-là, sans jamais en faire des caisses. Sur le fil, avec son sweat rose à capuche, ses tongs, et ce visage à la fois adulte et enfantin (c'est quelque chose de très curieux qu'il a réussi là).
Marion Vernoux fait du Marion Vernoux, elle va jusqu'au bout de son idée, même si ça peut démanger, déranger, ou faire grincer des dents, certaines ou certains, et on en est content.
Même si le film n'est pas parfait (certains personnages sont un peu sous-employés, voire pas utilisés de façon cohérente (je pense surtout à Kevin le collègue/ supérieur/copain/ amoureux d'Ana Girardot, certaines situations sont un peu répétitives, certaines scènes flottantes) on sort de là avec le sourire, beaucoup plus qu'avec les larmes, et c'est très bien comme ça.

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