lectures
vendredi 11 octobre 2019

du noir mais pas que

DUR COMME L'AMOUR
de Larry Brown
Encore découvert grâce à Actu du noir (décidément ce blog est une mine). Un auteur publié à la Noire puis chez Gallmeister (décidément...) et je débute par ce recueil de nouvelles en Folio. La quatrième de couv' m'apprend que tous les héros des nouvelles ont L.B pour initiales (ce que pourrait déceler un lecteur très attentif). En tout cas ils ont d'autres points communs (comme le souligne également la même quatrième de couv'), et ressemblent à de lointains cousins des personnages de Carver (et c'est pour ça qu'on les aime). Vies en pick-up (s). Beaucoup aimé, surtout la très longue (et très forte) nouvelle finale, 92 jours, et, du coup, acheté deux autres  romans du même (en Gallmeister cette fois)

CHRONIQUES D'UNE STATION-SERVICE
de Alexandre Labruffe
L'ai acheté pour ce qu'il n'était pas (quiproquo), je pensais avoir déniché un nouveau livre en fragments (comme Les pierres qui montent, d'Heddi Kaddour, ou Les fausses dents de Berlusconi de Jacques Drillon), -genre que je chéris particulièrement-, en feuilletant cet ouvrage composé de fragments numérotés, je croyais trouver un genre d'état des lieux des stations-services, mais il s'agit bien - juste- d'un roman, aux chapitres très (parfois même très très) courts et numérotés, l'histoire d'un mec qui bosse (surprise!) dans une station service. Ce qu'il y fait, ce qu'il y voit, ce qu'il y pense. Et des rencontres qu'il y fait... Un livre très agréable à lire (et qui se lit d'ailleurs assez vite). Edité par Verticales (et, l'auteur me l'apprend, par Yves Pagès, ce qui est un gage de plaisir supplémentaire).

L'ENFER DE CHURCH STREET
de Jake Hinkson
Troisième roman du même (encore Gallmeister), encore un personnage de pasteur gentil en apparence (mais qui est une vraie saloperie en-dedans) au centre du récit, encore une histoire noire très très noire qui file de mort en mort jusqu'à sa conclusion logique (avec un plaisir redoublé, puisque l'histoire racontée par le pasteur est incluse dans une autre histoire, qu'il raconte au narrateur, qui ouvre et ferme le roman. Glaçant, mais diablement efficace (un panorama de pourri(e)s en tous genres de l'Amérique profonde assez impressionnant...)

LA TERRE INVISIBLE
d'Hubert Mingarelli
Le plaisir de retrouver Mingarelli (qui a encore changé d'éditeur mais qui raconte toujours des textes brefs mais forts). Lu d'une seule traite. En 45, à la fin de la guerre, un photographe décide de partir en virée quelques jours (dans la belle voiture du procureur, qui n'en aura plus besoin) pour "photographier les gens", et on lui confie comme conducteur une jeune appelé britannique qui se morfond un peu car "il est arrivé trop tard". Deux hommes (comme souvent chez l'auteur), avec des choses à se dire mais qu'ils ne se diront pas forcément, la présence de la guerre, de la mort. Une écriture dégraissée jusqu'à l'os. Comme toujours, un grand bonheur de lecture.

L'AIRE DU MOUTON
de Joël Baqué
Troisième livre que je lis du monsieur, découvert voici quelques années par un petit livre qui m'avait quasiment sauté dans les bras, sur l'étal du libraire, La mer c'est rien du tout, celui-ci est plus ancien, et c'est priceministruche qui m'a informé qu'un de mes souhaits était réalisé, comment résister ? Toujours chez POL (mais, c'est agaçant, pas de la même taille) un petit roman au ton échenozien (ce qui est pour moi un compliment), qui nous narre par le menu la "rencontre" d'un représentant en parfums et d'une demoiselle amatrice de croquettes de crevettes, avec maintes digressions minuscules et pince-sans-rire entre Knokke-le-Zoutte et l'aire du mouton... Plaisant, même si on a parfois le sentiment que l'auteur se regarde (ou s'écoute) un peu écrire, ce qu'il fait d'ailleurs très bien.

CITRUS COUNTY
de John Brandon
Une recommandation de Encore du noir. Le roman (premier de l'auteur traduit en France) est édité au Masque, mais à mon avis ne relève que tangentiellement du genre polar. Je l'aurais bien vu chez Rivages, de par la qualité de son écriture et le fait que régulièrement j'avais envie d'en recopier des passages entiers. Un petit patelin de Floride, un adolescent, Toby, qui vit chez son oncle Neal, une adolescente, Shelby, qui vit avec son père et sa jeune soeur, entre les deux adolescents le début d'une histoire. Il y a aussi Mr Hibma, un prof de géo qui n'est ni ne se sent vraiment prof de géo. Daley, la petite soeur de Shelby est enlevée. Et l'auteur observe toutes les ondes successives chez chacun des personnages, provoquées par cet événement, de l'intérieur. Bref, un drôle de polar sans meurtre, ou presque. Un livre amoralement moral (ou moralement amoral?), qui n'a l'air de rien, en surface, mais dont les racines descendent beaucoup plus profond qu'on ne le croirait. Impressionnant.

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mercredi 4 septembre 2019

du noir du noir du noir

(lus depuis le 13 juillet)

AU NOM DU BIEN
de Jake Hinkson
Chaudement recommandé sur mon blog préféré (Actu du Noir) et donc je débarque chez Gallmeister (par le biais de Priceministruche). Un polar choral (chaque chapitre donne la parole à un(e) intervenant(e) différent(e)). L'histoire d'un pasteur hnonorablement connu qui fait la pluie et le beau temps dans un petit patelin américain et va devoir réagir lorsqu'un jeune garçon qu'il a connu au sens biblique du terme vient lui dedamnder de l'argent pour acheter son silence... Un engrenage fatal mais super bien agencé se met en place, et bien sûr les choses vont se précipiter, et le lecteur se régale... Bien noir, corsé, amoral. Excellent!
MOI, PHILIP ROTH
de Steven Sampson
Grosse déception, celui-là m'est tombé des mains, je me suis forcé à lire une centaine de pages et je me suis dit à quoi bon et je l'ai reposé. Un mec écrit (tente d'écrire) une thèse sur Philip Roth, il vit une relation amoureuse avec une jeune étudiante, ils parlent beaucoup beaucoup, et je me suis ennuyé beaucoup beaucoup aussi. j'ai trouvé ça vain, agaçant et prétentieux.
19500 DOLLARS LA TONNE
de Jean-Hugues Oppel
Retour au polar (encore une recommandation ADN) via les trois histoires alternées d'une agente de la CIA  (ou assimilée, je ne suis plus sûr) qui baroude en Afrique, d'un tueur professionnel qui envisage de partir bientôt à la retraite, et d'un trader mégalo... Un texte pétaradant, à la fois très bien informé sur ce qu'il raconte (magouilles, politique, fric) et très drôle. Très noir aussi, bien sûr.
LE JOUR OU LES ZOMBIES ONT DÉVORÉ LE PERE NOEL
de S.G Browne
Celui-là aussi est noir, drôle et décalé (et presqu'un peu gerbant parfois aussi), et le titre est à prendre au pied de la lettre, puisque le narrateur est un zombie, mais pas n'importe quel zombie, un qui, dans le volume précédent (Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour, que je n'ai pas encore lu) avait fondé un syndicat de défense des zombies. Et à qui les scientifiques le lui ont fait payer... La suite de ces aventures, d'une lucidité aussi brutale que drôle
SANS LENDEMAIN
de Jake Hinkson
Le premier m'avait tellement plu que je suis retourne "chez Gallmeister" pour lire ces aventures d'une femme forte, dans une Amérique plouc des années trente. Ce n'est pas très souvent que le polar traite fontalement et sans chichi des amours saphiques, entre notre héroïne, une femme (fatale) de pasteur, et une policière acharnée... Très très noir, implacable, mais d'une lecture très plaisante (ça donne envie de connaître les Ozark Moutains)
LE COUTEAU
de Jo Nesbo
J'en ai parlé auparavant, je ne m'étendrai pas. Harry Hole, les clopes, le whisky, les cuites, les tueurs (en série ou pas),les couteaux, les rebondissements, les fausses pistes, et, au final, le sentiment d'une profonde humanité. Passionnant
PRISE DIRECTE
d'Eoin Colfer
J'avais lu le suivant (Mauvaise prise) il y a quelques temps, que j'avais qualifié d'énorme plaisir de lecture, eh bien ici c'est pareil, et donc on retrouve Daniel Mc Evoy, un Irlandais pur jus, ancien militaire, videur dans un club (dont il n'est pas encore  propriétaire mais je le sais parce que j'ai lu la suite avant), enfin, on le "trouve" plutôt. Très drôle et très improbable (la vraisemblance, on s'en fiche un peu) mais très jouissif (ah les états d'âme d'un genre de Rambo préoccupé par ses récents implants capillaires et dialoguant avec le fantôme d'un ami disparu logé dans sa tête... du pur bonheur irish)

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mardi 27 août 2019

vague à lame

LE COUTEAU
de Jo Nesbø

C'est Marie qui m'a prévenu par sms que le nouveau Harry Hole était sorti le 14 août... (je l'ai d'ailleurs remerciée illico pour cette bonne nouvelle). Il a ensuite fallu s'armer d'une peu de patience pour que le livre arrive  dans L'Espace Culturel L*clerc (qui nous tient lieu de librairie, si si!) où j'avais justement un chèque-cadeau (joliment conséquent) à dépenser... Un peu plus d'une semaine, et il était là. Je l'ai trouvé assez laid (pourquoi sont-ils allés coller du brillant comme ça sur la couverture ? On a connu la Série Noire plus sobre... tel que, le bouquin fait cheap, blingbling et racoleur, enfin, passons...)
Comme d'hab' chez Nesbø, on a affaire à un fort volume (600 pages) et je m'y suis donc attelé avec gourmandise. Harry Hole est un héros addictif (presque un super, d'ailleurs, vu ce qu'il lui arrive à chaque fois et la façon dont il s'en sort, en général) et je ne lis d'ailleurs chez Nesbø que les bouquins où il intervient (comme Joe R.Lansdale et les aventures de Hap et Léonard, ou Jorn Riel avec les héros des Racontars Arctiques). Harry, sinon rien!
Je ne vais rien dire de l'histoire (vous aurez le plaisir de la découvrir tout seul comme des grands), seulement de la technique de l'auteur, qui prend toujours autant plaisir à nous rouler dans la farine. Encore et encore (Ca doit être un bon exercice de traduction, car ici chaque mot à son importance, surtout la façon dont Nesbø l'utilise pour nous faire croire ce qu'il veut (ou ce qu'on a envie de croire qu'il veut nous faire croire.)
Harry se réveille après une cuite carabinée et il a les mains pleines de sang. Et il ne se souvient de rien de ce qui s'est passé... Et ça ne va pas être triste (quoique). On se laisse aller dans cette lecture pleine de neige de glace de froid de sang... et de couteau(x)! On va retrouver toutes celles et ceux qui vivent et bossent aux côtés de Harry (même si pour certain(e)s j'avais parfois un peu de mal à resituer du premier coup...) avec quelques nouvelles/nouveaux venus quand même...
Mais bon, faut reconnaître que c'est très bien fait. Pour un meurtre donné vont être envisagés successivement un certain nombre de coupables éventuels, selon des pistes sur lesquelles l'auteur nous balade selon son bon vouloir, on y croit, on se dit  bon sang mais c'est bien sûr, et à chaque fois, impitoyablement, hop, il tire le tapis et nous laisse,  tourneboulé, cul par-dessus tête. (Et on aime ça).
Oui c'est vraiment très très bien goupillé (même si j'ai été moins sidéré que par, par exemple, Le bonhomme de neige -qui, c'est vrai, était mon tout premier Nesbø-). Ca démarre doucement, cool-cool, plan-plan-plan presque, et l'auteur, comme chaque fois, accélère progressivement. Avec toujours le même goût pour les fausses pistes et, surtout,  les dernières phrases de chapitre qui soudain vous retournent la situation comme un doigt de gant (et tremblez parce qu'en Norvège, comme partout ailleurs d'ailleurs, un gant a cinq doigts, et vous n'êtes donc pas au bout de vos surprises. Et des retournements.)
Comme de bien entendu, il est rigoureusement impossible pour le lecteur moyen de deviner le fin de mot de l'histoire, et qui a fait le coup (mais ça fait partie du plaisir de la lecture...). C'est comme si un magicien sortait de son chapeau un lapin qui sort ensuite  de son chapeau un autre magicien qui sort de son chapeau un autre lapin etc. Impressionnant.
Comme avec Harry Bosch en son temps (ah, Le dernier coyote... mais ça fait un bail que j'ai lâché Connelly) ça fait vraiment plaisir de retrouver un héros qu'on aime, comme un vieil ami...
A plusieurs reprises j'ai été très ému, et j'ai beaucoup aimé les dernières lignes...

arton14172

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dimanche 2 juin 2019

franco-serbe

Francuskim

 

Ce livre trouvé dans la boîte à livres du lac (d'habitude j'en dépose mais je n'en prends pas) que j'ai feuilleté et qui m'a tout de suite intéressé.
Et donné envie d'inventer une histoire (ou plutôt d'essayer de la reconstituer)
Un guide de conversation franco-serbe, avec les phrases dans les deux langues, à la seule différence que seules les phrases en français ont leur traduction phonétique en dessous (et donc que la méthode s'adresse plutôt, a priori, à des serbes voulant parler français.
Comme tous les guides de conversation, il est subdivisé en chapitres tournant chacun autour d'un thème précis.

Le nom du (ou de la) propriétaire est écrit en première page.
Là où ça commence à devenir intéressant, c'est que plusieurs chapitres (4) ont été marqués d'un post-it fluo (en guise de marque-page) :

- page 15 : EXPRESSIONS GENERALES

- page 32/33 : TAXI / L'HÔTEL

- pages 64/65 : ORIENTATION DANS LA VILLE

- pages 90/91 :  LES COMPLIMENTS / LES QUALITÉS

Là où ça devient carrément passionnant c'est qu'une feuille de carnet à spirales, pliée en deux, a été glissée dans le livre, avec dessus  le dessin d'un panneau de sonnettes comme on en voit à l'entrée des HLM, dont la sixième en partant du haut est signalée par une flèche, et porte un nom écrit à côté en capitales cyrilliques, avec en dessous la mention manuscrite 6ème bouton à partir du haut
Le thème de la page marquée par ce signet est IZLAZAK U DVOJE / RENDEZ-VOUS A DEUX. (de Vous êtes libre ce soir ? à Quel est votre signe d'horoscope ?)
Il est à noter aussi que cette page, ainsi que la suivante (RAZONODA / DIVERTISSEMENT - avec comme sous-chapitres Sortie au théâtre (de Voudriez-vous aller au théâtre ce soir ? à Le jeu des acteurs était magnifique) et Le Cinéma (de Quel film passe-t-on ce soir ? à Le film était excellent) sont toutes deux marquées par une corne dans le coin inférieur.)
La page suivante Au Concert n'a pas été cornée.
Une autre page a été cornée en bas (je viens de m'en apercevoir après coup), il s'agit de la page 76 (Les soupes / les plats de viande / La volaille), faisant partie du copieux chapitre (p 69 à 80)  U RESTORANU / AU RESTAURANT.

Un premier rendez-vous, quelque part en Serbie... Un trajet en taxi... Un immeuble... Un nom sur une sonnette...Un repas au restaurant... Une soirée au spectacle... Et alors... et alors...
A chacun d'imaginer la suite
(Le guide date de 2001)

 

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samedi 13 avril 2019

irish colfer

MAUVAISE PRISE
d'Eoin Colfer

Il était dans ma pile de polars achetés à bas prix chez Gibertuche (via priceministruche, évidemment), je pense suite à la recommandation d'un de mes deux blogs polars préférés (Actu du noir), je n'en savais pas plus que ça, et j'ai donc lu la quatrième de couv' (je sais bien qu'il vaut mieux ne jamais lire les quatrièmes de couv', ils doivent embaucher des gens spécialement vicelards spécialisés uniquement dans cette tâche : gâcher le plaisir du lecteur potentiel).

Un peu peur tout au début : je l'ai commencé trois soirs de suite et à chaque fois je m'endormais au bout d'une page et demie, mais sans que ce soit dû à l'auteur, non, juste que j'étais incapable d'en lire davantage...

J'ai donc renouvelé l'expérience de jour, et là tout s'est bien mieux passé...

Un énorme plaisir de lecture.
(parce que un énorme plaisir d'écriture, y a pas de secret...)

(Juste un bémol pour commencer : ce bouquin est une suite, et il vaut mieux donc lire le premier, PRISE DIRECTE, du même monsieur, et publié aussi en Série Noire (grand format), parce qu'il vous le raconte un peu beaucoup (surtout au début), mais bon ça n'a pas vraiment beaucoup d'importance, parce que ce que raconte Eoin Colfer est moins important que la façon dont il le fait.)

Le roman a pour héros Daniel Mc Evoy, un Irlandais pur jus, ancien militaire, qui se retrouve propriétaire d'un club suite à ce qui s'est passé dans l'épisode précédent. Il se trouve être aussi le narrateur du roman, qui écrit comme il parle -jouissivement-, et est entouré dune série de personnages plus ou moins barrés (tous au moins autant que lui en tout cas) : Zeb son vieux pote de l'armée qui est plus ou moins médecin (et tout aussi queutard), Sofia sa copine, une bi-polaire qui le confond régulièrement avec son mari disparu, Evelyne sa tante alcoolo qui avait disparu pendant des années et refait soudain surface, Mike Madden, un mafieux Irlandais à qui il a fait des misères dans le premier volume, plus tout un tas de flics d'un côté, et de truands de l'autre (des fois on ne sait plus vraiment de quel côté ils sont vraiment).

J'ai retrouvé le même plaisir que celui éprouvé à la lecture des aventures de Hap et Léonard par Joe R. Lansdale, c'est dire... C'est très noir, très violent, et très drôle (et très improbable aussi, tout ce qui lui arrive -ne lisez pas la quatrième de couv' par pitié).

Et donc une lecture "virile" jubilatoire hautement recommandée

mauvaise prise

(C'est bon signe lorsque, en lisant un roman (et, à plus forte raison, un polar) il y a des phrases que je trouve drôlissimes, que j'ai envie de relire, voire de recopier, (voire même -horreur!- de corner la page pour pouvoir la retrouver plus facilement). Eh bien là c'était le cas, et souvent en plus!)

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vendredi 22 mars 2019

mouise

DANS LA DECHE A LOS ANGELES
de Larry Fondation

Il y a un message que j'aime bien recevoir de chez Priciceministruche, c'est celui-qui dit "votre souhait est exaucé" (oui oui comme dans les contes)  et encore plus lorsque le souhait en question est exaucé par Gibertuche Joseph de son prénom (à moins que ce ne soit le contraire) parce que je sais qu'il n'y aura pas de frais de port à ajouter à la somme annoncée (avec un minimum d'achats, bien sûr, qui varie entre 10 et 20€, et m'oblige donc à chaque fois -pas fou le Gibertuche- à sélectionner deux trois autres bouquins pour faire bonne mesure (le jeu étant d'atteindre la somme exigée en la dépassant le moins possible, voire en l'atteignant juste pile-poil)
Et là, bingo, voilà que trois de mes voeux étaient exaucés d'un coup! J'ai donc commandé, sans avoir rien à rajouter...
J'étais très content de pouvoir lire ce cinquième (et dernier, pour l'instant) bouquin de Larry Fondation, qui est chronologiquement le troisième, et semble énorme en comparaison des autres volumes (celui-là frôle les 300 pages).
Larry Fondation c'est noir très noir, une écrite très séche, des chapitres comme au cutter qui font parfois à peine une demi-page, une écriture que j'adore (et que je prends plaisir de temps en temps à lire à haute voix tellement des fois ça slamme). On est toujours à Los Angeles, on est toujours dans la merde, la violence, les petites gens, les putes, les clodos, mais, cette fois l'auteur nous pose trois personnages principaux (Fish, Ponds et Soap), deux hommes et une femme, trois sdf au quotidien dans la ville des anges...
Je l'ai déjà écrit, plus qu'un roman, c'en sont des. Les histoires de Soap, Fish et Bonds sont souvent comme des shrapnels, elles en ont  la violence et la létalité, la "contondance" en nous montrant, simplement, "de l'intérieur", ce que c'est, justement, au quotidien, que de vivre dehors. Eclats de vie qui sont aussi, parfois, juste de petits bonheurs, les épiphanies chères à James Joyce ("Par épiphanie, il entendait une soudaine manifestation spirituelle se traduisant par la vulgarité de la parole ou du geste ou bien par quelque phase mémorable de l'esprit même. Il pensait qu'il incombait à l'homme de lettres d'enregistrer ces épiphanies avec un soin extrême car elles représentaient les moments les plus délicats et les plus fugitifs.")
Dans la dèche à Los Angeles (le titre original, Fish, Soap and Bonds était plus juste, plus "neutre") est un peu le bagage personnel de ces trois-là, vous savez, comme si on avait l'occasion d'inventorier le contenu des sacs plastiques qu'ils trimballent, des souvenirs, des des rêves, des coupures de journaux, des détails, au milieu d'incessant déplacements (va-et-vient, allées et venues) car la mobilité est ce qui définit (caractérise) ces trois personnages terriblement attachants.
je précise que, dans la réalité, les sdf sont dens gens qui me font un peu peur, qui me mettent mal à l'aise, que j'ai tendance à éviter, à fuir... parce qu'ils figurent un état dans lequel tout citoyen "normal" n'a pas envie de se retrouver. Et le livre de Larry Fondation serait alors comme une forme d'apprivoisement (d'apaisement aussi, parfois). A la fois sans pathos, mais sans pitié aussi. Un livre magnifique.

liv-4650-dans-la-deche-a-los-angeles

 

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lundi 28 janvier 2019

Eric H.

C'est Dominique qui m'a appris ce matin, par sms, le décès d'Eric Holder.
Et c'était encore un peu de ma jeunesse qui s'en allait.
Eric Holder j'ai découvert ses livres par un ami mail-artist libraire à Rouen, Michel Champendal, dans les années 90.
Il m'avait fait découvrir ses premiers jolis petits bouquins édités au Dilettante.
Le premier que j'avais acheté (et pour lequel j'éprouve sans doute le plus de tendresse) est La belle jardinière (Prix Décembre 1994). Dans ma bibliothèque il est rangé à côté de ses confrères parus au Dilettante, parfois avant, mais tous me semble-t-il achetés après :Les petits bleus (1990), La Chinoise (1987) En compagnie des femmes (1996) Masculins Singuliers (2001) et, bien plus tard, Embrasez-moi (2011) (un recueil "chaud", de nouvelles érotiques)...
J'avais vraiment beaucoup aimé ces petits recueils, à l'époque (avant Priceministruche) ils étaient bien plus difficile à dénicher. Je connaissais peu l'homme, il était du genre discret.
Puis il avait changé d'éditeur et publié des romans (Mademoiselle Chambon, L'homme de chevet) que j'avais achetés aussi, que j'avais bien aimés. Mais moins que ses nouvelles.
En littérature comme en amour, parfois, inexplicablement, les sentiments tiédissent, et j'avais alors, au fil des ans, pris un peu de distance.
L'Eric Holder des romans me touchait moins que celui, plus confidentiel, des nouvelles, qui est toujours resté cher à mon coeur, parce que sans doute rattaché à ces années-là, de jeunesse.
(et c'est lui qui m'a appris le mot dipsomane)
Je pensais avoir aussi dans ma bibliothèque Nouvelles du nord et Les sentiers délicats, mais non.
(Les racheter ?)
Il est mort à 59 ans, c'est son fils qui l'a annoncé, mais sans dire de quoi...

belle jardi

5186GSHNHAL

978-2-84263-015-7

 

 

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mercredi 31 octobre 2018

chèque-cadeau

Trois bouquins dont j'avais très envie et que j'ai pu m'offrir tout de suite (sans être obligé attendre qu'ils atteignent le petit prix que j'avais fixé en souhait sur Priceministruche). trois bouquins très différents : un roman court (ou une nouvelle longue), enfin une novella comme disent les Américains), un polar couillu avec une paire de héros que j'aime depuis leurs débuts, et un... euh... recueil de nouvelles, de fragments, d'éclats, d'un écrivain qui me fascine toujours autant, trois bouquins dont le point commun est d'être américains, et donc de parler, chacun à sa manière, des habitants de ce pays.

1) EDEN SPRINGS
de Laura Kasishke

C'est Christine qui m'avait fait découvrir la dame (Rêves de garçons, 2009) et qui m'a donné envie de lire tous ses autres romans. J'aime son goût du malaise diffus, de la cruauté en sourdine, de la manipulation du lecteur (une succession d'incontestables réussites, comme Les Revenants, La vie devant ses yeux, A moi pour toujours, En un monde parfait) et j'étais trop content de la retrouver (elle est désormais publiée chez Page à page, qui a déjà publié d'elle un volume de poésie et un recueil de nouvelles). Soyons franc celui-ci m'a un tout petit poil déçu. Il est question d'un gourou, d'une communauté, de jeunes filles habillées en blanc, et d'une qu'on a  retrouvée morte dans un cercueil qui était censé être celui d'une vieille dame... D'après une histoire vraie. Comme un reportage, en des chapitres très courts, ouverts à chaque fois avec des extraits d'articles de journaux de l'époque. On y retrouve incontestablement la patte (la griffe) de l'auteur, mais on est aussi frustré par ce sentiment de brièveté et de fragmentation (augmenté aussi par le fait, sans doute, que je l'ai, en plus, encore plus fragmenté dans ma lecture d'une page ou deux chaque soir avant de m'endormir).

2) HONKYTONK SAMOURAÏS
de Joe R.Lansdale

Quel plaisir de retrouver Hap & Léonard! c'est le neuvième volume de leurs aventures traduit en France (et je viens de voir qu'il y en a encore au moins quatre qui ne sont pas traduits, deux avant et deux après celui-ci, le bonheur!) que j'ai lus à peu près dans l'ordre (Série Noire, Folio policier, pour les poches, puis Outside/Alphée et Denoël pour les grands volumes) et auxquels j'ai pris à chaque fois autant de plaisir. C'est hénaurme, mais ça fonctionne à chaque fois, imparablement. Une belle paire, oui, de potes : un blanc hétéro et narrateur (Hap Collins) et un black gay (Leonard Pine) qui affrontent des méchants très méchants dans des histoires qu'on pourrait qualifier de jubilatoirement bourrines (on est dans le Texas profond, tout de même), et celui-ci ne déroge pas à la règle : ça commence avec un mec (un sale con) qui tape sur son chien (j'ai toujours un faible pour la façon dont démarrent leurs histoires) et, de fil en aiguille, bien évidemment ça va faire boule de neige, jusqu'à l'affrontement final avec un groupe de tueurs spécialement gratinés... C'est très plaisant à lire, même si l'auteur semble avoir mis la pédale douce (hihi) pour ce qui est de l'intrigue... Joe R Lansdale a le sens de la formule qui fait mouche eet du dialogue qui cingle (qui flingue). Un sacré bonheur de lecture, même si on peut pichenoter en se disant qu'on a le sentiment que ce (gros) bouquin-là est quand même un peu déséquilibré dans son écriture (la mise en route est trèèès longue et le dénouement semble bresque un peu bâclé). Mais bon, c'est hap & Léonard, hein, et on attend avec impatience la suite...

3) LES MARTYRS ET LES SAINTS
de Larry Fondation

Quatrième volume de cet auteur découvert grâce à mes deux blogs "polar" préférés (Actu du Noir et Encore du noir), qu'ils en soient -encore une fois- remerciés. Des volumes assez brefs, d'abord deux jaquettés en noir (Fayard) puis deux en blanc (Lusitala) mais toujours aussi cinglants. Los Angeles, ses quartiers en déshérence, les laissés-pour-compte qui y vivent. Ce qu'ils y font. Des textes brefs, voire très brefs, organisés "thématiquement" par l'auteur, chacun avec son titre, fragments de vies souvent, bien souvent, parfaitement désespérés. Larry Fondation écrit sec, frappe fort. Quand on a lu les précédents on n'est pas dépaysé, on sait à quoi s'attendre, mais cette fois-ci c'est encore plus rude. Encore plus craspec, plus cul, plus violent, plus dégueulasse  (une grande partie du bouquin rassemble des textes autour de personnages de soldats ou de vétérans.)  C'est souvent brutal, mais la façon dont c'est écrit, construit, tirerait souvent, paradoxalement ces flashes du côté de la poésie. Oui oui. Paradoxal, oui, intense, mais toujours avec un certain détachement, une certaine objectivité de la mouise. Incorfortable, tout autant qu'indispensable.

eden springs honky tonk les martyrs et les saints

 

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dimanche 17 juin 2018

los angeles

Effets-indésirables-couv

EFFETS INDÉSIRABLES
de Larry Fondation

J'avais déjà lu deux livres du même monsieur (Sur les nerfs et Criminels ordinaires) et je convoitais celui-là, attendant juste qu'il se vende à un pix décent. Merci à PriceMinistruche. J'ai réussi à l'avoir.
On reste dans le même univers, Los Angeles et ses petites gens pourrait-on résumer, simplement l'habillage (du bouquin) change : les deux précédents étaient noirs (Fayard), celui-ci est blanc (Tusitala), mais à l'intérieur, la couleur d'ensemble est restée la même : noir c'est noir (il n'y a plus -vraiment- d'espoir, mais si des fois un peu quand même...).
C'est un grand plaisir de lecture, même si c'est le plus souvent assez désespéré. Petites gens, donc, et petites histoires. Par l'espace occupé. Textes brefs, acérés, une page ou deux le plus souvent, mais parfois juste à peine quelques lignes. Des fragments, des éclats. Cinglants souvent, amers, tendres parfois, comme un chorus de monologues où percerait de temps en temps une note plus aigue. J'adore ces instantanés de vie, saisis, justement, sur le vif, où c'est au lecteur de se faire une idée. Où tout n'est pas forcément donné, ni au début, ni à la fin (quelques fois c'est "à chute" et d'autres fois pas).
Un livre idéal pour poser sur sa table de nuit, (plus on vieillit et moins on lit de pages avant de s'endormir) tellement on peut en picorer à volonté, le soir, avant de s'endormir (non pas que ces histoires, justement, nous aident à faire de beaux rêves). C'est la vraie vie, dans la rue, dans les bars, dans les pavillons miteux, dans les bagnoles, dans les chambres d'hôtel, et, souvent, juste dans la tête des gens. De la violence, souvent, du sang des coups des flingues des couteaux, mais pas toujours.
Une sacrée manière de regarder la réalité en face, une écriture remarquable (dans tous les sens du terme) avec un lyrisme sec capable de vous sidérer au détour d'une phrase.
Du grand art.

 

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dimanche 21 janvier 2018

gaydamour

LE BOUQUET
d'Henri Calet

Je viens passer une semaine en compagnie d'Adrien Gaydamour, le héros du roman (autobiographique) d'Henri Calet le bouquin n'est pas très gros (même pas 300 pages) mais je lis désormais peu à la fois (surtout le soir avant de m'endormir). Il m'a quasiment sauté dans les mains, ce bouquin, retrouvé en rangeant la bibliothèque de l'escalier (dont je ne suis pas peu fier, merci Gigis!), comme faisant appel à ma pitié, avec sa couverture un peu marquée, ses coins de bas de page cornés sur une cinquantaine de pages... Je l'ai pris sans trop y croire, et je ne l'ai plus lâché.
Me demandant au départ si je l'avais déjà lu ou non. L'auteur raconte sa captivité pendant la guerre (le livre a été écrit en 1942), sa vie de prisonnier avec ses potes de l'époque, en des chroniques  qui présentaient quelques similitudes avec les textes de captivité du très aimé de moi Georges Hyvernaud (à la différence qu'Hyvernaud était gradé, alors que notre narrateur n'est que simple troufion).
J'ai adoré ce bouquin. A cause de l'écriture de Calet, simple mais belle. Avec un accent de titi qui fleure bon la guinguette, le petit vin blanc, la casquette de Jean Gabin... Une écriture que d'aucun diraient fleurie (Calet appartint-il au mouvement des hussards littéraires ?) -il n'est pas fréquent de trouver le mot enculé , en toutes lettres, dans un livre écrit à cette époque-, une écriture riche aussi, avec régulièrement des mots sur lesquels je m'arrêtais, étaient-ce des néologismes pour l'époque (et donc des vieillologismes pour la nôtre ?), et de belles énumérations aussi (ce qui ne peut que m'émouvoir, j'adore les listes), que le réalisme, la lucidité (le désabusement ?) du narrateur venaient encore rehausser.
Calet/Gaydamour nous narre son arrestation, son emprisonnement dans un premier camp, puis un deuxième, calmement, précisément, simplement, en des chapitres en général assez courts, ce qui fait qu'on ne peut plus lâcher le bouquin (et j'étais énervé contre moi-même quand le soir en lisant je sentais mes yeux qui se fermaient et ne me permettaient même pas de lire jusqu'à la fin de la ligne...)
Humour, désenchantement, simplicité, sens du détail, richesse du lexique, naturalisme, font de bouquin une parfaite première lecture pour 2018 (et donnent envie de lire les autres bouquins de Calet, dont il me semble avoir quelques autres disséminés sur mes étagères... à suivre, donc.)

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"Il pleuvait. j'allais dans la ville, tout dépaysé dans ces rues étrangères. J'ai toujours eu du penchant pour les promenades solitaires, à Lyon ou autre part, sous la pluie, dans la froidure et surtout la nuit. Quand tout est contre moi. j'aime alors me faire pitié à moi-même. Et je me parle et je me plains. J'aime aussi aller dans un nuage de pensées confuses, comme cela, sans direction. J'ai repris mon soliloque interrompu, je le retrouvais au fond de mes poches. Je me sentais tout seul après ce grand tohu-bohu. Je reconnaissais ma misère à moi, celle d'avant. Là-bas, dans les camps, on perdait sa misère, on était pris dans la misère collective, on formait une motte de malheur, on languissait en gros, sans approfondir. Tandis que je redevenais un homme seul et travaillant le détail. Je portais ma disgrâce en breloque."
(Henri Calet, Le Bouquet, p290)

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