samedi 4 novembre 2017

monnaie de singe

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THE SQUARE
de Ruben Östlund

Vu juste après Corps et âmes, et ce fut sans doute une erreur. J'ai déjà parlé des "films qui ne vont pas ensemble" (et de l'image "comme le fromage de chèvre et le jus d'orange", que -je viens de vérifier, il me semblait bien- que, donc, j'ai déjà utilisé ). Ce fut le cas. La comédie ne m'a pas fait rire et la dénonciation ne m'a pas touché. Enfin, pas vraiment. Disons que si le propos du réalisateur était de crééer le malaise, il a réussi, mais pas forcément de la façon dont il l'avait envisagé. Il voulait que son personnage principal nous file la honte, et c'est lui qui le fait. La petitesse, la lâcheté, la compromission du mâle suédois (ou plus largement, européen, ou même mondial, qu'importe), il les avait déjà traitées dans Snow Therapy, et je lui avais alors trouvé un certain charme (une certaine habileté ?) mais que j'avais finalement gratifié d'un Mouais. Il revient donc ici à la charge, continue de grattouiller dans son petit pré carré, autour du personnage de Christian, un conservateur de musée très contemporain (le qualificatif sied aux deux, à l'homme et au musée).
Christian s'est fait voler son porte-feuille et cherche comment les récupérer, Christian draguouille une journaliste, Christianlaisse la com' de sa nouvelle expo partir en quenouille, Christian organise une conférence de presse, etc. on découvre même, au bout d'un certain temps, que Christian a des enfants...

Il veut jouer au moraliste (ou fait mine de) et ça ne fonctionne pas. Il voulait dénoncer mais au final se contente d'énoncer. Et c'est loooong. Le film m'a produit le même éffet que La grande belleza (et il tient d'ailleurs le même genre de discours) :  avec une petite heure de moins c'eût sans doute été jouable. (Peut-être n'aime-je pas les films qui glosent sur l'Art ?)

"Mais pourquoi est-il aussi ­méchant ? Film après film, Ruben Östlund nous inflige sa misanthropie radicale — Haneke, à côté, c’est Capra ! Et s’acharne sur ses personnages avec une cruauté narquoise. Ce jeu de massacre est d’autant plus pénible qu’il a du talent. Sa ri­gueur esthétique dans la composition des cadres, son sens de l’humour à froid font souvent mouche dans la première heure de The Square, quand il se contente de suggérer sa haine de ses contemporains. Ensuite, ça se gâte : le réalisateur explique tout (et plutôt deux fois qu’une), et on ne voit plus que le petit malin, ravi de ses effets provocateurs — pas toujours efficaces : la fameuse scène du happening au milieu du dîner des donateurs est si étirée que son potentiel de malaise s’émousse. Östlund ne dérange pas, il agace. Quant à sa satire de l’art contemporain, elle est aussi subtile que les gribouillis d’Omar Sy vendus à prix d’or dans Intouchables…"(Samuel Douhaire, Télérama).

Merci merci Téléramuche ! Ce qui m'a surtout gêné, cinématographiquement, c'est cette énervante habitude qu'a le réalisateur de ne pas (savoir/vouloir) terminer ses plans. A quoi bon construire une scène (l'introduire, la développer, y installer une problématique, une tension, pour soudain tout abandonner et passer à autre chose comme si ça n'avait finalement aucune importance ? peut-être est-ce une référence (clic clic un clin d'oeil) au Musée à l'Art, aux Oeuvres, et à la façon dont on les voit dans une Exposition : on y consacre un moment et hop on passe à la suivante ? Le réalisateur a agencé ses jolis petits blocs narratifs et sautille de l'un à l'autre, à nous spectateurs de nous conformer à son rythme...
Je sais, j'ai un problème avec le second degré, je n'en possède pas vraiment, oui je suis primaire, et je prend donc les choses au rez-de-chaussée de la compréhension, au pied de la lettre, de l'image, ici, plutôt. Les attaques contre l'art conceptuel, je serais plutôt d'accord (je persiste à considérer Fluxus et consorts comme une joyeuse fumisterie), la petite mendiante qui explose j'ai même tendance à trouver que c'est la chose la plus drôle -en tout cas la plus inattendue- du film, mais je pense que la scène du repas et du "grand primate" relève du plus grand mépris, du spectateur surtout.
je garderai du film le personnage du petit gamin énervé qui crie sur Christian qui l'a embarqué contre son gré dans une histoire qui ne le concernait pas et veut absolument qu'il lui présente des excuses. Peut-être parce que là, à ce moment, je m'identifiais.
Bref tout ça m'a mis d'assez mauvaise humeur je dois le reconnaître (peut-être aurais-je du rester en compagnie de la biche et du cerrf du film précédent)

"Le play-boy propre sur lui finit littéralement dans le local à poubelle transformé en piscine de déchets domestiques où il plonge et patauge comme en un bain lustral où quelque chose de sa nature humaine profonde et perdue se récupérerait au contact des couches culottes souillées et pots de yaourt vides. Les bourgeois, les journalistes, les femmes, les immigrés, les pubards, les enfants, tout le monde aura pris au passage sa petite éclaboussure à peine salissante. Au fond, Ostlund est trop calculateur, didactique ou idéologue pour faire entrer dans son film cette part de vraie trivialité qui trahirait sa vulnérabilité, ses doutes, les failles qui rendraient du coup plus sympathique son insatiable besoin d’être reconnu et plébiscité par ce monde qu’il croit si aisément pouvoir encadrer dans une farce glacée." (Didier Péron, Libération)

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(et l'affiche est très moche... pour le coup, la Com', ici, n'a pas fait son job...)

 

 

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vendredi 3 novembre 2017

biche ô ma biche

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CORPS ET ÂME
de Ildikó Enyedi

J'ai bien ce genre de film, qui apparaît tout à coup sur les écrans et à l'affiche -plop!- comme un champignon magique. Ni répertorié, ni attendu, ni connu. Et qui vous produit un tel effet. Un film hongrois, donc, d'une réalisatrice dont le nom m'évoque un pépiement d'oiseau exotique. Allocinoche m'informe qu'elle a réalisé quatre films depuis Mon XXème siècle, qui avait obtenu la Caméra d'or à Cannes en 1989 (soit grosso modo un film tous les dix ans) inutile de dire que je vais chercher à en savoir plus sur la dame et ses oeuvres, après avoir vu ce film-ci, que j'ai beaucoup beaucoup aimé.
Une histoire d'amour (?) entre un homme et une femme (pas trop chabadabada) : lui est patron d'un abattoir, et elle en est la nouvelle "contrôleuse-qualité". Ils se côtoient d'abord professionnellement, mais, aussi, et surtout, oniriquement : ils se retrouvent toutes les nuits, dès qu'ils s'endorment, sous la forme d'un cerf et d'une biche, dans la forêt enneigée...
On suit en parallèle leurs deux parcours : le nocturne, bucolique et forestier, et le diurne, beaucoup plus... terre-à-terre (les tueurs des abattoirs ne sont pas précisément réputés pour leur légèreté et leur finesse).
Lui est plus âgé, taciturne, handicapé (il a perdu l'usage d'un bras), elle est blonde, timide, mal à l'aise avec les autres (on apprend qu'elle continue de consulter le même pédopsychiatre que lorsqu'elle était enfant), pendant le film j'avais envisagé d'intituler ce post "Je suis in, inadaptée" comme la chanson de Brigitte Fontaine, tellement Maria (c'est son prénom) semble avoir des problèmes : elle est à mi-chemin entre l'autisme et le personnage d'extra-terrestre que jouait Scarlett Johanssen dans Under the skin, c'est dire son inquiétante étrangeté...
C'est la venue d'une psychologue dans l'entreprise, (pour faire des bilans psy de chacun des employés pour trouver le coupable d'une histoire d'aphrodisiaques) qui va permettre (elle leur demande de raconter leurs rêves) à Endre et Maria de réaliser qu'ils se rencontrent ainsi chaque nuit, dès qu'ils s'endorment. Et je trouve le postulat de départ magnifique. Et Maria/biche se comporte plus en "vraie biche" que Maria/femme en "vraie femme". C'est beaucoup plus simple la nuit, dans les rêves, que dans la réalité. D'autant plus que le contexte professionnel en rajoute dans le terre-à-terre et le sanguin, et on a, ainsi, droit au portrait de quelques joyeux bourrins qui y officient.
Avec une maladresse touchante (je devrais dire deux maladresses touchantes) nos deux tourtereaux -oups pardon cervidés- vont tenter de se rapprocher... La réalise entrelace avec soin (avec délicatesse) les deux niveaux de l'histoire, le trivial, boulot, cantine, collègues, et l'onirique, sous-bois enneigé, herbe qu'on broute, museaux qui se frôlent, et on se demande bien comment tout ça va finir... Et Dominique m'avait bien prévenu que c'était "pour public averti, mais pas celui que je pensais...", et j'ai compris lorsque, dès le début, j'ai vu les scènes d'abattoir, dont je n'étais absolument pas au courant, mais qui donnent au film une dimension documentaire, réaliste, "vitale", supplémentaire.
Cette idéalisation de l'amour ne pouvait bien évidemment que me toucher (vous me savez midinet plus que de raison, surtout à mon âge, où l'on est censé n'être plus qu'un vieux braconnier endurci, cuirassé de cicatrices et couturé de certitudes) et je me suis senti dans cette histoire (et son traitement) autant en terrain de connaissance que biche en sous-bois.
J'ai presque trouvé la singularité de Maria à peine un poil (de biche) trop excessive, mais me suis aussi un peu reconnu dans cette fameuse inadaptation, et j'aime aussi que les autres personnages (la psy, le collègue à queue de cheval) soient, eux aussi, à peine exagérés (dans la féminité ou dans la bourrinitude).
Un film, pourtant froid, où, allez savoir pourquoi, je me suis senti bien...

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l'affiche hongroise

 

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et la française

 

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jeudi 2 novembre 2017

à gray (la vile)

 gray libé

on n'y voit goutte...
(une demi-page dans Libé ce jour, tout de même)

 

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mercredi 1 novembre 2017

octobre 2017

dimanche 1er (Besançon / Vesoul)
Du brouillard du brouillard du brouillard en rentrant de Détonation, de Besac à Authoison dans la voiture de Manue, puis d'Authoison à Vesoul dans la mienne (j'ai conduit lentement, à 3h du mat, le long de cette petite route que je ne reconnaissais plus, dans la crainte de voir jaillir chevreuils ou sangliers mais non)
lundi 2 (Lycée des Haberges)
Ma voisine m'avait fait lever tôt, rdv à 8h30 pour une interview avec des jeunettes de première qui souhaitaient  que je leur parle de notre association de cinéphiles (à 9h c'était fini)
mardi 3 (de Coulevon au Montmarin)
en partant à pied rejoindre Catherine qui m'emmènerait retrouver Marie, un moment, suspendu, de grâce, l'air doux, le soleil, le ciel bleu après les orages matinaux, quelque chose d'apaisé, qui m'a mis, sans raison, d'excellente humeur
mercredi 4 (l'Auditorium, à Lure)
assis avec Emma au premier rang, radieux, sur les deux derniers sièges vides qui n'attendaient que nous, pour assister au magnifique concert d'Albin de la Simone
jeudi 5 (dans ma cour)
j'ai photographié mon rosier qui a fait, hier, de la part de Manue, (et avec ma bénédiction), l'objet d'une tonte drastique (et je suis de nouveau allé le voir en revenant de l'anniversaire d'Emma)
vendredi 6 (dans la cuisine)
Pépin me fait un tour de magie bluffant en devinant que j'ai pensé à la dame de trèfle (bien sûr il y a un truc mais je ne sais pas lequel)
samedi 7 (Flunch Belfort)
pour notre repas de midi rituel annuel avec Marie (FAL oblige), la cafétéria était spécialement bruyante et remplie de gamins qui hurlaient (en se passant le relais)
dimanche 8 (à l'ordi)
une journée spécialement pluvieuse et déprimante, utilisée à chercher des solutions à des problèmes informatiques agaçants de carte réseau soit-disant défaillante
lundi 9 (sur le trottoir)
bien pensé à sortir le soir la poubelle à verre pour son vidage mensuel (découvert qu'elle contient, notamment, des bouteilles de champagne qui ne m'appartiennent pas a priori)
mardi 10 (au cinéma)
juste avant le contrôle des billets, une histoire complexe de monnaie à rendre entre Marie, Catherine, Véro et moi (comment rembourser la moitié de 5€ quand on n'a pas la somme correspondante)
mercredi 11 (à l'école)
apparition d'un très joli employé municipal barbu et souriant qui donne envie d'aller manger à la cantine du mercredi tous les mercredis
jeudi 12 (aux Sandales)
utilisé un chèque-cadeau pour acheter le dernier Jo Nesbø (La soif), et gardé l'autre pour le gros coffret de Manu Larcenet (78140 Vélizy) commandé ce même jour
vendredi 13 (FJT)
elle était seule de son espèce dans les bacs à couverts, cette petite cuillère au manche rose translucide, je l'ai prise, puis au moment de rapporter mon plateau, j'ai fini par la mettre dans ma poche (je l'ai volée, quoi)
samedi 14 (Bournel)
nous y déjeunons, (ciel bleu, soleil), avec Catherine -et Erika-  (formule entrée/dessert), sous le regard plus qu'attentif d'un gros serveur à l'obséquiosité condescendante
dimanche 15 (Le Haut du Tôt)
Catherine m'a emmené à ce "plus haut village des Vosges" pour Les sentiers de la photo, une expo en plein air,(ciel bleu, soleil) où nous avons la surprise de croiser Thierry G. avec sa petite famille
lundi 16 (du garage Renault jusqu'à la maison)
marché quelques kilomètres, (ciel bleu, soleil), avec à la main une enveloppe kraft A4 contenant, sous pochette plastique, la couverture de Télérama avec Vincent Macaigne, et l'interview d'icelui, découpés aimablement par Marie
mardi 17 (dans le bôô cinéma)
retourné voir en début d'après-midi Faute d'amour de Zviaguintzev (vu dimanche soir) pour ses très beaux plans d'arbres et de neige (et être sûr qu'il ne m'en manquait rien)
mercredi 18 (chez la voisine)
invité dans sa maison à boire une bière avant qu'elle ne parte en Inde (demain), j'en rapporte deux grosses courgettes que je cuisinerai en soupe ou farcies (vendredi)
jeudi 19 (sur les grilles)
l'unique rescapé des plants d'ipomée que je n'avais ni déraciné ni arraché a produit, ce matin, deux fleurs, (les dernières ?) haut et fort
vendredi 20 (en cuisine)
préparé pour Dominique (qui venait assister à la soirée d'ouverture de saison) un repas "tout courgette" : velouté courgette/vache qui rit, courgettes farcies, et gâteau chocolat/courgette
samedi 21 (à la Poste)
après avoir récupéré au guichet l'objet de tous mes voeux (l'Album Perec en Pléiade), pas pu m'empêcher d'éclater de rire devant un monsieur qui s'obstinait à payer son affranchissement à l'automate en pièces orange, sans comprendre que la limite admise était de 20 pièces
dimanche 22 (chez Zabetta)
invité à déjeuner en compagnie de Jean-Fran, qui a -visiblement- beaucoup apprécié la glace maison à la fève tonka (autant qu'il  abhorre la publicité)
lundi 23 (sur l'ordi)
c'est grâce à ce même Jean-Fran que mon problème récurrent de wifi par intermittence a été finalement résolu : mes deux adaptateurs  wifi étaient morts. Merci merci!
mardi 24 (au passage à niveau)
arrêté au feu derrière une voiturette sans permis, j'attend, quand se met à clignoter le feu annonçant que la barrière va se baisser, et voilà que le jeune kakou, qui fumait derrière moi dans sa voiture de kakou, fulmine soudain, fait vrombir son moteur, déboîte, franchit la ligne continue, nous double tous les deux, grille le premier feu (avant la barrière), franchit la voie ferrée, se rabat, grille le deuxième feu (après la barrière), et disparaît au loin, pendant que ladite barrière finit  placidement de se baisser (et je pense jeune con!)
mercredi 25 (devant la boîte aux lettres)
Le facteur qui m'a donné mon paquet "qui vient d'Angleterre" (avec une chemise en jean levi's dedans) portait lui aussi une chemise en jean levi's, la même que celle que je portais (mais en bien meilleur état, et j'ai eu envie de lui demander où il l'avait achetée...)
jeudi 26 (au local)
le jeu d'étiquettes fourni pour l'envoi de la programmation n'était pas le bon (et ce n'était pas de ma faute comme je l'ai cru d'abord!), et il a fallu, tâche plutôt fastidieuse, procéder étiquette par étiquette (enlever celles de ceux qui n'avaient pas réadhéré, écrire les adresses de ceux qui venaient de le faire), grâce au fichier-témoin que j'avais eu la bonne idée d'imprimer
vendredi 27 (Besançon)
plaisir(s) de remonter la grande rue avec Dominique avec à la main, dans un sac, mes 3kg  de Manu Larcenet, pour aller manger à l'Hermitage, avant d'aller deux fois au cinéma puis à la Rodia pour le concert de Rodolphe Burger...
samedi 28 (à l'Auditorium)
Je suis monté sur la scène, en compagnie d'Hervé, Pépin et Coralie, pour les sélections du Jeu des 1000 euros, mais je n'ai même pas réussi la première épreuve
dimanche 29 (heure d'hiver)
Mon réveil marquait 6h et quelques (j'avais changé l'heure avant de me coucher), la pendule dans la cusine et l'horloge du thermostat marquaient 7h et quelques (ancienne heure), mais, bizarrement, mon ordi annonçait 5h et quelques, et était donc passé, lui, à l'heure d'été... (il commence à m'inquiéter un peu)

lundi 30 (chez Dominique)
Tandis qu'elle se débat avec son nouveau téléphone, je découvre que l'affichage du mien a soudain perdu ses couleurs, et n'affiche plus qu'en noir et blanc, (pardon, en bleu et blanc)

mardi 31 (FJT)
l'amitié, c'est aussi ça : prendre le temps de regarder aavec attention les photos de Nantes de Marie, dont on comprend qu'elles lui tenaient à coeur, alors qu'on perçoit du coin de l'oeil que derrière, au bar, se tient un festival de culs de travailleurs particulièrement riche.

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lundi 30 octobre 2017

ce qui (me) passe par la tête

des images, tiens, pour fêter le passage à l'heure d'hiver...

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logan lucky

 



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samedi 28 octobre 2017

monument (aux morts)

169
AU REVOIR LA-HAUT
d'Albert Dupontel

Ce mec-là je l'aime énormément. Acteur, réalisateur aussi, responsable de quelques bonheurs cinématographiques dans un cas comme dans l'autre (Bernie, 9 mois ferme, Les premiers les derniers, Fauteuils d'orchestre, Le bruit des glaçons...). Là, il était attendu au tournant. Je n'avais pas lu le bouquin de Pierre Lemaitre (dont j'avais pourtant adoré les polars, et surtout Travail soigné que je recommande encore une fois -merci à Pépin qui me le fit découvrir-), parce que 1) roman historique et parce que 2) Prix Goncourt, deux raisons suffisantes pour moi. Mais voilà que j'avais trouvé le roman il y a peu de temps à Emmaüs, et que, grâce à une formidable insomnie, à 3h du matin, j'en ai lu cette nuit  les 100 premières pages, juste de quoi avoir encore plus envie de m'y précipiter (ce que n'avait pas forcément provoqué la bande-annonce...).
Donc j'y étais ce mercredi, dès la première séance, et qui plus est en compagnie de Catherinechounette, ce qui ne pouvait que me rendre encore plus joyeux. Et on était, bizarrement, dans la plus petite salle du bôô cinéma, mais qu'importe!
Ca commence par un truc qui n'est pas dans le roman (en tout cas pas à la même place, je n'ai pas encore lu la fin) : le personnage de Dupontel, au Maroc, arrêté par les policiers locaux et sommé par leur chef de raconter son histoire (parenthése d'ouverture qui aura sa jumelle -de fermeture donc- de la même manière à la fin du film) Et nous voilà partis, début novembre 18, dans les tranchées, tout comme dans le livre.
Bon, ne nous taisons pas plus longtemps, j'ai vraiment beaucoup beaucoup aimé ça, de a jusqu'à z. La double dédicace du film ("à Alain de Greef" et "à Marcel Gotlib" pourrait orienter le spectateur mu (c'est celui qui vient juste après le spectateur lambda, un petit cran au-dessus, quoi) vers l'option "on va se poiler" alors que non non pas vraiment (j'ai même versé ma larmichette oui oui). Et en parlant de se poiler, il y a peu de lettres de différence avec spoiler (j'avais écrit spolier, ça fonctionne aussi), alors je n'en dirai pas trop. Ceux qui ont lu le bouquin joueront au jeu des différences, et ceux qui ne l'ont pas lu le découvriront avec un grand bonheur, que je ne voudrais pas gâcher.
C'est donc un film en costumes (1918/1920), qui parle de la guerre, de ce qui arrive pendant, et après. Avec un budget gigantesquement confortable. Et Albert Dupontel (qui filme désormais dans la cour des grands) confirme qu'il est un homme sensible, et de goût qui plus est. Il a eu la bonne idée de s'adjoindre les talents de Nahuel Perez Biscayart, fraîchement ressuscité de 120 bpm, en tant que compère du personnage qu'il joue. Et rien que ça ça fait du bien, du encore mieux au film. J'ai déjà dit à plusieurs reprises combien je l'aime et combien il me touche, ce maigrichon touchant, et là, il est toujours aussi bien, à ne s'exprimer la plupart du temps que par les yeux (qu'il a très bleus) sous des masques divers (qui ont -hélas- fait chichiter le critique de Libé ("le film s’encroûte inexorablement en une lourde sarabande de masques percés de regards effarés, emblème d’une folie contagieuse que le film entend d’un même mouvement propager et dénoncer en une sorte de vrille qu’il voudrait vertigineuse."). Tsss*
C'est aussi un film qui fonctionne, qui remplit son contrat (l'adaptation d'un roman "historique", Prix Goncourt, de plus de 600 pages). Courageusement. Et on lui pardonne les à-peu-près, les un-peu-trop, qu'on voudra bien lui trouver, vu l'énorme plaisir de spectateur qu'il procure. Du vrai bon plaisir de spectateur au cinoche (le lieu du simulacre, de la fascination, des faux-semblants, dela poudre aux yeux).
C'est aussi -encore- un film qui parle du rapport au père (Niels Arestrup, immense), et ceci ne pouvait que me toucher davantage (la confrontation finale entre les deux, quand elle se joue juste avec les yeux, me bouleverse complètement.
Moi, si j'avais des réserves, ce serait à propos du méchant du film, du méchant très méchant qui est tellement méchant qu'il n'a pas le temps ou la place d'être autre chose qu'une caricature de méchant, un genre de loup de Tex Avery, quoi, mais qui a peut-être l'avantage fonctionnel de resituer le film dans le contexte du film de genre, du comic, du feuilleton. Entre mélo hyper-réaliste léché et bande dessinée grinçante façon Tardi (oui, j'ai pensé par moments, je ne sais pas pourquoi, à Adèle Blanc-Sec).
Un grand bravo donc à Monsieur Dupontel et à toute son équipe (et au générique, ils sont quasiment autant que sur celui de Blade Runner 2049, c'est dire...)
Je réalise que j'ai voulu faire vite, publier ce post tout de suite, à peine sorti du four ("démoulé trop chaud" ?), et qu'il y a plein de choses dont je n'ai pas parlé (j'y reviendrai peut-être plus tard). Je voulais juste vous dire "allez-y!"

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(et je trouve l'affiche justement magnifique -et, évidemment, magnifiquement juste!)

* ce même critique a pourtant dit le plus grand bien des films de Macaigne, Cantet, et Ferreira-Barbosa...

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vendredi 27 octobre 2017

sniper!

167
UNE FAMILLE SYRIENNE
de Philippe Van Leeuw

J'avais oublié que c'était un film belge... Il ne passait plus que dimanche soir, alors j'y suis allé. Un quasi-total huis-clos (à peine quelques minutes, furtivement, dehors), dans un appartement, en Syrie. L'appartement d'Oum Yazam, (jouée par Hiam Abbass, qu'ici on adore toujours autant...) une maîtresse femme qui y héberge non seulement sa famille (ses enfants, son père, un copain de sa fille aînée) mais aussi d'autres gens (une femme qui s'occupe du ménage, un couple de voisins du dessus, dont l'appartement a été en grande partie détruit). L'appartement est grand, et la caméra le fait souvent paraître labyrinthique. Le spectateur va y vivre une journée, en compagnie de ses occupants. Un jour dans un appartement d'un pays en guerre. La guerre est omniprésente, mais restera la plupart du temps hors-champ.
Le coeur de l'appartement est la cuisine, où tous ont consigne de se réfugier en cas d'alerte, en un huis-clos encore plus resserré que celui de cet appartement dont la porte est dûment barricadée. Protection un peu illusoire, mais protection quand même. Le film s'ouvre, le matin, sur le jeune couple dans sa chambre, et se refermera, le soir, sur un gros plan silencieux (magnifique) du grand-père qui fume, les yeux dans le vague. Et le hors-champ.
Entre ces deux moments se seront passées beaucoup de choses, des moments quotidiens, toujours dans un état de tension "habituelle" (la guerre), et d'autres parfois touchants (la vie, simplement) parfois inquiétants, parfois terrifiants, insupportables même. Le film laisse en état de choc.
Ce jour-là est passé, et d'autres suivront. Et l'angoisse est toujours là. Et c'est intolérable de se sentir ainsi pris en otage, perpétuellement, au coeur de cette saloperie de guerre, imbécile, absurde, insensée.
Le film est fort, dense, et ne laisse que peu de place à l'espoir... Un film très tenu, tendu, qui nous assigne à notre place d'observateur impuissant, désarmé (mais n'est-ce pas ainsi que devraient l'être, tous ces connards de belligérants ? L'homme est con par nature, il suffirait peut-être de le désarmer simplement pour le rendre inoffensif ? Même pas sûr...), comme le sont, sous nos yeux, les habitants de ce logement, et, par extension ceux de tout ce pays.
La situation est un peu similiaire à celle de Dégradé, le film des frères Nasser, qui dressait le même genre de constat (huis-clos) dans un salon de coiffure, mais en Palestine cette fois. Avec la même violence hors-champ, mais je trouve cette Famille syrienne encore plus fort, parce que moins théâtralisé, plus brut, plus "réel". Moins "visiblement" théorique...
Et j'aime beaucoup ce thème récurrent du regard, tout au long du film, qui va vers le dehors, à travers ces rideaux ocre jaune (j'avais écrit jeune)... L'espoir ?

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(et l'affiche est simplement magnifique je trouve)

 

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woman on the beach

168
NUMERO UNE
de Tonie Marshall

J'ai fini par y aller, la deuxième semaine (en principe nos films n'ont la chance d'y rester qu'une seule, sauf les sorties nationales), car mes maies Emma et Dominique m'en avaient dit toutes les deux beaucoup de bien, et je les ai donc écoutées.
L'histoire d'une femme Emmanuelle Blachey (Emmanuelle Devos) à qui on offre l'opportunité - oui, c'est bien dans ce cas précis une opportunité...- de devenir la première femme pédégette d'une entreprise du CAC 40. Hervé, bien plus au fait (et au faîte) de l'actualité historico-économico-politico de notre pays m'a tout traduit à la sortie, aussi bien les acronymes des entreprises que les patronymes des gens impliqués. Mais le film se voit très bien sans savoir tout ça.
D'ordinaire les histoires de haute politique et ou haute finance m'inintéressent. Emma m'avait rassuré en disant que le point de vue humain était privilégié. Le film tourne (gravite) autour d'Emmanuelle Devos (j'ai toujours beaucoup aimé cette dame), qui occupe déjà de hautes fonctions au début du film, dans un monde de buildings-miroirs où s'assemblent des gens en costume-cravate (de façon écrasante du genre masculin) pour parler de gros sous et préparer d'autres rendez-vous pour d'autres réunions pour d'autres plus gros sous encore. Mais dans cet univers de prédateurs encostardés, quelques femmes ont la volonté de planter leurs jolies dents pointues dans de viriles anatomies pour récolter leur part du bifteck.
Notre héroïne est contactée par un "club de femmes" (avec à leur tête la divine Francine Bergé -me sont instantanément revenus en tête de quasi-émois érotiques adolescents à l'écoute de sa voix quand elle jouait La belle jardinière, tous les soirs à la télé en noir et blanc sur la première chaîne- qui lui propose de l'aider dans son accession au poste de pédégère en remplacement d'un vieux mourant après la succession duquel jappent déjà de multiples prétendants. Et nous sommes donc dans l'arrière-cuisine des bagarres intestines en vue de cette nomination, et ça n'est pas joli joli. On voit passer du beau monde : Suzanne Clément, Richard Berry, Benjamin Biolay, Anne Azoulay, Bernard Verley, Jérôme Deschamps, qui vont se battre, fleurets mouchetés, champagne, soirées fastueuses, ors de la République, arcanes du pouvoir...
C'est la guerre, mais Tonie Marshall reste concentrée (focalisée) sur le personnage d'Emmanuelle Devos, qu'elle dote d'une famille cinématographiquement (et humainement) forte : un père vieillissant (Sami Frey, très Chat du Cheshire), une mère disparue en mer, un mari américain, deux enfants pas du tout idéalement beaux. Et on s'intéresse du coup davantage à elle qu'à ce qui peut bien lui arriver, finalement (qui fait penser à la chanson de Cloclo Ca s'en va et ça revient...).
Et j'aime beaucoup cette rêverie périphérique qui sous-tend son existence, de plage, de femme et d'eau. Ce contrepoint formel et fantasmatique qui fait même citer un plan sublime de La nuit du chasseur, oui oui...

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Un film, donc, plaisant dans ce qu'il peut avoir de surprenant (d'inattendu) encore plus que dans la qualité générale de son interprétation (une pensée spéciale pour Benjamin Biolay, parfait).

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mercredi 25 octobre 2017

touché un nerf

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MARVIN OU LA BELLE ÉDUCATION
d'Anne Fontaine

C'était notre Soirée d'ouverture de saison, et Mars distribution avait très gentiment accepté de nous confier, très en avant-première (le film sort dans un mois) le film d'Anne Fontaine -je crois me souvenir qu'on a déjà fait par le passé une soirée d'ouverture avec un autre film d'Anne Fontaine, avec Danielle Darrieux me semble-t-il- qu'Hervé avait vu (à Cannes ?) et que j'avais très envie de voir, au simple énoncé du générique : Finnegan Olfield, Grégory Gadebois, Vincent Macaigne, Catherine Mouchet, Charles Berling, isabelle Huppert... Waouh!
Lointainement adapté (c'est la réalisatrice qui le dit) de Pour en finir avec Eddy Bellegueule (que je n'ai pas eu envie de lire, les histoires de garçons sensibles en milieu défavorisé ne me tentant pas plus que ça -j'ai eu la mienne merci ça m'a suffi-..) le film raconte l'histoire de Marvin Bijou, un gamin qui souffre de brimades et harcèlement(s) au collège et de pas beaucoup mieux en famille (entre indifférence et agression) parce qu'il est efféminé. Le vilain petit canard, au pays des bourrins (Jules Porier, qui l'incarne, est absolument magnifique). Anne Fontaine a l'excellente idée de ne pas respecter la chronologie  en nous présentant, dès le début, un Marvin (jeune) adulte qui se prépare à entrer en scène...
Elle a pris l'enfant du roman  et lui a fabriqué un avenir, via une série de rencontres (une principale attentive -Catherine Mouchet, divine -, un prof de théâtre impliqué -Vincent Macaigne, émouvant-,  un protecteur attentionné (Charles Berling, superbe), une actrice bienveillante -Isabelle Huppert, "dans le rôle d'"isabelle Huppert"- des portes successives qu'on ouvre ou qu'on entrouvre (ou qu'on déverrouille) pour réussir à trouver une manière de s'en sortir. De se trouver, oui, de se construire. Que marvin Bijou devienne Martin Clément.
Marvin découvre un jour, par hasard, le pouvoir qu'il a de dire, de jouer, d'exprimer "physiquement" ce qu'il vit, de mettre en scène les mots de ses proches. (une famille "haute en couleurs", des prolos, des vrais, qui pourrait évoquer, tiens, celle des Groseille dans La vie est un long fleuve tranquille : un père massif, tonitruant, chômeur -télé, pastis, clope- (saluer ici la performance sidérante de Grégory Gadebois qui l'incarne, avec une incontestable démesure réaliste -un réalisme démesuré ?- et qui  module ce personnage pittoresquement casse-gueule en réussissant à le rendre, oui, émouvant), une mère "brave", qui se définit comme "une bonne pondeuse", une  femme simple, aimante (Catherine Salée compose elle-aussi un personnage très attachant), sans chichis, et des frères et soeurs un peu plus sommairement esquissés). Marvin va prendre progressivement ses distances, en intégrant une section théâtre, puis en vivant sa vie d'étudiant théâtreux, et en "montant à Paris" avec le voeu, tenace, de monter sur scène pour faire son  one-Ma(rvi)n-show. Chose qu'on sait, dès la première image du film, qu'il a réussi à faire. Et qui rend donc plus aisé de voir la suite du film. Car la vie de Marvin/enfant n'est ni rose ni facile, il faut le reconnaître.
L'histoire, racontée "normalement", platement, aurait été sans intérêt. Ce qui est extraordinaire, c'est la manière dont c'est raconté, c'est le travail réalisé sur la chronologie, le brassage des époques des moments et des gens, qui les fait tous exister davantage, parce qu'en écho, en reflet, ou en opposition., et implique d'autant plus le spectateur. J'aime qu'il soit ainsi question d'homosexualité de cette façon, j'ai trouvé ça très très juste, surtout en ce qui concerne Marvin enfant, le rapport ambigu entre la servitude et le désir (le tortionnaire rouquin), la fascination naissante pour le corps masculin, le fait d'être catégorisé "pédé" avant même de savoir ce que c'est, la façon d'être, et c'est le moment où, à mon sens, le film est le plus fort et le plus juste. Et le jeune Jules Porier y est pour beaucoup, je le redis.
Finnegan Oldfield prend parfaitement le relais (je réalise que je ne l'ai pas encore vraiment mentionné depuis le début du post), avec peut-être un je-ne-sais-quoi de moins (c'est Pépin qui me l'a fait remarquer l'autre soir et je me dis qu'il a sans doute raison), un infime décalage dans le jeu (c'est peut-être, justement, cette part de Marvin-enfant que l'adulte a perdue ?) mais bon je chipote, c'est aussi le rôle qui veut ça (c'est vrai que je l'ai tellement aimé déjà, auparavant, que ce soit dans Nocturama, Réparer les vivants, Ni le ciel ni la terre ou Les cow-boys..).
Un beau film, de belles performances d'acteurs, de beaux moments d'émotion (ah Vincent Macaigne qui se met à pleurer...), les spectateurs semblaient contents à la sortie, oui c'était une belle soirée d'ouverture de saison

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jeudi 19 octobre 2017

rubalise

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FAUTE D'AMOUR
de Andreï Zviaguintsev

"On pourra, évidemment, contester à Zviaguintsev le droit de flanquer ainsi, sans se décourager, des baffes répétées à ses compatriotes (et à nous, à l’occasion). Mais on ne saurait nier qu’elles claquent sec et fort. Et qu’elles visent juste." Télérama

Oui, je cite Téléramuche, parce que ça me parait très juste et très vrai. Frappant. Cinglant. Une sacrée paire de baffes, oui. J'avais plusieurs échos très enthousiastes (Jean-Luc, Catherine, Zabetta), et je ne peux que joindre ma voix aux leurs. Faute d'amour est un film fort ET un grand film. Glaçant par ce qu'il raconte (normal, c'est russe) autant que  sidérant par la façon dont il le montre (normal c'est Zviaguintsev).
Les plans d'ouverture donnent le ton (arbres, neige, eau... Elena, d'ailleurs, ne se terminait-il pas sur un plan d'arbre ? A vérifier) avec personne (sans personne ?) en leurs cadres somptueux (Mais que veut-il alors nous dire, en slience ? se demande-t-on, on comprendra plus tard...) où va, juste après un plan de sortie d'école, venir prendre place un enfant. Un enfant ordinaire, nous dira d'abord le plan d'ensemble, qui n'y prête pas plus attention qu'aux autres. C'est Aliocha, un blondin d'une dizaine d'années, qu'on retrouvera d'abord avec les arbres la neige et l'eau, puis dans sa chambre, assis à son bureau face à la fenêtre, avec un plan (pour moi sublime, ceux qui me connaissent comprendront) avec des gouttes sur les vitres (les plans à travers cette même fenêtre, en travelling avant,  reviendront rythmer le film à plusieurs reprises).
Sa chambre, dans l'appartement de ses parents qui ont transformé le lieu en zone de guerre : ils sont en train de divorcer et ça donne lieu à des échanges hargneux, amers, méprisants, au milieu desquels Aliocha est en même pris en otage, mais, paradoxalement,  ignoré, considéré par ses belligérents de parents comme quantité négligeable, dommage collatéral. (Ce dispositif m'a fait penser à un film roumain dont je ne retrouve plus le titre, où un appartement devenait, au sens propre, un champ de bataille... Papa vient dimanche, non ? sauf que'en Roumanie, le papa aimait sa fille.)
Pas comme ici. C'est terrifiant d'être aussi peu (aussi mal) aimé. D'autant plus que chacun des parents a déjà commencé à refaire sa vie ailleurs (le père a mis une jeunette enceinte, et va donc l'épouser, et reproduire ce qu'il a fait avec sa première épouse ; la mère, elle, a trouvé un homme qui visiblement a les moyens -et la maison qui va avec- riche ? nouveau riche ? qu'importe...) et que le gamin, comme l'appartement qui va être vendu, fait désormais partie d'un passé dont aucun des deux parents ne souhaite, visiblement, s'encombrer.
Ne pas en dire davantage sur la situation, sinon que le cinéaste va faire opérer au récit un  demi-tour au frein à main, mettant les personnages (et le spectateur) dans une position inattendue, et suivant consciencieusement cette piste, quasiment jusqu'au bout. Presque, oui,  avant que de nous abandonner, de nous éjecter du récit, tout seuls en plein hiver au bord de la route et dans le froid, sans pitié ni attendrissement.
"Est-ce qu'on va être heureux?" s'interroge la nouvelle épouse du père. Non, semble répondre le réalisateur. C'est sans espoir et c'est la guerre, la guerre partout et tout le temps, en Ukraine, au journal télévisé, dans l'appartement, dans la famille, dans la vie tout court. Et des victimes, cette guerre va continuer à en faire.
Et le réalisateur réussit, encore une fois, la prouesse de mettre ce récit aigre en images somptueuses. La musique est à l'image du film. Puissante. Chaque plan est méticuleusement construit, pensé. Les derniers sont à tomber. Un regard-caméra qui nous glace et nous émeut, une photocopie décolorée, et la boucle est bouclée en revenant aux arbres à la neige et à l'eau du début, avec une insistante (intriguante ?) contreplongée finale.
Un grand film qui m'a particulièrement touché.
(Et j'adore la voix d'infra-basse du flic).
(Top 10)

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