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ONCE UPON A TIME... IN HOLLYWOOD
de Quentin Tarantino

Dans le bôô cinéma, bien que le film y soit projeté en sortie nationale, il n'y avait -honte!- que 2 (oui deux) séances en VO prévues, dont la première avait lieu cet après-midi, en salle 9, qui attira une foule inconsidérément inhabituelle, qui manqua d'ailleurs de la remplir complètement, -il y avait même des jeunes- comme quoi il y a un public pour les films en VO!
Ça faisait un moment qu'on voyait (et re-) la bande-annonce (en français bien sûr), qui ne semblait d'ailleurs pas donner envie à grand-monde, mais bon là on y était et on s'est laissé aller dans ce qui est (il faut bien le reconnaître a posteriori) une énorme gourmandise hollywoodienne, mais (non moins indéniablement) à la sauce Quintin : nostalgie, références, clins d'yeux, humour,  hémoglobine, logorrhée (quoiqu'après Nuits magiques, vu la veille, -tiens, encore une histoire de cinéma, de références et de meurtre...- celui-ci semblait  du coup un modèle de retenue verbale, quasiment bressonnien dans la mesure de ses dialogues -j'exagère à peine, vous me connaissez-). Et aussi une histoire de vérité et de mensonges (le vrai du faux à démêler, pour faire court).
Bon, Tarantino et moi, ça n'a pas toujours été le grand amour : entre Pulp Fiction (1994) et Inglorious Basterds (2009) il y a par exemple eu comme un sérieux trou d'air dans notre histoire, mais bon là ça faisait trois films d'affilée que j'avais accueillis en applaudissant des deux mains (voire plus si c'eut été possible). Donc je partais pour celui-là plutôt confiant (quoique).
A la sortie, j'étais un peu perplexe. Comment dire... J'ai trouvé le démarrage un peu laborieux, répétitif, anodin, presque mollasson par endroits (peut-être par rapport à ce que j'attendais d'un "film de Tarantino"), tout ça était bien trop calme, le fractionnement des histoires et la multiplicité des points de vue rendant  difficile à appréhender "globalement" le récit en train de se mettre en place.
Deux acteurs en tête d'affiche, et des pointures, Di Caprio est Rick Dalton, acteur de séries télé presque has been (on est en 1969) et Brad Pitt joue Cliff Booth, son pote (et un peu son homme à tout faire) lui aussi du métier puisqu'il est le cascadeur qui le double dans la plupart de ses films). Deux nice guys à Hollywood en 1969, dans une co-existence qui pourrait inciter à convoquer le SSTG* (mais non qu'allez-vous donc penser là il y a autant de chances de trouver un personnage gay chez Quintin, que, comme l'avait dit Spike Lee à l'époque, d'en trouver un black chez Woody Allen...). Et Rick Dalton (Leonardo) a réalisé un rêve de gosse, non seulement en emménageant à Hollywood mais devinez un peu qui habite dans la maison juste voisine ? Roman Polanski (qui vit alors avec la jeune Sharon Tate). Hollywood glamour, mais le spectateur ne peut se départir d'une -légitime- inquiétude lorsqu'il voir apparaître dans le script une bande de hippies pas si cool ni si peace and love que ça, avec parmi eux (à leur tête) un certain Charlie (Manson, et résonne dans la tête, ding ding! comme une sonnerie d'alerte rouge dans un film où il y a un truc qui va exploser...).
Leone (Sergio) avait fait son Il était une fois en Amérique (4h11), Ceylan (Nuri Bilge) son Il était une fois en Anatolie (2h37) Tarantino (Quentin) fait son Il était une fois... aussi, mais à Hollywood (si le titre n'apparaît qu'à la toute fin du film, ça semble tout à fait logique, vu le contexte et la tournure qu'a pris le film) et en 2h41.
Il y a donc Rick, Cliff, et Sharon, et chacun(e) va, dans cette journée, vivre sa petite vie hollywoodienne, avec pour chacun(e) une ou plusieurs choses qui valent le coup qu'on les raconte (ou qu'on s'en souvienne), dont Tarantino nous fait à chaque fois une scène digne d'être étiquetée morceau de bravoure, dans une tonalité la plupart étrangement "calme" (pour "un film de Tarantino"). Des rencontres, à chaque fois, qui génèrent des échanges, drôles assez souvent, émouvants parfois, inquiétants à d'autres, mettant en scène, ensemble ou séparément, chacun des personnages dans sa "réalité" filmique (déprime, coolitude, émerveillement...)
Et plus le temps passe, plus le spectateur s'inquiète (en fait, plus le spectateur a le sentiment que le réalisateur fait en sorte qu'il s'inquiète...)
Ce sale gosse de Quentin T. joue avec nos nerfs, un peu sadiquement (la scène chez les hippies) mais bon on devrait avoir l'habitude. Comme d'habitude, le script avance masqué. Mine de rien. A petits pas.
Et puis arrivent ces quinze dernières minutes, quasiment cartoonesques tant le déchaînement de violence ne déparerait pas dans un Tex Avery, par exemple, et où le spectateur moyen (vous, moi) même s'il se cache un peu les yeux, se surprend soudain à jubiler, oui, devant cette violence, mais surtout devant l'objet sur lequel elle s'exerce (on pourrait presque employer le terme de justifiée, c'est dire dans quelle position il parvient à nous mettre).
Mais, surtout, cette hyperbole est mise en place pour mieux faire ressortir, par contraste, le calme absolu de cette coda qui lui succède, lorsqu'apparaissent les mots du titre, Once upon a time..., et que le seul sentiment qui subsiste alors, c'est celui d'une violente (!) mélancolie qui alors nous envahit, nous submerge, très simplement, oui, un raz-de marée doux, devant ce portail qui s'entr'ouvre... (et la fin d'une autre histoire). Et une preuve supplémentaire que le cinéma est plus fort que la réalité.
Une critique de spectateur particulièrement intelligente sur allocinoche (ce qui n'est, reconnaissons-le, pas toujours le cas) fait le parallèle entre la cigarette trempée dans le LSD de Cliff Booth, à la fin du film, et la pipe d'opium fumée par de Niro à la fin de Il était une fois en Amérique, (qui fit beaucoup gamberger et hypothéser les spectateurs de l'époque...) et les modifications qu'elles induisent (peut-être) sur la perception des événements...
En tout cas, même sans avoir rien fumé du tout, ce film-ci, plus j'y repense et plus je l'aime...

* (pour celles ceux qui prendraient vraiment le train en route) : sous-sous-texte-gay

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