lectures
samedi 24 octobre 2020

haut-fourneau

LEURS ENFANTS APRES EUX
de Nicolas Mathieu

Je viens de terminer ce roman, qui restera comme un grand plaisir de lecture de ces derniers mois (voire de cette année), un roman dont Pépin m'avait parlé (il m'en avait même fait lire la première page, je me rappelle que ça parlait de tartines de Vache qui rit...), dont j'avais rangé le titre dans un recoin de ma mémoire, et que les hasards du commerce ouébesque ont rappelé à mon bon souvenir, puisqu'il me manquait 3€ dans ma commande chez Gibertuche pour ne pas payer de frais d'envoi et que celui-ci -pourtant en grande belle édition chez Actes Sud, dans un état impeccable et tout - était à 3€ et des brouettes... Hop donc dans le panier!
Je ne l'ai d'ailleurs pas attaqué immédiatement, mais, dès que j'ai lu les premières pages, l'effet de séduction a été immédiat, et ne s'est plus démenti jusqu'à la fin.
Je dois dire que je m'en méfiais un peu car c'est une habitude chez moi : je me défie des Prix Goncourt. Oui je sais, c'est assez con mais c'est comme ça. Ca doit être mon côté snob, je n'ai pas envie de lire le bouquin que des centaines de milliers de gens ont offert à d'autre centaines de milliers d'autre pour Noël (et je serais très triste si on me l'offrait d'ailleurs). Les seuls Goncourt(s) que j'ai lus, c'est des bouquins que j'avais lus -et aimés- avant que, justement, ils ne soient couronnés (Le jardin d'acclimatation, Je m'en vais, Au revoir là-haut), et j'ai rarement (voire jamais) fait la chose en sens inverse : lire un livre parce qu'il avait eu le Goncourt. En matière de prix, mon préféré est, et restera, indiscutablement le Médicis.
Le livre est divisé en quatre parties, d'inégale longueur, quatre étés (92, 94, 96, 98) au cours desquels on va suivre à chaque fois plusieurs adolescents, mais deux plus précisément, Anthony et Hacine, et ceux qui les entourent : leurs potes, leurs familles, leurs copines). Une narration chronologique, rectiligne, dans une belle écriture qui mêle la langue parlée, (j'adore les roman où l'on appelle un chat un chat et une queue une queue), la narration "objective" et la chronique sociétale (l'auteur a inventé une ville qui n'existe pas, Heillange, un endroit sinistré économiquement qui ne doit pas être très loin (ni très différent) de ceux qu'il connaît vraiment.
Un roman incroyablement fort et attachant, fort bien goupillé, alternant les scènes fortes -voire très fortes- et les moments plus simples, plus vides, parfois juste d'ennui (des diverses manières de s'(in)occuper quand on a 14, 16, 18 ans...). un coup de foudre de lecteur, incontestablement (peut-être -merci Pépin de m'en avoir parlé!- "mon" livre de 2020.), un livre incandescent, assourdissant, fascinant.
Et quand on pense qu'il ne s'agissait "que" du deuxième roman de l'auteur (je viens de me commander son premier, un polar, Aux animaux la guerre) on est impatient de lire la suite...

Leurs-enfants-apres-eux

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mardi 28 juillet 2020

amandine

SEULES LES BÊTES
de Colin Niel

L'après-midi précédent, j'ai fini Joe sur la plage de Pors Theolen, le cul sur les graviers, à l'ombre du mur (en prenant de temps en temps des pauses pour contempler rêveusement les jeunes gens au loin qui jouaient dans le ressac et les embruns), pendant que les filles crapahutaient joyeusement sur le sentir côtier de port en port...
Et donc le lendemain, lorsque j'y suis retourné, il me fallait un bouquin au moins aussi fort. Celui-là, que Manue venait de choisir avec son chèque-cadeau, je ne l'avais pas lu mais j'avais vu le film, qui m'avait laissé un excellent souvenir, et donc j'ai vu là une (excellente) occasion pour comparer les deux.
Question captivage (captivation ?) du lecteur, et plaisir de lecture, dès les premières pages, je me suis réjoui en me disant que même si tout était différent (le pays, les personnages, les événements) Colin Niel était un écrivain doué, et que le bouquin avait mérité la foultitude de prix qu'il avait récoltés...
Le film (d'après ce dont je me souvenais), est resté extrêmement fidèle au bouquin, le découpage est le même (cinq parties d'environ 70 pages, donnant chacune la parole à un personnage différent, -une femme d'agriculteur qui est aussi assistante sociale, un paysan solitaire éleveur de chèvres, une jeune fille qui joue au retour à la terre, un jeune homme habitué des cyber-cafés, et un agriculteur (le mari de l'assistante sociale) qui vient boucler la boucle, (chacun-e venant à son tour donner "sa" version sur les événements liés à la disparition d'une femme, une nuit d'hiver, dont on n'a retrouvé au matin que sa voiture abandonnée sur le causse)...même si je me demande si dans le film il n'y en avait pas une supplémentaire, consacrée au personnage d'Evelyne -jouée par Valéria Bruni-Tedeschi- mais bon je ne suis plus sûr), l'histoire racontée et les rebondissements aussi (avec quelques variations mineures, ajoutées ou retranchées,  dans ce qui est raconté, pour quelques-uns des personnages).
Du coup, le livre se lit d'une traite (je l'ai lu sur deux jours) et le fait d'avoir vu le film permet de donner un visage à chacun des personnages, ce qui rend la lecture encore plus plaisante.
Dominik Möll avait juste rajouté un prologue (intriguant à souhait) qui ne figure pas dans le bouquin, mais il est par ailleurs resté très fidèle à l'esprit du roman de Niel (avec cette dernière scène que j'aime toujours autant, et que je trouve toujours aussi forte...)

seules les b

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lundi 27 juillet 2020

kudzu

JOE
de Larry Brown

Encore une sacrée belle claque, signée de l'ami Larry Brown (il ne me restait plus que deux bouquins de lui à lire, et j'ai pensé que la Bretagne, le finistère plus précisément, serait un bon endroit pour lire celui-ci... la dernière fois que j'étais venu dans la maison de Pascale, j'étais plongé dans un autre livre extraordinaire, La fenêtre panoramique, de Richard Yates, et donc j'espérais que celui de larry brown me ferait autant d'effet).
Les bouquins de Brown ont tous été publiés chez Gallimard (d'abord à La Noire puis en Folio noir) avant d'être réédités (retraduits ?) chez Gallmeister. Le cas de ce Joe-ci.
Comme souvent chez Larry Brown, d'abord une histoire d'hommes, de père(s) et de fil(s). Ici, dans le Mississipi, avec d'un côté une famille atypique de vagabonds (homeless) sans maison sans adresse sans papiers (et même sans date de naissance!) qui au début du roman élit domicile -provisoire- dans une vieille baraque abandonnée au milieu des bois, une famille dont le chef, Wade, est vraiment une saloperie de saloperie (et la suite du roman ne fera que le confirmer), imposant sa violence à tous les siens, y compris Gary, un adolescent (qui a peut-être quinze ans...) et commence à devenir un jeune adulte, avec tous les rêves et toutes les désilluions, tous les cassages de gueule et toutes les sortie de route que ça implique, et, de l'autre (côté, voir plus haut en tête de chapitre) un autre chef de famille lui-aussi pas mal déglingué dans son genre,  Joe (celui qui donne son titre au roman), un mec qui vit seul depuis que sa femme l'a quitté, un chef de chantier (il dirige une équipe de journaliers payés pour faire un travail harassant : tuer des arbres avec une seringue à poison pour déboiser une zone -avant de pouvoir la replanter en pins-), un mec porté sur la bibine (le bourbon surtout, même -et surtout- au volant, pour accompagner les bières fraîches qui attendent dans la glacière posée  dans son pick-up tout aussi cabossé et déglingué que lui) un mec qui avécu des choses violentes (et qui en vit encore), qui a déjà fait de la taule (et qui va encore en faire), un mec qui souffre mais qui gère, un mec qui, allez savoir, a peut-être envie de se racheter... bref un mec comme Larry Brown sait les façonner, auquel on ne peut que -paradoxalement ?- s'attacher (en tant que lecteur).
Wade, Gary, Joe, voilà les personnages principaux aurour desquels va se construire le roman... Et vous en dire plus serait vraiment dommage.
Un livre fort, très fort, de plus en plus fort même (Catherine et Manue pourront témoigner de l'état de fébrilité, de tension, (et de plaisir littéraire) dans lequel j'étais au fur et à mesure qu'on se rapprochait de la fin...) Comme d'habitude, régulièrement des passages entiers que j'avais envie de recopier (et que je prenais plaisir à relire) que ce soit sur les hommes ou sur la nature (ou même sur la vie en général), et donc un très grand bouquin de plus à l'actif de ce cher Larry.
Pour la petite histoire, je suis allé par-ci par-là sur mes blogs de polars préférés pour lire les critiques sur Joe, que je n'avais pas voulu lire avant, et j'ai découvert
1) que le bouquin a été adapté au cinéma, sous le même titre (mais que Joe y est incarné par Nicolas Cage, ce qui se semblerait a priori un gros contresens mais bon les critiques presse sur allocinoche ont l'air de dire le contraire... à vérifier, donc)
2) Fay, le dernier bouquin qui me reste à lire de Brown, est, sur mon blog de polar préféré, classé comme son préféré... Bonne nouvelle, donc!

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mercredi 8 juillet 2020

le doigt dans l'oeil

LITTLE ROCK
de John Brandon

Encore un livre que je referme presque à regret. J'avais déjà lu son premier roman, publié au Masque, Citrus County, que j'avais bien aimé, notamment à cause de son ton assez particulier. Il était question deux ados qui kidnappaient une jeune fille... Il sera question ici aussi de jeunes gens, Swin et Kyle, qui au début ne se connaissent pas (on les suit en parallèle, et j'avais un peu de mal à les différencier d'ailleurs) qui vont se retrouver embauchés pour bosser dans un parc régional ("officiellement"), mais surtout pour transporter régulièrement de la came, la nuit, aux ordres d'un chef mystérieux surnommé Frog, dont l'histoire (la "carrière") nous est retracée chronologiquement (et assez perecquiennement, puisque tous les chapitres qui le concernent sont écrits à la deuxième personne du singulier, comme dans Un homme qui dort), en alternance avec celle des deux jeunes gens.
Un bouquin qui démarre en trombe et en fanfare, qu'on pourrait définir comme épatant, avec des dialogues qui claquent, (j'aime quand j'ai régulièrement envie de recopier des passages, ou de corner les pages), des digressions plaisantes, au départ tout semble plutôt léger, désinvolte, acide, caustique, bien vu, ... jusqu'à ce qu'on réalise (en se rapprochant de la fin) que ce n'est pas du tout aussi drôle et léger que ça... Une narration goguenarde très plaisante à suivre, émaillée ça et là de quelques accès de violence (torture ou exécution) parfaitement épouvantables. Bref, un roman bien plus âpre que ce qu'on aurait pu penser au départ.
(Mais hélas encore un écrivain dont seuls deux livres ont été traduits en français...)

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samedi 27 juin 2020

nos insomnies

LES ARPENTEURS
de Kim Zupan

De temps en temps ça me prend d'aller faire les soldes dans les rayons de chez Gibert (virtuellement) et d'acheter à prix très réduit des bouquins que je ne connais pas du tout... C'est le cas de ce roman trouvé sur le présentoir Gallmeister, acheté en même temps que quelques autres (Ned Crabb, Craig Holden, James Crumley) pour atteindre la somme à partir de laquelle les frais d'envoi sont gratuits, et qui a traîné un certain temps sur le bord de l'étagère dans la pile "à lire", avant que je ne me décide à le prendre, et que je ne l'emporte à Bellou comme livre de chevet.
Et c'est vraiment -littéralement- ce qu'il est devenu.
Le seul et unique roman de Kim Zupan (et c'est ce qui est le plus frustrant, parce que je l'ai tellement aimé que j'aurais aussitôt voulu en lire un autre du même auteur, mais non, impossible).
Une histoire d'hommes, au départ, de rencontre entre John Gload, un vieux tueur (à mi-chemin entre le tueur à gages et le serial-killer) incarcéré dans l'attente de son procès, et Valentine Millimaki, un jeune adjoint du shérif, chargé, entre autres, de le surveiller. Une étrange relation va se mettre en place entre eux, un dialogue, une petite musique de nuit, entre ces deux hommes a priori très différents mais que pas mal de choses, finalement, rapprochent. Des problèmes d'insomnie récurrents, des relations de couple pas très faciles avec leurs épouses respectives.
Le récit, au départ, peut paraître un peu déconcertant, réparti en deux narrations distinctes, celle qui suit le tueur (Gload) et celle qui suit le pisteur, (Millimaki est aussi un champion pour chercher -et retrouver- des gens disparus à l'aide de son chien), progressant par à-coups et par ellipses, jusqu'à ce que les deux hommes se rencontrent, chacun de son côté des barreaux, et que les choses deviennent vraiment  passionnantes, fascinantes (troublantes ?) .
L'émotion va croissant, et sa montée structure le récit. La relation entre les deux hommes (plus un troisième, un autre adjoint, le supérieur hiérarchique de Millimaki) m'a fait penser aux romans de Teri White (où des hommes, à chaque fois, nouaient des relations pas tout à fait "habituelles" dans les polars) tandis que la partie "conjugale" (la relation de chacun avec son épouse) m'évoquait plutôt certains novellistes américains aussi très aimés (Carver, Cheever, Yates), ces instantanés de couples qui se délitent qui se lézardent plus ou moins imperceptiblement.
Millimaki, chargé des gardes de nuit, est aussi chargé par son supérieur de soutirer des informations à Gload sur ses crimes passés (ce dont Gload n'est pas dupe) et si leur confrontation évoque, au départ,  celle de Clarice Starling et Hannibal Lecter dans Le Silence des Agneaux, les enjeux n'en sont pas tout à fait les mêmes...
Et s'il y a le dedans (la prison), le dehors a aussi beaucoup d'importance (la nature, le paysage, comme très souvent dans les romans de cet éditeur, en plus on est dans le Montana...).
C'est fort, c'est de plus en plus fort. On est bien au-delà du "polar"... J'ai eu les larmes aux yeux plusieurs fois, à partir du chapitre 11 (à peu près la moitié du roman), et tout ça m'a bouleversé. C'est indiscutablement un grand roman, que je range juste à côté de ceux de Larry Brown et de Benjamin Whitmer (pour ne parler que des deux derniers écrivains gallmeistériens qui m'ont enthousiasmé), et que j'inclus illico dans mon récent Top 50...

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jeudi 12 mars 2020

bonne pioche

ça faisait longtemps que je n'étais pas allé faire un tour au rayon bouquins chez Emmaus...
il n'y avait presque personne, mais la moisson fut riche...
D'abord

LA TEMPÊTE QUI VIENT de James Ellroy
ça fait un moment que je n'en avais pas lu d'Ellroy, mais celui-là date d'octobre 2019 et est en super état (et en grand format en plus,,,) donc j'ai craqué (2€)

JACKPOT de Carl Hiaasen, en grand format, chez Denoël, état impeccable et je me souviens que c'est un de mes romans préférés (je l'ai en poche, chez Pocket, un peu fatigué, alors j'ai craqué aussi (2€)

LA ZONE DU DEHORS d'Alain Damasio
ca fait plusieurs fois que j'entends élogieusement parler de ce monsieur qui écrit de la sf, et j'espérais plutôt LA HORDE DU CONTREVENT, mais bon, à cheval donné... Un pavé en folio sf en plutôt bon état, et hop, sur ma pile! (0,50€)

ARCHANGES de Velibor Colic
sur la table des romans, ce "roman a capella" d'un auteur serbe, sur lequel j'ai fait des fouilles récemment après avoir reçu les news de Gallimard qui annonçaient la sortie de son nouveau roman... j'étais même allé fouiller sur priceministruche... celui-là est chez Gaïa, avec les pages saumon, à l'ancienne, petit, joli, comme neuf, et hop je prends! (0,50€)

L'HIVER DU COMMISSAIRE RICCIARDI de Maurizio de Giovanni
j'ai entendu tellement de bien sur cette écrivain (et cette série) que j'ai commencé à les acheter (et celui-là je n'étais pas sûr de l'avoir, même si presque, quand même, et je l'ai donc ajouté aux quatre autres... (bon, c'est vrai, après vérication, je l'avais, mais bah je l'offrirai) (0,50€)

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lundi 9 mars 2020

du très noir, et du pas du tout

SALE BOULOT
de Larry Brown
un soldat sans bras et sans jambes, sur un lit d'hôpital, et lui arrive un nouveau voisin de lit, un soldat atrocement défiguré... Ces deux-là vont se raconter leurs vies, le temps d'une nuit, d'une longue nuit... Je continue dans mon intégrale Larry Brown, et c'est toujours aussi fort (mais comment ai-je pu passer à côté de cet homme pendant si longtemps ?). Un face-à-face puissant, touchant, jusqu'à cette scène finale que tout lecteur un peu malin aura su anticiper, mais qui est extraordinairement mise en place. Bouleversant.

POPULATION 48
de Adam Sternbergh
Un polar avec juste un chouïa d'anticipation : une ville "nouvelle" où vivent des gens qui ont perdu la mémoire, suite à une opération (qu'ils ont sollicitée), gens  dont on sait qu'ils sont soient des criminels effroyables soit des témoins de crimes effroyables, avec un "shérif" avec une étoile en plastique pour faire mine de faire régner l'ordre, tout baigne, mais voilà qu'un meurtre a été commis et l'histoire démarre (et le lecteur va aller de surprise en surprise) jusqu'au dénouement, parfaitement sans pitié (avec juste un petit regret de lecteur, un personnage qui disparaît -pfuit!- sanns explication, ce qui me chagrine)

MY ABSOLUTE DARLING
de Gabriel Tallent
prêté par Pépin et lu en "dents de scie" : à l'issue du premier chapitre j'ai failli tout arrêter, puis je l'ai repris et lu d'une traite jusqu'à la moitié, et là j'ai failli le poser à nouveau (au moment du retour du père), puis j'ai continué de façon cahotique jusqu'à une scène qui a failli, encore une fois, tout me faire lâcher, mais j'ai repris, vaillamment, en diagonale, car je voulais lire la scène où elle le tue... c'est très documenté (sur la nature et sur les armes) très violent, très déstabilisant, mais aussi très fort (un fascinant personnage -la fille- magnifique, face à un non moins fascinant salaud -le père-.) Inconfortable.

LE DISCOURS
de Fabrice Caro
aussi prêté par Pépin, un bouquin très drôle, dont j'avais, les jours précédents, entendu parler plusieurs fois en peu de temps, un "roman" (une suite de chroniques plutôt), monologue d'un mec qui vient d'envoyer un sms à sa copine (qui a demandé "à faire une pause"), qu'il regrette d'avoir terminé par un point d'exclamation, et se morfond parce qu'elle ne lui répond pas, et assiste à un repas de famille où son (futur) beau-frère lui demande de rédiger un discours pour le (futur) mariage, ça se lit très bien, ça fait souvent rire, voire éclater de rire... Très plaisant. Avec le sentiment que c'est écrit "vers le dehors", sans autre ambition que, justement, nous faire rire.

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lundi 3 février 2020

lus en janvier

dans la nuit

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LA NUIT DU 4 AU 15
de Didier Da Silva

Commencé l'année dernière, et lu le soir à petites gorgées, ce livre d'un écrivain que son préfacier -Jean Echenoz tout de même- décrit comme un chronopathe. Une chronique pour chaque jour du calendrier, plus ou moins longue, qui met dans le même sac (dans la même phrase, dans la même ligne, dans le même paragraphe) des événements dits "marquants" (naissances, décès, de gens "célèbres", faits historiques, faits divers, découvertes diverses) qui s'y sont déroulés. (Co-incidences, donc, pourrait-on dire). L'auteur a peaufiné ses phrases au petit poil, et a donc fait de cet almanach un ouvrage extrêmement plaisant et agréable à lire (ou chaque mot compte...).

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père et fils

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PERE ET FILS
de Larry Brown

Après le jubilatoirissime L'usine à lapins, terminé à Bellou, j'ai aussi sec enchaîné celui-ci. J'adore décidément l'écriture humaniste de cet homme, qui prend pour héros un jeune homme tout juste sorti de prison, après avoir, en voiture, tué accidentellement un enfant en état d'ivresse... C'est son frère (qui est flic) qui vient le chercher, mais le jeune homme en question n'est pas dans les meilleures dispositions, et ceux qui l'attendent, dehors, non plus... Une atmosphère pesante (de plus en plus), une tension qui va crescendo, jusqu'à un dénouement implacable (après une longue scène particulièrement impressionnante...) oui c'est sûr Larry Brown est un grand...

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FAIRE FRONT
de Larry Brown

A peine reposé le précédent, j'ai attaqué celui-ci, un recueil de nouvelles initialement paru à La Noire, et qui a la particularité (c'est le seul des bouquins de Larry Brown) de ne jamais avoir été réédité nulle part (ce qui explique que des margoulins le proposaient avec des prix de vente à trois chiffres, les enfoirés), mais bon je l'ai acheté dès qu'il fut sur priceministruche à un prix raisonnable. Des nouvelles dans le style désormais familier de l'auteur : des histoires douces-amères (lucides mais jamais apitoyées) de couples qui tanguent, d'alcoolisme, de pick-ups, de "petites gens" (l'ami Carver ne serait pas loin...). L'Amérique profonde comme on la voit souvent, mais avec un sacré supplément d'âme. Bref encore un sacré plaisir de lecture.

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LA VÉRITÉ SUR DIX PETITS NEGRES
de Pierre Bayard

C'est Pépin qui m'a prêté ce bouquin sur lequel je lorgnais depuis un certain temps... Un des personnages du célébrissime Dix petits nègres prend la parole pour expliquer que, non, ce n'est pas le Juge qui a fait le coup, comme a pu l'écrire et l'expliquer -laborieusement- Agatha Christie (personellement j'ai toujours trouvé cette histoire de lorgnon élastique et de révolver un peu tirée par les cheveux) mais que c'est lui/elle (il/elle n'est pas genré/e et ne dévoilera son identite qu'à la fin) le/la "vraie/e" coupable. Et il nous explique pas à pas le pourquoi et le comment (et le qui, bien sûr). Brillantissime. Se lit comme un vrai polar, et je l'ai terminé en une soirée, tellement je ne pouvais pas le lâcher...

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COUP DE VENT
de Mark Haskell Smith

Je l'ai acheté d'occase, dès qu'il a été à un prix décent. J'ai découvert l'auteur sur mon blog/polar préféré (ici), en compagnie de ses deux acolytes que j'aime tout autant et dont j'ai aussi tout lu : Carl Hiaasen et Tim Dorsey, et j'ai, comme il se doit, tout lu de lui. Comme les deux sus-cités, il pratique l'humour, la violence, le politiquement incorrect, jusqu'à plus soif (jusqu'à la garde aussi, car la boisson et le sexe ne sont jamais oubliées non plus), et j'adore ça.  Ca commence sur un bateau qui dérive (un mec déshydraté et un gros gros tas de billets dans des sacs) et ça finit presque au même endroit (après un long flash-back)... Un véritable -et joyeux- jeu de massacre, et un final tout aussi joyeusement amoral (immoral ? je ne sais jamais...) Délicieux.

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VIE DE GÉRARD FULMARD
de Jean Echenoz

Jean Echenoz le retour. Après Envoyée Spéciale, que j'avais beaucoup aimé, je l'attendais un peu au tournant... Un signe : je n'ai pas couru l'acheter dès le premier jour. On était dans le registre du roman d'espionnage, et nous voilà dans les coulisses de la politique politicienne. Dans les rouages d'un parti populiste qui pourrait évoquer certain parti populiste bien connu chez nous... D'un côté le parti et ses grenouillages, et de l'autre le Gérard Fulmard du titre (qui vont finir par se croiser, bien sûr). La narration alterne plusieurs voix, celle de Gérard F., et celle d'un narrateur qui nous refait le coup de la méta-narration, déjà pratiquée dans Envoyée Spéciale) mais allez savoir pourquoi ici ça fonctionne moins bien. Parce qu'il est question de gens au mieux méprisables et au pire haïssables... Il y a des choses bien (plein, même) mais, globalement, on a connu J.E mieux inspiré (et moins content de lui)...

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vendredi 11 octobre 2019

du noir mais pas que

DUR COMME L'AMOUR
de Larry Brown
Encore découvert grâce à Actu du noir (décidément ce blog est une mine). Un auteur publié à la Noire puis chez Gallmeister (décidément...) et je débute par ce recueil de nouvelles en Folio. La quatrième de couv' m'apprend que tous les héros des nouvelles ont L.B pour initiales (ce que pourrait déceler un lecteur très attentif). En tout cas ils ont d'autres points communs (comme le souligne également la même quatrième de couv'), et ressemblent à de lointains cousins des personnages de Carver (et c'est pour ça qu'on les aime). Vies en pick-up (s). Beaucoup aimé, surtout la très longue (et très forte) nouvelle finale, 92 jours, et, du coup, acheté deux autres  romans du même (en Gallmeister cette fois)

CHRONIQUES D'UNE STATION-SERVICE
de Alexandre Labruffe
L'ai acheté pour ce qu'il n'était pas (quiproquo), je pensais avoir déniché un nouveau livre en fragments (comme Les pierres qui montent, d'Heddi Kaddour, ou Les fausses dents de Berlusconi de Jacques Drillon), -genre que je chéris particulièrement-, en feuilletant cet ouvrage composé de fragments numérotés, je croyais trouver un genre d'état des lieux des stations-services, mais il s'agit bien - juste- d'un roman, aux chapitres très (parfois même très très) courts et numérotés, l'histoire d'un mec qui bosse (surprise!) dans une station service. Ce qu'il y fait, ce qu'il y voit, ce qu'il y pense. Et des rencontres qu'il y fait... Un livre très agréable à lire (et qui se lit d'ailleurs assez vite). Edité par Verticales (et, l'auteur me l'apprend, par Yves Pagès, ce qui est un gage de plaisir supplémentaire).

L'ENFER DE CHURCH STREET
de Jake Hinkson
Troisième roman du même (encore Gallmeister), encore un personnage de pasteur gentil en apparence (mais qui est une vraie saloperie en-dedans) au centre du récit, encore une histoire noire très très noire qui file de mort en mort jusqu'à sa conclusion logique (avec un plaisir redoublé, puisque l'histoire racontée par le pasteur est incluse dans une autre histoire, qu'il raconte au narrateur, qui ouvre et ferme le roman. Glaçant, mais diablement efficace (un panorama de pourri(e)s en tous genres de l'Amérique profonde assez impressionnant...)

LA TERRE INVISIBLE
d'Hubert Mingarelli
Le plaisir de retrouver Mingarelli (qui a encore changé d'éditeur mais qui raconte toujours des textes brefs mais forts). Lu d'une seule traite. En 45, à la fin de la guerre, un photographe décide de partir en virée quelques jours (dans la belle voiture du procureur, qui n'en aura plus besoin) pour "photographier les gens", et on lui confie comme conducteur une jeune appelé britannique qui se morfond un peu car "il est arrivé trop tard". Deux hommes (comme souvent chez l'auteur), avec des choses à se dire mais qu'ils ne se diront pas forcément, la présence de la guerre, de la mort. Une écriture dégraissée jusqu'à l'os. Comme toujours, un grand bonheur de lecture.

L'AIRE DU MOUTON
de Joël Baqué
Troisième livre que je lis du monsieur, découvert voici quelques années par un petit livre qui m'avait quasiment sauté dans les bras, sur l'étal du libraire, La mer c'est rien du tout, celui-ci est plus ancien, et c'est priceministruche qui m'a informé qu'un de mes souhaits était réalisé, comment résister ? Toujours chez POL (mais, c'est agaçant, pas de la même taille) un petit roman au ton échenozien (ce qui est pour moi un compliment), qui nous narre par le menu la "rencontre" d'un représentant en parfums et d'une demoiselle amatrice de croquettes de crevettes, avec maintes digressions minuscules et pince-sans-rire entre Knokke-le-Zoutte et l'aire du mouton... Plaisant, même si on a parfois le sentiment que l'auteur se regarde (ou s'écoute) un peu écrire, ce qu'il fait d'ailleurs très bien.

CITRUS COUNTY
de John Brandon
Une recommandation de Encore du noir. Le roman (premier de l'auteur traduit en France) est édité au Masque, mais à mon avis ne relève que tangentiellement du genre polar. Je l'aurais bien vu chez Rivages, de par la qualité de son écriture et le fait que régulièrement j'avais envie d'en recopier des passages entiers. Un petit patelin de Floride, un adolescent, Toby, qui vit chez son oncle Neal, une adolescente, Shelby, qui vit avec son père et sa jeune soeur, entre les deux adolescents le début d'une histoire. Il y a aussi Mr Hibma, un prof de géo qui n'est ni ne se sent vraiment prof de géo. Daley, la petite soeur de Shelby est enlevée. Et l'auteur observe toutes les ondes successives chez chacun des personnages, provoquées par cet événement, de l'intérieur. Bref, un drôle de polar sans meurtre, ou presque. Un livre amoralement moral (ou moralement amoral?), qui n'a l'air de rien, en surface, mais dont les racines descendent beaucoup plus profond qu'on ne le croirait. Impressionnant.

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mercredi 4 septembre 2019

du noir du noir du noir

(lus depuis le 13 juillet)

AU NOM DU BIEN
de Jake Hinkson
Chaudement recommandé sur mon blog préféré (Actu du Noir) et donc je débarque chez Gallmeister (par le biais de Priceministruche). Un polar choral (chaque chapitre donne la parole à un(e) intervenant(e) différent(e)). L'histoire d'un pasteur hnonorablement connu qui fait la pluie et le beau temps dans un petit patelin américain et va devoir réagir lorsqu'un jeune garçon qu'il a connu au sens biblique du terme vient lui dedamnder de l'argent pour acheter son silence... Un engrenage fatal mais super bien agencé se met en place, et bien sûr les choses vont se précipiter, et le lecteur se régale... Bien noir, corsé, amoral. Excellent!
MOI, PHILIP ROTH
de Steven Sampson
Grosse déception, celui-là m'est tombé des mains, je me suis forcé à lire une centaine de pages et je me suis dit à quoi bon et je l'ai reposé. Un mec écrit (tente d'écrire) une thèse sur Philip Roth, il vit une relation amoureuse avec une jeune étudiante, ils parlent beaucoup beaucoup, et je me suis ennuyé beaucoup beaucoup aussi. j'ai trouvé ça vain, agaçant et prétentieux.
19500 DOLLARS LA TONNE
de Jean-Hugues Oppel
Retour au polar (encore une recommandation ADN) via les trois histoires alternées d'une agente de la CIA  (ou assimilée, je ne suis plus sûr) qui baroude en Afrique, d'un tueur professionnel qui envisage de partir bientôt à la retraite, et d'un trader mégalo... Un texte pétaradant, à la fois très bien informé sur ce qu'il raconte (magouilles, politique, fric) et très drôle. Très noir aussi, bien sûr.
LE JOUR OU LES ZOMBIES ONT DÉVORÉ LE PERE NOEL
de S.G Browne
Celui-là aussi est noir, drôle et décalé (et presqu'un peu gerbant parfois aussi), et le titre est à prendre au pied de la lettre, puisque le narrateur est un zombie, mais pas n'importe quel zombie, un qui, dans le volume précédent (Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour, que je n'ai pas encore lu) avait fondé un syndicat de défense des zombies. Et à qui les scientifiques le lui ont fait payer... La suite de ces aventures, d'une lucidité aussi brutale que drôle
SANS LENDEMAIN
de Jake Hinkson
Le premier m'avait tellement plu que je suis retourne "chez Gallmeister" pour lire ces aventures d'une femme forte, dans une Amérique plouc des années trente. Ce n'est pas très souvent que le polar traite fontalement et sans chichi des amours saphiques, entre notre héroïne, une femme (fatale) de pasteur, et une policière acharnée... Très très noir, implacable, mais d'une lecture très plaisante (ça donne envie de connaître les Ozark Moutains)
LE COUTEAU
de Jo Nesbo
J'en ai parlé auparavant, je ne m'étendrai pas. Harry Hole, les clopes, le whisky, les cuites, les tueurs (en série ou pas),les couteaux, les rebondissements, les fausses pistes, et, au final, le sentiment d'une profonde humanité. Passionnant
PRISE DIRECTE
d'Eoin Colfer
J'avais lu le suivant (Mauvaise prise) il y a quelques temps, que j'avais qualifié d'énorme plaisir de lecture, eh bien ici c'est pareil, et donc on retrouve Daniel Mc Evoy, un Irlandais pur jus, ancien militaire, videur dans un club (dont il n'est pas encore  propriétaire mais je le sais parce que j'ai lu la suite avant), enfin, on le "trouve" plutôt. Très drôle et très improbable (la vraisemblance, on s'en fiche un peu) mais très jouissif (ah les états d'âme d'un genre de Rambo préoccupé par ses récents implants capillaires et dialoguant avec le fantôme d'un ami disparu logé dans sa tête... du pur bonheur irish)

Posté par chori à 06:14 - - Commentaires [0] - Permalien [#]