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LA FAVORITE
de Yórgos Lánthimos

Troisième film de la journée. Après l'onirisme chinois somptueux du Grand voyage vers la nuit et le romantisme iodé à la française de Ma vie avec James Dean, nous voici en Angleterre, à la Cour, pour un film en costumes qui m'en a délicieusement évoqué certains de Peter Greenaway (les nobles emperruqués, la musique à la Michael Nyman, ne manquait même pas le gros bonhomme tout nu... -j'adorais les films de Peter Greenaway aussi pour ça, pour les messieurs tout nus qu'on ne manquait pas d'y voir...-)
Une reine sans roi apparent (on apprendra qu'elle a perdu 17 enfants, qu'elle a successivement remplacés par des lapins) mais avec une dame de compagnie avec qui elle fricote assez joyeusement (et saphiquement aussi, s'entend). Mais la favorite du titre n'est peut-être pas la brunette en question mais une autre, une blonde, justement, nobliette déclassée mais intriguante et ambitieuse, qui va grimper un à un tous les barreaux de l'échelle sociale nobiliaire (et elle part de très bas, souillon dans les cuisines) pour arriver au sommet, dans les bras -et le lit- de la reine, à la place de la brune honnie qu'elle fera tout pour déloger...
Les décors sont fastueux, les costumes aussi, et le film est un peu à leur image, un chouïa empesé et tout aussi m'as-tu-vu. Dès qu'on a compris le manège de la blondinette (il m'a fallu recourir au générique de fin pour savoir -me rappeler- que c'était Emma Stone), le parcours est assez balisé et plutôt logique (sans surprise). Elle a démarré le film crottée, tombée dans la boue du haut d'un carosse dès son arrivée, puis aura connu le sol de la cuisine - comme Cendrillon- qu'on lui fait nettoyer à la soude sans ménagement (ce qui abîme ces jolies mains) et c'est grâce à des herbes mâchouillées ramassées dans la forêt (amusante coïncidence avec le pourtant fort éloigné Sibel) qu'elle sauvera sa peau et commencera à se rapprocher de la reine, que les plaies à ses jambes font fort souffrir...
On est entre gens de la cour, et bien sur tout le jeu est de réussir à faire le maximum de saloperies en les accompagnant d'un maximum de révérences et de courbettes, et vous vous doutez bien que le combat va être tout aussi rude que pas du tout à la loyale. Nos trois tigresses (Emma Stone la blonde, Rachel Weisz la brune, et entre les deux Olivia Colman, véritablement époustouflante -et méconnaissable- dans le rôle de la Reine, qui lui a d'ailleurs valu un Oscar...)
J'étais quand même un peu fatigué à l'issue de cette dense journée cinématographique, et j'avoue que j'ai piquouillé un peu du nez vers la fin. Parce que j'ai trouvé ça un peu longuet.
Un film plutôt "grand public" de la part d'un réalisateur qui s'est fait une spécialité de la méchanceté et/ou la cruauté filmique (avec ce que peut avoir justement d'un peu fatiguant cette volonté systématique de jouer la provoc' pour être reconnu) mais nous livre ici (par rapport à ses films précédents : Canine, Alps, The Lobster, Mise à mort du cerf sacré) quasiment un film "gentillet"... (j'exagère à peine.) Avec des aspects formalistes parfois un peu agaçants (les mots du générique et des intertitres sont systématiquement justifiés, et ça rend les choses plus difficiles à lire, tout comme le fait d'avoir recours systématiquement au grand-angle pour filmer rend souvent les choses moins faciles à regarder...) mais, sans hésitation, un film à voir (ne serait-ce que pour être ébloui par la magnificence des décors...)

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