lundi 16 mars 2020

dernier concert

Lundi dernier, (j'ai l'impression que c'était il y a des mois) , nous sommes allés, avec Manue, à La Rodia, pour voir le concert des Tindersticks, dont on avait craint d'abord qu'il ne soit annulé, mais non nous avait dit la demoiselle à la caisse, à ce moment-là, on n'interdisait que les manifestations publiques de plus de 1000 personnes.
En arrivant, on a croisé plusieurs personnes qui repartaient, on s'est inquiété, mais non fausse alerte. Le concert avait bien lieu. Le public au bar nous a bien semblé un peu clairsemé, on était en avance, on a pris le temps de boire une bière, ça a sonné pour annoncer le début du concert, on a bu encore un peu nos bières, jusqu'à la sonnerie suivante où on s'est enfin décidé (je ne savais même pas qui assurait la première partie.)
Billet scanné, talon déchiré, et ensuite, surprise, pas l'habituel tampon sur le poignet mais un joli bracelet rose comme dans les festivals (la demoiselle a expliqué à Manue que l'usage du tampon avait été suspendu, cocovirus oblige, et nous a précisé que "le concert était déjà commencé, et qu'elle nous souhaitait une bonne soirée...").
Et à l'intérieur, surprise : ils avaient installé des chaises! Oui, toute la partie basse était emplie de chaises bien alignées, de ces chaises merdiques qui font assez vite mal au dos et au cul, toutes bien rangées, et chacune avec un cul de gens posé dessus... Tous assis bien sagement... Mais c'est là qu'ils étaient, les gens, ils le savaient eux qu'il y aurait des chaises, on les avait prévenus, et ils étaient venu s'y installer...
Heureusement, ils ont construit une petite estrade, au fond de la salle (sous le balcon), et, par chance, on était pratiquement les premiers à s'y installer, assis au bord : on avait la place pour étendre ses jambes, on était pile-poil au milieu (à droite de la sono), bref la vue était parfaite, et on s'est donc installé là, en faisant attention de ne pas renverser nos bières...
C'téait déjà commencé, la première partie je veux dire, il y avait au milieu de la scène un monsieur assis derrière une impressionnante batterie, un monsieur qui chantait, et qui avait une pédale d'effets pour re-enregistrer et re-diffuser ce qu'il chantait, un monsieur accompagné d'un autre monsieur qui jouait qui du violon qui de la scie musicale. J'ai appris par la suite que le monsieur s'appelle Thomas Belhom, qu'il est un batteur talentueux, et a d'ailleurs bossé avec les Tindersticks dans les années 2000. Il joue trente minutes et puis s'en va. La scie musicale est un instrument inhabituel, on va dire, et dont je ne suis pas particulièrement friand. "C'est intéressant..." a conclu Manue au rallumage des lumières avant de retourner chercher des bières (on était tellement bien installés que je n'ai même pas voulu me lever pour aller faire pipi, de peur de perdre ma place, d'autant plus qu'était venu s'installer à côté de moi un charmant nounours solide et barbu avec lequel j'ai même osé engager la conversation le temps que Manue revienne avec les cervoises...)
On a aussi discuté un peu avec le grand Christophe (qu'on voit à peu près à tous les concerts) pendant que les roadies s'activaient sur scène. A 21h et quelques, les lumières s'éteignent enfin  (on en avait quelques rampes juste au dessus de nos têtes), la musique d'ambiance s'arrête (le public fait "aaaaah") et les musiciens entrent sur scène, sous les applaudissements, Manue me regarde en sourient et me chuchote "bon voyage...", tandis que le chanteur (Stuart Staples) commence à susurrer au micro, et j'ai les larmes aux yeux...
Et c'est parti pour une heure trente de musique élégante, romantique, précieuse, classieuse (Manue a dit à la fin qu'elle avait trouvé ça délicieux...), un concert dont je ne connaissais aucun des morceaux (ils ont surtout joué leur dernier album No treasure but hope) à part la chanson Willow -du générique du dernier film de Claire Denis, et que je ne connaissais que chantée par Robert Pattinson- un concert qui fut (tout le monde était unanime à la sortie) un enchantement.
On pouvait sentir dans la salle un certain recueillement, une ferveur, comme si les spectateurs communiaient dans le fait de vivre ce qu'on ne savait pas encore être le dernier concert avant la fin du monde avant longtemps. Les morceaux se succédaient, alternant les humeurs du très doux au -oui oui il y en eut- plus rock (je me souviendrai longtemps du petit guitariste barbu, en fond de scène, qui grattait comme un malade pendant les morceaux en question), sans aucune perte d'énergie, sans aucune faute de goût, rien à jeter tout était juste parfait (bon c'est vrai, il faut le reconnaître que la voix de Stuart Staples est un élément prépondérant de la magie que génère le groupe sur scène...)
Chaque morceau était applaudi avec enthousiasme (mon gentil voisin était visiblement aux anges, ce qui redoublait encore le mien) et on a savouré  ça avec gourmandise, jusqu'au rappel (tout le monde s'était levé et applaudissait à tout rompre pour le réclamer) pour lequel on s'est rassis le temps de deux morceaux.
Pendant tout ce temps, on n'a fait que prendre du plaisir, on ne pensait plus ni cocovirus ni confinement ni contamination (d'ailleurs on était même plutôt rapprochés, bien loin du mètre préconisé dans ce cgenre de situation). Bref c'était du bonheur ce dernier concert
(et jusqu'à quand hein?)
Encore merci à Manue pour ce merveilleux cadeau de Noël!

Posté par chori à 06:55 - - Commentaires [0] - Permalien [#]