mercredi 29 janvier 2020

camphrier

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SEJOUR DANS LES MONTS FUCHUN
de Gu Xiaogang

C'est un peu surprenant lorsque, à la fin d'une film chinois de 2h30, on voit, juste avant le générique de fin, apparaître la mention "fin de la première partie"... Ni Dominique ni moi n'étions au courant de la chose...
Un beau et ample film chinois (une histoire de famille comme je les aime, (quatre frères, leur mère, leurs épouses et leurs enfants) avec des thématiques chinoisissimes (démolition / reconstruction, politique nataliste (ou pas) du gouvernement, tripots et jeux clandestins, recherche du jour parfait pour célébrer quelque événement que ce soit, étalages de plats qui font saliver, fêtes familiales avec distributions obligatoires de cadeaux à des gens qui disent "Il ne fallait pas" mais qui les prennent quand même, difficultés de communication entre parents et enfants, grand-mère qui s'achemine lentement vers Alzheimer et la maison de retraite qui va avec, oui, tout ça et surtout surtout SURTOUT l'argent, le flouze, les yens, les pépettes, les ligatures de sapèques (avez-vous lu le Juge Ti ?), l'oseille l'artiche la fraîche, qui semble être le centre d'intérêt, le moteur (et le sujet de conversation)  de tous ces gens-là...). L'argent est omniprésent comme le fleuve Fuchun, semble nous dire le réalisateur.
Avec un  traitement de l'image idem (se rapporte à "chinoisissime", quelques lignes plus haut), avec la bonne nouvelle que ce film-ci est non seulement moins désespéré que les quelques précédents vus auparavant (Le lac aux oies sauvages, An elephant sitting still) mais semblerait presque... guilleret par rapport aux susdits (je ne sais pas pourquoi, ça m'a quasiment plutôt fait penser à un film japonais, une histoire de famille à la Kore-Eda).
On suit avec attention (avec intérêt, avec bienveillance) les histoires de ces gens, avec l'intérêt supplémentaire de profiter régulièrement des paysages dont le réalisateur a su régulièrement illustrer son propos (le fleuve Fuchun y a une place prépondérante), d'autant plus intéressants qu'ils sont filmés au fil des saisons (j'entends déjà à l'avance s'extasier certain(es) spectateurs-trices sur les mêêêrveilleux paysâââges, dans les files d'attente, quand le film sera projeté au FICÂÂÂ, ce qui serait d'ailleurs amplement mérité, et ils auront raison...).
Bref (...) Les deux heures trente s'écoulent comme une rivière tranquille, paisiblement, superbement.
Oui, ce qu'on appelle un "beau film". Très beau (et très doux, ce qui est somme toute relativement rare pour un film chinois). Encore plus fort lorsqu'on sait qu'il s'agit d'un premier film. (Et que le réalisateur a à peine trente ans!)
Et donc on attend la suite...

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dimanche 26 janvier 2020

festival téléramuche 2020

Cinq films 2019 non vus, + une avant-première
Hormis ladite avant-première, l'humeur n'était pas vraiment à la rigolade...

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MARTIN EDEN
de Pietro Marcello
(2h08)
On avait failli le choisir comme avant-première pour notre Settimana Italiana, mais finalement ç'avait été Le Traître. Qui m'a infiment moins intéressé que ce film-ci. Un film passionnant, d'après Martin Eden (que je n'ai jamais lu) de Jack London qui transporte, avec une grande intelligence, l'histoire en Italie. Un film "historique", une biographie imaginaire brillammant illustrée, où on ne sait jamais vraiment quand et où on se trouve. La vie d'un homme, d'un écrivain, qui part de rien ou presque pour accéder à la solitude flippante des stars... Un très beau travail sur l'image, l'aspect "grenu" très caractéristique, ainsi que toutes les "incrustations" que le réalisateur y insère. Une splendide chronique historico-onirique.

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008
LE LAC AUX OIES SAUVAGES
de Diao Yinan
(1h50)
On devait le programmer, mais comme c'était trop près du festival téléramuche, on l'a remplacé par Et puis nous danserons. Un film brillant, ultra-chiadé pour ce qui est de la technique (quasiment tout se passe la nuit -sauf les derniers plans me semble-t-il-), une Chine nocturne et mortifère, qui complèterait parfaitement la dernier partie du Grand voyage vers la nuit. Chaque plan est chiadé, et les cadrages, et les éclairages, heureusement la complexité du récit vien un peu moduler toute cette perfection... Très violent, et très impressionnant, un polar baroque, un exercice de style avec des couleurs que n'aurait pas renié le Dario Argento de la grande époque...

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009
LA BONNE ÉPOUSE
de Martin Provost
(1h48)
Le bôô cinéma, pas très fûté, avait programmé cette (unique) avant-première, dimanche à 16h, dans la plus petite salle, et a donc dû refuser du monde (Manue a vu le film assise au fond sur les escaliers) pour cette apologie "douce" du féminisme (et aussi un peu du saphisme), soutenue par son trio d'actrices (Binoche en directrice bourgeasse et coincée, Yolande Moreau en adolescente prolongée fan d'Adamo, et surtout, surtout, Noémie Lvovsky en bonne soeur à fusil), dans ce qu'on craint, au début, être une gaudriole un peu embarassante, mais qui, vaillamment,  gagne ses galons au fil des minutes... Le début était too much dans un sens, et la fin l'est aussi, mais dans l'autre... Plaisant (quoiqu'ait pu m'en dire à l'avance Pépin). Avec le toujours parfait Edouard Baer (qui donne la recette du strudel agrippé à une gouttière)

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UNE GRANDE FILLE
de Kantemir Balagov
(2h17)
Enchaîné aussi sec après la Bonne Epouse, avec un effet de chaud et froid indéniable : nous voilà en Russie en 1945, à suivre les aventures de deux copines, une grande bringue blonde à la Tilda Swinton et sa copine brune (et de taille normale). Le réalisateur avait débuté par le très aimé ici Tesnota, le film bleu (déjà un portrait de jeune fille rebelle) et continue dans les mêmes traces. C'est un vrai film de metteur en scène, du cinéma précisément pensé, avec des scènes fortes, des personnages forts, et un sens puissant du cadrage et de la composition, qui vient remettre une couche par rapport à la Russie de 1945, qui n'est pas tellement différente de celle d'aujourd'hui... Froid dans le dos, et ce n'est pas juste une histoire de température...

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011
AN ELEPHANT SITTING STILL
de Hu Bo
(3h54)
Le clou du Festival, pour moi, par l'attente démesurée que j'en avais. (On n'avait pas osé le programmer à cause de sa durée monumentale, et je me dois de remercier télérama pour ça)... Retour en Chine, dans un univers aussi noir que celui du Lac aux oies sauvages, presqu'aussi violent, et beaucoup beaucoup plus désespéré. (Par opposition à l'autre ce film se passe presqu'entièrement de jour, sauf la dernière scène, qu'on pourrait qualifier de plus "apaisée" (j'ai failli écrire joyeuse) qui se déroule de nuit.) Une oeuvre forte, encore plus lorsqu'on sait qu'elle a été réalisée par un jeune homme (et encore plus quand on sait qu'il s'est suicidé juste après, à 29 ans...). Comme dans Une grande fille, on a affaire à un (grand) réalisateur, qui sait précisément ce qu'il veut. Me resteront cette lumière blafarde, éteinte, atone, et ce goût de jouer avec la profondeur de champ. Inoubliable. (Et Capricci annonce que le coffret dvd, qui était épuisé, vient d'être réédité...)

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POUR SAMA
de Waad al-Kateab & Edward Watts
(1h35)
Tout le monde en parlait comme d'un film très dur, et le hasard a fait que c'est avec lui que nous avons terminé cette édition 2020 du festival téléramuche. Un film documentaire réalisé sur le vif par une journaliste syrienne sur sa ville, Alep, et sur la guerre qui va avec.
Le film est dédié à sa fille, Sama, qu'on voit naître et grandir, et se pose comme un journal filmé, un témoignage sur cette guerre terrible, vécue de l'intérieur, où chaque bruit violent est un le signal qu'il faut descendre se mettre à l'abri, où on comptablisie les morts, où on essaye de soigner les blessés, tandis que le périmètre de "liberté" se réduit inéluctablement, jusqu'à l'évacuation finale... Waad al-Kateab et Eedward Watts nous mettent aux toutes premières lignes, et parfois c'est difficile de continuer à regarder...  Très impressionnant.

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samedi 25 janvier 2020

dengue

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TEMPORADA
de André Novais Oliveira

C'est Hervé qui l'avait suggéré pour notre programmation, et j'y suis allé, ric-rac, dernière séance mardi après-midi...
Quel film enthousiasmant ! (Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, n'est-ce pas, et c'est vrai, et je le reconnais, que j'ai pu avoir, par le passé, quelques... réticences à propos du cinéma brésilien (mais c'est sans doute la faute à mes gènes hispaniques), réticences qui, plus le temps a passé, ont eu tendance à  rapetisser régulièrement, jusqu'à disparaïtre complètement.
En voici un nouvel exemple, dans ce film, pourtant, en apparence du moins, complètement opposé au cinéma de Kleber Mendonça Filho (qui me ravit tant, et qui est peut-être celui qui a changé la donne... ). Un film qui ne paie pas de mine. Un portrait de femme, Juliana dite Ju (incarnée par Grace Passô, absolument formidable). Un film tout en douceur, tout en rondeur, en simplicité. Qui pourrait presque (se faire) passer pour optimiste. Mais un film qui, incontestablement fait du bien. Comme quelqu'un qu'on rencontre pour la première fois : au début on se salue de loin, on s'observe, on est sur la réserve, on ne se connaît pas encore, et puis, plus ça va et plus on devient proches, complices. Non seulement on s'est rapporchés, mais on ne veut plus se quitter...
Malheureusement, à mon corps défendant, j'ai un peu ratouillé le début (c'est l'heure terrible où l'horloge interne déclare que c'est la sieste et puis point barre) et j'ai donc manqué le démarrage (j'ai vu que l'héroïne et le groupe de gens avec qui elle travaille allaient de porte en porte frapper chez les gens, mais je ne savais pas très bien pourquoi... Je l'ai compris ensuite : elle travaille dans les services municipaux relatifs à la santé publique, et elle fait le tour des habitants pour tenter d'éradiquer la dengue, ou tout au moins limiter au minimum les risques de propagation et de contamination...
Cette Ju, elle est magnifique, même si sa vie ne l'est pas tant que ça (sa vie privée surtout, elle a déménagé, elle attend des nouvelles de son mari, qui tardent à arriver...) et le film ne la quitte pas d'une semelle, dans son job, hors du job, et plus le film avance plus on s'y attache, on s'y enracine...
Encore un grand bonheur de cinéma brésilien, dans un constat qui, s'il reste toujours dénonciateur d'un système à deux vitesses de plus en plus terrifiant, ne tombe jamais dans la violence de la guerilla urbaine ou de la revendication à la machette (pour faire simple). Mais qui pourtant, à chaque instant (le film) sait montrre qu'il n'est pas dupe...
Un portrait de femme splendide, avec une dernière scène parfaitement réjouissante dans sa simplicité, sa gratuité, sa liberté...

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vendredi 24 janvier 2020

à la faux

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UNE VIE CACHEE
de Terrence Malick

Le dernier film de Terrence Malick est absolument magnifique. 
Le dernier film de Terrence Malick est parfaitement exaspérant.
J'ai arrêté de voir ses films après la semi-déception de The tree of Life, et le fait que je sois tombé, en zappant, sur un extrait de Voyage of time, avec des dinosaures en images de synthèse (ou assimilés) qui nagent, accompagnés par une voix féminine sententieuse et furieusement mystico-new-age, ne m'a pas franchement rassuré (je me souviens avoir pensé "Oh lala ce coup-ci on l'a définitivement perdu, Terrencechounet...").
Mais bon, celui-là était programmé pour deux séances dans le bôô cinéma, et je me suis dit "allons-y!". Première surprise, dans la salle 3 (une des plus petites, bien sûr) nous étions au moins une quarantaine... Deuxième surprise : on enchaîne le début du film (des images de propagande sur la montée au pouvoir d'Hitler) après la bande-annonce d'un film nommé Jojo Rabbit, l'histoire d'un gamin qui s'est choisi comme ami imaginaire le même Adolf H... l'effet marabout-de-ficelle est surprenant.
Ces images sont en format carré, occupant un petit espace au centre de l'écran, qui va bientôt s'agrandir et s'agrandir encore jusqu'au bout jusqu'au bout (je reconnais là l'aspect beyond the limits du réalisateur - ou, comme dirait Buzz l'Eclair de Toy Story "Vers l'infini et au-delà!", ça marche aussi-) pour narrer en archi-grand format, l'histoire (vraie) de Franz Jägerstätter, un paysan autrichien qui refusa de prêter allégeance à ce même Adolf, et fut pour cela guillottiné (d'après une histoire vraie, d'un personnage qui force l'admiration, et auquel on ne peut qu'avoir envie de s'identifier).
Malick filme ça avec un grand-angle (voire un très grand-angle), qui a juste l'inconvénient de déformer l'image plus on s'approche des choses (ou des gens) que l'on filme, ce qui est sans doute pratique pour filmer les paysages, mais provoque une première gêne (avec régulièrement des effets sur les visages des comédiens dont les déformations prêteraient quasiment à sourire, ce qui n'est visiblement pas du tout le but avoué du film) doublée, quand ça va vite, d'un léger mal au coeur (comme sur les manèges quand on était petit). Je veux desceeeeeendre!.
Ensuite, on réalise vite, autre gêne aux entournures,  que ce paysan -autrichien-, sa femme, ses filles, sa mère, sa belle-soeur, tout ce monde parle anglais... sauf que, ach! pas tout le monde, justement : les soldats allemands parlent allemand (ou plutôt ils le vocifèrent), -et sans sous-titres, tout comme les villageois, lorsqu'ils deviennent hostiles à notre héros quand ils apprennent qu'il n'a pas voulu jurer fidélité à AH. Oui, ça m'a plutôt dérangé, qu'ensuite, à part les soldats, tout le monde parle anglais (selon l'équation "parle en anglais = gentil"), et on est même étonné que le juge au tribunal (Bruno Ganz, tout de même) quand il s'entretient avec notre héros lors d'une suspension de séance qu'il a demandée, le fasse dans la langue de Shakespeare plutôt que celle de Goëthe,(on se dit alors "gentil ?") mais la scène suivante, il le condamne tout de même à mort (après avoir -en privé- un peu hésité il est vrai auparavant).
Après une première partie bucoliquissime (Malick a le sens du paysage qui fait mouche et de la musique qui va bien avec), qui m'a, et c'est plutôt bon signe, fait penser au très aimé Heimat (l'histoire via le petit peuple, les saisons et les travaux des champs), très lyrique, très verte, la deuxième sera beaucoup moins... guillerette, avec d'un côté, dedans, le mari transbahuté de prison en prison (de pire en pire, à la manière de ce film sud-américain, comment s'appelait-il déjà ? ah oui, Compañeros) et, dehors, la vaillante épouse qui multiplie les démarches auprès des autorités pour réussir à le voir.
Et ça ne va pas aller en s'arrangeant... La routine carcérale suit son cours, l'avocat ne cesse de jouer les Méphistos en tendant son papier et en répétant "Signez, et vous serez libéré!" , les gardiens sont infects, les soldats idem, mais tout ça est bien insistant et répétitif (heureusement, on a la surprise (le plaisir) de voir passer Matthias Schoenaerts en officier -me semble-t-il- et, plus tard,  le très plaisant Franz Rogowski (merci allocinoche) en prisonnier, sans oublier, j'en ai déjà parlé plus haut le très aimé Bruno Ganz (dont ce fut je pense le dernier tournage) en juge...)
Bon ne m'empêchera pas de trouver tout cela grandiloquent et par moments presque pompeux (boursouflé) mais je sais que certains adorent et en ont fait quasiment leur film de l'année (nous somme tous, différents, hein, c'est ça qui est bien...)
(Mais, bon sang, Terrence, si tu nous lâchais un peu avec dieu, hein ?).

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samedi 18 janvier 2020

take a chance on me

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ET PUIS NOUS DANSERONS
de Levan Akin

C'est Zabetta qui l'avait proposé parce que (entregent oblige) elle l'avait déjà vu et beaucoup aimé, elle avait l'air de beaucoup y tenir, et, finalement, grâce au festival Téléramuche (un film que nous avions programmé et qui s'est avéré y avoir été choisi et a donc été déprogrammer pour laisser la place à un autre), il a réussi à intégrer in extremis notre programmation.
Quel bonheur!
Zabetta me connaît bien, et elle s'est bien doutée que, comme je le lui ai écrit par sms à la sortie de la salle, "c'est le genre de film qui ne pouvait que me tournebouler..." Un film géorgien, déjà, pas si fréquent (et ceux que j'ai déjà vus m'ont en général beaucoup plu), situé dans le milieu de "danse géorgienne" (une discipline virilissime), une des grandes spécialités du pays, avec les chants géorgiens, sans oublier l'ultime spécificité locale (mais c'est le cas pour beaucoup d'autres pays) : figurez-vous que l'homosexualité n'y existe tout simplement pas. Si tu nais géorgien tu nais forcément hétéro et viril. Rendez-vous compte, un pays peuplé d'hommes, des vrais... Trop beau pour l'être, justement, vrai.
Merab est un jeune danseur qui répète d'arrache-pied alors que le maître de ballet semble s'acharner sur lui et lui répéter qu'il est trop ceci, pas assez cela, bref le fait tourner en bourrique. Alors que lui semble prêt à tout donner (tout accepter) pour réussir. On comprend que 1) c'est lui notre héros et 2) qu'il peut être étiqueté "jeune homme sensible" (j'adore cette expression), même s'il a une "copine officielle" et qu'il fait tout pour s'intégrer ressembler aux autres co-religionnaires. Il est, de plus, doté d'un frangin, danseur lui aussi, mais qui passe ses nuits à boire (et, on le suppose, à forniquer) et rentre tous les matins avec la gueule de bois, juste avant de repartir pour les répétitions. un homme, un vrai, quoi.
Les deux frangins s'asticotent mais se soutiennent. QUAND SOUDAIN (je mets en majuscule parce qu'il faut que ça sonne, que ça tonne) tadam! arrive dans la troupe Irakli, un nouveau danseur ("un vrai"), duquel Merab, notre héros (tadam!) va tomber amoureux. Commence alors (pour moi) la partie la plus délicieuse du film : oh l'amour! (J'ai toujours conservé, vous avez dû vous en rendre compte si vous me lisez, ce genre de candeur adolescente dans ma conception des rapports amoureux, le style crapaud amoureux d'une étoile, vous voyez bien, non...)
C'est merveilleux de voir ce qui se noue entre ces deux jeunes gens, comme ça progresse à petits pas, tranquillou, vers la cristallisation du rêve, le climax, amour courtois et chevaleresque (d'abord un délicieux baiser, cachés tous les deux derrière une grosse pierre), puis on passe à la suite (plus "virile") une étreinte fiévreuse (et très interdite, puisqu'elle n'existe pas officiellement...) toujours derrière la même grosse pierre.
Bon ils se sont rencontrés, ils se sont reconnus, ils ont concrétisé, et donc comment va-ce se continuer ? J'ai pensé à Maurice, de James ivory, qui m'avait, en son temps (74? 75 ?) tout autant tourneboulé, par la similitude des thèmes, une histoire d'amour naissante entre deux garçons, les carcans et les interdits - victoriens ou géorgiens c'est kif-kif, mais peut-être bien encore pire qd c'est géorgien -il y avait dans la salle une jeune fille géorgienne, justement, qui m'a expliqué que le film, lors de sa projection là-bas, avait créé un énorme scandale, à cause de sa remise en cause des standards de virilisme locaux, et que les spectateurs avaient tout cassé pour exprimer leur désaccord... Aïe!-).
Merab aime Irakli (et visiblement c'est réciproque) mais les choses ne sont pas si simples (et c'est là que se confirme(nt) le parallèle avec Maurice, et toutes les craintes que je nourrissais sur la suite de cette relation). D'autant plus qu'il est question d'une audition pour une place dans le Ballet National où tout les prétendants se retrouvent au coude à coude (au corps à corps -de ballet bien sûr!-), mais, qui, étrangement passe au second plan vu la tournure que prennent les choses...
Merab va sortir grandi de cette histoire, (littéralement) il va passer du statut de vieux gamin à ce celui de jeune adulte, de la désillusion à l'affirmation de soi. Les scènes de la fin sont toutes plus fortes et plus réussies les une que les autres (avec le maître de ballet, avec la "copine" avec le frère -là j'ai carrément pleuré-) et il semblerait envisageable que nous repassions le film à l'occasion de notre semaine LGBT à venir...
Un film touchant, à la fois viril et tendre, documentaire et romancé, fort et doux (non ce n'est pas incompatible), doudou mais pas mièvre (pas de ça en Géorgie, eh oh, de la mèvrerierie, et puis quoi encore?) bref à hyper recommander...

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l'affiche

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le réalisateur...
(ce monsieur est -clic clic- très MIMI, non ?)

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mardi 14 janvier 2020

au bord de la rivière

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LES ENVOÛTÉS
de Pascal Bonitzer

Sara Giraudeau et Nicolas Duvauchelle... Voilà un joli duo tourmenté dans cette adaptation d'une nouvelle de Henry James, "Les amis des amis". (Mais qui a aussi deux autres titres). Et qui dit James dit fantômes, et qui dit fantômes dit bouh fais-moi peur, dit drap blanc et dit chaîne et boulet, grosso-modo... Mais là non, pas vraiment. Il est (juste) question d'apparitions. De gens qui apparaissent à des gens qui leur sont proches au moment même où ils meurent (ceux qui apparaissent, pas ceux qui sont proches).
Coline (Sara Giraudeau, qui m'a durablement impressionné depuis Le Bureau des légendes) est envoyée pour écrire un article pour sa rédactrice en chef (Josiane Balasko, nickel) chez un artiste bourru (Nicolas Duvauchelle, toujours aussi bien, avec sa façon de ne pas y toucher, de jouer rien ou presque rien...) dans les Pyrénées (magnifique, et je ne dis pas ça parce que j'y suis né) qui a vu le fantôme de sa mère lui apparaître selon le processus décrit plus haut. Or elle (Coline, pas la mère de l'artiste bourru) a justement aussi une copine, artiste elle aussi (et espagnole -très bien donc-) qui vient justement de voir lui apparaître son père, au lavomatic, le jour de sa mort...
Mais tout ça est raconté dans un long flash-back, par Coline à son copain Sylvain, (Nicolas Maury, dont je ne me lasserai  jamais de répéter combien j'adore ce garçon et que je le trouve parfait dans son rôle de "oui, je suis un peu pédé, un peu maheureux, et je vous emmerde..."), après une scène d'ouverture que je me garderai bien de vous décrire, et un conclusion idem.
J'aime beaucoup la première rencontre entre no deux amoureux, et la façon "rustique" dont il la drague in petto un peu à la hussarde (à la deuxième bouteille) simplement après l'avoir regardée en train de dormir (message privé : Nicolas, si tu veux tu peux venir me regarder dormir aussi... hihihi), et j'aime le contraste entre l'apparence de petite chose fragile de Sara Giraudeau et celle de bloc minéral et rugueux de Nicolas D. (alors que le plus fort des deux n'est pas forcément celui qu'on croit...).
Tout ça nous donne un film singulier, enfiévré, convulsif, furieusement romantique, mais comme à contre-temps. Une ambiance gothique dans un univers très contemporain, on ne serait finalement pas si loin des Hauts de Hurlevent, tiens... C'était quand même assez courageux d'adapter Henry James en 2019 (avec toute l'estime que j'ai pour l'écrivain, -pourtant Le Tour d'écrou m'a toujours mis mal à l'aise- il me semble qu'il s'agit d'une écriture un peu surannée, british tasse de thé et tapis du salon... très "belles-lettres", non ?) et Pascal Bonitzer a choisi une approche "minimale" (un peu comme celle adoptée par Bernard et Trividic dans L'Angle mort pour dépoussiérer L'Homme Invisible...) où tout le "fantastique" restera (sagement) hors-champ. Où l'on n'arrête pas de craindre le pire.
Reste une histoire forte d'amour et de jalousie (et toute l'ambiguité du personnage de Coline) à laquelle on pourra peut-être juste reprocher la généralisation du procédé "je meurs / j'apparais à quelqu'un que j'aime", qui alourdit tout de même un peu le propos (pas moins de quatre occurrences, mais dont -habileté- on ne verra, finalement, qu'une...)
Mais bon, moi, dans les films, l'amour vu comme ça, j'aime plutôt bien (Il n'y a pas d'amour heureux et tout ça...)
... (Et je me suis promis de lire la nouvelle -qui, pour les gens intéressés, figure dans le recueil La Redevance du Fantôme-.)

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lundi 13 janvier 2020

vincent, alain, jean et les autres...

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JE NE SAIS PAS SI C'EST TOUT LE MONDE
de Vincent Delerm

Celui-là (et pourtant ce ne fut pas faute d'avoir insisté) je n'ai pas réussi à le faire programmer dans le bôô cinéma (disons qu'il a suscité certaines... réticences présidentielles, je me demande bien pourquoi d'ailleurs...) et je fus ma foi très content de savoir qu'arte le programmait un mercredi soir en deuxième partie de soirée, et que, donc, il était dispo en rediffusion...
On a déjà pu un peu se faire une idée des rapports de ce cher Vincent Delerm avec la chose filmée (lors un spectacle ici que j'avais beaucoup aimé),j'aime bien l'esprit (super 8, films de vacances, souvenirs de famille, réminiscences, nostalgie...) et donc j'avais envie de voir ce que ça donnait sur la durée. Sauf que la durée, justement, c'est ça qui (me) pose un peu problème. Le film dure un peu moins d'une heure, et on reste un peu sur sa faim. Le projet (faire parler des gens, connus ou inconnus, de ce qu'ils sont vraiment, enregistrer -et mettre en forme leur(s) confession(s)) pouvait faire espérer une forme plus ample (j'aurais bien tenu au moins le double), peut-être, se dit-on, Vincent D. a-t-il eu peur de lasser le spectateur ?
J'aime beaucoup cette forme hétérogène, à la fois dans l'élaboration de chaque témoignage individuel (des gens qui parlent, qui se confient), des images qui correspondent (ou pas tout à fait) à ce qui se dit) mais aussi dans la façon dont chaque pièce s'agence avec les autres... L'alternance de la couleur et du noir et blanc (tiens, Souchon, Dedienne, Rochefort -dont ce fut, selon sa volonté, le denier tournage- sont tous trois filmés en noir et blanc...)
Un film sensible, poétique, intime, qu'on ressent comme presque chuchoté. Oui, à voix basse, sans esbrouffe, mais avec une indéniable élégance.
Avec ce regret qu'une demi-heure de plus aurait été la bienvenue.

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cassate

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LA VÉRITÉ
de Hirokazu Kore-Eda

On aura beau dire ce qu'on voudra, c'est toujours un plaisir de voir un film avec "la Mère Deneuve" (c'est comme ça qu'on dit par ici). Ca tombe bien, elle en joue justement une, ici. (De mère, vous suivez ?). Celle de Juilette Binoche, oui,  Et une autre encore, dans le même temps, dans le film qu'elle est en train de tourner, ("Souvenirs sur ma mère").
Ca tombe bien,  mieux même, j'adore les films où il y a un film dans le film (La nuit américaine, La Patinoire,L'Etat des Choses, Irma Vep...). Surtout, comme ici, quand le réalisateur est Mister Kore-Eda (Maborosi (1995), After Life (1998), Still Walking (2008), I wish (2012)),  jalonnant à intervalles réguliers de ses petits cailloux (bijoux) le chemin de ma mémoire cinéphile.
Ici on pourra objecter (les âmes chagrines et les facheux) que ce n'est "pas tout à fait" un film de Kore-Eda, puisque nous ne sommes pas au Japon mais en France (comme quand Kiarostami avait quitté l'Iran pour venir tourner en Italie, avec, tiens, justement déjà Juliette Binoche (Copie Conforme, 2010)), et, qu'au début du film, justement, on se sent vraiment dans un film franco-français-cocorico et qu'un oeil non averti pourrait avoir du mal à se rendre compte que le réalisateur est japonais, surtout qu'on y voit Catherine Deneuve, qu'on a rarement vue sur tatami ou en kimono...
Deneuve qui dépote dès le début, interprétant une vieille actrice une actrice d'un certain âge, Fabienne, -mais une vraie star- qui parle aussi sec qu'elle boit et qu'elle fume, un genre de mégère non apprivoisée, de gorgone blonde en manteau panthère, de Tatie Danielle (en plus jeune) , aux yeux de laquelle personne ne trouve grâce, à part elle-même.
Sa fille Lumir (qui est scénariste, ceci aura une certaine importance pour la suite) est venue de New-York, avec son mari et sa fille, pour lui rendre visite à l'occasion de la sortie de son livre de souvenirs. Où elle raconte sa version de sa vie. Souvenirs souvenirs, sans doute, mais tout n'est pas rose ni agréable dans les rapports entre les deux femmes... D'autant plus que Fabienne est en plein tournage d'un film (nommé Souvenirs sur ma mère), mettant en scène les rapports d'une fille et de sa mère, tournage auquel Lumir assiste, et, voilà, tout est en place pour un récit à plusieurs étages (comme la grande maison qu'occupe Fabienne ("It looks like a castle...") ) et à tout autant de niveaux de lecture(s). Mère(s) et fille(s) à tous les étages. Et toutes sont parfaites.
Mais il s'agit d'un réalisateur japonais, et donc tout est bien plus délicieusement feutré et retenu que cela aurait pu l'être avec un réal' occidental... Des comptes se règlent, mais à griffes rentrées. En tout bien tout honneur (et parfois en toute mauvaise foi aussi...)
Il s'agit d'un film de femmes, d'un film d'actrices (les vraies, qui jouent, et les personnages qu'elles interprètent), et les coqs, dans ce poulailler-là, font un peu de la figuration (avec une certaine prestance il faut le reconnaître).
J'ai passé un très agréable moment. Même si, comme dit Fabienne Deneuve à son mari qui se pique de cuisine italienne et a préparé ce jour-là une cassate pour le dessert "Je préfère ton tiramisu...".
(Sans doute est-ce une position d'excessivement puriste que de préférer qu'un réalisateur japonais fasse des films au Japon en japonais avec des acteurs japonais ?)

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Recette de la cassate

Pour le gâteau :

- Ricotta de brebis – 800 g (ça, ça serait Catherine D.)
- Génoise – 500 g (ça, ça serait Juliette B.)
- Sucre glace – 280 g (ça, ça serait Manon Clavel)
- Chocolat noir – 100 g de pépites (ça, ça serait Clémentine Grenier, la fillette)
- Oranges confites – 50 g (facultatif) (ça, ça serait Ludivine S.)

Pour le trempage de la génoise :

- Eau – 150 ml (ça ça serait la distribution mâle du film)
- Citrons – 1 zeste (idem)
- Sucre – 50 g (idem)
- Marasquin (ou autre liqueur) – 5 cl (idem)

Pour le glaçage fondant :

- Sucre glace – 350 g (ça, ça serait le film dans le film)
- Eau – à discrétion (ça, ça serait le film)

 

 

 

 

 

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mercredi 8 janvier 2020

encore quelques autres photos pour commencer l'année

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square St Amour

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mardi 7 janvier 2020

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