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LES ÉTERNELS
de Jia Zhang-Ke

Expédition à Besançon en bus à 1,50€ pour aller y voir ce film avec un ticket orange avec Dominique... (du coup la place à 4,25€) mais le film la mérite amplement (l'expédition).
Un nouveau voyage en compagnie de Jia Zhangke (le dixième, si j'ai bien compté), à nouveau en compagnie de son actrice fétiche Zhao Tao (Dominique qui est très people m'apprend que c'est parce que c'est sa femme!), qu'on va suivre pendant plus de deux heures (et quasiment vingt ans!), dans un film en plusieurs parties, distantes à la fois dans l'espace et dans le temps.
On y reverra des lieux déjà évoqués dans certains de ses films précédents (dont le fameux Barrage des trois-Gorges), via l'histoire de cette femme, Qiao, amoureuse d'un malotru (il a beau être mafieux et patron de la pègre, au début, il mérite en premier chef ce qualificatif de malotru (ou butor ou goujat, ou mufle, ou, plus simplement, gros con).
Elle l'aime en 2001, elle continue de l'aimer quand elle va en prison à sa place pour avoir tiré des coups de révolver (de son révolver à lui) -alors que c'est interdit d'avoir une arme-, au cours d'une scène à la violence insoutenable (du vrai de vrai Jia Zhangke), elle l'aime toujours à sa sortie de prison, cinq ans plus tard, et elle continue de l'aimer indéfectiblement, même s'il n'est pas venu l'attendre à la sortie, et qu'il en a profité pour prendre une nouvelle maîtresse (et refuse donc de la reprendre), et elle l'aime tellement qu'lle ira jusqu'à

(et vous, vous irez jusqu'à voir le film pour savoir la suite, non mais, hein mais...)

Le réalisateur comme à son habitude, depuis son premier long-métrage (Xiao Wu artisan pickpocket découvert, tiens, grâce au Ficâââ) a enchâssé l'histoire de son héroïne dans celle de son pays, que le film s'attache à nous faire (re) découvrir, les lieux autant que les gens... Elle sonne terriblement juste cette Chine de Jian Zhangke, démesurée, inhumaine, un pays de fatigue et de crasse, de violence et de corruption, un pays en perpétuelle mutation, qui se construit et prolifère pour le profit de quelques-uns au détriment de beaucoup d'autres (remarquez, y a pas besoin d'aller jusqu'en Chine pour voir ce genre de fonctionnement hein... mais là c'est vraiment flagrant). Et Qiao est, une fois encore,une magnifique égérie pour cette nouvelle histoire chinoise, filmée toujours aussi superbement, avec ce lyrisme si désespérement terre-à-terre qui le caractérise. Ce n'est pas pour rien si Jia ZhangKe fait partie du peloton de tête de mes cinéastes de chevet depuis quelques années déjà.

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