mardi 26 mai 2020

DDD16

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c'est drôle comme ce drôle de temps d'avant (quinze jours en mars, le mois d'avril, quinze jours en mai, tout de même) semble déjà s'être évaporé, on y était pourtant, on les a vécues ces journées, enfilées l'une après l'autres, enquillées, dûment tamponnées, attestées, autorisées, conformées, confortées, on y était pourtant, et tout ça comme d'un coup pfuit! plus rien, et pourtant rien n'est comme avant, même si tout est comme avant,
je montais au front du ouaibe chaque soir pour lire les niouzes, les lettres du front, comme un vaillant petit soldat, chaque matin idem  comme un vaillant petit moine-soldat, pour remplir, meubler, étoffer, agrémenter cette espace-ci, c'était tout ou presque ce que j'avais à faire, ce qui me restait à faire (qu'il me restait à faire ?) pour être là, être sûr d'être là, visible, "attendant qu'on me confirme que j'existais" (je m'autocite) bel et bien, dans les posts, les commentaires, les clins d'oeil, les sourires, les connivences, les mails, les questions sans réponses et parfois même sans questions (alors les réponses, pensez...), vous de l'autre côté et moi ici, chacun de son côté, nous étions chacun(e) des scrutateurs, des sentinelles des hérauts, des observateurs immobiles, empêtrés empêchés, chacun(e) dans son désert des tartatres personnel, nous montions chaque matin au sommet de la tour pour regarder au loin, mais on n'y voyait pas grand-chose,
et pour moi qui suis un homme d'habitudes, ce temps-là était -paradoxalement- presque un temps rêvé, un voyage immobile mais très organisé, de rituels et de récurrences, ces petits bouts de machins* qui donnaient la force de tenir, d'aller jusqu'au bout de chacun de ces jours pareils, de continuer d'avancer, comme un singe qui saute de branche en branche hop! hop! , même si c'était en rond et qu'on finissait toujours par revenir en fin de compte au même point, celui duquel on s'élancerait hop! hop! le jour suivant

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(Apichatpong forever)

“– Votre cinéma tourne souvent autour du motif du sommeil, non ?
– J’ai toujours été obsédé par l’idée de dormir, par cette aptitude que nous avons : le rêve. Dès Tropical Malady (2004), cette question m’obsédait et j’envisageais de faire un film entièrement sur cette question. Mon installation Primitive (présentée à l’automne 2009 au musée d’Art moderne de la Ville de Paris – ndlr) m’a permis d’aller plus loin. Une des parties de l’exposition était un film pour lequel j’avais installé des adolescents dans une maquette de vaisseau spatial et je leur avais demandé de s’endormir.
– Qu’est-ce qui vous fascine dans le sommeil ?
– Il est la réponse adéquate à un état hostile du monde. Il offre la possibilité de choisir une réalité alternative, de s’extraire de celle que la veille nous impose. Par ailleurs, tous mes films retracent un voyage. On va de la ville à la jungle (Blissfully Yours, Tropical Malady, Oncle Boonmee), de la jungle à la ville (Syndroms and a Century), on traverse des espaces. Dormir est une autre façon de voyager. Le corps est immobile, seul l’esprit parcourt des territoires. Vu de l’extérieur, un être humain qui dort ressemble à un cadavre. Et pourtant son activité cérébrale est très intense. Le sommeil joint la mort à l’une des formes les plus vives de la vie – une vie où l’esprit s’est détaché du corps. Je dirais même que le sommeil joint la vie, la mort et le sexe, si l’on prend en compte les rêves érotiques – et Cemetery of Splendour en comprend un.
– Il y a dans le film des plans récurrents de bulldozers qui creusent un sol boueux. Ce sont même eux qui ouvrent et closent le film. Quelle en est pour vous la signification ?
– C’est un bulldozer qui ne s’arrête jamais. Régulièrement, on revient sur lui et il est toujours en train de creuser. Le bulldozer est un symbole du progrès. Je l’ai filmé sur le site d’une compagnie de fibres optiques liant la Thaïlande à la Chine. Il incarne la croyance dans la technologie, le futur. Et en même temps, il creuse sur un site historique. La marche vers le progrès se fait simultanément à un progressif dévoilement des racines, une remontée vers le passé, la possible exhumation de vestiges, de squelettes… Le bulldozer est pour moi porteur de ces deux dimensions. Il creuse un tunnel dont l’embouchure s’ouvre à la fois sur le futur et le passé.”

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au Super U j'attendais à la caisse (règlementairement distancié) derriière une dame qui pooosaiiiiit ses cououououourses très leeeeeeentement sur le tapiiiiiiis et les remettait dans son chariot tout aussiiiiii leeeeeeentement... (rester zen)

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à Chassey-les-Montbozon, un troupe de joyeux maçons dont l'un était superbement torse-nu

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(difficile de rester à 80 quand on roule vitres ouvertes avec la musique à donf)

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le duplicate, finalement c'est un peu fastidieux (on a terminé quasiment ex-aequo)

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lorsque je me suis arrêté à la boulangerie, à 18h55, il ne restait que très peu de pain(s) mais pourtant m'y attendait le seigle/noix/noisettes que j'avais justement envie d'acheter (y lire un signe, une confirmation,  que c'était une belle journée)

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scrabble cuse

(un après-midi à Cuse)

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Je venais de finir Evasion, de Benjamin Whitmer, chaudement recommandé (et déposé dans ma boîte aux lettres!) par Pépin, et j'ai tellement aimé ça que j'ai acheté illico les deux premiers romans du même, Pike et Cry father, tous deux chez Gallmeister. Je viens de terminer Cry father, et je suis encore sous le coup de la déflagration. En 65 chapitres brefs comme des estafilades, Benjamin W. nous raconte une histoire d'hommes, de père(s) et de fils(s), un plus vieux, Patterson, et un plus jeune, Junior. dans ce qu'on nomme pudiquement "l'Amérique profonde" (whiskey, cocaïne, meth, flingues, bagnoles, dealers, bikers, règlements de comptes), via ces deux spécimens, dont les trajectoires se répondent, et même se rejoignent, mais avec un sens de l'humanité aussi énorme que celui de Larry Brown... Magistral! (mais noir très noir).

cry-father

"Le pire c’est que l’écriture au ras des êtres humains de l’auteur nous les fait aimer ces deux fous furieux. Et du coup le lecteur souffre. Il comprend les raisons de leur folie et de leur désespoir, et sent bien que tout cela va mal se finir. Avec eux il enchaîne les actions destructrices, faisant systématiquement les mauvais choix, lucidement, mais sans pouvoir s’en empêcher." (Jean-Marc Laherrère / Actu du noir )

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* (le journal de 'finement de Philou, et les échanges de mails quotidiens à propos de son envoi et sa réception, les appels téléphoniques quotidiens avec Dominique, les parties de scrabble avec Marie et Catherine P., les apéros du soir, les commentaires sur le blog, les mails/dvd de Pépin, le tiercé-Libé, tous les envois whatsapp, tous les appels téléphoniques, les abonnements de soutien à des vidéothèques en ligne, les "jours avec courrier" et les jours sans, les heures dans le jardin, les livres que j'avais du mal à lire, les ami(e)s qui passaient faire coucou, le journal de confinement de p-e barré sur y*utube, le nombre de décès dans les départements,)

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J +15

Posté par chori à 07:13 - Commentaires [1] - Permalien [#]