lundi 30 septembre 2019

eurydice

149
PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU
de Céline Sciamma

Et dire que je n'étais pas sûr d'avoir envie d'y aller...
J'en suis sorti complètement (parfaitement) sous le charme. J'ai toujours trouvé Adèle Haenel exquise, mais Noémie Merlant (que je voyais pour la première fois sur un écran) le lui rend bien. Sans oublier la jeune Luàna Bajrami (vue dans le récent Fête de Famille, de Cédric Khan) qui les assiste (tout aussi exquisement), ni le passage de l'ange tutélaire ("avec la participation de"), Valeria Golino, qu'on aime ici toujours aussi, mais cette fois (inhabituellement) blonde et frisée.
Héloïse (Adèle Haenel) est une jeune fille qu'on a sortie du couvent pour "remplacer" sa soeur, morte avant d'avoir honoré le mariage, organisé par sa mère, avec un riche italien (d'Italie), mariage qu'elle refuse elle-aussi, et donc elle refuse de poser pour un portrait d'elle qui doit être envoyé à son futur époux (un peu pour la présenter -ils ne sont jamais vus- mais en quelque sorte pour "vanter la marchandise".)
Marianne est une jeune fille, peintre, envoyée sur l'île où vivent Héloïse et sa mère (ainsi que Sophie, une jeune bonne) pour faire "en secret" le portrait de celle-ci (on l'a faite passer pour une demoiselle de compagnie, une compagne de promenade pour l'autre demoiselle solitaire et farouche). Marianne accepte de donc de jouer sur les deux tableaux (avec la complicité de la mère et de la jeune servante), pour réussir à peindre un premier portrait d'Héloïse, qui ne la satisfera pas et dont elle effacera le visage avant de le lui montrer (et après lui avoir avoué la vérité).
Va donc se mettre en route un nouveau tableau, tandis que les relations entre les deux jeunes filles évoluent (se décorsettent et se libèrent) elle saussi. La mère d'Héloïse part pour cinq jours, et c'est la date-butoir qu'elle fixe à Marianne pour l'exécution à bien de son nouveau portrait.
Mais c'est davantage d'amour qu'il va être question,  bien plus que de peinture. Oui, comme le chante La Belle Hélène "Il nous faut de l'amour, n'en fut-il plus au monde, il nous faut de l'amour, nous voulons de l'amour..." et c'est bien de ça que traite chaque plan, chaque séquence, avec, d'abord, infiniment de délicatesse et de pudeur  (les regards, les sourires, les non-dits, les effleurements, les frémissements) dans son approche, puis avec davantage de franchise et de réalisme (mais toujours de simplicité) lorsque l'amour se manifeste physiquement entre nos deux héroïnes.
Céline Sciamma filme les choses très simplement (j'ai pensé à plusieurs reprises au Thérèse d'Alain Cavalier, dans cette façon élégamment sobre qu'elle a  d'utiliser à chaque fois le minimum d'éléments nécessaires pour la construction d'un plan, d'une scène), l'aspect "film historique" est réduit presque jusqu'à l'anecdotique. J'aime cette façon de se colleter "légèrement" (en termes de moyens) avec le film dit "en costumes" qui revient chez des réalisateurs/trices que j'aime beaucoup (récemment Rabah Ameur Zaimèche avec son Mandrin ou son Judas, ou Emmanuel Mouret et sa Mademoiselle de Jonquières, ce qui serait en même temps une stylisation et un approfondissement, mais qui, à chaque fois, me ravit.)
La peinture est (presque) un prétexte, et le film pourrait, d'ailleurs être partagé, plutôt qu'en chapitres, en "tableaux" successifs (dans tous les sens du terme). Et j'aime énormément la façon dont Célina Sciamma structure sa narration, avec les différents niveaux qui y interfèrent : les tableaux successifs de Marianne, l'amour entre les deux jeunes filles, mais tout autant une autre histoire, qui sert de fil d'Ariane et court tout au long du film : la légende d'Orphée (et d'Eurydice).
Le tableau sera peint (les tableaux, pour être plus précis), Héloïse et Marianne se seront aimées, chacune reprendra le cours de sa vie, jusqu'à cet épilogue fulgurant (un plan fixe sur un visage qui serait lui-aussi à la fois comme un tableau et une déclaration d'amour). Le seul moment où la musique (Vivaldi) est utilisée en off et comme un paroxysme. Magnifique.

 

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mercredi 25 septembre 2019

date anniversaire (que j'ai d'ailleurs laissée passer)

Un vingt-deux septembre au diable vous partites,
Et, depuis, chaque année, à la date susdite,
Je mouillais mon mouchoir en souvenir de vous...
Or, nous y revoilà, mais je reste de pierre,
Plus une seule larme à me mettre aux paupières:
Le vingt-deux septembre, aujourd'hui, je m'en fous.

Jadis, ouvrant mes bras comme une paire d'ailes,
Je montais jusqu'au ciel pour suivre l'hirondelle
Et me rompais les os en souvenir de vous...
Le complexe d'Icare à présent m'abandonne,
L'hirondelle en partant ne fera plus l'automne:
Le vingt-deux septembre, aujourd'hui, je m'en fous.

On ne reverra plus au temps des feuilles mortes,
Cette âme en peine qui me ressemble et qui porte
Le deuil de chaque feuille en souvenir de vous...
Que le brave Prévert et ses escargots veuillent
Bien se passer de moi pour enterrer les feuilles:
Le vingt-deux septembre, aujourd'hui, je m'en fous.

Pieusement noué d'un bout de vos dentelles,
J'avais, sur ma fenêtre, un bouquet d'immortelles
Que j'arrosais de pleurs en souvenir de vous...
Je m'en vais les offrir au premier mort qui passe,
Les regrets éternels à présent me dépassent:
Le vingt-deux septembre, aujourd'hui, je m'en fous.

Désormais, le petit bout de coeur qui me reste
Ne traversera plus l'équinoxe funeste
En battant la breloque en souvenir de vous...
Il a craché sa flamme et ses cendres s'éteignent,
A peine y pourrait-on rôtir quatre châtaignes:
Le vingt-deux septembre, aujourd'hui, je m'en fous.

Et c'est triste de n'être plus triste sans vous

Georges Brassens

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mardi 24 septembre 2019

ne coupons pas les poils pubiens en quatre

148
A RAINY DAY IN NEW-YORK
de Woody Allen

Enfin le revoilà, le vieux Woody, dont ce film a failli ne jamais sortir, emporté par la même tempête médiatique qui a coûté sa carrière (et, justement, la sortie de son premier film) à l'ami Louis CK. On l'a dans le bôô cinéma, en sortie nationale, avec une séance VO par jour, ce qui est bien mieux que rien (question : comment peut-on voir un film de Woody Allen en VF ? rien que de poser la question, mon coeur saigne...) L'avant-dernier, c'était Wonder Wheel, en janvier 2018, dont je n'ai hélas plus beaucoup de souvenirs... Mais bon, le nouveau Woody Allen, depuis des lustres, c'est comme un rituel, un rendez-vous inratable.
Nous voici à New-York, de nos jours ou presque, où le jeune Gatsby (Timothée Chalamet) accompagne pour un week-end sa girlfriend et copine de fac Ashleigh (Elle Fanning) venue là interviewer un réalisateur maître de l'art & essai, Roland Pollard (le très sexy  Liev Schreiber, pour moi un genre de parangon de virilité).
Ce qui ne devait être qu'une petite heure dans l'emploi du temps très chargé que Gatsby avait élaboré pour faire découvrir "son" New-York à sa copine (lui y a vécu depuis son enfance et elle y vient pour la première fois) va, bien entendu, durer plus longtemps, et  provoquer des changements successifs dans le time schedule initial (d'autant plus que Gatsby, de son côté, sera bien occupé aussi...). Et voilà qu'il pleut. Et ça ne fait que commencer...
Une comédie romantique idéale, une mécanique sentimentale parfaitement réglée, dans un New-York pluvieux qui pourrait presqu'être de comédie musicale, avec, comme d'hab' chez Woodychounet, des dialogues qui claquent et font mouche à tous les coups ou presque (avec ce qu'on peut considérer comme des clins d'oeil appuyés du genre de "Ne laissez jamais une jeune fille seule avec un réalisateur célèbre..."), dans un milieu à des années-lumière de ce qui fait notre quotidien (hôtels de luxe, appartements sur la 5ème avenue, réceptions hyper-chicos friquées et alcoolisées chez les gros bourges, soirées mondaines avec tout le gratin du cinéma -tout aussi friquées et alcoolisées que les réceptions dont on parlait précédemment-), bref un univers a priori puant* (pour nous autres les crevards du monde normal) superficiel hypocrite et so boring mais dont le réalisateur (et d'autres avant lui, bonjour Lubitsch, hello Capra, coucou Cukor...) fait une fois de plus ses choux gras avec un plaisir évident.
Qui dit comédie sentimentale dit hésitations quiproquos et chassés-croisés, et le film n'en manquera pas. Ah, les égarements du coeur... La dernière partie est -à ce titre- étourdissante, où chacun des deux "tourtereaux" fait, séparément, face à des déclarations plus ou moins surprenantes (plus encore pour lui que pour elle) mais où Woody n'a pas encore dit son dernier mot (de réalisateur), car l'épilogue est encore à venir (et que je ne l'avais, d'ailleurs, par forcément vu, venir...)
Je ne sais pas si c'est parce qu'il s'agit du retour (en grâce ?) du réalisateur (le film n'est pas sorti aux Etats-Unis, et Woody a été lâché (lynché) publiquement par ses actrices/teurs) mais je l'ai trouvé très très plaisant. Exquis. Avec un mélange subtil de pétillance glamour et de lucidité désabusée.
Doo doo doo doo... I'm singin' in the rain...

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* "une flopée de wasp ploutocrates" comme les définit W.A (merci encore Marie d'avoir été attentive...)

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lundi 23 septembre 2019

ça brûle

147
VIENDRA LE FEU
d'Olivier Laxe

Un sacré film.
Proposé par Hervé (qui oui oui une fois de plus avait raison). Qui s'ouvre par une scène presque fantastique, magnifique, même si on ne la comprend pas tout de suite. Surprenante et magnifique (pour qui aime les arbres, et pour les autres aussi).
Un film exigeant (et certain(e)s illico de traduire "un film chiant", je vous connais!) parce que minimal au niveau de l'anecdote (un homme, condamné pour pyromanie, rentre chez lui -chez sa mère, dans un village en Galice* paumé et loin de tout-, après deux ans passés en prison), mais optimal dans sa façon de filmer (en particulier la nature et les extérieurs).
Les acteurs principaux, Amador (le fils) et Benedicta (la mère) sont des non-professionnels mais (ou, justement, à cause de ça) s'inscrivent avec une incroyable justesse (simplicité) dans les actes du quotidien qui constituent l'essentiel de la première partie du film (celle qu'on pourrait appeler "le retour") : jardiner, s'occuper des trois vaches, saluer les voisins qui retapent une ferme abandonnée en espérant en faire un piège à touristes, faire prendre son médicament à la mère, discuter avec la vétérinaire qui est venue s'occuper d'une vache embourbée, etc. La vie, simple, dans ce village reculé de Galice et presque abandonné (dans la réalité, vraiment abandonné, village où les parents du réalisateur ont passé leur jeunesse), sous l'emprise majestueuse (grandiose) du paysage environnant, magnifiée par le réalisateur et son chef-opérateur (la brume y est sublimement filmée ). J'ai repensé au très beau Ander (2010) de Roberto Caston, autre film beau mais rude parlant d'un homme et de sa vieille mère dans un village paumé (et dont le réalisateur, tiens m'apprend allocinoche, était justement galicien).
Tant qu'il s'agit de filmer les gens, la caméra reste proche et quasiment documentaire, "objective", mais dès que le champ s'élargit et prend les dimensions (la mesure) du paysage, elle devient lyrique, prend une ampleur qui broie un peu le coeur, et c'est magnifique. Avec la musqiue qui va avec.
La deuxième partie du film démarrera brusquement (comme un incendie) sans prévenir, sans explications préalables, voilà soudain le feu, annoncé par le titre. Il est là, sans qu'on sache (et d'ailleurs on n'en saura rien) si Amador y est pour quelque chose, et  la caméra va s'y plonger. Et nous emporter, à sa suite, au coeur de. Ne plus s'intéresser qu'à ça, dans cette seconde partie incandescente, qui suit une équipe de pompiers et leur difficile lutte au coeur du brasier (où on apprend que, pour éteindre un feu, il est parfois nécessaire d'allumer un contre-feu). Et cette longue scène est filmée en immersion, et l'urgence alors y devient aussi importante que l'était le lyrisme dans les scènes précédentes. Et on ne peut alors être que saisi.
Avant un épilogue sec comme un coup de trique, qui laisse le spectateur avec ses questions, mais encore sous le coup de l'intense émotion générée par le film.

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* je suis tellement nul en géo que j'ai dû avoir recours à wikipedioche pour savoir ou c'était exactement, et maintenant je sais : au-dessus du Portugal, avec deux langues officielles : le galicien et le castillan.

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vendredi 20 septembre 2019

savoir ce qu'est la richesse

146
UNE FILLE FACILE
de Rebecca Zlotowski

Bonne pioche. (Ca arrive assez souvent avec les films dont on n'attend rien).
Ca commence (on serait du coup presqu'un peu inquiet) comme une Kéchicherie lambda (l'été, les adolescent(e)s, la mer, la drague, les organes génitaux des oursins -bon c'est sûr là sur le coup le mec n'a pas été très fûté faut le reconnaître-, la peau bronzée, le popotin qui se balance de part et d'autre du string de bain vert fluo... "C'est l'amour à la plage aouh tcha tcha tcha..." chantez avec moi) l'ambiance s'y prête, mais mademoiselle Zlotowski, fine mouche, nous transforme ça hop hop hop en chronique amorale, en manifeste politique, en pamphlet sensuel, avec le récit des aventures estivales de son héroïne, Naïma, l'été de ses seize ans, et surtout celles de sa cousine, Sofia, à peine plus âgée. Pauline à la plage, vous avez dit ? 
Un film de lieux (et un film de classes), -avec un explicite téléphérique-, de va-et-vient(s) entre le haut et le bas, les friqués et les crevards, entre l'appartement de Naïma, le grand hôtel où elle va bientôt travailler comme stagiaire (mais où elle passera une soirée en tant que cliente), la plage où elle caramélise avec sa cousine, et le yacht du milliardaire brésilien qui vient juste de s'amarrer là.
La phrase entière qui donne son titre au post est (je cite de mémoire) "Il faut savoir que la richesse existe, pour être capable de supporter la pauvreté..." (c'est le milliardaire -qui se définit comme anarchiste-qui la prononce), et pose crûment (et cruellement aussi) le problème. J'admire la façon dont la réalisatrice met en place ce chassé-croisé (finalement très peu) sentimental estival. C'est Naïma la narratrice du film (avec ses seize ans encore nimbés d'une certaine candeur), observatrice de sa cousine Sofia, de son apparente amoralité (les critiques l'ont presque tous fait, mais je ne peux pas m'empêcher d'évoquer aussi son phrasé et son jeu  très Bardot de la grande époque -celle du Mépris, pour rester dans le contexte estival et surchauffé- et de sa liberté aussi).
Rebecca Zlotowski parle de domination masculine, mais via le prisme du pouvoir féminin. D'une certaine forme de puissance. Et c'est là que le film est très fort. Ne jamais rien attendre, dit Sofia. Et aussi par le regard de femme posé par la réalisatrice sur d'autres corps de femmes (corps jeune naturel, corps jeune retravaillé) et de visages aussi (Clotilde Coureau nous fait à ce propos un très joli numéro dans la trop brève scène hélas où on la voit intervenir). Et de comportements aussi.
(un popotin filmé par Kéchiche n'a rien à voir avec le même, filmé par Zlotowski, allez savoir pourquoi... sans doute, comme dirait Godard, une affaire de morale ?)
Il est fascinant, le personnage de Sofia, la cousine bardotesque, mais elle est passionnante aussi, la jeune Sofia, durant ces mois décisifs où quelque chose de son devenir se met en place. Andres, le propriétaire du bateau est méprisable à souhait, (et le personnage tiendra soigneusement ses promesses de dégueulasserie nonchalante jusqu'au bout), tandis que celui de Philippe (Benoît Magimel, qui vieillit très bien) est heureusement un contrepoint plus nuancé.
Et puis il y a Dodo, le copain gay de Naïma ("avant on était comme deux frangines, maintenant on est comme un vieux couple, et en plus on baise pas...") hélas un peu abandonné au cours du récit (mais qu'on retrouve heureusement à la fin).
Et c'est rétrospectivement assez drôle (ou peut-être moi qui ai l'esprit mal tourné) qu'un sextant soit un élément central et décisif de cette histoire de galipettes, non ?

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à lire, la pertinente critique de Libé, , et le très intéressant entretien avec la réalisatrice, .

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jeudi 19 septembre 2019

vous n'auriez pas du rouge espagnol ?

145
L'ENLEVEMENT DE MICHEL HOUELLEBECQ
de Guillaume Nicloux

On prend les mêmes...
Je n'ai pas pu résister, et après avoir fouillé sur le ouaibe pour trouver le dvd du film (qui se vendait tout de même relativement cher) j'ai préféré donner 12€ sur un site qui s'appelle Les Mutins de Pangée et qui diffuse du cinéma politique, altermondialiste, ouvrier, bref des films de lutte quoi (mes douze euros seront très bien là), pour le télécharger (et je le tiens donc à la disposition de qui(e) veut).

Les premières minutes de Thalasso, ce sont exactement les mêmes que les dernières de celui-ci, et les personnages idem (il n'y a que la jeune Fatima qu'on ne retrouvera pas dans le suivant...). Les trois brigands (Luc, Maxime, et Mathieu) sont là , sans oublier, bien sûr, Ginette et Dédé.
On suit, au début du film, un peu Michel Houellebecq tout seul (et, comme dans Thalasso, ce n'est pas forcément la partie la plus intéressante), puis le voilà menotté et la bouche scotchée, transbahuté dans une grosse caisse verte par nos trois zigotos kidnappeurs jusqu'à son lieu de résidence séquestrative, la baraque de Dédé et Ginette (les parents de Mathieu), quelque part dans le Loir-et-Cher.
Une séquestration plutôt bon enfant, un peu comme s'il était là en vacances pour une certaine durée, sauf qu'il est menotté et qu'il doit gueuler chaque fois qu'il veut du feu pour allumer sa clope, c'est à dire souvent. Chronique d'une cohabitation, entre libations et discussions (celles-ci étant fréquemment altérées par celles-là).
Et plus le film avance, plus se diffuse une étrange sympathie de la part du spectateur non seulement envers le kidnappé, mais, tout autant, envers ses kidnappeurs... Ce Houellebecq-là est peut-être juste un Houellebecq de fiction, un vrai-faux Houellebecq, mais il est foutrement attachant. Et ses ravisseurs le sont tout autant.
Un film à la va-comme-je-te-pousse (va comme-je-te-kidnappe plutôt). Un truc d'hommes. Un film à feu doux, mais un film comme le lait sur le feu,  qui, oui, parfois attache, parfois déborde, mais souvent attendrit. D'autant plus touchant qu'il a un peu l'air de s'en foutre
Sans qu'on puisse vraiment expliquer par quelle magie.
(Ce petit père Nicloux est décidément très fort).

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"Cet angle d’attaque axé sous le prisme de la comédie humaine confronte les points de vue entre plusieurs mondes, celui de Michel Houellebecq, de ses ravisseurs et de ses hôtes, abordant des sujets aussi vastes que la création artistique, la Pologne, la tabagie, la Construction Européenne, Le Corbusier, le free-fight, etc…
Pour qu’au delà de la fiction se dévoile un écrivain drôle, sensible, caustique, en proie au doute, naïf, méchant, inquiet, intelligent, amoureux. Un homme très inattendu.
Surprise finale,
L’enlèvement de Michel Houellebecq
est aussi le portrait d’un homme qui n’a jamais voulu être écrivain mais pilote automobile.” (Guillaume Nicloux)

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mercredi 18 septembre 2019

en cure à cabourg

144
THALASSO
de Guillaume Nicloux

les rillettes ça se mange avec un dentier
Sacré Guillaume Nicloux. Ah ah ah (genre de rire édenté nicotiné houellebecquien). J'ai longtemps suivi sa carrière de loin en loin (Le poulpe, 1998, Cette Femme-là 2003, Holiday 2010), allant en voir certains et n'allant pas en voir pas mal d'autres... Et voilà que ces derniers temps  je m'intéresse à lui de beaucoup plus près, suivant avec assiduité, le temps de trois films consécutifs, sa trajectoire... singulière (il n'est jamais tout à fait là où on l'attendait) : Valley of love, Les Confins du Monde, et ce Thalasso ci (je n'avais pas en son temps vu L'enlèvement de Michel Houellebecq -l'écrivain ne m'intéresse pas et le personnage public m'agace- et, rétrospectivement je l'ai -un peu- regretté à présent). Houellebecq est de retour dans cette cure-là (de même que Depardieu, présent dans les  films pré-cités).

dieu peut ce qu'il veut
Parlons franc : je ne brûlais pas d'envie d'aller voir ce film-là, j'avais juste une place à 4,90€ dans une main et l'envie de savoir si la passe de trois allait se concrétiser dans l'autre. Et... bingo! Pourtant ça n'était pas joué d'avance : le début (Mimi fait une cure, mais fait bien son Mimi aussi...) distille un certain ennui poli (et on se demande comment le film va pouvoir tenir les quatre-vingt-treize minutes annoncées -et on envisage même de pouvoir bientôt quitter la salle si ça ne continue que comme ça.- Et on se dit qu'en plus on va puer la clope...)

Vous êtes la honte de la France
Puis petit Mimi rencontre Gros Gégé (c'est bien là-dessus que la com' sur le film se construit), on bifurque sur un peu autre chose d'un peu plus drôle (les nourritures terrestres et les spirituelles) et il faut admettre qu'on est déjà un peu plus titillé / hameçonné, et voilà que fait irruption (on est un spectateur malin, on a deviné) un des bras-cassés qui avaient kidnappé Houellebecq, dans le film précédent (celui que je n'ai pas vu il y a cinq ans), ajoutant un ténu brin d'intrigue, auquel, intrigué, on s'accroche (pourquoi Ginette a-t-elle annoncé à Dédé qu'elle le quittait?), puis voilà que débarque carrément toute l'équipe des fameux kidnappeurs, improbabilisant encore un peu plus le récit, (tout ça pendant que tout le personnel s'agite pour savoir si c'est vraiment Sylvester Stallone qu'on a vu tout nu sur la plage de Cabourg), et qu'on a plus du tout envie de quitter son siège, jusqu'à l'arrivée du train en gare de la Ciotat  jour J annoncé depuis le début du film par les intertitres (on a commencé à J-4) et ses élucubrations barrées (bon ils n'ont pas sucé que de la glace, il n'y a qu'à voir ce qui reste sur la table basse), tout le monde serré dans une petite chambre, jusqu'à un étonnant final métaphysico-grand n'importe quoi (lui-même démenti par une fin après la fin au début du générique (et comme on est dans le bôô cinéma, les lumières de la salle se sont -évidemment- déjà rallumées et c'est crispant ) où on se surprend pourtant à jubiler.

"La référance à la vérité est plus importente que la vérité elle-même"
Le ton, les personnages, les situations, les dialogues, feraient pencher mon coeur de cinéphile du côté du Blier de Buffet froid. ce qui est plutôt bon signe. "Bancal, épicurien, clivant, espiègle, virtuose, jouissif, absurde, misanthrope" voilà un petit florilège des épithètes glanés ça et là au fil des critiques. Et auxquels j'adhère (tiens, il manque nihiliste). Et, pour rester dans le ton, la scène que je garderai sans doute du film, paradoxalement, ne concerne ni Depardieu ni Houellebecq. C'est celle où deux mastards, allongés côte à côte en slip noir sur leur lit double immaculé (ils n'ont pas réussi à obtenir de chambre avec deux lits séparés) dissertent sur le sens de cette phrase que l'un d'eux (l'impressionnant Luc Schwartz) a trouvée, dissimulée dans une douille, et qui figure en titre de ce paragraphe (orthographe respectée). Un genre de message de Ginette à l'attention (l'intention ?) de Dédé ? Conjectures. (Conjonctures ?, on s'y perd.)

Tous des Sussex!
Oui, improbable (-issime) mais... séduisant à sa façon (comme le sont à leur façon les corps hors-normes des deux protagonistes principaux). Fascinant serait plus juste. (Je pourrais même pousser le curseur jusqu'à enthousiasmant). Un film qui fera, oui, glousser certains. Et caqueter pas mal d'autres. (Je me revendique de la race des glousseurs).

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Si vous avez l'occasion, allez voir la bande-annonce du film, je la trouve irrésistible!!

Pas de machine à gifles, mais sortons cette fois la machine à caresser la joue, et pour les Cahiaîs tiens, qui résument plutôt bien la chose : "(...) la rencontre entre Houellebecq et Depardieu tient lieu de numéro d’anarchie et de trivialité souvent jubilatoire, entre survivalisme éthylique et délicieuses envolées mystiques."
Tiens, et une fois n'est pas coutume,  décernons la même récompense pour Téléramuche : "Thalasso est un film de zombies. Mais Guillaume Nicloux en fait aussi une fascinante expérience de détox existentielle."

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mardi 17 septembre 2019

this side of paradise


The midnight oyster bellies bug you
From inside you want to scream
The comic cut is your arrival
Your reflection is obscene

Well you're looking for another end
Doing time
But you still can't turn away
Well you're looking for a real friend
Any kind
who wants to play the games you play

On this side of paradise
Wher you're never going to go through twice
Stay tuned at any price
To this side of paradise

Cylinder dreams passing in stages
Lethargic grins left to bare
Broadway windows cubical cages
Where escape is fairly rare

Well you're looking for another end
Any Time
But you still can't turn away
Well you're looking for a real friend
Any kind
That wants to play the games you play

On this side of paradise
You're never going to go through twice
Stay tuned at any price
To this side of paradise

You've got to keep yourself well amused
Pay no attention to the faulty news
Set yourself on automatic cruise
Sometimes you just got to lose

On this side of paradise
You're never going to go through twice
Stay tuned at any price
To this side of paradise

On this side of paradise
On this side of paradise
(Ric Ocasek)
Je viens d'apprendre qu'il y est passé, on the other side of paradise
et ça m'a rendu un peu nostalgique...

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(un album que j'ai beaucoup beaucoup beaucoup écouté... -particulièrement ce morceau-)

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chacun cherche (son chat) 2

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DEUX MOI
de Cédric Klapisch

(dans ma tête, pendant le film, le titre du post a été pendant longtemps "mais qu'est-ce que tu veux que j'aille faire à Vesoul ?"; allez le voir vous comprendrez...)
Cédric Klapisch je le connais depuis... pfouh 30 ans! (je viens de vérifier, merci allocinoche!), depuis Ce qui me meut, son troisième court-métrage (vrai/faux documentaire sur Etienne-Jules Marey) découvert lors de ce qui était peut-être ma première visite au Festival de Clermont. Je l'aimais pour ça, et aussi parce qu'il avait une bonne grosse barbe... je suis allé voir ses films fidèlement pendant dix ans, puis nous nous sommes, comme en amour, séparés d'un commun accord de ma part... Et je dois avouer que, sans Emma, je ne serais pas forcément allé le voir...
Et j'ai (oui, T. tu peux encore rigoler) adoré ça. Le plaisir de retrouver un vieux pote perdu de vu depuis quelques années, avec qui le hasard vous remet soudain en présence.
Je vais reparler de boy meets girl (c'est le sujet du film), à la seule différence que le film de Klapisch fait le contraire, et finit là où les autres, en général commencent, (ou presque). Il s'agit bien d'une comédie romantique, la fille ici, et le garçon là (Ana Girardot et François Civil) qui habitent deux appartement contigus mais, de par la configuration de les lieux, ne peuvent pas se voir, ne se connaissent pas, et (on est spectateur, on est malin, on sait que le propos du film est en principe qu'ils se rencontrent) mettront deux plombes ou presque pour le faire... (et là, c'est vrai, j'ai versé ma larmichette, mais, quand les lumières se sont rallumées, j'ai vu qu'Emma aussi... Midinets un jour...).
Ce qui est très réjouissant dans le film, c'est ce qui entoure nos deux -futurs- tourtereaux. la distribution est éblouissante : François Berléand et Camille Cottin en psys (un pour chacun(e)), Simon Abakarian impérial en épicier de quartier (et, finalement, deus ex machina), Eye Aïdara (la collègue), Rebecca Marder (la soeur), Marie Bunel (la mère), le toujours craquant Paul Hamy (Steevy), et même une "participation amicale" de Pierre Niney en ancien copain d'école un peu exalté.
Chacun des deux (elle c'est Mélanie, lui c'est Rémy) est seul, chacun(e) a des problèmes de sommeil (elle dort trop, et lui pas assez), chacun(e) consulte, chacun(e) se connecte sur les réseaux sociaux, chacun(e) fréquente la même épicerie de quartier (dans laquelle, spectateur, on aurait trop envie d'aller) et chacun(e) rêve de rencontrer "l'autre".
Dans comédie sentimentale, il y a "sentiment" mais aussi "comédie" (waouh, ça c'est de la phrase!) , et le contrat est ici doublement rempli. On peut regretter (j'avais écrit déplorer mais le terme serait un peu excessif) -et certains critiques méchants ne s'en sont pas privés d'ailleurs- un discours un peu simpliste (lissé) à propos de la psychanalyse (mais nous sommes, rappelez-vous, dans le domaine de la comédie, et pas du film à thèse), mais Klapisch en a fait une double construction symétrique et assez réjouissante, avec une évolution inversée (croisée) des deux praticiens -Cottin et Berléand sont, le le redis, absolument parfaits-, en espérant juste que -comédie sentimentale oblige- le hasard fait (fera) mieux les choses que la psy.
Bref, un film très réjouissant.

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ps : La palme de la phrase la plus idiote revient à la critique parue dans Libé : "Le film est plus subtil que son propos, moins bête que son contenu, mieux fait que son discours." Et hop! à la machine à gifles!

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lundi 16 septembre 2019

raconte-moi quelque chose

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VIF-ARGENT
de Stéphane Batut

Entregent, merci l'ACID, vu hier soir sur mon écran personnel et domestique le très beau film de Stéphane Batut, que nous programmerons d'ailleurs bientôt, dans le bôô cinéma. Boy meets girl, déjà, en principe, ça le fait, question film d'amour. Dead boy meets girl, c'est déjà moins courant, hormis, peut-être, dans les films de zombies, mais comme je ne vais pas les voir (je n'aime pas du tout les films de zombies), je ne sais pas.
La girl c'est Judith Chemla, que je range depuis un certain temps sur le rayon des actrices qui me sont précieuses, et le boy c'est Thimotée Robart (tiens, qui a changé son h de place), dans un sidérant premier premier rôle (un jeune homme touchant, au beau visage grave et au nez écorché). Et le film parle d'amour. Ou plutôt des intermittences de l'amour, les espaces (les interstices), entre  points de suspension et traits d'union... Calligraphies  sur un papier très particulier. Inhabituel
Il y a des films en papier-journal, des films en papier-cadeau, d'autres en papier gras (et même oui oui d'autres encore en papier-toilette...), la matière de celui-ci est somptueuse, et pourrait être (l'étoffe dont sont faits les songes...) un papier fragile, précieux, frémissant, un genre  de papier de soie gracieux, qui enveloppe les choses, qui laisse un peu voir à travers, qui laisse deviner mais ne montre pas tout. Laisse croire.
Rares sont les tentatives (et, encore plus, celles qui sont réussies) de films français dans le domaine du "fantastique". Juste (c'est le prénom du jeune homme) est un genre de passeur, qui récupère les gens nouvellement décédés et les accompagne pour les aider à réussir leur passage. Et voilà qu'il rencontre une demoiselle (vivante) qui croit le reconnaître, qui le prend (peut-être) pour un autre. Et dont il tombe amoureux.
Un "film de fantômes" épuré, apaisé (dans sa première partie) puis de plus en plus fiévreux (jusqu'à un final que j'ai trouvé flamboyant de romantisme -presque exacerbé- et de mélancolie. L'amour, quoi, toujours l'amour..., dans ce qu'il dit et dans la façon dont la musique l'accompagne. Lyrique.).
Un récit hybride, où l'"excès" de la fiction (le fantastique) est inséré dans un contexte extrêmement réaliste, terrien, au beau milieu de la foule d'un quartier dit "cosmopolite".
Non seulement j'ai aimé ce qui est raconté, mais tout autant la façon dont c'est raconté. Le travail sur la lumière y est, notamment,  enthousiasmant.
Le film sera programmé dans le bôô cinéma à partir du 9 octobre...

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Posté par chori à 06:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]