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MONSIEUR
de Rohena Gera

Un très joli film pour (bien) commencer cette nouvelle année cinématographique (que je vous souhaite d'ailleurs bonne et heureuse, riche en découvertes et chiche en déceptions...), un cocktail assez plaisamment dosé (1/3 d'Inde, 1/3 d'amour, 1/3 de constat social, ajoutez un trait de citronnade et servez bien frais) et un film auquel je souhaite le même succès que The Lunchbox (avec qui il présente d'ailleurs quelques similitudes).
Il est question de Rana, un jeune veuve qui a quitté son village (dans lequel, eu égard de son statut de veuve précoce, elle n'avait plus aucun avenir envisageable) et a été envoyée à la ville (Bombay) pour y travailler comme servante dans une famille plutôt aisée. Plus exactement elle a été chez Ashwin, un jeune homme seul et tristounet, au début du film, juste après un mariage annulé à la dernière minute.
Rana est aux petits soins pour lui, mais rêve d'autre chose pour elle-même : elle veut prendre des cours de couture car elle voudrait devenir créatrice de mode (fashion designer).
Dès le début ou presque on sait ce qui va se nouer (se tisser, pour rester dans les métaphores de saris et de couture) entre ces deux-là. La vaillante jeune fille pauvre mais pleine de projets et le jeune homme riche et triste à la recherche de l'âme soeur. On voit ça gros comme une maison, voui voui. Mais la réalisatrice traite son argument de roman-photo avec une telle élégance qu'on se laisse volontiers emporter au fil de cette romance soyeuse.
Le film prend son temps, s'étire en échanges de regards et en frôlements, dans une progression millimétrique des manifestations amoureuses où ne manquerait que la musique de Michael Galasso pour In the mood for love. Mais la réalisatrice ne s'est pas juste cantonnée à une histoire d'amour (que, je le redis on serait en droit de trouver parfaitement irréaliste -mais en même temps délicieusement idéaliste-), à travers le (beau) personnage de Rana, elle n'hésite pas à convoquer un contexte social précis dont elle ne manque pas de souligner les problèmes (sociétaux) récurrents : poids écrasant des traditions de la famille, des castes, des hommes, statut des femmes, des veuves, difficultés de l'émancipation, mais, encore une fois, avec une  attention délicate, toujours en équilibre sur le fil de son récit qu'un mouvement brusque suffirait à faire basculer.
Oui, Monsieur (Sir, plus significatif, en version originale) est un modèle de retenue (surtout pour un film indien : ramassé dans sa durée, sobre dans sa forme -à peine une bollywooderie le temps d'un trajet en deux-roues (sans le moindre ballet en vue)-, chatoyant dans ses  costumes (India, quand même!), et efficace dans son propos...) et réussit sans effort à nous intéresser jusqu'au bout.
Sans en faire des tonnes.
Oui, vraiment, un joli film réussi,  qui ouvre avec panache la liste des films de 2019.

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