dimanche 2 décembre 2018

tombé du ciel

160
HEUREUX COMME LAZZARO
d'Alice Rohrwacher

Mon dieu qu'il est beau!
Je veux parler du jeune Adriano Tardiolo qui incarne le rôle-titre du film (et dont me semble-t-il, c'est le premier rôle au cinéma aussi tout court). Qu'il est beau, ce Lazzaro, que le synopsis ne présente que comme "extrêmement bon" (mais chez nous on dit "trop bon trop con" et ce gros bon sens populaire s'applique ici à la perfection) et à qui on le fait payer.
Le film a été inspiré à la réalisatrice par une histoire réelle, celle d'une marquise qui maintenait quasiment en esclavage tout un groupe de paysans, complètement coupés du monde, taillables et corvéables à merci comme dit une autre expression connue, en ayant oublié de leur préciser que le servage avait été aboli depuis belle lurette. Dans le film c'est pareil, une marquise (on retrouve Ottavia Piccolo, émotion, un peu perdue de vue ici depuis Mado...) fait bosser les paysans, et les paysans font bosser Lazzaro, qui n'arrête jamais. L'esclave des esclaves.
Tout ça dans une ambiance cinématographique qui nous ramènerait, par exemple,  vers les rugueuses ambiances paysannes des films des frères Taviani (encore un soupir d'émotion), avec une tonalité moins grave -mais puisq'il est question de famille (cinématographique) on pourrait évoquer le tonton Federico (Fellini), et, aussi, le tonton Dino (Risi.) -.
Le film est un conte, une parabole, une allégorie et nous entraîne sur les pas de ce beau jeune homme aux grands yeux, qui va se révéler -progressivement- un personnage hors du commun, avec son beau visage, ses beaux yeux, sa belle voix (oh cette façon de prononcer cafè...),  et même ses belles fesses aussi (oui oui j'ai regardé, le thème me fascine, des fesses des messieurs) jusqu'à sa façon de marcher! (ça m'était arrivé une seule fois avant, de vouloir à la fin d'un film marcher comme le personnage principal, c'était pour Ghost Dog de Jim Jarmusch).
Lazzaro s'exécute, il fait, il fait, chacun(e) a toujours un ordre à lui donner, une tâche à lui confier, un autre truc à lui faire faire, et, comme si ça ne suffisait pas, il va -en plus- être réquisitionné par Tancredi, le blondinet fils de la Marquesa (le marquesino, donc), qui décide de simuler son propre enterrement, en espérant soutirer des millions à sa mère... et qui entretient avec Lazzarochounet des rapprots qu'on pourrait qualifier d'ambigus (et la tentation du SSTG* n'est jamais très loin chez moi je l'avoue).

et crac!

Là le film va connaître une rupture, une césure, un trou noir qui va nous mettre, nous spectateurs, dans la même situation d'incompréhension mêlée d'émerveillement que celle de Lazzaro, pour nous faire comprendre petit à petit ce qui s'est passé. Une première rencontre avec une paire de brigands qui m'a fait penser à ceux de Pinocchio (le plaisir de retrouver Sergi Lopez dans un rôle énorme et tonitruant d'affreux sale et méchant -même si en fait pas si méchant que ça...-) va mettre en route cette deuxième partie du film (que j'ai trouvée encore bien plus emballante que la première, où l'on avait tout de même des fois envie de lui donner des gifles, à ce gentil Lazzaro, tellement il était, justement, gentil...) qui prend les mêmes mais nous les transbahute ailleurs. A un autre moment. Mais toujours dans la même panade.
Et j'aime énormément ce qui joue dans cette seconde partie, où la place (le rôle) de Lazzaro n'est plus tout à fait la même, où on a le plaisir de retrouver la belle Alba Rohrwacher (qui joue dans tous les films de sa soeur). Où l'innocence de Lazzaro sera d'abord mise à contribution, avant que ce ne soit son savoir sur les choses, et même, enfin, son pouvoir, dans une dernière partie qui commence au son de l'orgue dans une église...

Je n'ai pas fermé l'oeil une seconde, je n'ai pas vu le temps passer (le film affiche pourtant deux heures) et j'ai vraiment été ravi d'avoir été ravi par ce jeune homme au regard si doux et à la candeur si exquise. La fin de l'histoire m'a un tout petit peu surpris, je ne m'y attendais pas, et pourtant elle avait été évoquée plusieurs fois, dès le début de l'histoire et j'aurais du m'y attendre, c'était bien là en quelque sorte le prix à payer...

Lazzaro! Lazzaro! Lazzaro! (une multitude de  voix qui appellent et chuchotent au milieu des champs de tabac...)

*Sous-sous-texte gay

2327986

Posté par chori à 06:40 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

calendrier d'avent 2018-2

2 décembre

Posté par chori à 00:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]