Cinq films 2019 non vus, + une avant-première
Hormis ladite avant-première, l'humeur n'était pas vraiment à la rigolade...

007
MARTIN EDEN
de Pietro Marcello
(2h08)
On avait failli le choisir comme avant-première pour notre Settimana Italiana, mais finalement ç'avait été Le Traître. Qui m'a infiment moins intéressé que ce film-ci. Un film passionnant, d'après Martin Eden (que je n'ai jamais lu) de Jack London qui transporte, avec une grande intelligence, l'histoire en Italie. Un film "historique", une biographie imaginaire brillammant illustrée, où on ne sait jamais vraiment quand et où on se trouve. La vie d'un homme, d'un écrivain, qui part de rien ou presque pour accéder à la solitude flippante des stars... Un très beau travail sur l'image, l'aspect "grenu" très caractéristique, ainsi que toutes les "incrustations" que le réalisateur y insère. Une splendide chronique historico-onirique.

2396812

*

008
LE LAC AUX OIES SAUVAGES
de Diao Yinan
(1h50)
On devait le programmer, mais comme c'était trop près du festival téléramuche, on l'a remplacé par Et puis nous danserons. Un film brillant, ultra-chiadé pour ce qui est de la technique (quasiment tout se passe la nuit -sauf les derniers plans me semble-t-il-), une Chine nocturne et mortifère, qui complèterait parfaitement la dernier partie du Grand voyage vers la nuit. Chaque plan est chiadé, et les cadrages, et les éclairages, heureusement la complexité du récit vien un peu moduler toute cette perfection... Très violent, et très impressionnant, un polar baroque, un exercice de style avec des couleurs que n'aurait pas renié le Dario Argento de la grande époque...

3347871

*

009
LA BONNE ÉPOUSE
de Martin Provost
(1h48)
Le bôô cinéma, pas très fûté, avait programmé cette (unique) avant-première, dimanche à 16h, dans la plus petite salle, et a donc dû refuser du monde (Manue a vu le film assise au fond sur les escaliers) pour cette apologie "douce" du féminisme (et aussi un peu du saphisme), soutenue par son trio d'actrices (Binoche en directrice bourgeasse et coincée, Yolande Moreau en adolescente prolongée fan d'Adamo, et surtout, surtout, Noémie Lvovsky en bonne soeur à fusil), dans ce qu'on craint, au début, être une gaudriole un peu embarassante, mais qui, vaillamment,  gagne ses galons au fil des minutes... Le début était too much dans un sens, et la fin l'est aussi, mais dans l'autre... Plaisant (quoiqu'ait pu m'en dire à l'avance Pépin). Avec le toujours parfait Edouard Baer (qui donne la recette du strudel agrippé à une gouttière)

4779607

*

010
UNE GRANDE FILLE
de Kantemir Balagov
(2h17)
Enchaîné aussi sec après la Bonne Epouse, avec un effet de chaud et froid indéniable : nous voilà en Russie en 1945, à suivre les aventures de deux copines, une grande bringue blonde à la Tilda Swinton et sa copine brune (et de taille normale). Le réalisateur avait débuté par le très aimé ici Tesnota, le film bleu (déjà un portrait de jeune fille rebelle) et continue dans les mêmes traces. C'est un vrai film de metteur en scène, du cinéma précisément pensé, avec des scènes fortes, des personnages forts, et un sens puissant du cadrage et de la composition, qui vient remettre une couche par rapport à la Russie de 1945, qui n'est pas tellement différente de celle d'aujourd'hui... Froid dans le dos, et ce n'est pas juste une histoire de température...

0486443

*

 

011
AN ELEPHANT SITTING STILL
de Hu Bo
(3h54)
Le clou du Festival, pour moi, par l'attente démesurée que j'en avais. (On n'avait pas osé le programmer à cause de sa durée monumentale, et je me dois de remercier télérama pour ça)... Retour en Chine, dans un univers aussi noir que celui du Lac aux oies sauvages, presqu'aussi violent, et beaucoup beaucoup plus désespéré. (Par opposition à l'autre ce film se passe presqu'entièrement de jour, sauf la dernière scène, qu'on pourrait qualifier de plus "apaisée" (j'ai failli écrire joyeuse) qui se déroule de nuit.) Une oeuvre forte, encore plus lorsqu'on sait qu'elle a été réalisée par un jeune homme (et encore plus quand on sait qu'il s'est suicidé juste après, à 29 ans...). Comme dans Une grande fille, on a affaire à un (grand) réalisateur, qui sait précisément ce qu'il veut. Me resteront cette lumière blafarde, éteinte, atone, et ce goût de jouer avec la profondeur de champ. Inoubliable. (Et Capricci annonce que le coffret dvd, qui était épuisé, vient d'être réédité...)

1588029

*

012
POUR SAMA
de Waad al-Kateab & Edward Watts
(1h35)
Tout le monde en parlait comme d'un film très dur, et le hasard a fait que c'est avec lui que nous avons terminé cette édition 2020 du festival téléramuche. Un film documentaire réalisé sur le vif par une journaliste syrienne sur sa ville, Alep, et sur la guerre qui va avec.
Le film est dédié à sa fille, Sama, qu'on voit naître et grandir, et se pose comme un journal filmé, un témoignage sur cette guerre terrible, vécue de l'intérieur, où chaque bruit violent est un le signal qu'il faut descendre se mettre à l'abri, où on comptablisie les morts, où on essaye de soigner les blessés, tandis que le périmètre de "liberté" se réduit inéluctablement, jusqu'à l'évacuation finale... Waad al-Kateab et Eedward Watts nous mettent aux toutes premières lignes, et parfois c'est difficile de continuer à regarder...  Très impressionnant.

4472978