130
LE GRAND BAIN
de Gilles Lellouche

(par ordre alphabétique) Mathieu Amalric, Jean-Hugues Anglade, Guillaume Canet, Alban Ivanov, Philippe Katerine, Félix Moati, Benoît Poelvoorde, Balasingham Thamilchelvan, Jonathan Zaccaï, pour les hommes,
Leila Bekhti, Mélanie Doutey, Virginie Efira, Marina Foïs, pour les femmes,
si ça n'est pas un casting de malade(s), ça, hein... Plus les trèèès bons échos glanés ça et là chez celles qui avaient eu l'occasion de le voir (Zabetta à Cannes, Isa à l'avant-première, Emma à Gray), je piaffais donc d'impatience, et ce samedi après-midi pluvineux (enfin! la pluie! alleluïa!) m'en donna -tout de même- l'occasion, après pourtant moultes indécisions hésitations et tergiversations (à tel point que j'ai manqué les premières images du film...)
Soient sept mâles d'âge moyen (entre trente quelque-chose et cinquante-quelque chose) qui se retrouvent à la piscine pour des entraînements de natation synchronisée masculine (la dernière fois que j'ai vu de la natation synchronisée au cinéma, c'était dans le très beau La naissance des pieuvres, de Céline Sciamma, mais c'était avec des jeunes filles en fleur, notamment Adèle Haenel quand elle était encore toute petite... alors jugez plutôt du contraste avec notre brochette d'impétrants -je n'ai pas dit impotents, hein-). Sept mecs moyens, à l'apparence moyenne, aux vies moyennes, (on s'attachera plus en détail à la vie de quelques-uns d'entre eux, presque tous en effet, et je ferai une petite critique à cet égard : pourquoi Alban Ivanov -pour lequel j'ai une grosse tendresse, depuis Le sens de la fête, notamment- et Balasingham Thamilchelvan n'y ont-ils pas droit autant que les autres, hein, Gillou?).
Déjà rien que ça c'est drôle de les voir, comme ça, au bord de la piscine, maillot, serviette, bonnet de bain (rien qu'en soi, le bonnet de bain est déjà un élément comique) avec leurs corps moyens (mais si attendrissants), le bidon, les poils, la dégaine, la... bonhomie...  oui, attendrissants.
Chacun avec ses problèmes de trentenaire/quarantenaire/cinquantenaire : le job, la dépression, la faillite, les (dés)illusions, le manque d'amour, de reconnaissance, d'estime de ses enfants, bref il les cumulent, ils les accumulent, les merdouilles du quotidien (mais je suis quasiment certain qu'en prenant, au hasard, un échantillon de sept spécimens mâles dans la salle -qui était ma foi fort bien remplie, il semblerait que le film a très bien démarré et j'en suis heureux pour son réalisateur, Gilles Lellouche, dont je m'aperçois que je n'ai pas encore parlé*- on arriverait peu ou prou au même échantillonnage de cabossages et d'emmerdes divers(es)), et -je termine ma phrase- ce "créneau" d'entraînement est aussi pour chacun d'eux prétexte à un moment d'échanges et de partage, en un "effet de meute" qui me ravit (j'adore être spectateur du laisser-aller des mecs entre eux)...
Il s'agit aussi d'un feel good movie (et dieu sait si vraiment j'adore ça) et donc on sait on devine on se dit depuis le début que, quelques calamiteuses que soient leurs prestations aquatiques, malgré les cachetons, les engueulades, les brimades, ils vont -bien sûr- la gagner, cette fichue médaille...
Avec l'aide de leurs deux entraîneuses successives (aussi épatantes l'une que l'autre, Virgine Efira en ex-championne alcoolique anonyme qui leur lit du Verlaine aux entraînements et Leila Bekhti en version féminine de l'adjudant de Full métal jacket en chaise à roulettes qui leur hurle dessus en les faisant marcher à la badine).
On aura assisté, parallèlement à la préparation à l'ultime compétition (mmmmh tous ces hommes en maillot venus du monde entier...) à la reconstruction (la réparation) de quelques histoires personnelles, quelques trajectoires individuelles - feel good movie oblige- et ça aussi,(midinet un jour midinet toujours), ça participe à la jubilation générée par le film.
(Et ils la gagnent, au terme d'une séquence superbe où le spectateur est aussi noué qu'eux sont concentrés, une séquence joliment construite -on tremble vraiment avec eux en temps réel- puis finement désamorcée, (on zappe les résultats) puis réamorcée ("On a gagné!"), et suivie par une série de plans "conclusifs" hautement réjouissants, style "la médaille, elle est importante juste pour celui qui la gagne...")
Ce qui fait peut-être le plus plaisir, surtout de la part du réalisateur, c'est ce désamorçage (ce dynamitage) du mythe de la virilité testostéronée et surpuissante, nos super-héros en seraient ici plutôt des sous, sous l'eau, je veux dire bien sûr, mais quel bonheur de les y voir (et au-dessus aussi). Question SSTG**, j'y ai d'ailleurs -malicieusement- plaisir, pas de QV (le film est très pudique là-dessus) mais tout un arsenal de plans qu'on pourrait qualifier d'"homo-érotiques" (odalisquets alanguis en sauna, chorégraphies aquatiques sous-marines à hauteur de maillots...) délicieux.
Le film est siglé "grand-public" et c'est une encore meilleure chose de valoriser ces monsieurs tout le monde capables de ganer et de s'illustrer à la face du monde -et en tire fierté- par ce qui est défini -Zaccaï ici joue le candide beauf beauf surbeauf, l'"observateur moyen"- comme un "sport de tafioles, de tarlouzes, de gonzesses"... Allez les gars!
Un film ultra-réjouissant, donc, une excellente surprise revigorante de ce début d'automne.

5186667

2636278
(j'aime beaucoup les deux affiches)



* Gilles Lellouche, je l'ai d'abord beaucoup aimé comme acteur (il m'avait beaucoup impressionné dans Ne le dis à personne), viril viril, quoi,  les mâchoires, les muscles, les poils, la barbe de trois jours, limite bourrinus bourrinans en tant que spécimen, qui par la suite m'a un peu déçu en enchaînant des films qui ne m'attiraient pas forcément (et que je ne suis pas allé voir) ; en tant que réalisateur, je n'ai pas voulu voir Les Infidèles, le film qu'il a co-réalisé à seize mains, pour suspicion de relents homophobes, mais celui-là, allez savoir pourquoi, je voulais vraiment m'y plonger... Et j'ai bien fait! Et me voilà réconcilié avec ce Gilles-là...

** : Sous-sous-texte gay