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RUE DES CASCADES
de Roger Delbez

Merci Play it again! Chaque année on a le plaisir de découvrir des films du passé, en copies restaurées! Quel bonheur...
Rue des cascades, je n'en avais jamais entendu parler avant il y a quelques mois... Un film réalisé en 1963, sorti fin 64, et qui a coûté sa carrière à son réalisateur, suite à l'échec (cuisant) du film et à sa sortie baclée. Quel dommage! Paris, Belleville, 1963, noir et blanc. Un quartier, un bar-épicerie, des gamins. Tout un petit monde (et la vie de chacun) esquissé, croqué, on ne peut ne pas penser aux photos de Doisneau ou de Kertesz et au réalisme poétique. D'abord grâce à (à cause de) la violente nostalgie ressentie à cette vue en coupe quasiment archéologique d'un monde aujourd'hui disparu, mais ici intact, préservé, 1963 comme si vous y étiez. Les vêtements, les tournures, les produits, les réclames, les expressions, on se régale à chaque instant.
Les gamins, au centre de l'histoire, pètent la santé, une bande de copains autour du jeune Alain, dont la mère -célibataire- fait jaser dans le quartier (c'est elle qui tient l'épicerie-bar) depuis qu'elle s'est acoquinée avec un nègre (c'est comme ça qu'on dit dans le film, comme dans le titre du roman de Robert Sabatier dont le film est l'adaptation, Alain et le nègre). La maman est jouée par une Madeleine Robinson dans la fleur de l'âge, touchante et magnifique. Et Vincent, le bel amant africain, par Serge Nubret (un jeune culturiste souriant, alors débutant, mais qui obtiendrait quelques années plus tard le titre de Mr Univers!). Ça m'a ému de reconnaître, dans la distribution, Benjamin Lefèvre et Christine Simon, qu'à l'époque (dans les années 60) je suivais à la télé dans le feuilleton quotidien Vive la vie! Et de découvrir aussi à leurs côtés Suzanne Gabriello, brunette piquante, que je connaissais comme chanteuse fantaisiste (et participante fréquente au Francophonissime, un jeu télé que j'aimais bien) -dont wikipédioche m'a appris qu'elle avait été la maîtresse de Brel!-. Ce qui en rajoutait encore quelques louchées dans  la nostalgie...
Le film, qui était à sa sortie une adaptation contemporaine du roman (qui lui se passait dans les années 30), est devenu à son tour un témoignage sur le passé, avec un décalage temporel encore plus grand. Et c'est le double effet kiss cool, puisqu'en 1963 j'avais 7 ans, et ce film me parle donc de mon enfance à moi (enfin, ce qu'il (m') en reste), c'est ce qui le rend d'autant plus délicieux. Le film a acquis, en plus de 50 ans, une patine attendrissante, que le noir et blanc rend encore plus forte.
Hervé a été absolument enthousiasmé par le film, je le suis dans cet enthousiasme, avec juste un tout petit peu plus de modération... Tout ça est très frais, touchant, les audaces  -pour l'époque- du sujet, et, aussi de la mise en scène (la scène de la chasse à l'éléphant), compensent les quelques maladresses d'interprétation, (de diction), des jeunes interprètes, mais on peut qualifier l'ensemble d'épatant, pour rester dans l'air du temps (d'alors).
En tout cas, encore une sacrée bonne initiative de Play it again!

"- Tu viens à la piscine ?
– Non, j’peux pas, j’vais au cathé. Et toi, t’y vas ?
– Pfff…Moi, ch’uis z’athée…
– C’est quoi un zaté ?
– C’est quand qu’on est pour la révolution!"

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la "nouvelle affiche", avec son petit côté "L'argent de poche", de Truffaut, rend tout de même plus justice au film que celle qui avait servi lors de la première -et unique- semaine d'exploitation (le film avait été rebaptisé par son distributeur...

un-gosse-de-la-butte

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