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SOFIA
de Meryem Benm'Barek

Une semaine cinématographique forte et âpre. Après le lyrique et speedé (et marseillais) Shéhérazade, voici Sofia, sa soeur marocaine. Film qu'on pourrait classifier "de femme(s)" tant est prépondérante la place d'icelles au casting. Les mâles ici n'ont pas vraiment le beau rôle, et ils le méritent bien...
Le film débute à la fin d'un repas de famille, où des alliances financières sont en train de se conclure autour d'un projet agricole commun. Sofia, la plus jeune, plutôt effacée, se plaint soudain de violentes douleurs au ventre, et sa soeur qui l'ausculte (hors de la vue des autres) lui annonce qu'elle est enceinte, et d'ailleurs la voilà qui perd les eaux. Sa soeur l'emmène à l'hôpital, où on refuse de s'en occuper, un bébé hors-mariage et sans père étant considéré comme illégal. Elle aura quand même une chambre pour accoucher en douce, grâce à la complicité d'un camarade médecin, mais doit la quitter l tout de suite, "avant le passage du chef de service". Voilà Sofia avec un bébé, et dans l'obligation de "régulariser" la situation. Qui est le père ? Il doît reconnaître le bébé et épouser la jeune fille. Elle désigne un jeune homme, Omar, qu'elle n'a vu qu'une fois, qui vit dans un quartier pauvre de la ville. Les parents de Sofia sont anéantis, et vont rencontrer la famille du jeune homme, qui lui nie les faits dans un premier temps, puis finit par les reconnaître. Après un bref passage en cellule, puis un consécutif graissage de patte du commissaire chargé de l'"affaire", voilà que soudain "tout est arrangé"...
Sauf que. Ce n'est que le début de l'histoire.
La réalisatrice, dans un récit beaucoup plus complexe qu'il n'apparaît au départ, dénonce l'hypocrisie de la société marocaine, le poids -écrasant- des traditions, le pouvoir de l'argent, la différence des classes, et l'importance de l'apparence. Surtout, toujours, sauver les apparences. Pour parvenir à ses fins. Chacun(e) des personnages féminins  y a eu affaire. Et chacune a réagi à sa façon propre. Elles sont toutes magnifiques. Sofia, d'abord, butée, fermée, qu'on ne verra souriante (et transfigurée) qu'à la dernière minute du film (et tant de choses alors se seront passées). Et sa soeur, et sa mère, et sa tante, et la mère de son mari. Toutes, elles font ce qu'elles peuvent, à leur façon, à leur niveau. Le film ainsi oscille entre l'intime (les scènes entre femmes) et le sociétal. Avec beaucoup de finesse et d'intelligence. Se marier, pourquoi ? Dire la vérité, pourquoi ? Où le verbe "aimer" se conjugue de bien étrange(s) manière(s), et ce depuis tellement longtemps...

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