samedi 31 août 2019

I am very photogenic

136
FRANKIE
de Ira Sachs

Comme l'a résumé plus tard par mail le projectionniste-chef du bôô cinéma "ce film franco portugais, est finalement en version anglaise sous tirée en français....................." (je recopie tel que). Je suis donc allé le voir en VO à Besac, puisqu'il était annoncé en VF dans le bôô cinéma (alors que finalement  non).
La star est française (isabelle Huppert, huppertissime, dans un rôle sur mesure), le réalisateur est américain (Ira Sachs, dont on a ici programmé et aimé plusieurs films déjà, Brooklyn Village, Love is strange, et que je n'imaginais pas s'aventurer un jour hors de son pré carré new-yorkais), le décor est portugais (Sintra et ses environs), et la distribution cosmopolite (américano-franco-portugaise). Une star de cinéma (qui va bientôt mourir, on l'apprendra progressivement) a convié sa "famille" -au sens large- (son mari, son ex-mari, son fils, sa fille (enfin, celle de son mari), qui est venue avec son mari et sa fille à elle, une amie actrice américaine qui est venue avec un ami avec qui elle a bossé sur Starwars), pour un genre de réunion familiale (avec un je ne sais quoi de tchékhovien) qui va être pour le réalisateur l'occasion de faire le point sur la notion de "couple". Le film nous en présente un certain nombre : "vieux" couples (un qui a duré, l'autre pas), et jeunes couples (couple d'ados, couple de jeunes gens), couple qui commence et va peut-être durer, couple qui va mourir  au bout d'un certain temps, couple qui meurt à peine il est né, couples hétéros et gay (un,mais hors-champ, seulement évoqué) bref couples couples couples...
Avec, au centre de ces duos/duels, l'impériale Isabelle. Qui interprète Françoise Crémont (dite Frankie), une famous french actress (un personnage qu'on pourrait supposer pas très loin de celui, justement, d'Isabelle Huppert, famous french actress) qui, un peu comme chez La Fontaine
("Un riche Laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins")
a, semble-t-il, une idée derrière la tête en organisant cette aimable excursion lusitanienne et familiale... Etant habituée à ce que tout le monde soit à sa disposition, il lui semble logique, à ce moment-là de sa vie, d'en prendre, justement (des dispositions). Sans que forcément les gens concernés soient toujours d'accord avec elle (ni elle avec eux, d'ailleurs)
Une très bonne idée du réalisateur est de lui avoir donné pour mari (le deuxième, celui avec qui elle est toujours) l'impressionnant -physiquement- Brendan Gleeson, un acteur irlandais précédemment par moi très apprécié dans des films assez éloignés de Frankie : que ce soit dans Bons baisers de Bruges (de Martin Mc Donagh) ou encore L'Irlandais ou Calvary de John Michael Mc Donagh (dont je suis prêt à parier qu'ils sont frères et irlandais), dans des rôles de tueur, de flic ou de prêtre, il promène  à chaque fois une présence massive et bourrue, un genre de quintessence  virile et irlandaise, qui le rend profodément attachant, tandis qu'ici il change complètement de registre en incarnant un personnage tout en retenue, dans un rôle  de mari amoureux qui souffre en silence...
Huppert est -comme d'hab'- magnifique, plus ça va et plus elle affine et épure (minimise) son non-jeu (dès la toute première scène, quand elle arrive au bord de la piscine, on est subjugué par la façon dont elle compose -incarne- son personnage en donnant le sentiment de ne rien jouer, ou presque, et c'en est sidérant). Elle est accompagné par une galerie d'acteurs et trices tout à fait au diapason : Brendan Gleeson, déjà nommé, Pascal Greggory (le premier mari), Jérémie Rénier (le fils), Vinette Robinson (la fille), Marisa Tomei (l'amie), qui lui renvoient la balle (ou se la renvoient aussi entre eux) puisque le film serait un peu une série d'échanges, (comme par permutations) souvent à deux, quelquefois à plus, où le réalisateur semble poser sa loupe sur les micro-événements qui se jouent alors. L'amour c'est gai, l'amour c'est triste, titrait Jean-Daniel Pollet que j'ai déjà ici maintes fois cité, mais j'aime cette formule qui, dans sa simplicité touche (bien sûr) à l'universalité. Surtout dans l'optique Rohmer /Allen (on pourrait rêver plus mauvais parrains) que semble avoir choisi le réalisateur.
C'est très bien joué, les paysages sont magnifiques, la lumière au petit poil, et pourtant on ne peut pas s'empêcher, rétrospectivement de trouver tout ça un peu lisse. (Alors qu'on a conscience de prendre un grand plaisir de spectateur). Formel ? A l'image de cette dernière séquence à la fin du jour où tous les personnages se retrouvent sur la plage, autour de Frankie, et où la caméra s'éloigne  pour les voir s'en aller et sortir du champ (de la narration) l'un après l'autre, jusqu'au dernier (on s'est posé la question avec Emma et on s'est mis d'accord, il semblerait que ce soit le jeune -et mimi- guide portugais). La scène alors reste vide un moment, j'ai chuchoté "Et... Coupez!", encore deux secondes, et effectivement, ça a coupé. Générique.

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mercredi 28 août 2019

réunion de parents

135
JOEL
de Carlos Sorin

J'aime le cinéma de Carlos Sorin, dont on a programmé régulièrement les films depuis Historias Minimas (2003, 16 ans d'amour!) qui vont du très bon à l'excellent (j'avais adoré La Fenêtre). Il nous revient, sept ans après Jours de pêche en Patagonie (dont le titre original était juste Dias de pesca, sans Patagonie donc) avec Joel, une enfance en Patagonie (dont le titre original était Joel, sans mention de Patagonie non plus) comme si les distributeurs successifs avaient tablé sur l'exotisme de ce mot pour attirer les spectateurs.
(en Patagonie, c'est vrai, les paysages sont magnifiques, mais il fait aussi très froid). Et, tant qu'à coller un sous-titre, autant qu'il soit juste, et le film aurait plutôt du s'appeler alors Une scolarité en Patagonie (ce qui, je le reconnais, était beaucoup moins glamour.)
Très souvent, les films de Carlos Sorin évoquent le lien familial (parental, filial), et nous faisons la connaissance de Cecilia et Diego (elle est prof de piano et lui bûcheron), un sympathique jeune couple (c'est vraiment la sensation qu'on a, dès les premières images du film, tant ils sont filmés avec bienveillance) sur le point d'adopter un jeune garçon (le Joel du titre), avec juste une petite hésitation à propos de l'âge du bambin en question (ils avaient souhaité 4 ou 5 ans, et voilà qu'on leur en propose un de 8, qui s'avèrera d'ailleurs en avoir 9), mais qui ne durera pas longtemps tant, visiblement, est fort leur désir d'adoption.
Ils vont donc chercher Joel, et le ramènent à la maison, après un ultime entretien avec la juge qui les informe qu'il s'agit d'une période "d'essai" de six mois, avant que soit prononcée l'adoption définitive. Joel est un enfant peu expansif (mais le peu qu'on connaîtra de sa vie "d'avant" explique un peu cela), Cécilia et Diego (le couple est formidable je le redis) font tout ce qu'ils peuvent pour que les choses se passent le mieux possible...
Et le film qu'on craignait un peu (enfant rebelle, difficultés d'adaptation, parents débordés /effondrés) ouf! n'arrive absolument pas. Et Carlos Sorin commence à nous raconter une toute autre histoire. Une histoire d'école, d'instiutrice modèle, de directeur nouvellement nommé, d'inspectrice "serviable", de parents d'élèves inquiets d'abord puis carrément hostiles, qui vont faire monter en chantilly saumâtre l'"intégration" de Joel dans sa nouvelle école... J'avoue que cette partie m'a rappelé une réalité "pédagogique" vécue de l'intérieur, dans un temps (que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître) où, dans une autre vie, j'ai, justement pratiqué ce métier, et je peux vous dire que le processus que décrit Sorin n'est pas exagéré, et tout ça m'a rappelé assez exactement des situations vécues - de l'emballement des parents face à un problème donné (qu'il soit réel ou imaginaire) au faux-culisme de l'institution, en Patagonie ou en France c'est bien tout pareil-.
Un film qui, ironiquement,  coïncide quasiment avec la fin des vacances (si j'avais encore été en activité, ça m'aurait peut-être un peu attristé...) Un film, enfin, dont la fin grande ouverte m'a laissé, justement, un peu sur la mienne, (de faim).

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mardi 27 août 2019

vague à lame

LE COUTEAU
de Jo Nesbø

C'est Marie qui m'a prévenu par sms que le nouveau Harry Hole était sorti le 14 août... (je l'ai d'ailleurs remerciée illico pour cette bonne nouvelle). Il a ensuite fallu s'armer d'une peu de patience pour que le livre arrive  dans L'Espace Culturel L*clerc (qui nous tient lieu de librairie, si si!) où j'avais justement un chèque-cadeau (joliment conséquent) à dépenser... Un peu plus d'une semaine, et il était là. Je l'ai trouvé assez laid (pourquoi sont-ils allés coller du brillant comme ça sur la couverture ? On a connu la Série Noire plus sobre... tel que, le bouquin fait cheap, blingbling et racoleur, enfin, passons...)
Comme d'hab' chez Nesbø, on a affaire à un fort volume (600 pages) et je m'y suis donc attelé avec gourmandise. Harry Hole est un héros addictif (presque un super, d'ailleurs, vu ce qu'il lui arrive à chaque fois et la façon dont il s'en sort, en général) et je ne lis d'ailleurs chez Nesbø que les bouquins où il intervient (comme Joe R.Lansdale et les aventures de Hap et Léonard, ou Jorn Riel avec les héros des Racontars Arctiques). Harry, sinon rien!
Je ne vais rien dire de l'histoire (vous aurez le plaisir de la découvrir tout seul comme des grands), seulement de la technique de l'auteur, qui prend toujours autant plaisir à nous rouler dans la farine. Encore et encore (Ca doit être un bon exercice de traduction, car ici chaque mot à son importance, surtout la façon dont Nesbø l'utilise pour nous faire croire ce qu'il veut (ou ce qu'on a envie de croire qu'il veut nous faire croire.)
Harry se réveille après une cuite carabinée et il a les mains pleines de sang. Et il ne se souvient de rien de ce qui s'est passé... Et ça ne va pas être triste (quoique). On se laisse aller dans cette lecture pleine de neige de glace de froid de sang... et de couteau(x)! On va retrouver toutes celles et ceux qui vivent et bossent aux côtés de Harry (même si pour certain(e)s j'avais parfois un peu de mal à resituer du premier coup...) avec quelques nouvelles/nouveaux venus quand même...
Mais bon, faut reconnaître que c'est très bien fait. Pour un meurtre donné vont être envisagés successivement un certain nombre de coupables éventuels, selon des pistes sur lesquelles l'auteur nous balade selon son bon vouloir, on y croit, on se dit  bon sang mais c'est bien sûr, et à chaque fois, impitoyablement, hop, il tire le tapis et nous laisse,  tourneboulé, cul par-dessus tête. (Et on aime ça).
Oui c'est vraiment très très bien goupillé (même si j'ai été moins sidéré que par, par exemple, Le bonhomme de neige -qui, c'est vrai, était mon tout premier Nesbø-). Ca démarre doucement, cool-cool, plan-plan-plan presque, et l'auteur, comme chaque fois, accélère progressivement. Avec toujours le même goût pour les fausses pistes et, surtout,  les dernières phrases de chapitre qui soudain vous retournent la situation comme un doigt de gant (et tremblez parce qu'en Norvège, comme partout ailleurs d'ailleurs, un gant a cinq doigts, et vous n'êtes donc pas au bout de vos surprises. Et des retournements.)
Comme de bien entendu, il est rigoureusement impossible pour le lecteur moyen de deviner le fin de mot de l'histoire, et qui a fait le coup (mais ça fait partie du plaisir de la lecture...). C'est comme si un magicien sortait de son chapeau un lapin qui sort ensuite  de son chapeau un autre magicien qui sort de son chapeau un autre lapin etc. Impressionnant.
Comme avec Harry Bosch en son temps (ah, Le dernier coyote... mais ça fait un bail que j'ai lâché Connelly) ça fait vraiment plaisir de retrouver un héros qu'on aime, comme un vieil ami...
A plusieurs reprises j'ai été très ému, et j'ai beaucoup aimé les dernières lignes...

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lundi 26 août 2019

géodrilologie

134
PERDRIX
d'Erwann Le Duc

Encore une délicieuse surprise. Un film vraiment enthousiasmant. J'avais juste l'avis (très enthousiaste) de Marie (mais on n'aime pas toujours les mêmes choses...) et un autre avis, modulé mais cannois, de Zabetta... Dès les premières secondes, j'ai eu ma petite larme : d'abord la voix de Fanny Ardant, dans le noir, qui vous parle d'amour fou, ça vous met en condition, et, tout de suite après, l'invitation en musique de Gérard Manset, Entrez dans le rêve, qui est une chanson "de ma jeunesse" qui me tient toujours à coeur... Ramenez le drap sur vos yeux, entrez dans le rêve... Et le générique, ensuite,  est une succession délicieuse d'actrices/teurs d'horizons divers mais tout autant chers à mon coeur, qui s'allument cling cling cling comme les étoiles d'une nouvelle constellation : Maud Wyler, découverte dans le tant aimé 2 automnes 3 hivers (de Sébastien Betbeder), Swann Arlaud portant encore des échos qui résonnent de Petit paysan et Ni le ciel ni la terre, Nicolas Maury le halo flamboyant de sa présence singulière dans Les Rencontres d'après minuit puis Le Couteau dans le coeur, Fanny Ardant, donc, évoquée en première ligne, pour toujours La femme d'à côté ou celle de Vivement Dimanche!, avec sa voix ineffable et précieuse qui nous fait du bien, et un petit dernier, joliment mal rasé, dont j'ai du attendre le générique de fin puis la consultation d'allocinoche pour savoir où j'avais déjà vu ses beaux yeux, et bingo : Alexandre Steiger, tout droit venu de Queen of Montreuil... Comme une extraordinaire configuration de films bonnes fées marraines qui se seraient penché(e)s sur le berceau de ce nouveau-né cinématographique. Tutélaires, et de meilleurs augures...
Une famille, donc, les Perdrix, vivant paisiblement dans une petite ville des Vosges, Maman Perdrix (Fanny) et ses deux fils Perdrix, Swann et Nicolas, (et la jeune fille de Nicolas), dont la vie tranquille de sous-préfecture va être chamboulée par l'irruption d'une charmante emmerdeuse (Maud), qui vient de se faire voler sa voiture (et le contenu de toute sa vie) par une nudiste rebelle, et a débarqué, pour le déclarer, à la gendarmerie  dans laquelle, justement, Swann est capitaine... Choc thermique -le feu et l'eau qui dort, l'ours et la poupée- (un parfum lointain de Katherine Hepburn et Cary Grant) immédiat dans cette gendarmerie aussi planplan que même parfois rantaplan, d'ailleurs. L'univers "codifié" de la comédie romantique, pense-t-on illico, tranquillou dans ses pantoufles de spectateur, mais que le réalisateur va bim bim bim! dynamiter tous azimuths, sans pitié (et pour notre plus grand plaisir (pas tous/toutes : deux spectatrices ont quitté la salle au bout de dix minutes de film...) et le sien visiblement aussi.
L'univers bizarro (c'est écrit dans le film à propos de la famille Perdrix) d'Erwann Le Duc est posé, façon de parler car instable, ne cessera plus de nous surprendre et de zigzaguer sur sa lancée jusqu'à la fin du film. Beaucoup d'adjectifs pourraient être évoqués (et mérités) : burlesque, loufoque, déjanté, atypique (ça c'est pour appâter Pépin), bref un véritable manuel des Castors Juniors de la folie douce, mais filmé avec une impressionnante maîtrise (rigueur) qui laisse le spectateur en même temps hilare et baba (clignoterait alors dans la nuit là-haut dans le ciel l'étoile bienveillante et tutélaire d'un Wes Anderson, par exemple...) Sous le charme, en tout cas, tout le temps (ou presque).
Boy meets girl, bien sûr, mais aussi des nudistes, des vers de terre, un char d'assaut, un défunt envahissant, une joueuse de demi-ping-pong, des amitiés franco-allemandes, avec un sens du décalage certain (et du détail qui fait mouche) : chacun des personnages cherche quelque chose (et trouvera peut-être autre chose), et le spectateur se laisse entraîner à leur suite sur les routes du Jura* profond (et ses forêts jolies) et il en redemande, tant tout dans le film ou presque est prétexte à faire son bonheur (et la musique, aussi, est magnifique).
Sous le charme, quoi.

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* remplacer par "des Vosges", bien sûr (merci Marie!)

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dimanche 25 août 2019

the kids are not allright

134
RÊVES DE JEUNESSE
d'Alain Raoust

(Entregent, encore). Là c'est grâce à l'ACID que j'ai eu la chance -le privilège- de pouvoir profiter du lien pour visionner ce film sorti fin juillet (j'avoue que je n'y avais pas fait très attention), qui figurait dans la sélection ACID à Cannes 2019, et que je suis extrêmement content d'avoir vu.
Un très joli film, un film sensible, un film fragile aussi. En tout cas un film précieux. Un fil (conducteur) narratif ténu mais plus solide qu'il n'en a l'air. Qui tient bon.
Autour de la touchante Salomé Richard (qui nous avait déjà touchés, justement, il y a quelques années dans le beau Baden Baden de Rachel Lang) qui joue, justement, Salomé, une jeune fille peu bavarde qui démarre un job d'été dans une déchetterie un peu paumée (le qualificatif est valable pour les deux), - on comprend qu'elle revient dans un endroit qu'elle a quitté "avant"- va se mettre en place, se jouer (se nouer) un petit théâtre de l'intime et de l'affectif, de la mémoire et du presque rien,  par le biais des différents personnages qui vont s'y produire successivement, et que le réalisateur a -heureusement- l'intelligence de ne pas cantonner chacun(e) dans "sa" scène (de bravoure). Une jeune fille un peu excessive (Jessica) -un peu agaçante aussi-, qui l'amènera à croiser deux jeunes dragueurs qui jouent aux boules (et se feront éconduire), dont un des deux qui revient un peu plus tard et s'avère connaître Salomé, un cycliste suicidaire (le toujours excellent mais trop rare aussi Jacques Bonnafé, qui va impulser une très belle et très juste scène nocturne, sans doute une de mes préférées du film), les parents du jeune homme vont être comme les barreaux successifs de l'échelle qui va permettre à Salomé de sortir de là et de passer -enfin- à autre chose... Avec, en creux, au centre de l'histoire, la figure d'un absent dont l'évocation ne cesse d'irriguer le récit.
Oui un beau film simple, touchant, qui parle (souvent à voix basse mais de façon très juste) de jeunesse, d'amour, d'illusions, de révolte, mais, finalement, d'espoir aussi.

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samedi 24 août 2019

maison de retraite

133
VOUS ÊTES JEUNES, VOUS ÊTES BEAUX
de Franchin Don

(entregent) C'est par Zabetta que j'ai eu le lien pour visionner le film (le film sort début octobre). Elle n'avait pas voulu trop m'en dire, je connaissais le nom des acteurs (Darmon Balasko Bouchitey Lavant) et je savais "qu'il était question de boxe"... Dès les premiers plans du film le ton est donné : Balasko au bord d'une route, près d'une voiture accidentée, cheveux gris, visage nu, puis c'est au tour de Darmon qui apparaît, tout autant sans apparat, en train de s'habiller pour aller à un enterrement. Le poids des ans, le visage fermé, la solitude, la tristesse.
Pourtant, au départ, dans l'inconscient collectif cinéphilique, accoler ces deux noms en tête d'un générique (et on est content qu'ils soient en tête, ils le méritent), Balasko / Darmon, on pencherait plutôt pour un truc joyeux, qui va vous dérider les zygomatiques. un truc sympathique, qui vous caresse dans le sens du poil, qui va vous faire du bien... On les aime, ces deux-là, et ce qu'ils ont représenté jusqu'ici dans le cinéma français (pour lequel les scénaristes et les directeurs de casting manquent, on le sait, cruellement d'imagination). Donc on se dit que.
Mais là non, pas du tout. Du tout. Contrepied, contre-emploi. On est aux antipodes de ce qu'on imaginait. Josiane Balasko s'était déjà aventurée sur ce terrain au moins une fois, avec l'impressionnant (et très sombre) Cette femme-là, de Guillaume Nicloux, mais il s'agissait une initiative isolée, tandis que si on pense "Gérard Darmon" on pense automatiquement "comédie" (avec quand même quelques fleurons de la spécialité : La cité de la peur, bien sur, Astérix, Le coeur des hommes...). Mais là non.
Gérard Darmon est vraiment impressionnant dans un rôle très fermé (dans un film lui-même très fermé, à la limite de l'asphyxie). Il joue un vieux bonhomme qui décide, pour se faire un peu d'argent, de prendre part à des combats de boxe clandestins entre vieux ... Rien que cette idée est (pour moi) révoltante, et la voir matérialisée dans un sous-sol avec un Denis Lavant,tout en blanc, tonitruant en maître de cérémonie cynique face à un public de parieurs qui le sont tout autant, fait froid dans le dos. La mort rôde, surplombe, enveloppe, et le désespoir aussi.
Le film est d'une tristesse infinie, tout le temps ou presque, et c'est un peu dommage que le réalisateur (Franchin Don, sur lequel on sait très peu de choses, même allocinoche reste muet à son sujet) reste quasiment tout le temps sur cette note-là.
Question démoralisation, c'est réussi, on a le moral bien bien plus bas que les chaussettes à la fin (bien avant, même).

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jeudi 22 août 2019

disfrutemos!

132
ROJO
de Benjamin Naishtat

Et voilà! Une fois de plus, Hervé avait raison! C'est lui qui avait proposé ce film que, personnellement je n'avais pas vu venir (pourtant nous avions déjà programmé -et beaucoup aimé- son précédent Historia del miedo) et qui conclut en fanfare notre programmation estivale (bon, en réalité il y aura encore deux semaines, dans le bôô cinéma, avant le premier septembre c'est les vacances, et donc les cinéphiles et amateurs d'art et essai sont censés voir des bonnes grosses daubes estivales n'ont droit qu'à un film, c'est comme ça...).
La bande-annonce, qu'on voyait depuis un certain temps, raconte un film qui (c'est habile) n'est pas tout à fait celui que l'on va voir. Que j'ai trouvé absolument magnifique. Avec deux acteurs dont on (re) connaît les visages : le premier, Dario Grandinetti (qui joue l'avocat) qu'on a vu dans deux films d'Almodovar et dans Les nouveaux sauvages, mais le second, surtout, Alfredo Castro, vu, lui, au moins dans plus d'une demi-douzaine de films déjà programmés dans notre  Semaine Latino (Mariana (Los perros), Neruda, El Club, Les amants de Caracas, No, Les Soeurs Quispe, Post Mortem... impressionnant, non ?) et qui joue le détective...
Un avocat, un détective, serions-nous dans un polar "classique" ? énigme ? procès ? Mais Benjamin Naishtat est un petit malin, et met en place une histoire instable, pleine de points d'interrogations, de chausse-trapes, de fausses pistes, de hors-champ narratifs, de peut-être et de doutes...
Le spectateur sait qu'une maison a été dépouillée, qu'un homme un peu agité a fait un scandale dans un restaurant devant un avocat, qu'il s'est un peu plus tard suicidé devant l'avocat, que celui-ci, après avoir essayé de l'amener à l'hôpital s'en est finalement débarrassé dans le désert (j'ai repensé à ce sketch affreusement cruel dans Les nouveaux monstres où un fêtard en grosse bagnole, après avoir recueilli dans sa voiture un blessé et fait en vain le tour des hôpitaux et des cliniques pour l'y déposer finit par le redéposer à l'endroit où il l'avait trouvé...), et il sait donc aussi (le spectateur) que beaucoup de questions se posent, à propos de cet avocat, et que  le scénario  ne va plus le lâcher, et tournicoter autour de lui, et de plus en plus s'en rapprocher,  de la même façon que l'annonce (la menace) d'un coup d'état imminent se rapproche elle aussi inexorablement des personnages, projetant une désagréable ombre portée (mais qui restera hors-champ jusqu'à la dernière scène).
Le scénario est virtuosement ficelé, chaque nouvel événement oblige le spectateur à se poser de nouvelles questions, parfois on se demande même carrément que vient faire là cette scène (par exemple, la scène de drague entre les deux ados) mais le réalisateur sait où il va, et c'est un peu comme si les points numérotés se reliaient progressivement les uns aux autres pour former un dessin d'ensemble qu'on n'aurait pas forcément vu venir. Tous les personnages sont argentins, la plupart font partie de la "bonne bourgeoisie" et forment d'ailleurs un groupe d'amis, la seule pièces "extérieure" est le détective (de la télévision), qui, lui, est chilien et qu'on a fait venir expressément pour résoudre le mystère de la disparition du "hippie", qui impacte chacun des personnages de façon plus ou moins directe. Mais ce n'est pas vraiment le travail d'enquête qui intéresse Benjamin Neishtat.  Rojo (titre difficilement prononçable pour beaucoup de gens, et dont on peut d'ailleurs se demander le pourquoi?) est davantage un film de personnages plutôt que d'actions. Une belle étude de caractères (et des différentes manières d'être un beau salaud). Le détective livrera ses conclusions à l'avocat, en plein désert, avant de repartir. Et la vie continuera (presque) comme si rien ne s'était passé...
Un film fort et très bien fait. Glaçant.

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mercredi 21 août 2019

micro187

*
"des gouttes qui ne se touchent pas..."
(l'observation, très juste, de Manue)

*
bilan provisoire des pertes :
ma grande règle en fer (50cm, quand même!),
la balance de cuisine,
les deux oiseaux d'Emma qui étaient accrochés à la petite fenêtre...

*
le menuisier me l'avait bien dit :
"Il y a des choses que vous ne retrouverez jamais..."

*
le bouquiniste m'a donné 40€ pour les trois sacs de polars que je lui ai apportés
(il ne reprend pas les "Série Noire")

*
j'ai réalisé que je possédais un nombre impressionnant de caisses en plastique,
toutes différentes (hélas non empilables)

*
j'ai toujours aimé accrocher des trucs aux poignées de portes

*
l'Océan Fatidique

*
j'ai déjà volé deux petites cuillères "différentes"
dans le même établissement

*
(expérience de cuisine malheureuse)
cette rhubarbe que j'ai achetée "pour éviter le gaspillage",
patiemment nettoyée, épluchée, lavée, tronçonnée, mise à dégorger, cuite,
pour aboutir à un truc peu ragoûtant qui ressemblait...  à de la merde
et que j'ai donc fini par jeter dans les toilettes

*
(un mois pile après le déménagement)
j'ai tout retrouvé
sauf les oiseaux d'Emma

*
il y a trois boulangeries proches de chez moi
samedi matin, elles étaient toutes les trois en vacances en même temps

*

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mardi 20 août 2019

plus qu'un frère et moins qu'une épouse

131
ONCE UPON A TIME... IN HOLLYWOOD
de Quentin Tarantino

Dans le bôô cinéma, bien que le film y soit projeté en sortie nationale, il n'y avait -honte!- que 2 (oui deux) séances en VO prévues, dont la première avait lieu cet après-midi, en salle 9, qui attira une foule inconsidérément inhabituelle, qui manqua d'ailleurs de la remplir complètement, -il y avait même des jeunes- comme quoi il y a un public pour les films en VO!
Ça faisait un moment qu'on voyait (et re-) la bande-annonce (en français bien sûr), qui ne semblait d'ailleurs pas donner envie à grand-monde, mais bon là on y était et on s'est laissé aller dans ce qui est (il faut bien le reconnaître a posteriori) une énorme gourmandise hollywoodienne, mais (non moins indéniablement) à la sauce Quintin : nostalgie, références, clins d'yeux, humour,  hémoglobine, logorrhée (quoiqu'après Nuits magiques, vu la veille, -tiens, encore une histoire de cinéma, de références et de meurtre...- celui-ci semblait  du coup un modèle de retenue verbale, quasiment bressonnien dans la mesure de ses dialogues -j'exagère à peine, vous me connaissez-). Et aussi une histoire de vérité et de mensonges (le vrai du faux à démêler, pour faire court).
Bon, Tarantino et moi, ça n'a pas toujours été le grand amour : entre Pulp Fiction (1994) et Inglorious Basterds (2009) il y a par exemple eu comme un sérieux trou d'air dans notre histoire, mais bon là ça faisait trois films d'affilée que j'avais accueillis en applaudissant des deux mains (voire plus si c'eut été possible). Donc je partais pour celui-là plutôt confiant (quoique).
A la sortie, j'étais un peu perplexe. Comment dire... J'ai trouvé le démarrage un peu laborieux, répétitif, anodin, presque mollasson par endroits (peut-être par rapport à ce que j'attendais d'un "film de Tarantino"), tout ça était bien trop calme, le fractionnement des histoires et la multiplicité des points de vue rendant  difficile à appréhender "globalement" le récit en train de se mettre en place.
Deux acteurs en tête d'affiche, et des pointures, Di Caprio est Rick Dalton, acteur de séries télé presque has been (on est en 1969) et Brad Pitt joue Cliff Booth, son pote (et un peu son homme à tout faire) lui aussi du métier puisqu'il est le cascadeur qui le double dans la plupart de ses films). Deux nice guys à Hollywood en 1969, dans une co-existence qui pourrait inciter à convoquer le SSTG* (mais non qu'allez-vous donc penser là il y a autant de chances de trouver un personnage gay chez Quintin, que, comme l'avait dit Spike Lee à l'époque, d'en trouver un black chez Woody Allen...). Et Rick Dalton (Leonardo) a réalisé un rêve de gosse, non seulement en emménageant à Hollywood mais devinez un peu qui habite dans la maison juste voisine ? Roman Polanski (qui vit alors avec la jeune Sharon Tate). Hollywood glamour, mais le spectateur ne peut se départir d'une -légitime- inquiétude lorsqu'il voir apparaître dans le script une bande de hippies pas si cool ni si peace and love que ça, avec parmi eux (à leur tête) un certain Charlie (Manson, et résonne dans la tête, ding ding! comme une sonnerie d'alerte rouge dans un film où il y a un truc qui va exploser...).
Leone (Sergio) avait fait son Il était une fois en Amérique (4h11), Ceylan (Nuri Bilge) son Il était une fois en Anatolie (2h37) Tarantino (Quentin) fait son Il était une fois... aussi, mais à Hollywood (si le titre n'apparaît qu'à la toute fin du film, ça semble tout à fait logique, vu le contexte et la tournure qu'a pris le film) et en 2h41.
Il y a donc Rick, Cliff, et Sharon, et chacun(e) va, dans cette journée, vivre sa petite vie hollywoodienne, avec pour chacun(e) une ou plusieurs choses qui valent le coup qu'on les raconte (ou qu'on s'en souvienne), dont Tarantino nous fait à chaque fois une scène digne d'être étiquetée morceau de bravoure, dans une tonalité la plupart étrangement "calme" (pour "un film de Tarantino"). Des rencontres, à chaque fois, qui génèrent des échanges, drôles assez souvent, émouvants parfois, inquiétants à d'autres, mettant en scène, ensemble ou séparément, chacun des personnages dans sa "réalité" filmique (déprime, coolitude, émerveillement...)
Et plus le temps passe, plus le spectateur s'inquiète (en fait, plus le spectateur a le sentiment que le réalisateur fait en sorte qu'il s'inquiète...)
Ce sale gosse de Quentin T. joue avec nos nerfs, un peu sadiquement (la scène chez les hippies) mais bon on devrait avoir l'habitude. Comme d'habitude, le script avance masqué. Mine de rien. A petits pas.
Et puis arrivent ces quinze dernières minutes, quasiment cartoonesques tant le déchaînement de violence ne déparerait pas dans un Tex Avery, par exemple, et où le spectateur moyen (vous, moi) même s'il se cache un peu les yeux, se surprend soudain à jubiler, oui, devant cette violence, mais surtout devant l'objet sur lequel elle s'exerce (on pourrait presque employer le terme de justifiée, c'est dire dans quelle position il parvient à nous mettre).
Mais, surtout, cette hyperbole est mise en place pour mieux faire ressortir, par contraste, le calme absolu de cette coda qui lui succède, lorsqu'apparaissent les mots du titre, Once upon a time..., et que le seul sentiment qui subsiste alors, c'est celui d'une violente (!) mélancolie qui alors nous envahit, nous submerge, très simplement, oui, un raz-de marée doux, devant ce portail qui s'entr'ouvre... (et la fin d'une autre histoire). Et une preuve supplémentaire que le cinéma est plus fort que la réalité.
Une critique de spectateur particulièrement intelligente sur allocinoche (ce qui n'est, reconnaissons-le, pas toujours le cas) fait le parallèle entre la cigarette trempée dans le LSD de Cliff Booth, à la fin du film, et la pipe d'opium fumée par de Niro à la fin de Il était une fois en Amérique, (qui fit beaucoup gamberger et hypothéser les spectateurs de l'époque...) et les modifications qu'elles induisent (peut-être) sur la perception des événements...
En tout cas, même sans avoir rien fumé du tout, ce film-ci, plus j'y repense et plus je l'aime...

* (pour celles ceux qui prendraient vraiment le train en route) : sous-sous-texte-gay

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dimanche 18 août 2019

nous nous sommes tant aimés

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NUITS MAGIQUES
de Paolo Virzi

Le plaisir de voir un film italien (et de faire d'une pierre deux coups en prospectant pour la prochaine Semaine Italienne)... Un film ritalissime qui parle de (je devrais plutôt écrire qui parle parle parle de, tellement le film se joue, rythmiquement, question dialogues, entre allegretto et prestissimo) trois personnages (une jeune fille et deux jeunes hommes), d'amour, d'amitié, de cinéma, d'argent, et même de football (un running gag qui m'a bien fait rire), dans une comédie en plus (pas toujours extrêmement fine mais ça fait partie du plaisir, Les Nouveaux Monstres, pa exemple, en leur temps, n'étaient pas non plus  des parangons de subtilité si je me souviens bien) qui, pendant plus de deux heures, va nous trimbaler sans ménagement (ça tiendrait plutôt de l'ouragan) dans les coulisses du cinéma italien, du cinéma italien dit "de l'âge d'or", sur les basques de trois jeunes apprentis-scénaristes (qui viennent de gagner les trois premiers prix d'un concours de scénarii) et donc, poussinets frais éclos dans la basse-cour de l'industrie cinématographique, tout pleins d'illusions et d'énergie, mignons à croquer, et qui font leurs "premières armes" dans ce qui ressemble bien à un panier de vieux crabes, un marigot saumâtre où crapotent de vieux crocodiles qui font claper leurs vieilles machoires devant ces jeunes proies alléchantes. Rien de nouveau sous le soleil de Cinecitta, qui dit cinéma dit sexe et fric (et magouilles). Nous en aurons donc pour nos sous.
Le film est bâti comme un long flash-back (un producteur véreux a été retrouvé mort dans sa voiture dans le Tibre, avec une photo dans sa poche, sur laquelle figurent nos trois jouvenceaux, qui vont donc  raconter leur histoire à un commissaire). Les trois sont très différents : il y a le "bon élève" sage et sérieux avec ses petites lunettes, et le chien fou, qui parle cru et semble toujours avoir les doigts dans la prise, tandis qu'entre les deux la demoiselle semble être un concentré d'inhibitions et de mal-être qu'elle combat à grands coups d'éléments psychotropes divers.
J'ai beaucoup aimé ça, même si j'avais souvent conscience de ne pas être en possession de tous les éléments et toutes les références cinéphiliques requises (le réalisateur, qui se rappelle visiblement de son propre passé de jeune scénariste, mélange le vrai et le faux, donne de vrais noms, en invente d'autres, qui en suggèrent éventuellement d'autres encore et ce jeu de cherchez le vrai trouvez le faux est plutôt plaisant...)
Le film n'est pas daté précisément (le seul élément chronologique sûr étant le tournage de La voce della luna, de Federico Fellini - soit, merci allocinoche, 1990-, mais quel idiot je fais (pardonnez-moi), avec une autre datation, bien plus probante pour les footeux : la demi-finale de coupe du monde Argentine-Italie, 1990, wikipédioche merci!) mais Paolo Virzi confère à son récit une patine, une coloration "nostalgique" dans le traitement de l'image, avec un recours fréquent à de belles ambiances sépia nocturnes.
Cinéma, ambitions, illusions (désillusions aussi, bien sûr), millions de lires, vaffanculo,  c'est incontestable, on est en terrain connu, en pleine Italie certes mais surtout Italia cinematografica, où Virzi nous fait galoper aux basques de son trio jules et jimesque italiano  (un toscan, un sicilien et une romaine) sans jamais nous laisser le temps de reprendre notre souffle ou presque (on pourrait de temps en temps être proche de l'asphyxie...) mais on peut se dire que ce sont les sourires qui en tiendraient lieu.
Contrairement à ce qu'on aurait pu croire au tout début, il ne s'agit pas d'un polar (on s'en fiche un peu de savoir qui a fait le coup), il serait plutôt question d'une chronique affectueuse (et peut-être nostalgique de la part du réalisateur) mais particulièrement épicée. Savoureuse. Comment dire ? On a le conscience que le film n'est pas parfait (il est bordélique ça c'est sûr) mais, en même du temps du plaisir (coupable ?) qu'on y prend.
Ajoutez, pour faire bonne mesure,  une musique qui évoque celle d'un Nicola Piovani de la grande époque (mais qui est l'oeuvre du réalisateur), une Ornella Mutti que je n'ai reconnue qu'au générique de fin (les actrices aussi vieillissent...), et deux plans, me semble-t-il, du Voleur de Bicyclette, et la felicità est complète...

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