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JOKER
de Todd Phillips

Mystères de la programmation dans le bôô cinéma : on espérait des séances en VO pour AD ASTRA et on n'en a pas eu, du coup on n'osait pas en espérer pour JOKER, et voilà qu'il nous en est tombé une par jour : joie! Mais bon, on ne va pas se mentir : celui-là, il nous faisait quand même un tout petit peu peur. Je ne suis pas très "films de super-héros", et donc pas très "films d'ennemis de super-héros" non plus, et c'est pourtant l'objet du présent film : nous expliquer la genèse du personnage du Joker (qu'on a précédemment vu incarné par Jack Nicholson, puis, en version un peu plus "décomposée", par le regretté Heath Ledger, -mais il peut y en avoir d'autres éventuellement, je ne suis pas incollable sur le sujet-).
Et là, Joaquin Phoenix. Dont j'ai déjà dit par ailleurs tout le bien que je pensais (j'adore cet homme-là, je ne peux pas dire autrement). Le film a été primé à Venise, et la performance de Joaquin P. est époustouflante. Mais le film est glauquissime. Malaisant. Gotham City, grève des poubelles, violence, rats, foule, (ça ressemble quand même drôlement à New-York, et rien que ça ça fout les jetons), où on fait la connaissance de notre Jokerchounet le jour où, déguisé en clown, il joue les hommes-sandwich, se fait voler sa pancarte en pleine rue par un groupe de jeunes qu'il poursuit pour la récupérer, et par qui il se fera copieusement casser la gueule (et la pancarte aussi).
Arthur Fleck (c'est le nom de notre héros) habite seul avec maman (qui le surnomme Joyeux, on comprendra plus tard pourquoi et c'est pas triste - pour les amateurs, la maman en question est jouée par Frances Conroy, la maman de Six feet under) dans un très vieil appartement (tiens on dirait une chanson d'Aznavour hihihi rue Sarasaaaaaate) vieille maman qui n'a plus l'air d'avoir toute sa tête mais dont il s'occupe avec vaillance et abnégation. Arthur Fleck a un job de merde, une vie de merde, dans une ville de merde (les choix du réalisateur pour ce qui est de la lumière, des couleurs, et de l'ambiance générale insistent d'ailleurs presqu'un peu lourdement dans ce sens). Il est aussi (Arthur Fleck, pas le réalisateur) affecté d'un trouble mental qui le pousse  à rire de façon incontrôlable dans n'importe quelle situation (et surtout celles où il ne le devrait -justement- pas)  Que ce soit à son boulot, dans la rue, dans le métro ou dans le bus, il est traité comme un moins que rien (et physiquement, Joaquin Phoenix a composé un personnage dérangeant -il a beaucoup maigri visiblement pour le rôle- qui inspire la pitié ou le mépris (en plus avec ces cheveux gras et mi-longs qui pendouillent il m'a évoqué un certain vrai personnage de notre bonne ville de V., que je croise assez souvent surtout dans les salles de spectacle, ce qui m'a mis encore plus mal à l'aise).
Il voudrait devenir un acteur de stand-up, un comique, et regarde d'ailleurs tous les soirs avec sa maman le show télévisé de Murray Franklin (Robert de Niro, gigantesque, que j'ai eu du mal à reconnaître dans un premier temps) dans lequel il rêverait d'être invité... Il va suffire d'un flingue, confié par un de ses collègues pour qu'il "puisse se défendre", pour que l'histoire du Joker démarre vraiment, un soir, dans le métro, alors qu'il vient de se faire virer (et qu'il est encore maquillé et en costume) il va défendre une jeune fille persécutée par trois yuppies et bam bam bam abattre les trois mecs. Devenant ainsi, sans vraiment l'avoir voulu, le symbole du début d'un mouvement social (le clown qui tue les riches) de protestation -et de violence-. mouvement social qu'il va en quelque sorte reprendre à son compte, en allant jusqu'au bout (c'est à dire carrément pas de main morte!), et même plus loin.
Le film traite, dans un même mouvement, de la désagrégation mentale d'Arthur Fleck et de la construction progressive de son personnage de Joker (le rire, le costume, le nom), de par les événements et traumatismes divers et successifs qui vont lui dégringoler dessus, professionnellement et personnellement (et même familialement),et il faut reconnaître que Joaquin Phoenix est vraiment très impressionnant par cette façon qu'il a d'être pathétique (ment grandiose).
Oui le film est malaisant (parce que le personnage du Joker l'est tout autant a priori), et, en sortant, il est normal que le spectateur -qui s'est un minimum identifié- se sente déstabilisé (je me sentais doublement mal à l'aise, à la fois la crainte d'être agressé et de se sentir ridicule/pathétique, mais peut-être ai-je pris les choses trop à coeur...) mais bon, en y réfléchissant, avec son histoire, les révélations qu'il reçoit sur son enfance et son histoire familiale, la façon dont il vit et dont il est traité, on se dit qu'il a raison de bam bam bam et qu'on aurait peut-être (sans doute) fait pareil...
Un seul petit reproche au film : la musique qui est trop présente, parfois même insupportablement envahissante (et encore, on a eu de la chance -ah oui au fait, on était deux dans la salle, à la séance en VO-, le projectionniste, habituellement si taquin, n'avait pas poussé le son à donf, et donc nos tympans n'ont pas trop souffert ni risqué l'implosion, comme ce fut déjà le cas quelques fois par le passé, ouf!)

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J'avais oublié de parler (et c'est l'affiche qui m'y fait penser) à la façon récurrente dont le réalisateur nous montre Phoenix/Fleck en train de danser, et le sentiment mitigé d'admiration et de gêne généré à chaque fois... Trop fort, Joaquin, trop fort!