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LA VÉRITÉ
de Hirokazu Kore-Eda

On aura beau dire ce qu'on voudra, c'est toujours un plaisir de voir un film avec "la Mère Deneuve" (c'est comme ça qu'on dit par ici). Ca tombe bien, elle en joue justement une, ici. (De mère, vous suivez ?). Celle de Juilette Binoche, oui,  Et une autre encore, dans le même temps, dans le film qu'elle est en train de tourner, ("Souvenirs sur ma mère").
Ca tombe bien,  mieux même, j'adore les films où il y a un film dans le film (La nuit américaine, La Patinoire,L'Etat des Choses, Irma Vep...). Surtout, comme ici, quand le réalisateur est Mister Kore-Eda (Maborosi (1995), After Life (1998), Still Walking (2008), I wish (2012)),  jalonnant à intervalles réguliers de ses petits cailloux (bijoux) le chemin de ma mémoire cinéphile.
Ici on pourra objecter (les âmes chagrines et les facheux) que ce n'est "pas tout à fait" un film de Kore-Eda, puisque nous ne sommes pas au Japon mais en France (comme quand Kiarostami avait quitté l'Iran pour venir tourner en Italie, avec, tiens, justement déjà Juliette Binoche (Copie Conforme, 2010)), et, qu'au début du film, justement, on se sent vraiment dans un film franco-français-cocorico et qu'un oeil non averti pourrait avoir du mal à se rendre compte que le réalisateur est japonais, surtout qu'on y voit Catherine Deneuve, qu'on a rarement vue sur tatami ou en kimono...
Deneuve qui dépote dès le début, interprétant une vieille actrice une actrice d'un certain âge, Fabienne, -mais une vraie star- qui parle aussi sec qu'elle boit et qu'elle fume, un genre de mégère non apprivoisée, de gorgone blonde en manteau panthère, de Tatie Danielle (en plus jeune) , aux yeux de laquelle personne ne trouve grâce, à part elle-même.
Sa fille Lumir (qui est scénariste, ceci aura une certaine importance pour la suite) est venue de New-York, avec son mari et sa fille, pour lui rendre visite à l'occasion de la sortie de son livre de souvenirs. Où elle raconte sa version de sa vie. Souvenirs souvenirs, sans doute, mais tout n'est pas rose ni agréable dans les rapports entre les deux femmes... D'autant plus que Fabienne est en plein tournage d'un film (nommé Souvenirs sur ma mère), mettant en scène les rapports d'une fille et de sa mère, tournage auquel Lumir assiste, et, voilà, tout est en place pour un récit à plusieurs étages (comme la grande maison qu'occupe Fabienne ("It looks like a castle...") ) et à tout autant de niveaux de lecture(s). Mère(s) et fille(s) à tous les étages. Et toutes sont parfaites.
Mais il s'agit d'un réalisateur japonais, et donc tout est bien plus délicieusement feutré et retenu que cela aurait pu l'être avec un réal' occidental... Des comptes se règlent, mais à griffes rentrées. En tout bien tout honneur (et parfois en toute mauvaise foi aussi...)
Il s'agit d'un film de femmes, d'un film d'actrices (les vraies, qui jouent, et les personnages qu'elles interprètent), et les coqs, dans ce poulailler-là, font un peu de la figuration (avec une certaine prestance il faut le reconnaître).
J'ai passé un très agréable moment. Même si, comme dit Fabienne Deneuve à son mari qui se pique de cuisine italienne et a préparé ce jour-là une cassate pour le dessert "Je préfère ton tiramisu...".
(Sans doute est-ce une position d'excessivement puriste que de préférer qu'un réalisateur japonais fasse des films au Japon en japonais avec des acteurs japonais ?)

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Recette de la cassate

Pour le gâteau :

- Ricotta de brebis – 800 g (ça, ça serait Catherine D.)
- Génoise – 500 g (ça, ça serait Juliette B.)
- Sucre glace – 280 g (ça, ça serait Manon Clavel)
- Chocolat noir – 100 g de pépites (ça, ça serait Clémentine Grenier, la fillette)
- Oranges confites – 50 g (facultatif) (ça, ça serait Ludivine S.)

Pour le trempage de la génoise :

- Eau – 150 ml (ça ça serait la distribution mâle du film)
- Citrons – 1 zeste (idem)
- Sucre – 50 g (idem)
- Marasquin (ou autre liqueur) – 5 cl (idem)

Pour le glaçage fondant :

- Sucre glace – 350 g (ça, ça serait le film dans le film)
- Eau – à discrétion (ça, ça serait le film)