mercredi 31 octobre 2018

chèque-cadeau

Trois bouquins dont j'avais très envie et que j'ai pu m'offrir tout de suite (sans être obligé attendre qu'ils atteignent le petit prix que j'avais fixé en souhait sur Priceministruche). trois bouquins très différents : un roman court (ou une nouvelle longue), enfin une novella comme disent les Américains), un polar couillu avec une paire de héros que j'aime depuis leurs débuts, et un... euh... recueil de nouvelles, de fragments, d'éclats, d'un écrivain qui me fascine toujours autant, trois bouquins dont le point commun est d'être américains, et donc de parler, chacun à sa manière, des habitants de ce pays.

1) EDEN SPRINGS
de Laura Kasishke

C'est Christine qui m'avait fait découvrir la dame (Rêves de garçons, 2009) et qui m'a donné envie de lire tous ses autres romans. J'aime son goût du malaise diffus, de la cruauté en sourdine, de la manipulation du lecteur (une succession d'incontestables réussites, comme Les Revenants, La vie devant ses yeux, A moi pour toujours, En un monde parfait) et j'étais trop content de la retrouver (elle est désormais publiée chez Page à page, qui a déjà publié d'elle un volume de poésie et un recueil de nouvelles). Soyons franc celui-ci m'a un tout petit poil déçu. Il est question d'un gourou, d'une communauté, de jeunes filles habillées en blanc, et d'une qu'on a  retrouvée morte dans un cercueil qui était censé être celui d'une vieille dame... D'après une histoire vraie. Comme un reportage, en des chapitres très courts, ouverts à chaque fois avec des extraits d'articles de journaux de l'époque. On y retrouve incontestablement la patte (la griffe) de l'auteur, mais on est aussi frustré par ce sentiment de brièveté et de fragmentation (augmenté aussi par le fait, sans doute, que je l'ai, en plus, encore plus fragmenté dans ma lecture d'une page ou deux chaque soir avant de m'endormir).

2) HONKYTONK SAMOURAÏS
de Joe R.Lansdale

Quel plaisir de retrouver Hap & Léonard! c'est le neuvième volume de leurs aventures traduit en France (et je viens de voir qu'il y en a encore au moins quatre qui ne sont pas traduits, deux avant et deux après celui-ci, le bonheur!) que j'ai lus à peu près dans l'ordre (Série Noire, Folio policier, pour les poches, puis Outside/Alphée et Denoël pour les grands volumes) et auxquels j'ai pris à chaque fois autant de plaisir. C'est hénaurme, mais ça fonctionne à chaque fois, imparablement. Une belle paire, oui, de potes : un blanc hétéro et narrateur (Hap Collins) et un black gay (Leonard Pine) qui affrontent des méchants très méchants dans des histoires qu'on pourrait qualifier de jubilatoirement bourrines (on est dans le Texas profond, tout de même), et celui-ci ne déroge pas à la règle : ça commence avec un mec (un sale con) qui tape sur son chien (j'ai toujours un faible pour la façon dont démarrent leurs histoires) et, de fil en aiguille, bien évidemment ça va faire boule de neige, jusqu'à l'affrontement final avec un groupe de tueurs spécialement gratinés... C'est très plaisant à lire, même si l'auteur semble avoir mis la pédale douce (hihi) pour ce qui est de l'intrigue... Joe R Lansdale a le sens de la formule qui fait mouche eet du dialogue qui cingle (qui flingue). Un sacré bonheur de lecture, même si on peut pichenoter en se disant qu'on a le sentiment que ce (gros) bouquin-là est quand même un peu déséquilibré dans son écriture (la mise en route est trèèès longue et le dénouement semble bresque un peu bâclé). Mais bon, c'est hap & Léonard, hein, et on attend avec impatience la suite...

3) LES MARTYRS ET LES SAINTS
de Larry Fondation

Quatrième volume de cet auteur découvert grâce à mes deux blogs "polar" préférés (Actu du Noir et Encore du noir), qu'ils en soient -encore une fois- remerciés. Des volumes assez brefs, d'abord deux jaquettés en noir (Fayard) puis deux en blanc (Lusitala) mais toujours aussi cinglants. Los Angeles, ses quartiers en déshérence, les laissés-pour-compte qui y vivent. Ce qu'ils y font. Des textes brefs, voire très brefs, organisés "thématiquement" par l'auteur, chacun avec son titre, fragments de vies souvent, bien souvent, parfaitement désespérés. Larry Fondation écrit sec, frappe fort. Quand on a lu les précédents on n'est pas dépaysé, on sait à quoi s'attendre, mais cette fois-ci c'est encore plus rude. Encore plus craspec, plus cul, plus violent, plus dégueulasse  (une grande partie du bouquin rassemble des textes autour de personnages de soldats ou de vétérans.)  C'est souvent brutal, mais la façon dont c'est écrit, construit, tirerait souvent, paradoxalement ces flashes du côté de la poésie. Oui oui. Paradoxal, oui, intense, mais toujours avec un certain détachement, une certaine objectivité de la mouise. Incorfortable, tout autant qu'indispensable.

eden springs honky tonk les martyrs et les saints

 

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mardi 30 octobre 2018

désenmménagement

129
L'AMOUR FLOU
de Romane Bohringer et Philippe Rebbot

J'ai beaucoup de tendresse envers ce cinéma "poreux" entre le vrai et le presque vrai (ou le pas tout à fait vrai), entre le vécu, le filmé et le raconté : ici la réalisatrice et le réalisateur portent le même nom que leurs interprètes principaux (et vice-versa, c'est normal ce sont les mêmes), leurs enfants pareil (ce sont les leurs) leurs familles idem (il y a un tel air de famille entre Philippe Rebbot et son père que j'ai cru que c'était lui qui jouait les deux rôles!), et leur histoire aussi. Leurs histoires, plutôt. Un couple qui se sépare, et déménage pour mieux remménager, l'un tout près de l'autre, de part et d'autre, avec les enfants juste au milieu (un "sas" ou un "espace" c'est selon), la porte de droite c'est Maman, la porte de gauche c'est Papa. Et la vie continue, ensemble/séparés. La situation est déjà originale et plaisante, et ce que vont en faire les "Rebbohringer" (ça n'est pas de moi) la rend encore plus tout ça
Il y a grosso modo trois parties, l'"avant", le "pendant" et l'"après" (la construction de ce fameux appartement) et chacune apporte son lot de sourires, de surprises, d'agréements et de désagréments, et ça fait du bien de voir la belle énergie avec laquelle ces deux-là se démènent.
Avec le directeur de l'école et son idée fixe de cheveux, avec leurs psys respectives (là, par contre, ce sont des actrices qui les interprètent, on sort un peu du vrai de la vie), avec l'architecte fantasmatique (une scène que j'adore, où j'ai vraiment beaucoup ri, avec Romane Bohringer), avec le chien qui pue de Philippe R., avec les nouveaux voisins qui voudraient bien un bébé, avec même une "vraie" femme politique (que j'avoue, à ma grande honte, que je ne la connaissais point), Clémentine Autain (oh oh dont ouikipédioche m'apprend qu'elle est la fille de Dominique Laffin et d'Yvan Dautin... alors ça...), sans oublier le monsieur qui promène son chien et qui a ses théories sur l'éducation canine (Réda Kateb, grandiose), ni celui qui vérifie les stores (un court passage de ce cher Riton Liebman, aimé depuis Je suis supporter du Standard...), chaque rencontre, chaque croisement est prétexte à une bifurcation, une scène drôle, parfois juste le sourire, et souvent le beau gros rire...
Qu'est ce que c'est bien! Qu'est ce que ça fait du bien!
Ca aurait pu être lourdingue, complaisant, égoïste, nombriliste... Il y avait de quoi, sauf que pas du tout. c'est fin, inattendu, aimable, folâtre, brindezingue...
Et j'adore cette façon de brouiller les pistes : se (re)mettre à deux pour faire un film qui raconte comment on s'est s'aimé et on ne s'aime plus de la même façon, n'est-ce pas, justement, une façon de dire que peut-être "s'aimer" ça peut être vécu autrement. (et toutes ces différentes façons, justement, de l'envisager, le film ne parle pas d'autre chose...

Un film tendre (très tendre) drôle (très drôle), bref un vrai bonheur de film.

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lundi 29 octobre 2018

bienvenue aux lendemains

128
COLD WAR
de Pawel Pawlikowski

J'étais resté sur le souvenir de l'émerveillement produit par Ida (), en 2014. Et j'ai donc couru voir celui-ci dès la première séance, sans en rien savoir du tout, avec les copines Emma et Dominique, dans la salle 3 de notre cher Victor-Hugo. Tranquilles, au dernier rang (pour ne pas recevoir des coups de genoux dans le dos) même si quelques vieilles sont venues en ribambelle perturber notre quiétude en voulant s'asseoir aussi en ce même dernier rang. Mais passons sur les fâcheuses.
Plastiquement, le film provoque la même sidération qu'Ida (même format, même sens du cadrage, de la composition) pour un sujet un peu différent (quoique). L'histoire est cette fois centrée sur un couple (une chanteuse blonde et un musicien brun, Joanna Kulig et Tomasz Kot, tous les deux délicieusement délicieux) du genre que je préfère, celui  du "ni avec toi ni sans toi", qu'on va suivre de de 1949 (le moment de leur rencontre) jusqu'à quasiment quarante ans plus tard, quand la boucle est bouclée. En Pologne, puis à Berlin, puis en France, puis re-en Pologne. Un couple dont le réalisateur affirme que l'histoire est inspirée de celle de ses parents (à qui le film est d'ailleurs dédié).
Un film qui chante beaucoup (toutes les premières scènes, par exemple, j'en étais très étonné) et qui danse (presque) tout autant, et même qui jazze (même si, justement, vous devez commencer à le savoir, ce n'est pas là mon genre musical préféré...), et c'est drôle (et attendrissant) de voir comment les temps changent (et les lendemains qui (dé)chantent) avec l'évolution d'un chanson (celle qu'on peut appeler "Oy oy oy", qui démarre à l'ouverture du film en refrain folklorique pour choeur de vierges aux joues rouges au grand air pour finir (à la presque fin de l'histoire) en standard vinylique germanopratin (voluptueux  et enfumé.)
Le réalisateur parle d'amour, mais, comme dans Ida, il parle -d'abord-  de la Pologne, du communisme, de la guerre froide, de l'histoire, de la politique, c'est la trame de ce qui aurait pu être un mélodrame étriqué (convenu) mais qui par son sens de l'ellipse et par la grâce de sa mise en scène épurée (sans esbrouffe) devient une grande et belle et touchante chronique (le dernier plan est beau à tomber, et il y aurait d'ailleurs tout un beau travail à faire sur les sorties de cadre dans les films de P.Pawlikowki...) au lyrisme tenu (ténu ?). L'Amour , l'Histoire avec un grand H, mais aussi, surtout, celle d'un couple qui se forme, se déforme, se distend, s'éprend et se déprend, au fil des ans et des lieux, et des élans de chacun des deux.
Et puis ne boudons pas le plaisir de retrouver, dans la partie française, "la" Balibar (notre Jeanne -cocorico- Nationale, que je n'ai d'ailleurs pas identifié à sa toute première scène), mais, également, Cédric Khan (dont j'ai dû attendre jusqu'au générique de fin pour retrouver le nom) que j'aime décidément beaucoup comme acteur même si j'ai du mal à reconnaître.
Le film est bref (moins d'1h30, générique compris) et c'est juste parfait comme ça. On ne pourra pas l'accuser d'en faire trop.
Avec Dominique et Emma, nous sommes sortis tous trois  parfaitement ravi(e)s.
Une incontestable perfection formelle (même si l'histoire est peut-être un peu en deça de celle d'Ida)
Je n'ai pas pu m'empêcher de jeter un oeil sur les critiques, dont j'étais certain que quelques-un(e)s allaient m'énerver. Bingo. Une fessée pour le nouvel *bs, d'habitude mieux inspiré ("Un film de misanthrope drapé dans un romantisme factice") et une pour les Cahiaîs -j'allais dire "bien sûr", tellement ils ont le don, à chaque numéro, de m'énerver plusieurs fois- ("Cold War fait partie d’une vague « rétro » fleurissant actuellement en Pologne marquée par un retour quelque peu nostalgique à la période de la guerre froide. Ce cinéma vintage met l’accent sur la reconstitution soigneuse de l’atmosphère de l’époque d’avantage que sur l’analyse politique. Le film de Pawlikowski ne déroge pas à la règle.")
Pffff...

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Ah tiens, si... Si je peux me permettre, j'en aurais bien une petite, de critique : quelle idée de traduire "en français" le titre polonais original par Cold War... A mon avis, il y avait mieux à faire...

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mercredi 24 octobre 2018

y avait un makabe...

127
INVASION
de Kyioshi Kurosawa

Quand j'étais plus jeune et que je lisais de la science-fiction, j'ai toujours eu un faible pour les histoires de fin du monde et d'invasion extra-terrestre, et quand j'ai pu en voir au cinéma, évidemment, je m'y suis précipité. J'ai pu voir, dans le désordre, les différentes versions de Body snatchers (idiotement traduit par "profanateurs de sépulture", alors qu'on n'en voit pas la queue d'une -de sépulture- maiscomme beaucoup d'autres idioties, celle-ci est passée à la postérité), celle de Philip Kaufman en 1978, puis un peu plus tard l'original, de Don Siegel, en noir et blanc (1956) tard un soir au ciné-club je pense, et enfin le remake d'Abel Ferrara en 1993 et vu le résumé, je pensais que ce film-ci en était plus ou moins un...
Pas tout à fait.
(Invasion est quand même un remake, celui du film précédent de Kurosawa, Avant que nous disparaissions, qui était l'adaptation de la pièce de théâtre du même nom, sauf que le réalisateur a changé de point de vue, les aliens dans le premier, les terriens dans celui-ci)
S'il y a bien des extra-terrestres qui prennent progressivement possession (belle allitération postillonnante) des humains, ils ne le font pas via les cosses de haricots géantes qui m'avait tant impressionné dans les "body snatchers" précédents oh les délices de la s-f parano des années 50!), simplement (au début du film en tout cas) ils les déshumanisent, ils leurs volent des concepts en leur appuyant le doigt sur le front, en dépossédant ainsi leurs propriétaires (une jeune fille, ainsi, ne reconnaît plus son père, puisqu'on lui a pris le concept de "famille"). "On" c'est surtout un homme, Makabe, chirurgien nouvellement arrivé dans l'hôpital où travaille Tatsuo, le mari de l'héroïne, Etsuko. Etsuko réalise que les gens autour d'elle sont en train de changer (normal, on leur vole leurs sentiments) et qu'il ne s'agit que de la première étape de la véritable invasion. tatsuo sert de "guide" à Makabe, en lui fournissant des proies auxquelles il peut vider la tête (mais qui servent en réalité à assouvir de mesquines vengeances de la part de Tatsuo). mais ce sera bien, me semble-t-il, le seul alien qu'on verra dans le film.
Le film est le remontage d'une série télé de 5 épisodes, ce qu'on ressent un peu au niveau du montage (et de la durée aussi). Si le début est vraiment efficace et anxiogène, les enjeux narratifs se diluent un peu ensuite, et la fin carrément, (je trouve), tire en longueur. J'ai toujours la même réserve vis-à-vis de fils de KK : un je-ne-sais-quoi qui m'empêche d'adhérer complètement au projet (c'était déjà le cas dans le précédent Creepy), dans l'esthétique, peut-être, avec cette lumière volontairement moche et froide, dans la construction aussi, avec cet effritement des enjeux dramatiques et leur progressive mise en sur-place ou quasiment.
Mais j'aime énormément le parti-pris d'un fantastique "à l'ancienne", sans aucun effet spécial ou presque, où ce qu'on ne voit pas pourrait être bien plus terrifiant que ce que le réalisateur nous montre, où l'amour triomphe -dans une certaine mesure- et où certaines répliques m'ont donné envie de les retenir ("J'avais sous-estimé la force de l'amour..." ou  "Jamais un extra-terrestre ne tomberait dans un piège aussi grossier"), sans oublier la noirceur foncière du constat (Kurosawa n'est pas un optimiste, et il a bien raison).
Et il faut reconnaître qu'il est super-doué pour foutre la trouille.
Catherine, qui l'a vu avant moi, m'a dit s'être un peu endormie au début, moi ce le fut plutôt vers le milieu : à nous deux, on devrait pouvoir se reconstituer le film en entier (mais je continue de penser que les 2h20 n'étaient pas indispensables...)

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lundi 22 octobre 2018

comme si le coeur sortait

126
LE GRAND BAL
de Laetitia Carton

C'était la soirée d'ouverture de saison, avec le film qu'on offre à nos adhérents (mais qui nous est facturé par l'esploitant, faut pas rêver non plus...), avec, cette année, une fois n'est pas coutume, un doc. Mais quel doc... Et si le bonheur était dans la salle, sur l'écran, il le fut aussi, après la séance, dans le hall du cinéma, puisqu'un groupe ami (Akan) s'y était installé pour, lui aussi, (nous) proposer un grand bal, et donc ça guinchait, ça tournait, ça virevoltait, avec un plaisir manifeste et des sourires grands comme ça.
J'avoue que j'étais, avant le début du film, un tout petit peu sceptique sur l'intérêt de la chose : un documentaire sur des gens qui se réunissent tous les ans, à 2000, pour passer une semaine à danser ? Mouais me disais-je... Et j'ai d'ailleurs continué à avoir un (tout petit) peu peur, au tout début du film : on y voit, effectivement, des gens qui dansent, la logistique du festival, les cours, les bals, les boeufs... Des gens qui parlent de ce festival, de la danse, de la façon dont ils vivent l'événement.
Et, comme une danse, justement, ça se met en route, tout doucement, à petits pas, mine de rien, et puis ça prend de l'ampleur, de l'espace, de la vitesse. De la force. Tiens, comme Le beau Danube Bleu, au début c'est calmos et riquiqui, comme si les musiciens (comme si les danseurs) prenaient le temps de s'accorder, de se mettre dans le bain, et puis ça prend de l'ampleur, ça accélère et ça tourbillonne majestueusement, à profusion, de plus en plus, comme si ça n'allait jamais s'arrêter.
Et c'est comme ça que Laetitia Carton a construit son film. Plus on avance, plus on danse, et plus ça devient passionnant. Moins il y a de mots et plus il y a de corps, de mouvement, d'énergie. Et de cinéma. Il y a dans ce Grand bal des scènes sublimes, ma préférée (la première) étant peut-être -paradoxalement- celle qui est centrée sur un couple, quasiment immobile au milieu de la piste, enlacé, les mains de la femme tenant le dos de son cavalier, tandis qu'au fond, en flou, ça s'agite joyeusement. autour d'eux, d'abord sur une musique "rapportéé", puis le son descend progressivement jusqu'au silence complet -un moment éblouissant- avant que la réalisatrice ne rende à la scène son son d'origine, et c'est comme si, à partir de ce moment, le film (pour moi) avait véritablement pris son envol. Oui, à partir de ce moment le pari est gagné, j'étais conquis, séduit, enthousiasmé. Une danse où ne sont filmés que les pieds, En surface par Etienne daho et Dominique A, un monsieur qui signe les consignes d'une danse, un gros plan sur deux mains jointes d'un couple en train de tourner follement, un grand cercle collectif avec des pas en avant puis en arrière, qui pourrait ne jamais s'arrêter, tout passionne, attendrit, émerveille, ponctué (accompagné) par la voix-off de la réalisatrice qui vient presque chuchoter à notre oreille des choses douces et tendres...
Ce qui est frappant (et qui s'est ensuite vérifié dans le hall, "en vrai") c'est la joie qu'on peut lire sur tous les visages de ces danseurs, l'incroyable sentiment de communauté, de partage, qui se dégage de ces corps en mouvement. Ca donnerait presque envie de s'y lancer, de les rejoindre (et le film m'a permis d'éclaircir un peu le rapport compliqué que j'ai personnellement avec la danse (celle qu'on pratique, pas celle qu'on regarde) : danser c'est toucher, accepter d'être touché, et c'est sans doute pour ça que je n'y suis pas très à l'aise...)
Un beau moment de liesse cinématographique à regarder, en tout cas.

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jeudi 18 octobre 2018

l'éclipse, mon cul!

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LE JEU
Fred Cavayé

J'ai voulu y aller pour Grégory Gadebois (ce nounours-là je l'adore), et j'ai donc profité de l'avant-première -inhabituelle- du lundi (d'hab' c'est plutot le lendemain avec un ticket orange, mais demain, justement, c'est la nôtre, d'avant-première). L'idée semblait sympathique : pendant un diner réunissant 3 couples + 1 tout seul, dont les hommes sont des amis d'enfance, un jeu est proposé : tous les participants posent leur portable sur la table et tout ce qui arrive pendant le repas (appel, sms, photo) devra être montré aux autres, et partagé par tous. C'est aussi, accessoirement, le moment d'une éclipse de lune (et on n'arrête pas de nous répéter, à la télé que "pendant une eclipse de lune, tout peut arriver..."). Hin hin bonjour la groooosse ficelle scénaristique. "Attention il va se passer quelque chose d'extraordinaire!" ok, on est prévenu, on attend, on est suspendu, comme les personnages, à la moindre sonnerie de portable, puisque, visiblement, le repas n'est pas passionnant (pour les convives).
Et ça commence à sonner. Et les petites histoires des un-e-s et des autres remontent à la surface les unes après les autres, comme des bulles de méthane à la surface d'un marigot (celle-là, -plop!- elle m'est venue comme ça), les petits secrets, les petites coucheries, les petites cachotteries (on est dans une optique résolument boulevardière) : qui se fait refaire les seins, qui voit une psy, qui a visité un hospice, pardon, une résidence, qui offre des boucles d'oreilles et à qui, qui est enceinte, qui reçoit des photos de cul, qui a enlevé sa culotte au début du repas (ça on le savait déjà, on l'a vu), et, -finalement- qui est pédé, tandis que le repas se délite de plus en plus et que l'ambiance devient de plus en plus délétère. On est insensiblement passé de "comédie" à "dramatique", mais toujours option cul et coucheries.
On avait démarré façon un dîner presque parfait et on se retrouve devant Strip-tease. Ou presque. Toutes et tous, ils sont graves. Sept personnages, trois femmes (Bérénice Béjo, Suzanne Clément, Doria Tillier, chacune très bien dans son registre) et quatre hommes (Stéphane de Groodt, Vincent Elbaz, Grégory Gadebois et Roschdy Zem, pareils, chacun son genre, mais vous savez vers lequel penche mon coeur) et sept téléphones pour un huis-clos façon Jeu de massacre. On s'y prend, au jeu, on accepte les ficelles, on ferme les yeux sur les facilités, on apprécie le montage (chaque scène a été re-tournée sept fois, chacune pour les réactions de chaque personnage). Oui, on joue le jeu (même si la partie semble de plus en plus truquée et prévisible).
Jusqu'à ce qu'un artifice scénaristique absolument innommable (injustifiable) ne vienne changer tout ça.
Pour une fin aussi inacceptable qu'incompréhensible. 
Oui, l'éclipse mon cul.

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mercredi 17 octobre 2018

assis sur le toit de la voiture

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DOVLATOV
d'Alexei Guerman Jr

Je suis penaud : j'ai terriblement dormi, et ai donc manqué (par petites tranches) au moins les deux-cinquièmes du film (pour ne pas dire la moitié) donc c'est difficile d'être objectif pour le chroniquer. Dovlatov est un "vrai" écrivain soviétique (même s'il est inconnu par chez nous, comme on dit ici) et le film raconte quelques jours de sa vie, en 1971 (au moment, comme il le dit lui-même, en voix-off, "du re-gel, juste après le dégel"). Dovlatov écrit et veut publier, mais le "pouvoir" non seulement ne le lui permet pas, mais fait comme s'il n'existait pas (comme on le lui dit au début "si tu n'as pas ta carte, tu ne seras jamais publié...") et donc Dovlatov fait ce qu'il peut pour vivre.
On suit donc quelques jours de sa vie, filmés en amples plans-séquences (j'étais étonné de découvrir que le film était en couleurs) aux couleurs un peu passées, un peu fanées, comme dans un salon un peu vieillot où la poussière au fil des ans se serait accumulée et donnerait envie d'éternuer. La reconstitution est très soignée, les plans-séquences très chorégraphiés (calligraphiés) et le personnage de Dovlatov est attachant (et encore plus via l'incarnation qu'en donne Artur Beschastny, toute en rondeur bonhomme, en apparence tout du moins) voilà donc a priori réunis tous les ingrédients nécessaires pour faire un bon biopic, destructuré juste ce qu'il faut et hagiographique juste ce qu'il faut aussi...
Mais bon voilà, j'ai dormi et je le regrette.

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mardi 16 octobre 2018

rimbaud

123
SAUVAGE
de Camille Vidal-Naquet

Il y a des films, comme ça, qui vous vous prennent au dépourvu. Qui vous coupent les pattes, qui vous retournent l'estomac, qui vous fendent le coeur. Et vous donnent l'envie, le besoin, impérieux, d'un petit remontant. Quand je suis sorti de la salle, je marchais à petits pas, tellement j'étais désorienté. Le plan final est en même temps infiniment doux et infiniment terrible. Il y a des films, comme ça, qui vous font sortir les larmes avec effet-retard.
Sauvage (dont je n'ai compris qu'à la toute fin dans quel sens on doit prendre le qualificatif) m'a secoué. En tant que spectateur, d'abord, en tant que mec ensuite, et aussi en tant que gay, et in fine en tant que vieux. Boum et boum et boum et boum, comme quatre déflagrations simultanées (j'aurais pu en ajouter une cinquième, mais je ne suis pas sur du mot, en tant qu'aimant, ou aimeur, ou  amoureux, le fait d'aimer, quoi... la façon d'aimer, plutôt).
Mais revenons au commencement : dans la première scène, le jeune Léo (Félix Maritaud l'interprète et est absolument ahurissant dans le rôle) passe un examen médical, dont la suite nous révèlera qu'il n'était pas exactement ce qu'on croyait voir (il y en aura deux autres dans le film, vers le milieu et vers la fin, avec des médecins différents, qui seront à chaque fois aussi touchants, mais pas pour les mêmes raisons). On comprend que ce jeune homme se prostitue, qu'il pratique son job avec un certain enthousiasme, en extérieur (à l'entrée d'un bois), en compagnie d'autres tapins, dont un qu'on va vite connaiître un plus en détail, Ahd (Eric Bernard, très impressionnant). Léo aime Ahd (le mot ne sera jamais dit) mais la relation entre les deux jeunes hommes est très particulière, instable : Ahd refuse tout signe extérieur d'affection et se sert plus volontiers de ses poings (que ce soit pour rabrouer Léo ou, au contraire, le protéger). Et tous les deux rejouent le fameux ni avec toi ni sans toi, qui m'a déjà apporté tant d'émotions au cinéma.
Le film pourrait passer pour un documentaire, on suit Léo (il est de tous les plans) quand il tapine, quand il attend le client, quand il baise, quand il danse (très impressionnantes -et électro- scènes de clubbing), quand il se défonce (au crack de préférence), quand il dort dehors, (oui, son quotidien est plutôt rude) mais aussi quand il va avec ses copains tapins faire un break pour regarder s'envoler les avions, quand il vole une pomme à l'étal d'un épicier (irascible), ou quand il s'endort dans les bras de Ahd (après que celui-ci l'ait rabroué parce qu'il se branlait contre son cul : "On n'est pas des animaux...") ou même ceux d'un client, un vieux bibliophile solitaire... Car Léo envisage son "métier" d'une façon bien particulière, moins pour l'argent que pour le sexe, ou, mieux, le contact humain (s'endormir dans les bras de quelqu'un) la chaleur. Il y a quelque chose de candide, d'enfantin presque, dans son attitude, dans sa façon d'être seul et de le vivre simplement.
Le film est sans concession, dans la crudité de ses dialogues et dans la frontalité avec laquelle il aborde les scènes "physiques", (où le réalisateur pousse même parfois le bouchon un peu loin, au sens propre, vous comprendrez en voyant le film, une scène qui m'a fait me cacher les yeux comme un film d'horreur). Mais il est honnête (le film) dans sa façon de montrer la vie ce ce mec, de ces mecs. la circulation du désir (et de l'argent aussi).
La vie jusque là cahin-caha de Léo va devenir encore un peu plus difficile lorsque Ahd (qui se définit comme "même pas pédé, et qui compte bien ne pas sucer des bites toute sa vie") se "range" en se maquant avec un vieux. Et envoie bouler Léo, une fois, deux fois... Léo a du mal à combler ce vide, et de plus en plus de mal, même. Même si le terme d'amour  ne sera jamais reconnu, par aucun des deux.
Par imitation, pourrait-on dire, Léo recontre lui-aussi un "vieux", Antoine, qu'il commence par rejeter  ("parce que t'es vieux, parce que t'es moche, parce que je t'emmerde..."), avant que d'être, un peu plus tard, carrément sauvé par lui. Mais les choses ne sont pas si simples, et les projets jamais si sûrs...
Oui, Sauvage est un film d'amour. Et avec un des plus beaux personnages masculins récemment vus au cinéma.
Et une affiche magnifique.

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lundi 15 octobre 2018

such a perfect day

Une belle journée.
Juste une belle journée. Il n'y en a pas tant que ça, finalement, des journées qui sont belles de a jusqu'à z, des journées dont on sait, juste après, qu'on s'en souviendra en se disant "Oui, c'était une belle journée..." Le vendredi 11, mon téléphone m'affichait l'alerte "Foire aux livres" sur mon agenda, il aurait pu tout aussi bien clignoter "Belle journée!". (mais ça, on ne le sait qu'après coup).
Des jours, comme ça, où tout va bien, d'un bout à l'autre, depuis le moment où on s'est réveillé jusqu'à celui où on va se coucher, (en lisant,comme d'hab', quelques pages de Honky-tonk Samouraïs de Joe R.Lansdale.)
Simplement le plaisir de faire des choses qu'on aime (tout seul ou avec des gens qu'on aime). Le matin devant l'ordi, à peaufiner la prochaine programmation et les dépliants Semaine Italienne et Mois du doc. Après, repas au FJT, avec Isa et Milo, comme chaque jeudi (avec cette évocation des jeux auxquels on jouait -ou pas- quand on était petit(e) : les quatre coins, 123 soleil, Je déclare la guerre...). Ensuite on est partis pour Belfort direction la Foire aux Livres, dans la voiture de Marie, en y amenant pour la première fois avec nous Catherine, pour qui c'était encore une "première fois" de retraite... Soleil, ciel bleu.
Une équipée rituellement joyeuse, sans oublier le rituel passage à Montbéliard pour faire le plein en GNV, puis on s'est garé à l'entrée du parking (sans poteau trop proche), avant que d'entrer à l'Atria où nous nous sommes séparés, chacun vaquant à ses petites affaires. Dans un premier temps j'aime engranger les livres dans mon cabas, je pars sans liste, mais avec quelques noms en tête, et je farfouille dans les rayons, plus ou moins systématqiuement, avec des pauses, des bifurcations, des changements de salle, des farfouillages dans les cartons qui sont dans le couloir, un parcours fait de trouvailles inattendues, d'espoirs un peu déçus -finalement c'est comme chez Noz, il ne faut pas y aller en voulant quelque chose de précis, en général c'est les autres choses qu'on trouve...- où on se croise aussi, plusieurs fois, avec Marie et Catherine, on se conseille des livres, on s'interroge, avant que de s'asseoir, vers la fin, pour faire le tri, et les comptes. Garder celui-ci, reposer celui-là, repartir parce que ça nous a fait penser à untel qu'on n'avait pas encore pensé à chercher.
Jusqu'au passage en caisse (on était tous entre 30 et 40€) et le besoin impérieux -au moins pour Catherine et moi- d'une bonne bière fraîche (en terrasse si possible, souhait des filles, et pas trop loin, mon souhait à moi) et on finit par atterrir au bar qui fait le coin avec l'affichette "ni bonnets ni casquettes" qui nous avait fait tiquer les années précédentes quand on passait devant.
Encore un plaisir simple, boire une bière assis en terrasse (les filles avaient raison) en prenant le temps de parler de tout et de rien, sans trop prêter attention aux blondinettes qui jacassent à la table à côté. Et repartir avec un verre Leffe donné par le ptron (qui n'vait pas voulu me vendre le grand).
Puis trajet-retour avec la nuit qui vient, Catherine nous propose pour le goûter des gaufrettes faites maison par sa maman, dont je me régalerai jusqu'à la dernière miette. On écoute un mix fait par Marie et on arrive, à la nuit tombée, chante des chansons de quand on était plus jeunes...
On se dit au revoir, chacun rentre chez soi, et je réalise qu'il est presque huit heures, le temps de repartir pour aller voir Sauvage au cinéma. Qui me fera beaucoup d'effet.
Oui , une belle journée...

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dimanche 14 octobre 2018

amende honorable

j'étais tout à l'heure
Et ça m'a fait un drôle d'effet.
J'ai, comment dirais-je..., un peu "culpabilisé"...
J'ai détesté le dernier film de ce monsieur, Climax, et je me suis laissé aller au plaisir de le descendre.
Et là je tombe sur un homme qui ne ressemble pas vraiment à son film (ou plutôt à qui son film ne ressemble pas vraiment), un bonhomme attachant et qui parle de films et de réalisateurs qui le touchent, et qui me touchent aussi (en gros, ça va d'Alain Cavalier à Harmony Korine). Ce mec est cool...
Alors je suis un peu embêté, jeme dis que j'ai peut-être un peu chargé la mule, ou qu'il y a un truc que je n'ai pas compris, ou que je suis passé à côté de quelque chose...
Bref, ça me perturbe un chouïa... Et j'ai envie d'en savoir un peu plus sur lui.
Histoire de me (re)faire une idée...

gaspar noé


Dans la même série, on trouve Jacques Audiard (), plutôt plaisant et Quentin Dupieux () qui lui au contraire, même s'il a une belle grosse barbe, l'est moins (plaisant), hélas (il est très cassant avec pas mal de films que j'aime, mais bon, il avoue quand même "chialer devant Totoro...")...

Posté par chori à 06:20 - - Commentaires [0] - Permalien [#]