samedi 2 mars 2019

retour aux sources

ROCK BOTTOM
de Robert Wyatt

Pour moi, sans doute un des plus beaux disques du monde, peut-être même le plus beau.
Sorti en 1974 , Grand Prix de l'Académie Charles Cros en 1975, mais je ne l'ai découvert, semble-t-il qu'un peu plus tard. (non non pas du tout je viens de fouiller dans le carton de vinyles qui me restent, et il porte une étiquette manuscrite "Vesoul / 1975" -où et quand je l'ai acheté- et la mention "I20", c'est à dire que déjà il faisait partie pour moi des 20 disques indispensables...)

Voilà donc 44 ans que ce disque m'accompagne.

Six morceaux, trente-neuf minutes et quelques, et c'est toujours le même bonheur, la même fascination.
Un disque qui ne m'a jamais quitté, que je connais quasiment par coeur, un disque que j'aurais du mal à définir, dont j'aurais du mal à dire de quel courant musical il relève, mais qui m'a toujours, et ce depuis la première écoute (j'avais 19 ans!) parfaitement correspondu (ah tiens me revient le fait que je l'écoutais en même temps que le Phaedra de Tangerine Dream, que m'avait fait découvrir, j'étais alors en terminale, Yves L., le frère de ma copine Frédérique).

Et qui continue de.

Rock Bottom, c'est le disque-frangin, l'ami, le compagnon de route, l'accompagnateur.
Le genre de disque (il n'y a pas tant que ça dans le genre) qui donne envie de se lover, de se coucher en rond, dans le tiède et le clair-obscur, et de se laisser aller à simplement être bien.
Un état indéfinissable, à mi-chemin exactement entre le bonheur et la douleur. Aussi désespérément serein que sereinement désespéré (j'ai déjà écrit ça quelque part).

On rattache souvent ce disque à la tristesse, à l'hôpital, qui a suivi la chute qui a mis Robert W. dans une petite chaise, mais ça n'a pas vraiment grand-chose à voir avec la tristesse (peut-être Sea song, le morceau d'ouverture, d'immersion, de l'album, mais non, même pas, je suis en train de l'écouter et je trouve ça... serein), non, on est ailleurs.

Exactement, totalement, parfaitement ailleurs.

Il y a, d'abord, la voix indicible de Robert Wyatt, dans un touchant éventail de tonalités et de modulations (il chante il dit il chuchote il gémit il ricane il fredonne), posée sur (fondue dans) une musique tout aussi indicible.

L'album, je le réécoute à chaque fois en entier, c'est un tout, mais chacun des six morceaux est comme un bac différent, à l'image de ceux où on trempe le papier photo pour faire apparaître puis fixer, justement, l'image, sauf que là, oui, il en faut six, six qui successivement vous font passer par des états différents, parfois contradictoires, un coup doux un coup grinçant un coup tiède un coup glaçant un coup hérissé un coup submergé.

Un disque indémodable, parce qu'il ne ressemble à rien, à rien d'autre qu'à lui-même. Intemporel.

rockbottom_big

Posté par chori à 06:41 - - Commentaires [2] - Permalien [#]