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VOYAGE A YOSHINO
de Naomi Kawase

On y allait comme sur la pointe des pieds. La bande-annonce semblait pompeuse, les échos de ceux qui l'avaient déjà vu n'étaient pas hyper-enthousiaste, mais bon, on y alla, à Yoshino.
Ca commence magnifiquement (on est bien tous d'accord là-dessus, Naomi Kawase est très forte pour filmer la nature, ici, en l'occurence la forêt (et, donc, les arbres, et ça tombe bien parce qu'il se trouve que justement, j'adore les arbres).
Mais, dans cette forêt (et, donc, entre ces arbres) voilà qu'elle y installe un certain nombre de personnages, dont les quatre plus importants pourraient constituer une sorte de carré magique : Gaku, une grand-mère aveugle, Tomo, un garde-forestier (interprété par Masatoshi Nagase, qu'on a pas mal vu ces derniers temps : Vers la lumière, Paterson, Les délices de Tokyo), Rin, un mystérieux jeune homme blessé, ... et Jeanne (interprétée par une Juliette Binoche que je ne regarde plus tout à fait de la même façon depuis ses incarnations successives dans Un beau soleil intérieur, et surtout dans High Life), qui vient compliquer le récit sylvestre déjà pas simple, à la recherche à la fois d'une plante rarissime et miraculeuse et du souvenir de son amour défunt.
Oui, le début est magnifique, et je me disais alors que les critiques étaient bien méchants et insensibles et au coeur sec et tout ça, lorsque les choses ont commencé un peu à s'emberlificoter (grosso-modo à partir du moment où Jeanne/Binoche revient à Yoshino -mais pourquoi donc l'avait-elle quitté ?-) et que le récit, déjàs simple, se complexifie encore davantage.
La plante que Binoche recherche et qui ne lâche ses spores que tous les mille ans s'appelle vision. Elle est en quelque sorte le mcguffin de cette histoire d'amour et de mort, (voire de résurrection), qui mêle aussi le passé et le présent, l'orient et l'occident, et culmine dans un final que j'ai malheureusement loupé (un instant hélas de cette chère somnolence qui m'est devenue habituelle) mais dont le peu que j'ai vu m'a paru aussi épique qu'incompréhensible (d'ailleurs à la sortie de la salle chacun des spectateurs (nous y étions quatre) y allait de ses interprétations de ses questionnements et autres supputations...)
Le hasard avait voulu que nous projetassions (? est-ce la bonne conjugaison ?) ce film la même semaine que Sophia Antipolis, de Virgil Vernier, qui lui non plus n'y va pas avec le dos de la cuillère dans l'abscons... Les voir tous les deux à un jour d'intervalle c'est le (double) dépaysement assuré... (et le grattage de tête en se posant des questions sur le sens de telle scène ou de tel détail).
Hervé m'a lu le lendemain au téléphone la "critique" de Pozitif qui était un simple et méchant dézinguage juste pour le plaisir de dézinguer (et c'est vrai que je reconnais que, parfois, l'exercice peut-être plaisant pour celui/celle qui s'y livre) mais je trouve ça vraiment -osons le mot- dégueulasse et excessif pour un vaillant petit film qui n'a finalement que le défaut d'être un peu trop ésotérique, alors que, lyrique, il sait l'être, magnifiquement. (Comme c'est souvent le cas  chez Kawase)

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