vendredi 09 mai
barbe de deux jours
Ca faisait un moment que je voulais en parler... A présent que j'ai terminé les deux recueils de nouvelles, je peux vous dire tout tout tout le bien que je pense du monsieur et de ce qu'il écrit (il me reste encore un recueil de textes, "Orphelins", mais que je ne vais pas lire tout de suite car il s'agit d'une autre veine...) J'ai, je l'avoue (et je le répète) un penchant coupable pour les écrivains de nouvelles, américains de surcroit, et surtout avec des tronches pas rasées de trappeur du Montana ou assimilé. D'Ambrosio est tout cela (même si son patronyme évoquerait tout autre chose). On sait juste de lui qu'il a été charpentier, avant, et ses nouvelles, justement, évoquent ce patient travail du bois, cette solidité de l'ensemble, cette robustesse, avec en même temps ce goût de la beauté, ce poli, ce raffinement dans les finitions. Et cette façon de ne jamais finir pif paf bien carré et rassurant, ni virtuose coup de théâtre. Juste ouvert, open, grand air, respirant, à vous de voir...
Les thèmes évoquent une Amérique moyenne, avec des gens moyens, des problèmes moyens, le plus souvent histoires de couples, de familles, comme chez Carver, mais ici l'écriture n'a pas cette sècheresse minimaliste de l'ami Raymond, ce côté autant droit au but que brut de décoffrage. Elle a cette richesse, cette élégance, cette poésie (j'ose le mot), ce moëlleux, qui vous fera revenir en arrière pour relire une phrase ou un passage, ou avoir soudain juste les larmes aux yeux, comme ça, tellement c'est juste, tellement soudain ça retentit.
Dans le premier recueil, "Le Cap" (que j'ai lu en deuxième) m'est ainsi restée tout particulièrement la nouvelle Nostalgie, avant-dernière du recueil, récit en deux parties (Octobre et Décembre) de la désagrégation d'un couple, où il est d'abord question d'un homme en train de pêcher, puis du même homme en train de se promener la nuit avec deux pommes de terre dans ses poches... De la même façon, dans Le musée des poissons morts, celle nommée Drummond et fils, où il est question de machines à écrire et des rapports entre un père et son fils schizophrène. Beau à faire fondre les pierres...
samedi 15 décembre
entre les deux
Acheté en même temps
- ça:
- et ça :
(l'un sans l'autre, c'était beaucoup moins intéressant, non ?)
lundi 15 octobre
book addict
(attention, Malou et Dominique, vous êtes priées de ne pas lire cet article jusqu'au bout, sous peine de dévoilement prématuré de cadeau que je vous destine...)
Arghhh! Je n'ai pas pu me retenir! Il aura suffi que Dominique glisse badinement dans la conversation "tu sais que la Foire aux livres est commencée..." pour qu'aussitôt je bave commence à me demander quand est-ce que je pouvais y aller le plus rapidement tôt vite immédiatement. J'ai quand même tenu deux jours! J'y ai passé mon dimanche après-midi (il faisait pourtant très soleil), et même si j'ai au début qu'il y avait beaucoup moins de choses (en fait c'était juste beaucoup moins bien rangé) j'ai quand mêmeramené quelques trucs :
- JE ME SOUVIENS ENCORE MIEUX DE JE ME SOUVIENS de Roland Brasseur (ça c'est pour la collection de "livres qui commencent par je"...)
- MA VIE de Glen Baxter (ah zut je l'avais déjà, pourtant je pensais que c'était l'édition en anglais... tant pis!)
- QUAND NOUS ETIONS LOUPS de Jon Billman (des nouvelles viriles, par un pote, ou tout du moins un apparenté à Brady Udall et Elwood Reid)
- LES MERVEILLES DU MONDE Volume 1 1953-1954 (ça c'est pour la collection d'albums d'images de chocolat)
sans oublier
(attention, Dominique et Malou, si vous dépassez cette limite, c'est à vos risques et périls, je vous aurai prévenues...)
- 400 RECETTES POUR 100 CONVIVES de Ginette Mathiot (Je l'avais déjà vu l'année dernière, puis reposé, puis regretté, et je n'avais plus jamais plus réussi à remettre la main dessus)
- MANGEZ BAROQUE ET RESTEZ MINCE de Philippe Beaussant (ah la Crème Catalane de Jordi Savall...)
Raisonnable, non ?
mardi 24 avril
garde à vous
C'est tout petit : 30 pages.
Ca ne coûte pas grand chose : 3€.
Ca se lit très vite : 10 minutes (?)
Ca fait froid dans le dos...
Lisez-le...
mercredi 07 février
pavé
MICROFICTIONS
de Régis Jauffret
Mmmhhh... Après l'effort, le réconfort. Suis donc allé en ville cet après-midi, à la librairie plus précisément où j'ai ma carte de fidélité, carte qui -ô bonheur- était remplie et me donnait donc droit à un avoir de 15€ et des brouettes... J'ai acheté le bouquin que je convoitais, celui cité en titre.
C'est la première fois que j'achète un si gros bouquin à la neureufeu (plus de 1000 pages!) Finalement le rapport densité/prix est plutôt extrêmement favorable.
J'aime bien Régis Jauffret, découvert avec Promenade (quand il était encore publié chez Verticales), livre qui m'avait valu quelques volées de bois vert de la part de mes amis lorsque je l'avais mis en circulation dans notre Cleube du Livre cette année-là, et que j'avais alors qualifié de dispositif fictionnel. J'aimais ces centaines d'histoires au conditionnel, qui finissaient quasiment toutes mal... J'avais alors à l'époque acheté d'autres volumes du même, qui m'avaient valu quelques déconvenues (Clémence Picot, Histoire d'amour,...)mais aussi de grands (quel est le contraire de déconvenues ? convenues ?) bonheurs, notamment Jeux de Plage et Fragments de la vie des gens. Je pense que Jauffret est plus efficace sur de toutes petites distances.
J'avais pris à la lecture de ce dernier autant de plaisir que j'avais pris à lire L'observateur (est-ce le bon titre ?) de Thomas Bernhard. Des textes courts, une méchanceté sans faille, une hargne sans répit. L'humanité, chez Jauffret, est représentée sans masques, sans maquillage, sans concessions. A cru et sans pitié.
Et c'est d'autant plus efficace quand il s'agit, comme ici, de petites histoires d'environ une page et demie, sèches comme des coups de rasoir. L'écriture fonctionne à l'interne, en vase clos, dans chacune de ces historiettes bêtes et/ou méchantes. Jauffret n'a plus à s'embarrasser du liant narratif qu'il utilisait pour insérer chacun de ces fragments dans l'édifice narratif plus vaste du roman.
Il a jeté le ciment, il ne garde que les moëllons, et c'est comme ça qu'il me plaît. Brut. Je pense qu'il est beaucoup plus fort comme ça, juste des faits, sans fioritures, rangés par ordre alphabétique, sèchement, comme sans états d'âme.
Je vais le mettre près de mon lit pour l'avoir comme livre de chevet.
jeudi 18 janvier
immobilier
J'aime les écrivains pédés.
Et j'ai un gros faible pour Stephen Mc Cauley. J'ai lu ses quatre bouquins précédents, et là, j'ai été suffisamment patient (ou radin) pour attendre de trouver le dernier en prix réduit sur le ouaibe. C'est chose faite, et le voilà quasiment terminé. Il s'appelle Sexe et dépendances en french (Alternatives to sex en v.o).
J'aime lire ce mec par ce qu'il est juste sur le fil : ni furieusement sexe hardos backroom et foutre à donf ni poses pâmées chochottes et eau-de-rosesques. Juste normal, la vie quoi.
Ici, le narrateur est agent immobilier, il fait donc son boulot : faire visiter des appart' et des maisons et les vendre. Rassurez-vous, ça n'est pas le plus important. Il rencontre des clients potentiels et divers, mais surtout il a une vie sentimentale/sexuelle assez compliquée (où tout pédé moyen devrait plus ou moins facilement se reconnaître), entre envie de fidélité, fascination des rencontres furtives, résolutions perpétuelles demain je suis chaste, besoin compulsif de sexe et recherche perpétuelle de... de quoi au fait ? William, le narrateur, n'en est plus très sûr, au bout du compte.
Ce qui importe, ce n'est pas l'anecdote, c'est l'écriture. Celle de Mc Cauley me plait énormément, c'est fin, c'est drôle, c'est vachard, c'est bitchy, il a le sens des formules virtuoses, des phrases qui font mouche (comme on dit), bref, il y a des passages entiers que j'ai envie de recopier...
Peut-être pas impérissable, mais vraiment de quoi passer un moment de-li-cious!
mercredi 30 août
les copains d'abord
Un p'tit bonheur aujourd'hui, quand je suis passé à la librairie, suite à une démangeaison subite de ma carte Fissa (je voulais savoir si Le script de Rick Moody était arrivé, et si Le blog de Frantico était toujours disponible ; résultat des courses oui et oui, mais je n'ai pris aucun des deux), quand j'ai vu la (petite) pile de volumes à couverture blanche et illustrée, et surtout à la tranche vieux rose (cette maison d'édition -Gaïa- imprime ses livres sur un papier à la couleur très reconnaissable) : Le nouveau volume (le neuvième!) des racontars arctiques, de Jorn Riel, intitulé La circulaire et autres racontars.
Si vous connaissez déjà les racontars, inutile d'en dire plus, vous comprendrez la joie -que dis-je, l'allégresse, l'enthousiasme, l'exaltation !- ressentie alors (d'autant plus que le bouquin n'était censé sortir que le 1er septembre : et hop! deux jours de gagnés!) Si vous ne connaissez pas cette série de bouquins (les 6 ou 7 premiers ont tous été réédités en 10/18), alors je vous envie. Parce que vous allez me faire le plaisir de faire leur connaissance (le premier volume s'intitule La vierge froide et autres racontars) et croyez-moi, vous ne serez pas déçu(s)!
La série des racontars, ce sont des nouvelles, écrites par l'auteur au cours d'un (et suite au même) séjour qu'il fit dans une station météo dans le grand nord( Arrivé "juste pour voir", il y est resté tout de même seize ans!) Nouvelles qui mettent en scène un groupe de chasseurs/trappeurs, vivant dans ces contrées inhospitalières (et groënlandaises) un quotidien plutôt rude, entre les températures extrêmes, le manque de soleil, la distance qui les sépare les uns des autres (ils vivent, généralement par deux, dans des "stations" relativement éloignées, qui ne sont accessibles qu'en traîneau), le manque de femmes, les pétages de plombs chroniques, les ours affamés, etc...
Comme me disait un ami à qui j'avais prêté les premiers volumes "ça fait un peu penser au petit Nicolas..." ; Ca n'est pas faux du tout :Lasselile, Mads Madsen, Le Comte, Fjordur, (je ne vais pas tous vous les nommer...) sont comme une version adulte de Nicolas, Agnan, Eudes, et cie, chacun défini par son caractère, ses particularités physiques, ses manies spécifiques, ses défauts, ses hobbies. Jorn Riel nous raconte tout ça au fil d'histoires plutôt brèves (chaque racontar, se lit relativement vite : le plus dur, c'est de ne pas tout se goinfrer d'un coup, d'arriver à se maîtriser, de savoir faire durer le plaisir...) d'une veine, dirons-nous ethno-comique (Jorn Riel écrit aussi des romans -qui m'intéressent moins- beaucoup plus sérieux), et tour à tour (ou simultanément) tendre, poétique, touchante, émouvante, énervante, inquiétante... (voir là pour la liste des titres), tant ces hommes, si leur quotidien est ailleurs et plutôt autrement (quoique, finalement, c'est tout de même le cycle vital je bosse /je mange /j'occupe mes loisirs /je rigole avec les potes /je dors, même s'il est question, pour le dépaysement, d'ours blancs, de viande de boeuf musqué séché, de pièges à renards, de traîneaux, etc...) nous ressemblent tellement qu'on rêverait parfois d'être là-bas, vraiment, avec eux, pour de vrai.
Allez, je vais juste lire la première, et je m'arrête... Promis, juré!
dimanche 27 août
après la guerre
Je viens de lire coup sur coup Laissées-pour-compte et Berg et Beck, tous deux de Robert Bober (dont j'avais lu il ya quelques années le très beau Quoi de neuf sur la guerre ? -sur les recommandations de mon amie Emma, alors jurée du Livre Inter- dont Michel Deville tira il n'y a pas si longtemps le non moins beau Un monde presque paisible (il me semble que le film n'avait pas reçu des critiques très enthousiastes, et donc il est de mon devoir de le défendre. Signé le ZDFMA* Non finalement je viens de vérifier sur allociné, pas trop trop quand même mais bon...)
Dans Laissées-pour-compte, histoire de trois vestes racontées par elles-mêmes, (voui voui!) on est dès le début en terrain de connaissance(s), puisqu'on retrouve l'atelier de couture cher aux mémoires des lecteurs de Quoi de neuf sur la guerre ? Il est question de couture, de chansons (beaucoup), de théâtre, et bien entendu de la guerre et de ses suites. Comme toujours chez Bober, de la pudeur, de l'émotion, de la tendresse, (entre les cicatrices de la mémoire et les pansements de l'espoir), servies par une écriture simple et belle, serties dans un récit parfois un peu lâche (comme on parlerait d'un vêtement) aux entournures, qui finalement pourrait presque laisser le lecteur sur sa faim... J'ai beaucoup apprécié que l'auteur n'hésite pas à évoquer L'atelier, de Jean-Claude Grunberg, superbe pièce de théâtre, à qui son premier roman ne pouvait pas ne pas faire penser. Un clin d'oeil amical, un genre de rendons à César... ?
Berg et Beck , lui, sort de ce fameux atelier (quoique...) pour nous parler de l'amitié de deux enfants juifs, dont l'un est déporté en 1942 et ne réapparaîtra pas. Son camarade, qui a pu se cacher avec sa famille pour échapper aux rafles antisémites, revient quelques années plus tard sur les lieux de leur enfance, et entreprend de lui écrire des lettres où il raconte, se raconte, lettres auxquelles il n'attend pas de réponse, mais comme il l'écrit : "de toute façon, il faut que je continue de t'écrire et ce n'est pas parce que tu ne répondras pas que l'histoire va devoir se passer de toi.Gardons nous notre amitié." Il est question d'étoiles jaunes, de Tom Sawyer, de coureurs cyclistes fameux (et de plusieurs Tours de France), de musiciens de jazz, d'accordéon, dans cet univers un peu chancelant de l'après-guerre, où il faut se remettre à vivre, univers touchant dont sont désormais familiers les lecteurs de Robert B.
Joseph Berg et Henri Beck, l'histoire d'une amitié brisée par la guerre et la mort, nous dit encore une fois l'importance des souvenirs partagés et du devoir de mémoire, où Joseph, le survivant, devenu éducateur d'enfants "en difficulté", est encore une fois confronté à la violence et aux trausmatismes qu'elle inflige, toujours en tentant de préserver le souvenir de cet ami perdu. J'ai eu plusieurs fois les larmes aux yeux (les premières pages du livre, la "lettre blanche", les chaussures dans la vitrine...), comme toujours chez Robert Bober, tant ses récits à chaque fois me touchent durablement par leur justesse, leur pudeur, leur simplicité apparente, sous-tendue toujours par cette volonté de dire les choses, de témoigner, de garder des traces, car, comme disait un des personnages de Quoi de neuf sur la guerre ? "Sinon, qui s'en souviendra ?"
(*ZDFMA : Zorro Des Films Mal-Aimés)
dimanche 23 juillet
in the mood...
Vous pensez bien que je ne me suis pas embarqué sans biscuits ! Pour moi le temps des vacances est aussi le temps de la lecture (= en profiter pour vider un peu l'étagère des livres "achetés ou offerts ou prêtés mais en tous cas pas lus" ) J'ai donc emmené comme d'hab une caisse de livres, avec un petit assortiment dans lequel figuraient trois ouvrages du même auteur, Rick Moody. respectivement un recueil de nouvelles (L'étrange horloge du désastre) et deux romans (Tempête de glace et Purple America).
J'avais découvert Rick Moody il ya quelques temps, avec un recueil de nouvelles qui, je ne sais pas pourquoi, dès sa publication, m'avait donné très envie de le lire : Démonologie. Alors que jusque là, je l'avoue, rien ne m'avait fait envie à priori chez ce monsieur. Comme je n'étais pas sûr, j'ai même eu la coquetterie d'attendre qu'il paraisse en édition de poche, puisque personne (soupir...) ne s'était décidé à me l'offrir.
Et là, plaf, la baffe! Je découvre un écrivain virtuose, un styliste incroyablement doué, trop même peut-être, puisque le bouquin me fait l'effet d'un catalogue où l'auteur montre qu'il est capable d'aborder quasiment n'importe quel style de narration au service de récits humains/trop humains qui me touchent à chaque fois (différemment en cela par exemple d'un mec comme Stephen Dixon, où la forme (le style)semble avoir complètement phagocyté le fond (l'histoire) ce qui m'agace un peu beaucoup) . Il y a aussi, en plus, chez cet homme un goût pour l'enumération, la liste, trop récurrent pour ne pas m'être profondément aimable.
Ni une ni deux, à la Foire aux Livres suivante, je rafle tout ce que je trouve de lui (les 3 susdits donc, plus le dernier en date, A la recherche du voile noir, que je commence illico mais qui -déception- ne m'emballe pas suffisamment à mon goût. (Oui oui parfois je me trompe...) Je range donc les autres en me disant "pour quand j'aurai le temps...".
Le temps donc de la vacance jolie étant venu, je les (re)mets dans ma caisse de livres, et, à peine arrivé en Bretagne, je sors Tempête de Glace, que je dévore avec l'appétit d'un régiment de termites devant le plus appétissant des monuments de bois (quel peut-il bien être, d'ailleurs ?) Je n'en fais que quelques bouchées, ça me ravit, en me demandant quel film le -plutôt prude- Ang Lee a bien pu en tirer car cette histoire de couples échangistes dont les enfants respectifs le sont aussi quasiment -c'est juste le point de départ- en fait ce que mon ami Pépin nommerait "un livre pour public averti". Avec toujours ce style dont je me délecte, et ces énumérations idem. (Dès la première page,d'ailleurs, vous verrez un peu comme il s'y prend pour expliquer que son histoire est située dans les années 70...)
Donc, hop, plié bâché, exit l'Ice storm (en pleine canicule c'est plutôt rafraîchissant...) Je commence donc Purple America, qui est peut-être celui que j'avais le moins envie de lire du lot. Premier roman, 1992, résumé de quatrième de couv' pas très engageant... j'y vais, mais autant dire que je renâcle un peu. Comme les pieds dans l'eau de la Baie des Trépassés. Prudemment.
Et là, dès le premier chapitre, je suis sidéré, scotché, fasciné, retourné. C'est encore plus fort, encore plus poignant, encore plus osé que tout le reste que j'ai lu de lui. (C'est rare que je me retrouve avec les larmes aux yeux dès le premier chapitre d'un roman). Acide ? Il gratte tout de suite la plaie jusqu'à l'os, comme ça, d'entrée, mais sans misérabilisme ni voyeurisme. C'est juste, c'en est miraculeux.
Les protagonistes ? Billie Raitclife, une vieille dame invalide souffrant de sclérose en plaques, Hex, son fils, vieux-garçon alcoolo et bégayant venu s'occuper d'elle un week-end parce que son deuxième mari, Lou Sloane, vient de baisser les bras et de se faire la malle, et enfin Jane Ingersoll, un béguin d'enfance du fils. A priori rien de bien titillant là-dedans. Mais ça fait trois jours que je les suis, qu'ils m'accompagnent, et qu'à chaque fois Rick Moody réussit à me surprendre, à me faire sourire, à m'émouvoir, par cette précision extrême, cette ironie, cette poésie du désespoir, au fil de ces lignes virtuoses, des passages entiers que j'aurais envie de recopier (ou, -ce qui revient au même- que je suis jaloux de ne pas avoir écrit...)
Dès que je rentre à la maison, je reprends le Voile Noir... au moins pour essayer de comprendre ce qui m'y a déplu la première fois!
vendredi 30 juin
entre les lignes (suite)
Après avoir un poil réfléchi (c'est rien de le dire) et après avoir été relancé sur meuseuneu par le jeune homme ("alors qu'est-ce que tu me conseilles comme bouquins ?") je lui ai envoyé par retour la liste suivante :
- Le baiser de la femme-araignée (Manuel Puig)
- Printemps au parking (Christiane Rochefort)
- La vie mode d'emploi (Georges Perec)
- un recueil, au choix, de Raymond Carver (Parlez-moi d'amour, peut-être)
(auxquels est venu s'ajouter L'insoutenable légèreté de l'être, que j'avais un moment envisagé de lui conseiller aussi, mais c'est lui qui m'a demandé ce que j'en pensais...)
"pour commencer", en lui redisant encore combien je trouvais tout ça personnel et subjectif et que c'est pas parce que j'avais aimé que lui allait aussi, mais il m'a juste répondu "T'inkiète".Ah ces jeunes...
Voilà. Que le jeune va-t-il lire ? Comment va-t-il réagir à cette éventuelle lecture ? Ne va-t-il pas penser que j'en fais trop ?
La suite au prochain épisode...
















