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EN LIBERTÉ!
de Pierre Salvadori

Enthousiasmant!
J'adore sortir comme ça d'un film (et ce n'est pas si fréquent). Radieux, comme flottant au-dessus d'un petit nuage. Avec Catherine et Marie, on y est allé le premier jour, dès la première séance, dans le bôô cinéma. Et on en est sortis tous les trois dans le même état. Ce qui est plutôt bon signe.
Adèle Haenel, Pio Marmaï, Audrey Tautou, Damien Bonnard composent le quadrille de choc de cette histoire (avec Vincent Elbaz en joker dans sa propre bulle fictionnelle, son film dans le film). Soient Yvonne, une fliquette veuve depuis deux ans de Jean, un flic qu'elle croyait modèle, Antoine, un innocent tout juste libéré après après huit ans de prison, Agnès, sa femme qui l'a attendu pendant huit ans, et Louis, flic aussi, collègue d'Yvonne, ex-collègue de jean et amoureux d'Yvonne. Yvonne  qui apprend accidentellement que Jean n'était pas le superflic dont elle raconte les aventures à son fils chaque soir pour l'endormir, mais un sale ripou, qui a notamment envoyé un innocent en prison. Elle décide donc de tenter de réparer un peu les choses (de veiller sur Antoine et de lui venir en aide...) mais les choses ne vont pas être aussi faciles...
Le film démarre pleins gaz, avec une scène d'action survitaminée (et surenjolivée), une intervention policière pétaradante comme un quatorze juillet (qui reviendra plusieurs fois dans le film, avec de jouissives variations sur le motif) introduisant le personnage de Jean, puis enchaîne sur une scène de comédie dans un commissariat (présentant Yvonne et Louis, au milieu de toute une pittoresque faune encuirée et masquée raflée dans un bordel sm), avant de poursuivre (bifurquer) sur Antoine sortant de prison et revenant chez lui, pour une scène sublime d'émotion avec Agnès, sa femme (qui m'a mis oui oui la larme à l'oeil). Avant de redémarrer à fond les manettes en zigzaguant, en vrombissant (mais je ne vais pas tout vous raconter hein.). Ca ne va plus s'arrêter. L'"action", l'humour, l'émotion, Pierre Salvadori va jouer (superbement, subitilement) de ces trois curseurs, qu'il poussera plus ou moins loin, pour construire son histoire.
On a vu à peine dix minutes de film et on est déjà passé par tous les états. Et ça ne fait que commencer...
Pierre Salvadori (qu'est-ce qu'on l'aime cet homme) a façonné un bijou de comédie noire, ciselé les dialogues, poncé les situations au papier de verre double zéro (le plus doux) au petit poil, pour "mettre le spectateur dans un état de bonheur permanent" (c'est lui qui l'évoque dans une interview).
Et on l'est (et on le reste : ça faisait des lustres que je n'avais pas eu envie comme ça  de retourner voir un film juste quelques heures après l'avoir vu...). Plaisir, euphorie, jubilation, devant un scénario millimétré qui ne laisse pas une minute de répit, ni à ses personnages ni à ses spectateurs. Et les acteurs, tous, sont à la hauteur du film. et ça vole très haut je vous assure. Le "couple-vedette" (Adèle Haenel / Pio Marmaï, mamma mia, magnifiques) fait des étincelles, pyrotechnique, pétarade, mais toujours avec le (grâce au) contrepoint -aimant-, indispensable de leurs "moitiés" respectives (Damien Bonnard et Audrey Tautou re-mamma mia, tout aussi excellents). Le contrepoids. Chacun est indispensable à l'équilibre de l'histoire. Mais tout se joue (comme très souvent chez Salvadori) à coup de mensonges (ou de pas tout à fait la réalité) dans une galopade scénaristique où le spectateur a juste un peu d'avance sur chacun de ses personnages -et en profite d'autant plus-.
Le film est un cataclysme, un tsunami, mais qui ne vous veut que du bien. Un genre de train fantôme, comme celui, d'ailleurs qu'on y voit dedans. On s'y installe, ça démarre, on est emporté, ça fonce dans le noir, ça zigzague, ça virevolte, on sait que tout ça, même ce qui est censé faire peur, c'est pour de rire, mais on y va, on est transporté, on hurle quand il faut hurler, on reprend sa respiration au cours des pauses, on éclate de rire et on a les larmes aux yeux, et des fois tout ça en même temps... En liberté! est bien le plus juste des titres, pour qualifier le film lui-même, et son réalisateur.
Un manège coloré, bariolé, qui tourne joyeusement dans la nuit et vous laisse redescendre, étourdi et chancelant, la tête remplie d'étoiles...
A la sortie, avec Catherine et Marie on partageait notre bonheur, on échangeait les répliques, les situations. J'avoue qu'une de mes scènes préférées est celle des vigiles contemplant sur leurs écrans la scène du braquage. tout y est parfait. (mais je pourrais en dire autant de tout le reste du film).
Jamais un film n'aura mieux mérite ce qualificatif de perché. Et très haut.

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