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UN GRAND VOYAGE VERS LA NUIT
de Bi Gan

(un post en fragments)

Juste une petite déception en arrivant, (qui n'a rien à voir avec le film lui-même) j'apprend à la caisse du bôô cinéma que le film sera diffusé en 2D (alors que toutes les critiques encensent la fabuleuse dernière partie en 3D, où le héros rentre dans un cinéma et met des lunettes 3D pour voir un film qui raconte sa propre histoire - tiens j'avais déjà vu ça il y a bien longtemps dans Le shérif est en prison, de Mel Brooks) mais bon tant pis (enfin surtout pour les autres, puisque, en ce qui me concerne, je ne le perçois pas, ce fameux relief, alors, hein) on le verra comme ça, hein, en l'état...

Et même comme ça, en l'état, c'est une splendeur.

Un film, oui... extraordinaire. Un coup de foudre pour cette cinématographique déambulation onirique, que, même après deux visions (car j'y suis retourné le lendemain, avec Catherine) j'aurais bien du mal à raconter (j'aimerais avoir le dvd pour pouvoir le revoir, j'aimerais avoir la possibilité de le revoir en 3D, j'aimerais oui j'aimerais...)

Une  "expérience" magnifique (quoiqu'en dise le rédacteur en chef des Cahiaîs que j'aurais du coup -une nouvelle fois- bien envie de gifler...)

Un film avec une identité et des choix esthétiques forts, des fragments de narration, des endroits remarquables le temps d'une séquence, des objets, des personnages énigmatiques, parfois juste entrevus, une caméra qui vadrouille, sinueuse, des jeux sur les matières, sur ce qui s'interpose entre celui qui regarde et ce qu'il regarde (on voit souvent "à travers quelque chose") avec une musique -et un rythme- qui pourraient évoquer des lambeaux du Wong Kar Wai de In the mood for love (même si tout le reste n'a pas grand-chose à voir). Des jeux sur la matière même du film aussi, sur le(s) fil(s) du récit. Pas le domaine du "c'est", plutôt celui du "ce serait -peut-être" ou bien du "et si c'était..." (ou même "et si ça avait été ?")

Labyrinthe mental, perte de repères, chatoiements, fluorescences, instants, souvenirs, suppositions, superpositions, on voyage ici, passionnément, comme un des personnages mange une pomme : jusqu'au trognon.

Les critiques se sont extasié(e)s sur le fameux plan-séquence final en 3D de 59' (quand le héros s'assied dans le cinéma et met les fameuses lunettes), bon, hélas dans le bôô cinéma on est resté à plat, mais c'est vrai que, même en 2D, déjà  il fait son effet (de savoir qu'il a été filmé en une seule prise nous fait le regarder un peu différemment -bien plus attentivement, encore-).

L'histoire d'une (en)quête, d'une recherche, celle d'une femme, par un héros "au look de détective". Une femme, mais laquelle ? La mystérieuse jeune femme en robe verte (à cheveux longs) de la première partie a cédé la place à une non moins mystérieuse jeune femme en blouson rouge (à cheveux courts) qui , dans la seconde, joue avec le héros à attrape-moi si tu peux.

La séquence entière est une longue déambulation à travers des espaces multiples mais qu'on est bien obligé (plan-séquence oblige) de considérer comme unique : un cinéma, un tunnel, des coulisses, une salle de billard, le mur d'une prison, et des escaliers, beaucoup d'escaliers... une déambulation cotonneuse complexifiée techniquement par les divers moyens de transport empruntés (une moto, une tyrolienne), où on croise un cheval chargé de pommes, un aspirant champion de ping-pong avec un masque en crâne d'animal, une femme en colère qui pourrait être la mère du héros, un karaoké géant, une raquette qui permet de s'envoler, dans un espace tordu comme un ruban de Moebius où, lorsqu'on continuer d'avancer, on revient soudain à son point de départ. La topologie d'Un grand voyage vers la nuit est de type onirique, et c'est sans doute pour ça qu'on l'aime autant... Et je n'ai évoqué que l'espace. Parce que, si on parle du temps...

Il lui a offert une montre cassée ("ça représente l'éternité" a-t-elle remarqué) et elle lui a offert en retour un feu de bengale ("ça représente l'éphémère" a-t-il répondu.)

A la fin rien n'est résolu, mais c'est bien mieux comme ça, chacun propose ses éclairages, et ça permet d'échanger dans le couloir puis dans le hall et finalement même sur le parvis...

Un ravissement. Je suis amoureux de ce film.

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tiens j'ai confondu les deux affiches... il y a de quoi, non ?