mardi 14 janvier 2020

au bord de la rivière

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LES ENVOÛTÉS
de Pascal Bonitzer

Sara Giraudeau et Nicolas Duvauchelle... Voilà un joli duo tourmenté dans cette adaptation d'une nouvelle de Henry James, "Les amis des amis". (Mais qui a aussi deux autres titres). Et qui dit James dit fantômes, et qui dit fantômes dit bouh fais-moi peur, dit drap blanc et dit chaîne et boulet, grosso-modo... Mais là non, pas vraiment. Il est (juste) question d'apparitions. De gens qui apparaissent à des gens qui leur sont proches au moment même où ils meurent (ceux qui apparaissent, pas ceux qui sont proches).
Coline (Sara Giraudeau, qui m'a durablement impressionné depuis Le Bureau des légendes) est envoyée pour écrire un article pour sa rédactrice en chef (Josiane Balasko, nickel) chez un artiste bourru (Nicolas Duvauchelle, toujours aussi bien, avec sa façon de ne pas y toucher, de jouer rien ou presque rien...) dans les Pyrénées (magnifique, et je ne dis pas ça parce que j'y suis né) qui a vu le fantôme de sa mère lui apparaître selon le processus décrit plus haut. Or elle (Coline, pas la mère de l'artiste bourru) a justement aussi une copine, artiste elle aussi (et espagnole -très bien donc-) qui vient justement de voir lui apparaître son père, au lavomatic, le jour de sa mort...
Mais tout ça est raconté dans un long flash-back, par Coline à son copain Sylvain, (Nicolas Maury, dont je ne me lasserai  jamais de répéter combien j'adore ce garçon et que je le trouve parfait dans son rôle de "oui, je suis un peu pédé, un peu maheureux, et je vous emmerde..."), après une scène d'ouverture que je me garderai bien de vous décrire, et un conclusion idem.
J'aime beaucoup la première rencontre entre no deux amoureux, et la façon "rustique" dont il la drague in petto un peu à la hussarde (à la deuxième bouteille) simplement après l'avoir regardée en train de dormir (message privé : Nicolas, si tu veux tu peux venir me regarder dormir aussi... hihihi), et j'aime le contraste entre l'apparence de petite chose fragile de Sara Giraudeau et celle de bloc minéral et rugueux de Nicolas D. (alors que le plus fort des deux n'est pas forcément celui qu'on croit...).
Tout ça nous donne un film singulier, enfiévré, convulsif, furieusement romantique, mais comme à contre-temps. Une ambiance gothique dans un univers très contemporain, on ne serait finalement pas si loin des Hauts de Hurlevent, tiens... C'était quand même assez courageux d'adapter Henry James en 2019 (avec toute l'estime que j'ai pour l'écrivain, -pourtant Le Tour d'écrou m'a toujours mis mal à l'aise- il me semble qu'il s'agit d'une écriture un peu surannée, british tasse de thé et tapis du salon... très "belles-lettres", non ?) et Pascal Bonitzer a choisi une approche "minimale" (un peu comme celle adoptée par Bernard et Trividic dans L'Angle mort pour dépoussiérer L'Homme Invisible...) où tout le "fantastique" restera (sagement) hors-champ. Où l'on n'arrête pas de craindre le pire.
Reste une histoire forte d'amour et de jalousie (et toute l'ambiguité du personnage de Coline) à laquelle on pourra peut-être juste reprocher la généralisation du procédé "je meurs / j'apparais à quelqu'un que j'aime", qui alourdit tout de même un peu le propos (pas moins de quatre occurrences, mais dont -habileté- on ne verra, finalement, qu'une...)
Mais bon, moi, dans les films, l'amour vu comme ça, j'aime plutôt bien (Il n'y a pas d'amour heureux et tout ça...)
... (Et je me suis promis de lire la nouvelle -qui, pour les gens intéressés, figure dans le recueil La Redevance du Fantôme-.)

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Posté par chori à 06:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]