vendredi 6 mars 2020

bourses

Voilà que l'épidémie en cours a permis aux rédactions de parler à nouveau de la chute des bourses, sujet qui m'amuse toujours autant (à cause des images mentales que j'y accole)...
Mais bon les bourses, il en fut aussi pas mal question tout au long de la soirée de remise des César de vendredi (que j'avais dans un premier temps envisagé de boycotter, juste à cause du peu d'intérêt qu'elle présentait pour moi cette année a priori (trois films avec chacun plus de 10 nominations (un que j'avais vu et beaucoup aimé, Les Misérables de Ladj Ly, et deux que j'avais zappés, celui de Polanski et celui de Bedos...) , un avec juste un peu moins de nominations -tiens, comme par hasard-  (le très beau Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma), la soirée ne promettait pas d'être passionnante...
Tout ça c'était il y a un mois, et puis il y a eu toutes ces histoires autour des César, d'Alain Terzian, (le boss de droit divin), de l'équipe dirigeante, des votants nombreux et mystérieux, suivie de la démission dudit terzian ainsii que celle de toute son équipe, la nomination d'une présidente intérimaire,  le barouf autour des nominations de J'accuse (on ne me fera pas croire, d'ailleurs, que ce titre a été choisi par hasard), jusqu'à l'annonce de l'équipe entière du film qu'elle boycotterait la soirée, tout ça commençait à faire pas mal de remous pour cette 45ème soirée (il leur en a fallu du temps, tout de même pour prendre conscience...)
Florence Foresti présentait la soirée, et elle s'en est plutôt bien sortie, dans son -long- speech d'introduction (dans les commentaires sur je ne sais plus quel site, j'ai beaucoup aimé celui d'un troll qui regrettait qu'elle fasse toujours les mêmes quetsches, ça aussi ça m'a fait rire), puis dans la suite de la soirée (qui fut, il faut le reconnaître, diversement plus ou moins drôle, déjà et surtout parce que le nombre de remettants s'était, allez savoir pourquoi, soudain drastiquement réduit) et qu'on n'avait bien le sentiment que ça ne tournait pas tout à fait rond (et nettement mois ronron que d'hab', d'ailleurs).

Et, (ça y est j'y reviens) on a beau retourner le truc dans tous les sens, quoi qu'on en dise, encore une fois les bourses étaient là, elles paradaient, en on et en off, oui, on pouvait presque les entendre frétiller comme des maracas -tch tch tch - oui, ce sont les bourses qui ont triomphé. La victoire des couilles, quoi, comme d'hab'. Il n'y avait qu'à mater l'équipe (la team, le crew) autour de Ladj Ly, qui est montée sur scène pour accompagner le récipiendaire du César du meilleur film : que des couilles, que du viril du mâle du burné du testostéroné, en costard sombre bien sûr, (la blondeur de la présidente de la cérémonie Sandrine Kiberlain y figurait presque la laissée-pour-compte de service). Une meute de mâles (je n'ai pas pensé à compter combien cela représentait de couilles), autour d'un mâle alpha, honoré en tant que tel par ses pairs (de couilles, bien évidemment). En tant que porteur de -et amateur de- couilles, j'aurais dû être doublement au septième ciel, et pourtant, un petit quelque chose me titillait. Ça c'était la partie visible, ce couronnement (mérité).

Mais qui laissait deviner, en filigrane, le revers de la médaille. Tous ces beaux discours autour des femmes, de la parité, de l'inclusion, enrobant la totale et sempiternelle et aveuglante misogynie du projet, de la soirée. On a pourtant entendu Florence Foresti, Sandrine Kiberlain, Emmanuelle Devos, Fanny Ardant, Emmanuelle Bercot et Claire Denis, Lyna Khoudry, Anaïs Desmoustier, Aïssa Maïga, chacune dans sa partition et son registre (elle était là, la plus belle des "parités"), mais c'était finalement comme un -joli- écran de fumée, qui masquait -et marquait- la non-césarisation du film de Céline Sciamma, Portrait de la jeune fille en feu, de sa réalisatrice, et de ses interprètes, Noémie Merlant et Adèle Haenel, (entre lesquelles j'aurais été incapable de choisir pour le César de la meilleure actrice, et qui auraient dû alors le partager toutes les deux), et l'insulte que représentait la récompense, à la place, de Polanski comme meilleur réalisateur. Un camouflet, diront les journalistes, en soulignant le fait que le film de Céline Sciamma était "le grand perdant de la soirée".

Et puis il y a eu ce moment, très fort, parce qu'inattendu dans ce genre de raout, où Adèle Haenel s'est levée et a quitté la salle, entraînant dans son sillage Céline Sciamma (et un certain nombre d'autres personnalités que la caméra n'a pas daigné -osé- filmer), et la soirée à partir de ce moment  est partie un peu en eau de boudin, Florence Foresti ayant choisi de ne plus réapparaître jusqu'à la fin, et faisant affleurer un malaise certain sous son décorum policé/compassé habituel.
J'étais plutôt content des récompenses et des primé(e)s, ayant d'ailleurs pas mal de fois anticipé avec justesse le nom des récompensé(e)s, mais voilà, restait ce malaise, cette aigreur, cette amertume sur laquelle j'avais du mal à mettre des mots, jusqu'à la publication de la splendide chronique de Virginie Despentes, que j'ai immédiatement copiée/collée et publiée (hier).
Voilà des mots justes, des mots forts, auxquels je ne peux qu'adhérer, que je ne peux qu'applaudir, même si nanti de mon statut de porteur de couilles. Solidaire.

Posté par chori à 06:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]