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VOYEZ COMME ON DANSE
de Michel Blanc

Il y a 16 ans (déjà, oui, 2002...) Michel Blanc réalisait Embrassez qui vous voudrez, film choral (d'après Joseph Connolly) avec (notamment) Charlotte Rampling, Karin Viard, Carole Bouquet, Jacques Dutronc, Michel Blanc, et voici qu'aujourd'hui il nous présente Voyez comme on danse (qui vient de la même chanson enfantine), film choral, encore d'après Joseph Connolly, avec (encore notamment)  Charlotte Rampling, Karin Viard, Carole Bouquet, Jacques Dutronc, Michel Blanc, qui retrouvent leurs personnages d'antan, seize ans après. Il s'agit des adaptations de Vacances Anglaises et de sa suite N'oublie pas mes petits souliers*. On retrouve donc les mêmes personnages (mais bon, seize ans après, on a un peu tout oublié...) avec, quand même, des petits nouveaux, notamment Jean-Paul Rouve et William Lebghil (qu'on commence à voir de plus en plus, ce qui me ravit car c'est un jeune acteur que j'apprécie depuis déjà un certain temps - Jacky au royaume des filles, Cherchez la femme, Première année-, que je trouve toujours aussi bon -acteur, je veux dire-, et qui sera d'aileurs au générique des prochains Sébastien Betbeder et Benoît Forgeard / mais bon il ne faudrait pas non plus qu'on se mette à le voir trop, le syndrome Vincent Lacoste, par exemple...).
J'avoue n'avoir aucun souvenir du précédent Embrassez qui vous voulez, mais je trouve Michel Blanc sympathique et plaisant une fois extrait de sa gangue du Splendid et des Bronzés (ce qu'il a d'ailleurs très bien su négocier : Monsieur Hire ou Tenue de Soirée en tant qu'acteur, ou Grosse fatigue / Mauvaisse passe en tant qu réalisateur).
La bande-annonce annonçait du beau linge et des dialogues acérés, et le film (vu hier soir en avant-première avec Isachounette et un ticket orange) tient ses promesses : c'est une comédie chorale, familiale, aux dialogues hyper-écrits (et qui font mouche, Blanc est aussi dialoguiste), aux personnages gentiment foldingues (ou plus ou moins agités du bocal), aux situations attendues mais efficaces elles aussi, bref pour moi ça fonctionne, j'ai ri/souri souvent, et c'est le principal. Car c'est bien ce qu'on lui demandait au film, hein : l'action des zygomatiques. Promesse tenue. C'est réglé comme du papier à musique, les situations s'enchaînent sans temps morts, les rebondissements, les révélations, les coups de théâtre, les catastrophes, les contre-révélations... J'ai passé un très bon moment (même si Isa à la fin ne semblait pas tout à fait aussi enthousiaste ; je lui ai soufflé "C'est parce que c'est un film de vieux...").
Oui, quand on décortique un peu, c'est construit -impeccablement- (on peut parler de mécanique) comme du Feydeau ou du Labiche, à la sauce 21ème siècle (les photos sur les portables remplacent les amants dans les placards). Les portes claquent, rien de nouveau sous le soleil de la dramaturgie conjugale cinématographique, mais bon  tous les acteurs ont tellement l'impression d'être contents d'être là, qu'ils donnent à leurs personnages la capacité d'exister à coeur joie.
Et quel bonheur aussi pour le spectateur d'assister à une "comédie française" qui ne soit ni basse de plafond, ni xénophobe, ni misogyne, ni racoleuse, ni cruchasse, ni débilisante, ni... (je pourrais continuer encore un moment comme ça, et j'ai quelques titres de films en tête que je prendrai bien soin de ne pas citer tant je refuse de leur faire la moindre publicité...). Bref un film de divertissement (qui, c'est sûr, ne révolutionnera  pas la grammaire filmique, mais restons simples) et dont on peut sortir la tête haute.
Mission remplie, zygomatiques dérouillés. et cerveau pas en berne, que demander d'autre? Etre indulgent, peut-être (vu la tonalité des critiques que je viens de lire. A Libé, par exemple, ils devraient se calmer, et, je ne sais pas moi..., tiens, prendre un bon bain de siège à l'eau glacée...)
Bon, ceci dit, il y a un tout petit truc qui me gêne, c'est le personnage du fils de Karin Viard, inexplicablement lisse et parfait, à propos duquel j'ai attendu, jusqu'à la toute fin, un révélation un peu croustillante, ou, du moins, une réponse aux questions qui restent en suspens...

1810259

 

* Plates excuses : je viens de lire qu'en réalité les personnages de ce film-ci sont juste des personnages de Joseph Connolly, mais que les pérpéties scénaristiques ne sont que du Michel Blanc, et ne sont, donc, l'adaptation d'aucun bouquin que ce soit