dimanche 17 mai 2020

DDDD7

"Deux ou trois choses que je sais de C.

Désormais, nous avons une couronne invisible au-dessus de nos têtes, sur nos têtes, dans nos têtes. Une couronne dangereuse et perfide. Une couronne qui lie et délie. Désormais, dans le même bateau. Ensemble, mais de loin. Forcés de nous serrer les coudes, mais pas les mains. Désormais, ça n’est plus nous qui donnons le tempo, nous dansons sur un rythme qui n’est pas le nôtre. Un DJ microscopique bat la mesure de sa tête couronnée. Essoufflés, nous ne savons pas quand nous cesserons de danser. Désormais, plus personne ne se demande ce qu’il y a sous les blouses des infirmières, plus personne ne fait de blague sur les profs toujours en vacances, plus personne ne confond une caissière et une borne de paiement. Désormais, tout le monde sait que 83 % des enseignants du premier degré, 90 % du personnel des Ehpad, 90 % des caissiers, 91 % des aides-soignants, 97 % des aides à domicile, sont des femmes et qu’elles sont compétentes. Et, à présent, tout le monde sait aussi que ces métiers où les femmes sont majoritaires ont pour point commun d’être mal payés et mal considérés. Désormais, je sais que le confinement n’a pas eu pour effet de me pousser à traduire Proust en grec ancien, à apprendre l’afghan ou à faire moi-même mon pain. J’ai lu que pendant l’épidémie de peste, Shakespeare a écrit le Roi Lear et Newton a inventé sa théorie de la gravité. Moi, j’ai vécu en slip, j’ai compté les morts, j’ai rêvé de cheese nan, j’ai regardé des recettes de cheese nan. J’ai acheté des rillettes. J’ai fait un rêve érotique avec Jean-Michel Blanquer, nu sous un tablier, qui prépare des œufs à la béchamel. Je me suis réveillée en sursaut parce qu’en fait, je n’aime pas la béchamel, et que, bon, c’est pas contre lui, mais à la base, sexuellement, j’ai jamais eu un gros feeling avec Jean-Michel Blanquer. J’ai compté les morts. J’ai vu des reportages sur des rayons de supermarché sans pâtes, j’ai voulu des pâtes. J’ai vu des vidéos de gens qui se battent comme des dingues pour un paquet de PQ. J’ai couru acheter du PQ. Puis je n’ai plus rêvé. Puis j’ai re-rêvé mais on n’était plus en phase Blanquer-tablier-béchamel, j’étais partie sur une invasion d’araignées. Des araignées partout. J’ai cherché ce que voulaient dire les rêves qui parlent d’araignées. J’ai trouvé un premier site, puis un second, puis, très ­rapidement, je suis arrivée à Bill Gates. La logique de l’algorithme étant "rêves d’invasions d’araignées" donc "insectes", "insectes" donc "puces", "puces" "5G", "5G" "Bill Gates". En voulant comprendre mes rêves, j’ai donc appris qu’il se préparait un complot mondial organisé par Bill Gates et des amis chinois, qui prévoyaient d’implanter des puces 5G sous la peau des gens. Ça avait l’air tendu comme projet. J’ai acheté du cidre. J’ai entendu au moins une fois par jour la  blague "Confinés mais pas cons finis !". J’ai fait des Zoom pro, des Zoom pas pro, des Zoom sport, des Zoom apéros. J’ai compté les morts. J’ai fermé des portes avec mes pieds, ouvert des robinets avec mes coudes. J’ai évité des joggeurs essoufflés, slalomé des enfants à trottinette, esquivé des couples à chien. J’ai vu une vidéo de Schwarzenegger assis dans son jacuzzi, entouré d’un yorkshire et de deux ânes, nous conseillant de rester chez nous. "Stay home, guys !" J’ai pensé : "C’est sûr que ça doit être mieux d’être confiné avec un jacuzzi." Puis je me suis dit : "Cet homme vit avec deux ânes et un yorkshire, ce qui est peut-être le signe que, jacuzzi ou pas, Schwarzenegger ne va pas hyper bien." J’ai vu une dame de 96 ans dire qu’elle mourait de ne plus voir personne et que c’était bien plus grave pour elle que de mourir d’un virus. J’ai pleuré les morts. " (Tania de Montaigne/ Libé)

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"Règle des 100 kilomètres :
À partir du moment où vous demandez aux gens des choses qui n'ont pas de sens, il n'y a pas de raison pour qu'ils les appliquent. Et là, il n'y a pas non plus de moyens de les obliger. La police n'a pas les moyens de contrôler la périphérie de toutes les grandes villes françaises. Et si elle les avait, ça voudrait dire qu'on serait passé dans un régime autoritaire. Il faudrait un million de policiers." (un sociologue / Libé)

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géranium robert

c'est un géranium Robert ou géranium Herbe à Robert
(geranium robertianum)
(et c'est Catherine qui me l'a whatsappé)

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Orne : 35
Nièvre : 25
Haute-Saône :76
Doubs : 137

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aigrettes

pissenlit

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Il m'a fallu une certaine force pour réussir à couper le cordon de l'appel quotidien de 18h avec Dominique mais bon c'est fait

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après une journée passée (à m'énerver) à m'épuiser à tuer les mouches, me suis éveillé ce matin avec une envie de cessez-le-feu : je leur ouvre d'abord la fenêtre pour qu'elles s'envolent vers le vaste monde (16 mai : l'armistice des mouches)

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aujourd'hui était un grand jour : ma voiture (qui n'avait pas quitté sa place de stationnement depuis deux mois) a enfin bougé, pour aller jusqu'à Cuse, chez Catherine P., où on se retrouvait à trois avec Dominique pour un goûter et une grande promenade (et récupérer les masques

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la journée était très belle (contrairement aux quatre précédentes) et c'est rien de dire que je me sentais joyeux en roulant, vitres ouvertes, avec la musique à donf (oui, un genre d'ivresse)

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premières cerises à peine mûres cueillies sur l'arbre, puis café et tarte à la rhubarbe champêtres, tout était par-fait (et on était attentif tous les trois à respecter les gestes-barrière(s?))

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 J+6

 

Posté par chori à 05:52 - - Commentaires [0] - Permalien [#]