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LA MESSE EST FINIE
de Nanni Moretti

C'est le hasard qui finalement a décidé. A cette heure-là je ne pouvais voir que ça. Je l'avais vu à sa sortie, il y a longtemps, sans doute à Dijon à l'Eldo (car le souvenir de ce film est pour moi rattaché à ma copine Mimi...) et je pense que c'était le premier film de Nanni Moretti que je voyais. Je me souviens aussi que ça m'avait bien plu, mais c'était quelques années avant le choc de Journal Intime, qui devait vraiment installer Nanni au sein de mes réalisateurs chéris. Souvenirs souvenirs, on allait voir des films italiens (Bellocchio, Luchetti, Taviani Fratelli surtout) et c'était souvent Nicola Piovani qui faisait la musique... Comme ici, tiens, justement, quel plaisir!
Mais j'avoue que j'avais quand même un peu peur, avant, que le film ait mal vieilli... J'appréhendais la déconvenue, les rêves de jeunesse démantibulés, les illusions envolées, le pathos, la poussière... Quelle (bonne) surprise ce fut! A part le visage juvénile du réalisateur (qui joue aussi le rôle principal), le film n'a pas pris -c'est le cas de le dire- une ride. Quel bonheur!
Un jeune prêtre (mais, attention on n'est ni dans Léon Morin Prêtre, ni dans Le journal d'un curé de campagne, ni dans Sous le soleil de Satan, ni même, ça aurait pu, dans Don Camillo, hein...) , un jeune prêtre, donc, un fringant jeune prêtre, "revient" (on ne sait pas tout à fait d'où, d'une île, peut-être, on l'a juste vu partir à la nage...) là où il a passé sa jeunesse, il vient d'être nommé dans une paroisse lointaine des faubourgs de (Rome ?) en pleine déréliction : église en piteux état, paroissiens qui se sont fait la malle dans les paroisses voisines, précédent curé défroqué, bref notre nouveau berger va avoir fort à faire pour ramener les brebis égarées au bercail (et les pécheurs dans le droit chemin),et  remettre les choses en place, malgré qu'il semble être doté d'une détermination sans faille, au moins aussi grande que sa foi. Il retrouve sa famille, il retrouve ses amis, mais  rien ne va aller comme il faut... De mal en pis, même.
Il y aurait comme une certaine volonté d'exhaustivité dans l'arc-en-ciel de problém(atiqu)es abordés : tel ami est en prison pour avoir fricoté avec les terroristes, tel autre fraye avec les communistes, celui-ci  ne souhaite rien que se retirer du monde, et passe ses journées à dormir derrière sa porte close, tandis que cet autre ding ding dong!  vient de se découvrir une foi toute nouvelle, et a envie de devenir prêtre... D'autant plus que, en ce qui concerne la famille, ça ne va guère mieux : son père trompe sa mère, sa soeur est enceinte et souhaite se faire avorter, sa mère souffre en silence... Oui, le pauvre Don Giulio a fort à faire. Il s'attelle à la tâche, et part vaillamment au combat, prêt à sauver le monde entier...
Ça pourrait être juste sinistrement sérieux, ce vain combat (car perdu d'avance et rien d'autre),  mais, au contraire, c'est juste extrêmement drôle (même si le film est plutôt sombre, dans le fond) tant tous les personnages (ou presque : excepté notamment le vieux connard en grosse bagnole qui lui mettra trois fois de suite la tête dans la fontaine) sont attachants, et traités d'ailleurs humainement, avec tendresse. Et on ne serait pas si loin, en fin de compte, du si beau Nous nous sommes tant aimés, d'Ettore Scola, sorti dix ans plus tôt.
Chacun a sa vie, et chacun la réalisera de la façon qui lui convient le mieux (Don Giulio y compris), et, comme dans les rengaines, l'amour triomphera... Et Dieu dans tout ça ? Il est très bien là où il est, et qu'il y reste ! (j'ai prononcé ceci avec une intonation à la Muriel Robin, avec ce qu'elle peut avoir de définitif, vous entendez ?) Et tout ça fait sacrément du bien (je ne pensais pas en entrant que je sortirais aussi souriant...) Carissimo Nanni...

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