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NOS VIES MERVEILLEUSES
de Fabienne Godet

Première de nos quatre soirées "Diversité", en présence de la réalisatrice et de sa co-scénariste / actrice principale. Avec une nouvelle fois (mais on devrait commencer à avoir l'habitude) le sentiment que nos adhérents bien-aimés (et les autres aussi) ont eu un peu de mal à se déplacer (à peine une petite trentaine de personnes) et qui me confortent dans l'idée que ça ne sert à rien de faire venir des cinéastes ici (d'une part parce qu'on n'est pas "exploitants", juste un groupe d'amateurs et cinéphiles, et d'autre part peut-être parce qu'on ne sait pas "vendre" l'événement en tant que tel et lui faire la pub qu'il mérite pour attirer les clients...).
Un film sur l'addiction, et la façon de la traiter (d'essayer de la traiter) qui m'a tout de suite fait penser à l'impressionnant  La prière de Cédric Khan et à son touchant personnage central de Thomas (interprété par Anthony Bajon que j'aurais aimé voir récompensé de quelque chose aux Cesar mais bon...).
Ici il est question de Margot (interprétée par Julie Moulier, qui était ce soir là avec nous, aux côtés de Fabienne Godet), qui arrive dans un "centre de réhabilitation" pour une cure de désintox, et qu'on va suivre, depuis le premier jour, chronologiquement, en suivant le calendrier de son "traitement". Elle est entourée d'une vingtaine d'autres hommes et femmes, de tous âges et conditions, dans la même situation qu'elle.
Le traitement passe par des quotidiens "groupes de parole" (méthode Minnesota : "l’addiction doit se considérer comme une maladie chronique qui peut être traitée par la parole et une certaine dynamique de groupe, s’inspirant en cela des douze étapes des Alcooliques et Narcotiques Anonymes, délivrées de leur discours religieux. La dynamique de groupe se transforme en dynamique de soutien, les séances confrontent chacun à ses limites, faisant émerger les lourds refoulements, sans pathos ni apitoiement."*)
Comme Margot/Julie le spectateur est soudain confronté à ce groupe et chacune de ces individualités qu'il va devoir apprendre à reconnaître. Je connaissais un ou deux noms d'acteurs : Johan Libéreau, Bruno Lochet, et je pensais qu'il y avait peut-être un mélange d'acteurs et de "vrais" toxicomanes jouant leur propre rôle... Que nenni! Je l'ai appris pendant la discussion, ce sont tous des acteurs SAUF le thérapeute qui anime les séances et est un "vrai" thérapeute. La réalisatrice a passé des mois en immersion dans des "vrais" groupes et en a retiré une masse d'histoires personnelles qu'elle a remises en forme (elle ne prenait jamais de notes pendant les réunions) pour confier à chacu(e) des acteurs/trices le "background" du personnage qu'il/elle était censé(e) jouer... Et ça fonctionne merveilleusement, tellement ça sonne juste et tellement on y croit...
On est attentif à l'évolution de Margot, à la façon dont elle se "déploie", lentement, progressivement, avec le soutien des autres, et dont elle réussira à sortir enfin de son mutisme pour réussir à exprimer l'inexprimable... Les choses ne sont pas faciles, les progrès parfois hasardeux, rien n'est jamais acquis, mais de cette communauté sort une énergie formidable, salvatrice, qui force l'admiration.
Julie Moulier est formidable, mais tous les autres le lui rendent bien.

2102219

 

* extrait de la critique parue sur culturopoing.com,