lundi 8 juillet 2019

tout s'est bien passé

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ETRE VIVANT ET LE SAVOIR
d'Alain Cavalier

Un beau titre pour un beau film. C'est moi qui l'avais souhaité dans la programmation, et donc il était normal que je m'y retrouve dès la première séance. Moins normal que j'y fusse (?) tout seul mais bon, finalement, je trouve ça plutôt agréable que d'avoir la salle rien que pour moi... Le plaisir de retrouver le filmeur Alain Cavalier, toujours avec à la main sa petite caméra, qui revient régulièrement nous donner de ses nouvelles, sous forme de journal mi-filmé, mi-parlé, mi-écrit (oui je sais ça fait trois moitiés, mais ça montre juste l'extrême richesse de ce cinema -a priori- povera et toc), récemment (2014) ce fut Cavalier Express et Le paradis (les Six Portraits XL (2018) ou l'excellentissime Pater (2011) ne relevant pas tout à fait de la même veine.)
Ce dernier opus parle, frontalement, de maladie. De cancer, et de mort. Cancer d'une amie que Cavalier visite au début du film, cancer du père d'Emmanuèle Bernheim évoquée par elle dans son livre Tout s'est bien passé, puis cancer d'Emmanuèle Berheim elle-même, qui empêchera l'adaptation en film du livre en question, envisagé par Alain Cavalier avec Emmanèle dans son propre rôle et lui dans le rôle de son père. Un film qui parle beaucoup de mort mais qui, dans le même mouvement (on pourrait parler de réflexion), parle aussi, justement, beaucoup de la vie. Tout autant.
Emmanuèle B. et Alain C. sont amis depuis très longtemps, mais continuent de se vouvoyer. Par jeu. Et le film sera donc mont(r)é comme une forme de jeu. un dialogue, un échange. Où l'on entraperçoit l'espace intime de chacun(e) des interlocuteurs. Une oeuvre riche et exigeante, à la fois simple et complexe, à mi-chemin entre la vanité et le cabinet de curiosités.
Une toupie, des barres chocolatées, une bougie, un pigeon, un christ (plusieurs, en fait), une vieille photo en noir et blanc, une perfusion, des courges butternut (beaucoup), des pages de livres, et d'autres de carnet, un escargot... Cavalier filme le réel, le quotidien, l'ordinaire (l'infra-ordinaire écrivait Perec), et c'est juste bouleversant. Il filme la vie à l'oeuvre, et la mort à l'oeuvre aussi, doucement, simplement, comme on chuchote, sans pathos. Le film parle d'un film en train de se faire, ou qui aurait pu se faire, comme le faisait Pater. Mais il parle surtout de la mort, avec une gravité douce mais indéniable. L'évidence de la mort et le fait de l'accepter. Tout se fera en off. Ce qu'on ne voit pas, et ce donc qu'on ne peut appréhender.

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Posté par chori à 06:43 - - Commentaires [0] - Permalien [#]