jeudi 27 juin 2019

Will you dance ?

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GOOD
de Patrick Mario Bernard

A peine sorti du film sur Maguy Marin, juste le temps de manger liquide (de prendre une bière, quoi) et me voilà parti à la rencontre de Rodolphe Burger, dans ce film-portrait qui lui est consacré. Rodolphe B. est un grand bonhomme (dans tous les sens du terme) que j'ai découvert assez tardivement (et rétrospectivement : "à l'époque" -les années 90- je ne goûtais guère Kat Onoma, son groupe, que je n'avais jamais vraiment écouté, et ce malgré les chaudes recommandations, à l'époque, de cette très chère Françoise Hardy, et ce n'est que dix ans après, minimum, que je m'y suis mis, grâce à un morceau, Sing, qui figurait sur le mini-album Cheval-Mouvement) mais la ferveur de mon admiration a compensé le retard à l'allumage. j'ai acheté les cd de Kat Onoma, y découvert des morceaux qui m'enchantaient, mais que, plus que tout j'aimais la voix de Rodolphe et, surtout, le son de sa guitare, Rodolphe que j'ai ensuite suivi indéfectiblement, j'ai acheté les albums, je l'ai vu en concert (Rodia, CDN quelques années plus tôt) l'ai croisé dans des films fort aimés (Rabah Ameur-Zaïmèche, Pedro Costa), et même au théâtre en musicien live (Ludwig un roi sur la lune) bref il ne manquait plus que ce Good à ma panoplie d'inconditionnel...
Et j'avoue y avoir pris énormément de plaisir. On attaque sur Long-legged fly, un morceau que j'adore, et on va ensuite voleter, et suivre Rodolphe B. pendant une quatre-vingtaine de minutes, ici et là, en activité, en pause, en public, et un peu en privé même aussi.Rien que faisant des choses simples, à taille très humaine. Le bonhomme n'est pas excessivement bavard, et on n'en saura, finalement, pas grand-chose de plus sur lui à la fin du film que ce qu'on en savait au début.
Mais tel n'était pas le propos du film, de nous décrypter le personnage, et juste, donc, on le voit vivre, dans une multiplicité de fragments (d'éclats).
J'aime beaucoup la façon de filmer de Patrick-Mario Bernard, cette façon d'alterner séquences "documentaires", plus ou moins explicites, et "plans de coupe", ici, ou là-bas, ou ailleurs, avec un rythme de montage, une "musique" des plans qui souvent me ravissent.
Avec, bien sûr, en fil -électrique- conducteur la guitare ineffable (et la voix aussi, rajouter donc un s à ineffable) de Mister Burger (j'ai déjà écrit plusieurs fois combien elle me touchait, et même me procurait un véritable plaisir physique, si si), et la présence (et les mots) des gens qui passent par là (Jeanne Balibar, Rachid Taha, Philippe Poirier, Olivier Cadiot, Rachida Brakhni) plus ou moins fugitivement, parce qu'ils ont vu de la lumière...
Du plaisir, donc.
Mon unique regret (j'en parlais à Hervé en sortant) : qu'il n'ait pas interprété Will you dance ? qui est une de mes chansons favorites (du splendide album "Jouent kat Onoma", avec Philippe Poirier). Mais bon, hein, on ne peut pas tout avoir...

("Like a long-legged fly upon the stream
Her mind moves upon silence.")

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mercredi 26 juin 2019

may b

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MAGUY MARIN  L'URGENCE D'AGIR
de David Mambouch

C'est vrai que j'ai été gâté, pour cette programmation spéciale "Fête de la Musique" avec deux films qui me tenaient spécialement à coeur : celui-ci, sur Maguy Marin, réalisé par son fils, et celui sur Rodolphe Burger, Good, réalisé par Patrick Mario Bernard, et je m'étais donc composé un programme de rêve : Maguy M. à 18h10 et Rodolphe B. à 20h30. Du bonheur et du re-bonheur...
Commençons donc par Maguy. On y découvre, quasi chronologiquement, la série des chorégraphies qu'on lui doit, depuis ses débuts chez Béjart, et la façon progressive dont elle s'est approprié la danse, "sa" danse, en tant qu'expression, revendication,  protestation,  révolte. Des "entrechats" (j'utilise à dessein le cliché) considérés comme un acte politique. Le film mêle des extraits de pièces, de répétitions, entrecoupés de prises de paroles, de Maguy Marin elle-même, mais aussi de beaucoup de gens qui l'ont cotoyée, qui ont fait (et qui font toujours, c'est affaire de fidélité) partie de la Compagnie Maguy Marin.
David Mambouch évoque l'histoire de sa mère (et de la mère de sa mère) et la sienne propre aussi, dans une touchante affaire familiale. Comme un corps dont l'épine dorsale (et en même temps le coeur battant) serait May B, la "pièce fondatrice". Une pièce créée (dixit wikipedioche) en 1981, une pièce pour dix personnages, inspirée par les textes de Samuel Beckett (Fin de partie, notamment, nous explique Maguy, qui nous raconte sa rencontre avec Samuel), une pièce forte, huée à sa sortie, mais qui a acquis au fil des ans une aura de pièce maîtresse, via des re-créations (neuf si je me souviens bien) au fil des ans, comme on remonterait au front, on repartirait à l'attaque. May B que j'ai découvert , justement lors d'une de ses recréations sur la scène du théâtre à Vesoul (pas la dernière celle de 2015, la précédente, celle de ?)
Parmi le nombre imposant de créations de Maguy Marin et de sa compagnie, je n'ai pu en voir que quelques-unes : Cortex, à Vesoul (1992), Waterzoï, à Belfort, (1993) puis, beaucoup plus tard Points de fuite à Montbéliard (je ne suis plus sûr ni de la date ni du lieu ni du titre, juste qu'il y avait beaucoup d'agitation dans la salle pour cause de djeunz laissés livrés à eux-mêmes par un encadrement professoral défaillant), puis Salves, à Besançon (2014), et, in fine, Ligne de crête, ici, l'ultime jusqu'auboutisme, il y a quelques mois. C'est fort peu, mais ce fut à chaque fois un choc et un grand bonheur de spectateur.
On connaissait Maguy Marin en tant que danseuse et chorégraphe, on la découvre en tant que mère et même en tant que fille (sa maman a eu cent ans), et on est heureux de retrouver la militante, qui a su garder au fil de sa carrière (et de ses créations) la même intransigeance, le même goût de la révolte, de l'inconfortable, du non-consensuel.
Et la boucle est joliment bouclée lorsqu'on apprend, vers la fin, qu'elle a demandé à son fils de danser sur la dernière version de May B (et c'est très touchant la façon dont lui, en voix off nous en parle).
Et j'avais oublié combien ils sont magnifiques, ces dix interprètes de May B (une bonne partie du film leur est consacrée), sous les oripeaux et sous la glaise, et le film nous donne la chance de les voir de plus près, de tout près, presque à les toucher...
Un très beau moment d'émotion plastique, chorégraphique, cinématographique...

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lundi 24 juin 2019

une tuerie!

115
LE DAIM
de Quentin Dupieux

Premier jour, première séance : on était deux dans la salle 1 (la plus pitite du bôô cinéma). Dupieux, c'est un cinéma qu'on peut qualifier "d'à part", on a passé presque tous ses films, je les ai à peu près tous vus, mais j'avoue que je trouve ça un peu... inégal. Certains que j'ai adorés (Rubber, Realité) et d'autre moins (Wrong, Wrong cops, et même Au poste!). Ici jedois dire je serais plutôt dans le d'autres moins...
Et pourtant.
Pourtant le film est plus "sage" dans sa narration (et sa ligne directrice) que dans les autres films dupieusiens. (Bien que le pitch en soit tout à fait aussi zinzin). Un homme, donc, Georges (Jean Dujardin, excellent) achète (à prix d'or) un blouson en daim véritable, avec des franges et tout (dont pas une ne manque) et se voit en même temps  offrir un camescope par le vendeur ; il entreprend donc de filmer son histoire. D'une pierre deux coups. La montagne (on est dans la vallée d'Aspe), lui-même, et le blouson. Il dialogue d'ailleurs avec son blouson, enfin c'est lui qui parle, il fait les deux voix, comme si c'était le blouson qui lui répondait, et décide assez vite  (du coup) de devenir le seul porteur de blouson sur terre, vaste et ambitieux projet. Et donc, aussi, de faire un film il a d'ailleurs le look et la barbe de Dupieux). Et voilà qu'il rencontre une jeune fille, Denise, (Adèle Haenel, parfaite comme d'hab'), serveuse dans un bar pas très loin de l'hôtel où il s'est installé (et monteuse "en amateur"), avec qui il va sympathiser qui va entrer dans son délire et même l'épauler dans son entreprise.
Chromatiquement, le film, est déjà, "à part". Un traitement de l'image façon délavée (un étalonnage qu'on peut qualifier de Dupieusien) fait du Daim un film à la fois présent et passé (aux couleurs passées), dont on ne sait  d'ailleurs pas vraiment quand il se passe, et qui, déjà, nous projette dans un réel pas tout à fait aussi réel que le vrai réel. Et de la façon dont un homme (Georges) va progressivement s'en détacher, au fur et à mesure qu'il se constitue sa panoplie 100% daim.
On est attentif(s), on rit même de temps en temps (à deux c'est plus difficile de rire qu'à davantage, mais ça m'amusait d'entendre mon voisin glousser), mais on est un peu inquiet quand même. On est un peu inquiet. La folie de Georges (et la façon progressive qu'elle a d'envahir complètement le film, de le contaminer) est pourtant traitée "sobrement" (sans effet, surtout pour un film de Dupieux), suivant une certaine logique interne plutôt "réaliste" (dans le contexte de ce récit-là, je précise). Mais, d'une certaine façon, Le daim est, pour moi, aussi terrifiant que Tremblements, vu la veille, même si pas du tout pour les mêmes raisons (ni par les mêmes moyens). Peut-être juste par le fait  que le film traite cliniquement d'un cas de folie. oui, c'est peut-être juste la folie qui m'a fichu la trouille. Et le peu de moyens dont on discpose pour aller contre.
Mais j'ai vraiment adoré la fin. Qui ne prend pas de gants. Ni ne s'embarrasse de quelque sentimentalisme que ce soit. Bam! Et, reste, encore une fois, dans la logique du film. Oui, Quentin Dupieux a la bonne idée de ne pas s'éterniser, et ça rend la chose encore plus frappante.
"On est bien chez Dupieux, mais quelque chose de légèrement poisseux et dépressif fait de ce Daim un film un peu à part dans la filmographie du cinéaste." (Les Cahiaîs) (avec qui, tiens, je suis d'accord une fois n'est pas coutume)

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dimanche 23 juin 2019

micro185

(bilan professionnel entre trois retraité(e)s :
"C'est pour ça que rien ne nous manque,
parce qu'on a tout donné..." (Marie)

*

"Il faut haïr très peu, car c'est très fatigant. Il faut mépriser beaucoup, pardonner souvent, mais ne jamais oublier".
(Sarah Bernhardt)

*

L'effrayante facilité avec laquelle je suis capable de tomber amoureux dès le premier coup d'oeil ou presque
(le jeune V.)

*

paître, traire, frire et clore
ne se conjuguent pas à l'imparfait du subjonctif

*

le très bon gâteau noisettes/framboises
de la boulangerie de Vaivre

*

rêvé qu'on avait commercialisé un whisky nommé Sidney Boris
pour quil puisse être acheté à la fois par les russes et les américains

*

c'est Catherine qui m'apprend la nouvelle people du jour :
Blanche Gardin est avec Louis C.K!
(on les a vus main dans la main dans les rues de New-York)

*

Les prises de terre ne sont obligatoires que dans les pièces où il y a du carrelage au sol.

*

jamais quatre sans cinq, et c'est bien le monsieur d'In*tec qu'on a envoyé pour réparer ma serrure!

*

trouver une tasse en porcelaine pour que Catherine puisse boire le café

*

 

 

 

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samedi 22 juin 2019

sé que no me estoy equivocando

114
TREMBLEMENTS
de Jayro Bustamante

Après le très beau IXCANUL, que nous passâmes dans une précédente Semaine Latino, voici donc TREMBLEMENTS, que nous n'avons hélas pas pu programmer dans celle de cette année, pour cause de bousculage au portillon des films latinos (et des pays) en 2019. Voilà, c'est réparé. Nous ne sommes plus sur les flancs du volcan mais en pleine ville (Guatemala city ?), et il n'est plus question de jeune fille et de mariage arrangé mais de Pablo, robuste barbu, marié, père de deux enfants, qui a un souci. Qui a dressé contre lui tout le reste de sa famille, épouse, mère, père, frère, beau-frère : on va le comprendre assez vite, il s'agit de la relation extra-conjugale qu'il entretient avec Francisco, autre robuste barbu,  et dont la famille, on ne sait pas trop comment, a eu vent. Et ne l'accepte pas. Et monte aussitôt sur ses grands chevaux familiaux (la réputation, le déshonneur, la honte, l'horreur). En plus, une famille trè pieuse, on vient mêler Dieu à tout ça, et le crucifix est d'ailleurs un motif visuel récurrent (l'exorcisme ne serait pas loin). En quelques jours, Pablo va tout perdre, la maison familiale, le droit de voir ses enfants, son travail, juste à cause de ça : il aime un autre homme.
Le film est terrifiant (il n'y a pas d'autre mot), dans le processus de déshumanisation de Pablo, jusqu'au point d'orgue du "traitement" mis en place pour le "soigner". Avec le personnage-clé de "la femme du pasteur". Pablo est ainsi à cheval entre deux mondes parfaitement hermétiques l'un à l'autre : la religion (mais dont ici la puissance et la ferveur des fidèles fait virer les rituels à la transe collective (on assistera à plusieurs séances, plutôt angoissantes) et l'homosexualité (qui se vit clandestinement mais de façon plutôt joyeuse et alcoolisée, dans le bar où Pablo et Francisco ont leurs habitudes).
On va donc suivre Pablo, tel le capitaine ligoté à son mât sur son rafiot mis à mal, en pleine tempête donc, et on peut juste regretter sa quasi-impassibilité, au beau milieu de cette série d'avanies pourtant gratinées. Avec pourtant la présence de Francisco (un très joli personnage de masseur gay assumé, aussi fêtard qu'amoureux) mais qui va se pointiller de plus en plus au fur et à mesure que progresse le film.
Quand on voit la famille telle qu'elle est montrée d'un côté, et la vie avec Fransisco telle qu'elle l'est de l'autre, ce n'est pas parce que je suis gay, mais, vraiment, je n'hésiterais pas une seconde. Pablo ne pense qu'à ses enfants, et, d'une certaine façon, leur sacrifiera tout (et la toute dernière image vient (heureusement) nous suggérer que, justement, il a eu raison de.)
La scène du "traitement" vaut à elle seule de voir le film (et d'une façon très paradoxale : on voit tous ces hommes entre eux à qui on demande "de se comporter comme des vrais hommes, pas comme des maricones", que ce soit sous les douches, en combat rapproché, ou encore (l'ultime humiliation) à poil devant le toubib qui leur demande de soulever leurs testicules pour leur faire une injection. Tout ça sous le regard de la fameuse "femme du pasteur", qu'on a connue dans un premier temps juste comme une bourgeoise à chignon lambda (bcbg) mais va se révéler aussi violente et bourrine (et conne) que le fameux sergent-instructeur de Full Metal Jacket ("Sir yes sir!" j'en tremble encore...).
Le film m'a secoué. (Quelle chance on a de ne pas vivre au Guatemala!). Mais bon on n'était que trois dans la salle c'est dommage (dont deux gays, ce qui constitue un taux de participation correct, non ?)

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mercredi 19 juin 2019

la chemise dans le pantalon!

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GENESE
de Philippe Lesage

C'est québecois (et donc, ça ça me fait toujours sourire,  parfois sous-titré quand ils parlent trop vite), et le fait qu'il s'agisse d'une chronique, québecoise donc, sur les amours adolescentes avec une bande-son qui pulse bien pourrait raviver le souvenir du pop  Amours imaginaires de l'adulé acidulé Xavier Dolanchounet chéri par un tout un chacun (par moi pas tant que ça je le redis), mais Robert Lesage est assez fort (et son film assez lumineux) pour sortir de l'ombre tutélaire de XD, et réussir à exister par lui-même, sans souffrir de ce voisinage.
Un tryptique, nous dit-on, mais d'une construction assez singulière : les deux premières parties se déroulent en même temps (les amours -un peu- malheureuses d'un grand dadais très touchant (Guillaume) et, parallèlement, celles d'une brunette jolie (Charlotte), qui se retrouveront in fine dans le même lit, puisqu'ils sont frère et soeur -ou demi?- pour se consoler), tandis que la troisième, qui est d'un seul bloc, vient après, et concerne deux personnages juste un poil plus jeunes, Félix et Sandrine, qui expérimentent, eux, le "premier amour" (de vacances).
La structure m'a fait penser à ça :

cercle genèse film

ce qui m'a fait penser à ça...

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me ramenant ainsi à ma propre adolescence...
(je pensais que ceci était le symbole de la liberté mais c'est celui de la paix... mais oui bien sûr peace and love!).
Si le film est love, il n'est pas très peace... Ah La confusion des sentiments,  Les souffrances du jeune Werther, Portnoy et son complexe, Lettres à un jeune poète... Adolescence, émois, grandes espérances, mal-être rimbaldien, on est en terrain connu. C'est l'âge  des grands élans, des déchirements, entre la soif d'amour (absolu, éternel, illimité, infini) et les pulsions charnelles, entre le bouillonnement des hormones (pour les gâs), et celui des mille questions sans réponse. L'inquiétude, la terra incognita de l'autre, la timidité quand il s'agit de faire le premier pas, les grandes manoeuvres, les échecs, les trahisons... oui c'est à la fois délicieux et terrible.
Chacun souffre / expérimente à sa manière, et avec ses moyens... Guillaume découvre qu'il est amoureux de son meilleur pote, Charlotte flippe quand son amoureux lui dit que leur histoire pourrait peut-être ne pas durer éternellement et du coup va voir ailleurs mais tombe sur bien pire, Félix et Sandrine tâtonnent avec prudence dans leur premier balisage de la Carte du Tendre, et tout ça est traité avec attention (attentivement, ou, mieux, affectueusement) par Philippe Lesage, dont c'est (merci allocinoche) le deuxième long-métrage de fiction (je n'ai pas vu le premier, Les Démons) après trois films documentaires dont les titres (Pourrons-nous vivre ensemble ?, Ce coeur qui bat et Comment savoir si le petits poissons sont heureux ?) semblent bien confirmer l'orientation affective du propos du réalisateur.
Le film appartient sans conteste à la catégorie "films d'ados" (à la maison, en cours, au bar) mais peut-être n'est-ce qu'un leurre,   car traité avec un éclairage sensiblement (!) différent, une certaine façon de dire et surtout de montrer : des détails viennent régulièrement aiguillonner les histoires racontées, comme des petits chocs électriques qui dynamiseraient la fiction ( l'absence  des parents (comme dans le très aimé It follows), la façon d'enseigner d'un des profs de Guillaume, l'attitude du nouveau copain de Charlotte avec son ex, les shorts des jeunes éléves filmés frontalement avec une complaisance qui ne peut pas relever du hasard, un pique-nique filmé comme une scène de Hitchcock, un viol sous la pluie à la façon d'un polar sud-coréen voire d'Apocalypse now, la version québecoise de La jument de Michaux...) . Le film m'a autant surpris et plu que, il y a quelques années, le plaisant Tu dors Nicole ? qui nous venait déjà du même endroit...
En plus, je le répète, la bande-son est superbe (on passe du temps dans les bars ou les boîtes), et le fait de bénéficier quasi d'une séance spéciale (j'étais tout seul dans la salle et ai donc pu prendre mes aises) ne m'a fait qu'apprécier encore davantage la chose.
Un très bel objet de cinéma.

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dimanche 16 juin 2019

simple comme salam...

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TEL AVIV ON FIRE
de Sameh Zoabi

Affluence quasi-insensée de têtes chenues en ce mardi après-midi pluvieux : on y était au moins 25, à cette séance dite "de retraités" (13h30) pour le dernier jour de ce film par moi tant attendu...
Un réalisateur palestinien nous parle du conflit israélo-palestinien (ne soupirez pas, ne levez pas les yeux au ciel, ne vous signez pas, ne me criez pas dessus), par le biais des relations -compliquées- entre Salam, un stagiaire palestinien (travaillant sur un soap-opera nommé Tel Aviv on fire) et Assi, un militaire israélien, responsable du check-point par lequel Salam doit passer au moins deux fois par jour...
Le sujet est toujours aussi complexe, aussi inextricable pour un observateur extérieur (surtout assis dans le fauteuil de son cinéma, bien tranquille, en France) mais la façon dont Sameh Zoabi prend les choses en main est extrêmement plaisante : il en fait une comédie, sur deux niveaux de narration (on a -chic!- un film dans le film, ou plutôt un soap-opera dans le film, avec une belle espionne, Tala, -Lubna Azabal- dont le coeur balance entre deux hommes : un palestinien, et, tiens donc, un israélien), avec, donc, des conventions et des rebondissements de soap-opera (l'amour, le sens du devoir, les roucoulades, -ah, le baiser arabe...- les épreuves, l'honneur, la maladie, le mariage comme hypothèse de fin de saison, -et de passeport pour la saison 2-) pour Tel Aviv on fire, la série qui se tourne sous nos yeux, mais tout autant ou presque (c'est malin) pour traiter Tel Aviv on fire, le film dans lequel cette série est en train d'être tournée (l'amour, l'houmous, les roucoulades, le mariage envisagé, les brimades, tout ça pour Salam) avec en prime, en triple fond, la relation entre les deux hommes (le palestinien et l'israélien)  -en point de fuite de la narration on verrait presque scintiller Quand les hommes vivront d'amour...- avec, comme toujours dans ces films que j'adore (les palestiniens et les israéliens) cette toujours trouble (et titillante) fascination homo-érotique qui me ravit, que je ne peux m'empêcher d'interpréter -et de déguster- avec gourmandise comme un SSTG (sous-sous-texte-gay).
Salam, pour avoir la paix (pour pouvoir passer) s'est fait passer pour le scénariste de Tel Aviv on fire, et ce qu'Assi lui demande la première fois qu'il l'arrête au check-point va joyeusement mettre en branle une fort réjouissante machinerie scénaristique (avoir joyeusement et réjouissante dans la même phrase à propos d'un film palestinien est quand même peu courant et vous confirme encore l'originalité du propos.) qui va donc courir ses deux lièvres fictionnels à la fois, celui du film, et celui du film dans le film, l'histoire de Salam, l'histoire de Tala, où le scénariste se sert de l'une  pour nourrir l'autre, avec en prime une savoureuse pirouette finale dont on ne peut que saluer l'intelligence (ou le sens de la dérision).
Délicieux. Et fait maison (pas en boîte, qui aurait l'idée de manger de l'houmous en boîte, je vous le demande ?)

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mercredi 12 juin 2019

soutane

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LA MESSE EST FINIE
de Nanni Moretti

C'est le hasard qui finalement a décidé. A cette heure-là je ne pouvais voir que ça. Je l'avais vu à sa sortie, il y a longtemps, sans doute à Dijon à l'Eldo (car le souvenir de ce film est pour moi rattaché à ma copine Mimi...) et je pense que c'était le premier film de Nanni Moretti que je voyais. Je me souviens aussi que ça m'avait bien plu, mais c'était quelques années avant le choc de Journal Intime, qui devait vraiment installer Nanni au sein de mes réalisateurs chéris. Souvenirs souvenirs, on allait voir des films italiens (Bellocchio, Luchetti, Taviani Fratelli surtout) et c'était souvent Nicola Piovani qui faisait la musique... Comme ici, tiens, justement, quel plaisir!
Mais j'avoue que j'avais quand même un peu peur, avant, que le film ait mal vieilli... J'appréhendais la déconvenue, les rêves de jeunesse démantibulés, les illusions envolées, le pathos, la poussière... Quelle (bonne) surprise ce fut! A part le visage juvénile du réalisateur (qui joue aussi le rôle principal), le film n'a pas pris -c'est le cas de le dire- une ride. Quel bonheur!
Un jeune prêtre (mais, attention on n'est ni dans Léon Morin Prêtre, ni dans Le journal d'un curé de campagne, ni dans Sous le soleil de Satan, ni même, ça aurait pu, dans Don Camillo, hein...) , un jeune prêtre, donc, un fringant jeune prêtre, "revient" (on ne sait pas tout à fait d'où, d'une île, peut-être, on l'a juste vu partir à la nage...) là où il a passé sa jeunesse, il vient d'être nommé dans une paroisse lointaine des faubourgs de (Rome ?) en pleine déréliction : église en piteux état, paroissiens qui se sont fait la malle dans les paroisses voisines, précédent curé défroqué, bref notre nouveau berger va avoir fort à faire pour ramener les brebis égarées au bercail (et les pécheurs dans le droit chemin),et  remettre les choses en place, malgré qu'il semble être doté d'une détermination sans faille, au moins aussi grande que sa foi. Il retrouve sa famille, il retrouve ses amis, mais  rien ne va aller comme il faut... De mal en pis, même.
Il y aurait comme une certaine volonté d'exhaustivité dans l'arc-en-ciel de problém(atiqu)es abordés : tel ami est en prison pour avoir fricoté avec les terroristes, tel autre fraye avec les communistes, celui-ci  ne souhaite rien que se retirer du monde, et passe ses journées à dormir derrière sa porte close, tandis que cet autre ding ding dong!  vient de se découvrir une foi toute nouvelle, et a envie de devenir prêtre... D'autant plus que, en ce qui concerne la famille, ça ne va guère mieux : son père trompe sa mère, sa soeur est enceinte et souhaite se faire avorter, sa mère souffre en silence... Oui, le pauvre Don Giulio a fort à faire. Il s'attelle à la tâche, et part vaillamment au combat, prêt à sauver le monde entier...
Ça pourrait être juste sinistrement sérieux, ce vain combat (car perdu d'avance et rien d'autre),  mais, au contraire, c'est juste extrêmement drôle (même si le film est plutôt sombre, dans le fond) tant tous les personnages (ou presque : excepté notamment le vieux connard en grosse bagnole qui lui mettra trois fois de suite la tête dans la fontaine) sont attachants, et traités d'ailleurs humainement, avec tendresse. Et on ne serait pas si loin, en fin de compte, du si beau Nous nous sommes tant aimés, d'Ettore Scola, sorti dix ans plus tôt.
Chacun a sa vie, et chacun la réalisera de la façon qui lui convient le mieux (Don Giulio y compris), et, comme dans les rengaines, l'amour triomphera... Et Dieu dans tout ça ? Il est très bien là où il est, et qu'il y reste ! (j'ai prononcé ceci avec une intonation à la Muriel Robin, avec ce qu'elle peut avoir de définitif, vous entendez ?) Et tout ça fait sacrément du bien (je ne pensais pas en entrant que je sortirais aussi souriant...) Carissimo Nanni...

affiche

 

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lundi 10 juin 2019

ma môme

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LA FLOR Partie 4
de de Mariano Llinás

Mes mômes, plutôt, faudrait-il dire (et chanter), puisqu'elles sont quatre. Les quatre actrices magnifiques de ce film au long cours, dont on a vu ce soir la dernière partie (puisque la -jusqu'ici- judicieuse séance du vendredi 13h30, à laquelle nous étions restés fidèles pour les trois premières parties est, on se demande pourquoi, passée hop! à la trappe cette semaine).
Nous étions dix dans la salle 10 (aux fauteuils plutôt inconfortables, avons-nous tous reconnu), dix complices, dix conjuré(e)s réunis par cette même envie de savoir la suite (et la fin) de l'histoire (des histoires plutôt), avec chacun(e) cette même préoccupation "J'espère que je ne vais pas m'endormir...". (Et le sentiment, aussi, d'avoir le privilège d'assister à un événement assez exceptionnel, et de le partager.)
Nous étions restés en suspens (CONTINUARA...) devant une voiture perchée dans un arbre et le film redémarre grosso modo à ce moment, mais dans l'Episode 2 ("les lettres de Gatto") où on va continuer l'histoire mais en changeant de point de vue, via le regard d'un autre narrateur, Gatto, (celui qui était arrivé pour étudier les phénomènes arboricoles top secreto). Qui se retrouve dans la chambre 333 d'un motel mi-bunker mi-asile, à correspondre avec Smith via internet (ah le bruit ineffable de mise en route du modem, qui nous ramène 20 ans en arrière...), à propos des passagers de la fameuse voiture perchée, qu'on a retrouvés complètement zinzins, excepté celui qui conduisait et dont on n'a pas retrouvé la trace, et à essayer de reconstituer ce qui a bien pu leur arriver... (celui qui manque, bien sûr, c'est le réalisateur...), on suit ses courriels, jour après jour, jusqu'à bifurquer soudain sur une nouvelle histoire, celle de Casanova et de ses quatre maîtresses successives qu'il poursuit à travers l'Europe et qui se refusent à chaque fois in extremis à lui (et s'avéreront être des sorcières, celles vues précédemment) qui est le film que tournait notre réalisateur colérique et barbu préféré (celui qui, justement, est porté manquant...).

"Il y a, à la fin du quatrième épisode de La Flor, qui arrive au tiers de la quatrième et dernière partie, juste avant l’ultime interlude annonçant les cinquième et sixième épisodes, une sublime coda. Vous n’avez rien compris ? C’est normal, du moins si vous n’avez pas encore vu le film. La raison pour laquelle on insiste néanmoins sur cette séquence, c’est parce que, telle une clef de voûte, elle fait tenir ensemble toutes les pierres de la cathédrale – et aussi parce que se sentir perdu dès la première phrase d’une critique de La Flor est assez fidèle à l’expérience de son visionnage. Cette séquence, n’ayez crainte, nous ne la déflorerons pas ; tout juste dirons-nous qu’elle permet de saisir ce qui fascina Mariano Llinás le jour où il découvrit, dans un petit théâtre de Buenos Aires, ces quatre actrices géniales que sont Elisa Carricajo, Valeria Correa, Pilar Gamboa et Laura Paredes, au point de vouloir réaliser, sur elles, pour elles et avec elles, une fiction de quatorze heures, tournée pendant dix ans, divisée en six épisodes, de genres et de durées différentes."
(Les Inrocks)

Celui de la Flor, par contre, (le "vrai") on le retrouve alors, au même endroit qu'au début de la Première partie,  à sa table de pique-nique, qui vient nous annoncer que, eh bien, là, il reste encore la cinquième et la sixième partie et qu'après ahem ça sera fini, et le voilà qui récupère tout son petit bazar, carnet, stylo, verre, bouteille d'eau, et fait table nette avant de lever le camp et de nous laisser là en plan (il part dans sa voiture mais nous a fait un signe d'adieu)

vivre deux expériences de cinéma successives inédites (et inouïes) : la partie V est un remake (un hommage) à Une partie de campagne, de Jean Renoir, une re-création argentine (avec des gauchos) dans un noir et blanc sublime, d'un film dans une version totalement muette (et silencieuse aussi) excepté une scène où il aura conservé les dialogues de la version originale de Renoir (mais, paradoxe, plus du tout les images). C'est rare de passer, au cinéma,  autant de temps dans un silence total, où chacun ne perçoit que les bruits intimes /infimes des autres spectateurs, tandis que la fiction recréée (la partie de campagne) cède soudain  provisoirement la place à une observation du réel, prise au vol, c'est le cas de le dire, par le réalisateur (d'abord avec les dialogues de Renoir puis à nouveau dans le grand silence blanc).

avant que de repartir ailleurs, et que la partie VI (Les prisonnières) ne nous fasse reculer encore d'un bond dans l'histoire du cinéma (après le noir et blanc muet, voilà carrément le cinéma des origines, pour un épisode filmé entièrement en camera oscura (ce procédé rudimentaire et primordial, en gros une boite avec juste un petit trou en son centre qui laisse passer la lumière et capture les images à l'envers), générant des images un peu brumeuses, à la façon des autochromes de Lartigue, élégamment floues, consacrées une dernière fois- uniquement à nos quatre actrices, qui se mettent à nu, tandis que des intertitres (disposés manuellement devant la caméra) nous relatent en parallèle un récit de voyage écrit par une femme en 1900, à propos d'étrangère(s)...

et c'est fini (ou presque) car déjà commence le générique (et quel générique!), à la façon de la camera oscura, donc, reproduit à l'envers (la tête en bas, aux antipodes, normal), où on voit (de façon affectivement documentaire) s'activer dans un genre de ballet gracieux, à peine un peu ralenti, l'équipe technique en train de ranger tout le matos, tandis que sur l'écran défilent (écrits à la main) les noms des centaines et des centaines de personnes qui ont participé (contribué) à cette épopée cinématographique, pendant trente-cinq minutes, tout de même!, tout ça accompgné avec voix et guitare par le musicien du film (une "chanson" originale interprétée et re-, y compris, en plein milieu une version -en français avec accent argentin puis en argentin du cru- de Ma môme (oui, celle de Ferrat)-, une chanson de générique  qui se répète, bifurque, louvoie, sinue et se réinvente (à l'image du film lui-même), jusqu'aux tout tout derniers remerciements, qui donc nous accompagne, tandis que la caméra, finalement, a repris ses esprits, s'est remise à l'endroit, et s'attarde sur un jeune homme assis sur une chaise longue rouge et blanche au milieu de la pampa (qui était d'ailleurs là depuis le tout début du générique) tandis que la nuit descend

(que la nuit descend)

et puis voilà c'est vraiment fini, et se rallument les lumières sur les visages complices des spectateurs à la fois visiblement réjouis, bienheureux, et un peu perdus de retrouver la réalité, comme se demandant ce qui vient de se passer... Il est minuit passé nous sommes les derniers à quitter le cinéma (qui d'ailleurs s'éteindra derrière nous quand nous aurons franchi les portes...)

"S’il était donné de rendre compte de l’expérience parcourue d’une phrase, La Flor est le roman-photo des vies qui l’ont fabriqué. Telenovela ouverte aux quatre vents aussi réflexive qu’introspective, qu’on dirait filmée simultanément par : Godard (les gros plans des visages en amorce, le merveilleux usage dramatique de la musique – de Gabriel Chwojnik – et du son en général fait de ventriloquie, de désynchro post-synchro), Oliveira (rapport avant et arrière-plans, flous qui s’ensuivent, narrateurs en voix off et «techno des enfers»), Rivette et Lang, et Feuillade (jeux de l’oie, réseau d’espions, filles du feu en cuir, sociétés secrètes), Hugo Santiago, Ruiz, Fassbinder, Arrieta, et cætera." (Libé)

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 Pour conclure, allez voir le très beau et juste texte de Philippe Lefait (et des mots de minuit).

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samedi 8 juin 2019

l'odeur des pauvres

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PARASITE
de Bong Joon Ho

Bon, j'avais tout mélangé. Ou compris ce qui m'arrangeait. J'ai cru qu'après The Host, avec un titre pareil, Bong Joon Ho avait (re)fait un film d'extraterrestre (ou un critique aura dû mal s'exprimer). Donc j'ai attendu pendant un certain temps le fameux monstre extra-terrestre en question. Pour des prunes (du sirop de prunes, même). En vain, car point d'E-T ici ne poindra.
(Encore que.) (hihi).
Quelle histoire !  Quel film! Je n'avais voulu lire aucune crique, mais j'avais aussi compris qu'il était question de familles, et de riches et de pauvres (ouf, sur ces points, j'avais bien compris...) Ca commence sur un plan de vieilles chaussettes qui sèchent, un entresol où s'entassent les "pauvres", le fils, la fille, la mère et le père (c'est dans cet ordre je crois qu'on les découvrira), engagés, dans la première scène à la chasse au "saint wifi", puis, on le comprendra très vite ensuite à la chasse au fric, simplement. Une famille de pauvres démerdards et (immédiatement) sympathiques.
Par l'entremise d'un copain du fils, ils vont avoir l'opportunité (le mot est ici justifié, Hervé, isn't it ?) d'entrer en contact avec une famille de composition équivalente (maman, papa, grande soeur, petit frère) mais d'un tout autre rang social (et statut financier), des gens riches, dans une splendide maison de riches, quoi, puisque s'ajoutent (se greffent) à ladite cellule familiale les gens de maison : une gouvernante, un chauffeur, et un professeur d'anglais "à domicile". C'est à ce titre que le fils va entrer, le premier, dans la maison magnifique de la famille riche, sur la recommandation de son copain étudiant (qui y exerçait la même fonction mais a dû partir à l'étranger, et a donc proposé ce rôle à son pote, le chargeant de "surveiller" la jeune fille, le temps qu'il puisse la demander en mariage lorsqu'il rentrera...) Le fils trouvant le boulot plaisant (et gratifiant) va vite trouver un stratagème pour y faire entrer sa soeur, qui va à son tour trouver un moyen de faire entrer le père, qui va faire la même chose pour la mère. Prof d'anglais, art-thérapeute, chauffeur, gouvernante, les voilà tous les quatre désormais dans la place. Qu'on retrouvera en train de se saoûler paisiblement et familialement la gueule au whisky (qu'on soupçonne hors d'âge et hors de prix) dans le gigantesque salon de la famille riche (qui est sortie pour fêter l'anniversaire du petit -et remuant- dernier.). A ce moment-là (ce qu'on pourrait nommer "fin de la première partie") je me suis demandé qu'est-ce qui allait bien pouvoir se passer, quel rebondissement, et quoi de neuf sous le soleil coréen allait bien pouvoir venir éclairer cette plaisante histoire de -effectivement- parasitage.
J'étais loin de me douter...
Jusque là on a souri, on s'es attaché, on s'est réjoui devant la mise en place de ce siphonnage familial (les gentils pauvres démerdards et les riches gentils aussi  trop pleins de morgues -et de pépettes-.)
Car c'est là que le film (re)démarre, "vraiment", pour une (autre) histoire qu'on n'avait pas du tout vu venir, pas forcément aussi réjouissante (quoique), et bam bam bam! (j'adore cette onomatopée), ne va plus s'arrêter, plus vous lâcher, plus vous laisser le temps de prendre votre respiration. Le scénario est... diabolique, et  plus une seconde de répit ne vous sera accordée, ni le temps de rêvasser ou penser à autre chose... Parasite est un film directement politique (et politiquement direct). Puissamment, aussi. (j'aurais pu ajouter quelques autres adverbes). Un film "grand public" (en tout cas, pour une Palme, et il faut encore saluer Monsieur Iñarittu pour la qualité de son palmarès Cannois 2019), mais ni bourrin ni benêt ni racoleur ni putassier, zigzaguant (de plus en plus) entre violence et (oui) tendresse. (je vous recommande tout particulièrement la scène -grandiose- dite "de l'anniversaire dans le jardin" qui en constitue en quel).que sorte l'acmé, le point d'orgue, l'apocalypse.) Je ne veux pas en dire plus, je ne voudrais pas gâcher une miette de votre plaisir de spectateur.
Un film étourdissant, éblouissant, dont on sort complètement entourné, chaviré, tourneboulé. Oui, un film politique en costume de thriller qui, comme les personnages du film, sait parfaitement tromper son monde... Un film contondant (comme les personnages du film, encore une fois), dont le spectateur lambda ne sortira pas indemne. Frappant, dans un maximum de sens (et de manières) du terme. Ca fait souvent mal, mais ça fait du bien (pour le film).
A près Memories of murder, The Host, Mother, Snowpiercer, le réalisateur coréen s'en tire une nouvelle fois (très) haut la main (et on ne peut rêver que de réussir à voir un jour Okja...) et la (suprême) récompense Cannoise obtenue est à la hauteur, non seulement de l'intelligence du film, mais tout autant du bonheur de spectateur qu'il génère.
La vie, c'est comme des vieilles chaussettes qui sèchent...

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