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LA LUTTE DES CLASSES
de Michel Leclerc

En premier lieu, Edouard Baer, chapeau! Autant il était crédible en marquis dans le beau (et empoisonné) Mademoiselle de Jonquières, autant ici il sonne juste en vieil anar rebelle batteur d'un groupe punk (Amadeus 77, clin d'oeil au Ludwig von 88) dont le hit était J'encule le pape (qui a failli d'ailleurs être le titre de cette chronique, mais j'ai abdiqué au dernier moment, craignant l'incident diplo' avec le Vatican...).
La lutte des classes du titre n'est pas forcément tout à fait celle à laquelle on aurait pu croire (quoique) puisqu'en fait le dilemne des parents (Edouard Baer, donc, en branleur chômeur au long cours en cuir fatigué, et la toujours mimi Leïla Bekhti, en jeune avocate rebeu au rouge très rouge -j'adore les filles avec du rouge très rouge...-) concerne la scolarisation de leur fils (Coco) chéri : encore à l'école publique (de la république) de Bagnolet alors que tous ses copains sont partis les uns après les autres en établissement privé, et qu'il reste donc, comme l'affirme le directeur aux parents effarés, le dernier petit "blanc" de sa classe.
Un film où j'ai beaucoup ri au début (il y a des situations et des dialogues qui font mouche) puis un peu moins au fur et à mesure que les choses se déglinguent au niveau du couple, de leur fils, des amis de leur fils, des parents des amis de leur fils, surtout que chaque initiative de l'un ou l'autre des deux parents se solde plus ou moins immanquablement par une catatastrophe plus ou moins gênante. Suivie non moins immanquablement par une autre du même acabit ou encore pire, dans l'espoir de redresser la barre, mais qui fait encore plus tanguer le bateau.
Le film est plutôt agréable mais aussi (un peu) inégal (je l'ai trouvé parfois même ambigu), à louvoyer ainsi entre comédie classique, chronique sociétale, utopie sociale, histoire d'amour, satire gentillette, voire utopie croquignolette. A, finalement, ne pas toujours savoir sur quel pied danser (tiens je repense à Ligne de crête). Par exemple, certaines caractérisations de personnages un peu monolithiques et donc excessives (celle de l'institutrice, par exemple) m'ont un peu dérangé. Et la scène du repas avec les parents de Redouane aussi.
Mais on sent que la réalisateur les aime, ces personnages, (et qu'eux, du coup, le lui rendent bien) et c'est comme si il refusait de trancher, chacun gardant dans son camp la balle du j'ai raison et renvoyant le c'est toi qui as tort dans le jardin du voisin (cf l'ultime échange, après la scène dite "de varappe").
Moi j'ai bien rigolé (surtout au début) devant ce Petit Nicolas à Bagnolet. Point ne boudons notre plaisir, et trop ne cherchons la petite bête. Ménageons, et sachons nous contenter de plaisirs simples...

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