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MADAME FANG
de Wang Bing

Réussi à le voir in extremis, dernier jour dernière séance, juste après Amin. Ici il s'agit d'un documentaire, sur les dernières jours de Madame Fang, malade d'Alzheimer, en présence de sa famille. Les premieres images nous la montrent, filmée par le réalisateur, quelques mois avant, une belle vieille dame chinoise, debout,  en pleine possession de ses moyens, bref, vivante. Le plan suivant, qui nous la présente allongée sur son lit, est un choc brutal. Un visage silencieux, en gros plan, une bouche toujours ouverte, comme exprimant un cri muet.
Madame Fang va bientôt mourir, sa famille est autour d'elle et continue à vivre, s'exprimant sans détour sur les prochaines funérailles. Mais il s'agit ici de Wang Bing et donc de l'acuité du regard d'un cinéaste sur ce personnage de femme, sur cette situation.
J'ai un peu de mal à parler de ce film, de cette mort, alors je vais laisser là parole aux Inrocks :

"Tout est très subtil et calculé dans cette fausse absence de mise en scène, alors qu’il n’y a que ça, dans ce film qui ne montre objectivement pas grand-chose, que des petits riens, des voix dans la nuit, des yeux qui ne brillent plus, les étincelles de la pêche des carpes, la fumée des cigarettes, les repas, le temps qui passe, et la mort hors champ, très discrète de madame Fang, qui fut et qui n’est plus.

et au nouvel obs :

"Il y a là, de la part du cinéaste, une humanité poignante, quelque chose de puissant qui transcende les images. Ce n'est pas un film, c'est un poème philosophique."

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