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WAJIB
de Anne-Marie Jacir

Un film palestinien (déjà pas si courant) dû à une réalisatrice (encore moins courant) et interprété par un vrai père et un vrai fils qui jouent le rôle de père et fils de fiction (encore encore moins courant), et donc me voilà au Kursaal ce mercredi pluvieux à 16h.
Unité de temps (un jour), unité de lieu (Nazareth), unité d'action : un père et son fils distribuent les invitations pour le prochain mariage d'Amal, fille de l'un et soeur de l'autre.
L'histoire est simple, prétexte à un road-moviechounet (minuscule) entre papa et fiston dans la vieille bagnole fatiguée et les rues de Nazareth (qui, comme le faisait remarquer Dominique, ressemble à un village puisque le père semble y connaître à peu près tout le monde...). Le père est toujours resté là, le fils est parti étudier (et pratiquer) l'architecture en Italie (et non pas la médecine à New-York comme son père semble s'être amusé à le faire croire à tout le monde. Le fils revient quelques jours à l'occasion du mariage de la soeurette qui va se dérouler en hiver, à l'étonnement de tout le monde, mais on comprendra le pourquoi de ce choix : c'était la seule date possible pour que la mère (qui est partie à l'étranger depuis longtemps et y a refait sa vie, abandonnant mari et enfants à leur triste sort palestinien) puisse venir assister au mariage. mais voilà-t-y pas qu'elle a téléphoné au fils pour l'avertir qu'elle ne pourrait peut-être pas venir à ce fameux mariage, car son nouveau mari est malade... c'est le plus gros suspens du film, qui roule, assez planplan (mais de très plaisante façon), jusqu'à une antépénultième séquence, marquante, d'engueulade entre le père et le fils, celui qui est resté et celui qui est parti, celui qui a fui et celui qui supporte, une bonne vieille engueulade des familles, c'est le cas de le dire, avec ceci de particulier que le spectateur est devant cette empoignade comme l'observateur international devant les territoires occupés : on a du mal à comprendre tout ce qui se joue vraiment, qui a raison et qui a tort (et c'est très bien qu'à ce moment les choses se jouent ainsi : on comprend le père, on comprend le fils, on comprend l'attitude de chacun, on pourrait donner, justement, raison à chacun.) Et on assiste à cet affrontement, et on est content, en tant que spectateur, qu'il ait in extremis donné un enjeu dramaturgique au film.
Avec, en prime, une très jolie scène finale de cigarette crépusculaire père/fils.
Très plaisant.

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