mardi 4 décembre 2018

punisseur

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DONBASS
de Sergei Loznitza

Deux heures en Ukraine, pour un film en éclats (sur un pays qui a lui-aussi volé en éclats). Je l'ai déjà dit j'ai de grosses lacunes en histoire et en géopolitique. J'ai donc abordé le film avec candeur. Loznitsa est un cinéaste que j'aime beaucoup (My Joy et surtout Dans la brume, le dernier, Une femme douce ne m'ayant qu'à moitié convaincu -surtout dans sa longue deuxième partie (le rêve)-) même s'il produit un cinéma a priori peu aimable (très ukrainien, en fait) et qui peut faire froid dans le dos (ou claquer des dents c'est selon). Les échos Cannois (paradoxaux comme d'hab') avaient encore augmenté mon envie de me faire un avis, et donc le voilà pour trois séances dans le bôô cinéma (ce qui est chiche, il faut bien le reconnaître).
Film "en éclats" parce que constitué d'une suite de plans, séquences, plans-séquences chacun portant en bas à gauche la localisation, qui en sera la seule explication fournie, à la fois suffisamment précise et suffisamment floue. Des petites histoires. Ce qu'on pourrait nommer "Chroniques de la haine ordinaire" si le titre n'était pas déjà pris. Chroniques d'une guerre hybride entre deux factions au sein d'un même pays (Loznitsa nous laisse entendre de quel côté son coeur balance, qui n'est pas celui soutenu en douce par les russes). Violence, mensonges, corruption, saccages, humiliations, dans ce panorama d'une extrême noirceur, habituel pour ceux qui connaissent et apprécient le cinéma de l'auteur.
La société civile est foulée aux pieds par la militaire, omniprésente et omnipotente aussi. mais, comme on dit par ici "y en a pas un pour racheter l'autre". C'est grinçant, c'est glaçant, glaçant, cette exposition sytématique de toutes les façons dont un homme (ou une femme) peut être con. Et dieu sait s'il y en a. Et de toutes les formes de violence invisageables aussi, ou presque (Loznitsa nous feuillette sous les yeux un sacré catalogue).
La situtation est confuse, et quasiment incompréhensible pour l'occidental benêt que je suis, et j'ai eu besoin d'une petite session explicative de rattrappage par l'ami Hervé dans le hall après la séance, pour m'en donner quelques clés (par exemple, quels sont ces trois soldats ne souhaitaient pas figurer sur les photos de groupe du journaliste allemand...).
Un film saumâtre, quasiment sans espoir (cf la dernière scène), mais un sacré film. Du grand cinéma qui nous chantonne, à sa façon, comme Prévert Oh Barbara Quelle connerie la guerre... même si ça, on le savait déjà. Un film insalubre et pourtant salutaire.

 

5882313

 

Un très bel article dans Libération, ici.

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calendrier d'avent 2018-4

4 décembre

Posté par chori à 00:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]