jeudi 24 janvier 2013

white cake

DJANGO UNCHAINED
de Quentin Tarantino

Dans la catégorie "Y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis", je voudrais le fils (ou plutôt huhu le grand-père !) : moi en l'occurence. Oui oui, j'assume : j'y allais en traînant des pieds, presque en ronchonnant, répétant entre mes dents à qui voulait bien l'entendre que Tarantino n'était qu'un faiseur, un réalisateur très surestimé, (bon, en recherchant sur le blog, je me rends compte qu'en août 2009, pour chroniquer Inglorious bastards, j'avais commencé exactement de la même façon, et qu'en plus, déjà, j'écrivais Tarantino un coup avec e et un coup avec a... bon tant pis, je continue...) et que, bon, ça va vu que c'était la dernière fois que ça passait en VO dans le bôô cinéma (3 séances, pour la semaine, quand même!)  et que j'avais dit à Marie que je l'invitais (on était mardi, hihi) à cette séance de 17h, on allait voir ce qu'on allait voir non mais... (J'étais prêt et tout disposé à ne pas aimer.)

Et le film a commencé.

Et je me suis pris comme qui dirait une énorme claque. Mais alors une maousse comme on n'en prend pas souvent cinématographiquement, une qui vous envoie valdinguer sur votre siège avec la tête qui rebondit plonk plonk! (comme disait mon père avec l'accent "que le mur il t'en renvoie une autre..."). Ca a commencé assez vite. Une poignée de secondes ou de minutes, juste le temps que je me dise en ricanant ah ah que je n'aimais pas cette vieille musiquasse de western, et qu'alors apparaisse à l'écran Christoph Waltz,qu'il prononce ses premiers mots, pfiouh! le feu aux poudres était mis, comme si j'avais été attaché sur un gros feu d'artifice et qu'on venait d'en allumer la mèche sous les fesses pour me propulser dans la stratosphère. On dit "jubilatoire" on dit "que du bonheur" et le pire c'est que c'est vrai! Je me suis très vite penché vers Marie pour lui dire "c'est merveilleux..." et après je n'ai plus rien dit, tellement je bavais de joie. Oui, littéralement. Que ce soient les acteurs, les personnages, l'histoire, le montage, les cadrages, les dialogues, tout, tout, me ravissait, et je ne cessais de me répéter que cela faisait longtemps que je n'avais pas pris devant un film un plaisir aussi intense et constant, sans aucune restriction.
Déjà, en premier, le bonheur de voir Waltz dans un personnage diamétralement opposé à celui qu'il avait dans Inglorious Bastards (que j'avais déjà adoré, ô béotien à la mémoire courte que je suis). Autant il m'avait terrifié dans le précédent, autant dans celui-ci (il joue un chasseur de primes camouflé en dentiste itinérant) il est drôle, sympathique, tendre, touchant, et tout et tout. Mais toujours aussi éblouissant. Ce mec est fabuleux, il n'y a pas d'autre mot.
Donc le chasseur de primes en question, dans la première scène du film, recherche un esclave nommé Django, pour le racheter à ses propriétaires actuels, qui ne sont pas tout à fait d'accord, mais tout va s'arranger à l'amiable à coups de flingues, on est dans un western ne l'oublions pas, et Quentinou va s'y employer aux petits oignons. Des flingues, va y en avoir, et aussi toutes les figures imposées du western (le saloon avec les portes battantes, le shérif avec l'étoile, le marshall avec la loi derrière lui, les gros cons du KKK avec des cagoules avec les trous pour les yeux, etc.) vont ainsi défiler, mais assaisonnées à l'incomparable sauce de Mister T.
De la violence mais "distanciée", de l'humour, des dialogues qui sifflent aux oreilles encore mieux que des balles vicelardes, et surtout le couple de potes Waltz/Foxx, plus vrai que nature... tout, je vous dis, tout fait mouche et contribue à l'indiscutable et roublard bonheur cinéphile qui vous envahit. Les deux lonesome cowboys (black and white) deviennent potes, et l'un propose à l'autre une association "jusqu'à ce que la neige fonde" (ce qui nous donne l'occasion de nous faire un p'tit plan Jeremiah Johnson...). Et cataclop cataclop (et pan pan pan , faut bien croûter) les voilà partis dans les grands espaceueueus immaculés (palcer là une voix virile de chanteur et la guitare qui l'accompagne).
Mais tout ça n'est, finalement, que l'apéro, les amuse-gueules, avant le plat de résistance, la deuxième partie du film, la rencontre de nos deux gentils (un white, un black) avec les deux méchants d'en face (Di Caprio, le white, de prime abord sucré comme un chamallow qui se révèlerait ensuite fourré à l'arsenic, et Samuel Jackson, le blackos, qui s'est fait la tête d'Uncle Bens mais qui est vraiment une saloperie de saloperie). Car Django veut récupérer sa petite femme qui a été vendue, justement à Mr Candie (Léonardochounet, stupéfiant dans la largeur du spectre de son interprétation). Et ça va saigner grave, vous l'imaginez bien... Vous ne pouvez pas manquer le début de cette "deuxième partie" : il y a un combat à mains nues entre mandingues, auquel Di Caprio assiste avec une joie enfantine comme vous vous seriez à Guignol (moi j'ai tourné la tête mais pas tout de bol, c'est dans la bande-son qu'on entend le bras qui casse.)
Donc nos amis réussiront-ils à ramener la merveilleuse épouse de Django ? vaincront-ils les manigances du diable blanc et du serpent noir ? Qui mourra-t-y , Qui mourra-t-y pas ?
Vous le saurez au bout de quelques centaines de balles et de quelques hectolitres de sang...
Quelle merveille ce film qui additionne l'hommage à Django (le même, joué par Franco Néro dans les années 60 et quelques, figurez-vous que je l'ai vu quand j'étais petit! si si! je vous raconterai, sur ce coup-là, j'ai vraiment pas fait exprès) et, disons,  la case de l'Oncle Bens Tom, en réglant ses problèmes avec l'escalavagisme comme il l'a fait auparavant avec le nazisme.
Je suis vraiment, vraiment, admiratif. Figurez-vous que je vais probablement me décider à voir Kill Bill 1 et 2 (faut bien, puisqu'il nous annonce le 3 et le 4 comme prochain opus!)

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(Top 10, sans hésiter une seconde)

 

 

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mardi 22 janvier 2013

neige et re

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samedi 19 janvier 2013

voeux

c'est grâce à Jean-Robert que je peux vous présenter mes voeux (il n'est jamais trop tard), sous forme d'une élégante variation typographique (et dire que je n'y ai même pas pensé tout seul!)

en deux temps :

 

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là, on lit l'année, normal...

mais il suffit que le 3 final se déplace légèrement vers la gauche...

et on ne lit plus du tout la même chose...

 

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(mmm j'adore!)

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un shilling pour le gaz

THE DEEP BLUE SEA
de Terence Davies

Inespéré.
Je pensais ne plus jamais pouvoir le voir, et voilà que le Festival Téléramuche le sort hop! de son chapeau. Terence Davies fait partie de ces cinéastes rares que j'apprécie tout particulièrement (une poignée de films superbes, découverts dans les années 80, Distant voices still life, The long day closes, puis The neon bible, désormais introuvables -en tout cas pas honnêtement) et que j'ai eu donc plaisir à retrouver ici.
Les films de Davies avaient ceci de reconnaissable qu'ils étaient anglais, qu'ils parlaient de famille(s), de "petites gens", plus ou moins heureux, mais surtout qu'on y chantait régulièremement. ici aussi, il ya de "petites gens", du malheur et des chansons. Mais pas que.
Dans un Londres du début des années 50 plus vrai que nature, on va suivre en quelque sorte la journée d'une femme, amoureuse d'un homme (son amant) qui ne l'aime pas vraiment, et aimée d'un autre (son mari) qu'elle n'aime pas vraiment. L'éternelle "chaîne" tchékhovienne. C'est l'adaptation d'une pièce peut-être un peu surannée (son mari est juge, son amant est ex-pilote de la RAF, elle est lady mais préfère se faire appeler par sa logeuse du nom de son amant), la guerre est encore présente, ou plutôt a laissé partout de nombreuses traces, et ce petit théâtre cruel des sentiments - le fameux je t'aime moi non plus en quelque sorte - en résonne encore plus virtuosement.
C'est un film féminin, parce qu'il s'organise vraiment autour de ce personnage central (joué superbement par Rachel Weisz) mais surtout qu'il bourdonne autour d'une problématique (l'amour, le désir, les attentions, le plaisir physique) que les hommes (ces gros ballots ou gros bourrins, au choix) ne seront jamais à même d'appréhender complètement (c'est comme la lune, ils ne peuvent jamais en voir qu'une face à la fois). C'est bien connu qu'en général, quand on parle d'amour, les hommes pensent avec un organe qui n'est pas vraiment prévu pour ça au départ, celui qu'ils tiennent entre leurs doigts quand ils vont pisser, tandis que les dames se servent à ce moment, indifféremment et simultanément de leur cerveau mais aussi de leur petit coeur.
C'est so british (le thé, la logeuse, la mère du juge, le pub, la bière, le radiateur à gaz où il faut mettre des pièces, le flegme, le quant-à-soi) et donc so delicious, avec cette image récurrente d'une femme qui fume à sa fenêtre (et de son reflet aussi, donc), coincée entre ses deux reflets masculins de l'amour aussi, celui, quasiment paternel et cosy, que lui offre son nounours de mari, et celui, physique,  si inconfortable mais si intense  qu'elle tente d'extirper à son beau gosse d'amant.
Tout ça filmé avec une extrême élégance (la présence de la musique est toutefois peut-être un peu trop excessive pour en souligner le caractère mélodramatique, comme le pensèrent certains à la sortie quand nous discutâmes), et j'apprécie particulièrement la structure cyclique du film (qui s'ouvre par un travelling vertical ascendant jusqu'à la fenêtre de notre héroïne, et se clôt par un travelling descendant depuis la même fenêtre)ainsi que sa subtile construction temporelle. L'interprétation (j'ai déjà parlé de Rachel Weisz est parfaite (non seulement les trois acteurs principaux, mais n'oublions pas la logeuse, le voisin médecin, et l'exécrable mère du mari, qui condense en elle-seule tout ce que le terme de "belle-mère" peut avoir de cassant et de détestable.)
Et j'avoue avoir une tendresse toute particulière pour l'avant-dernière scène, dite du "cirage des chaussures", où se joue quelque chose de particulièrement intense, même si totalement retenu (oh le bruit de la brosse sur les chaussures, oh les larmes qui brillent dans les yeux du jeune homme, oh les pauvres  mots, oh la porte qui se referme sans un dernier regard).
Magnifique.

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vendredi 18 janvier 2013

micro113

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j'ai assez mal dormi, à cause de ma nouvelle couette

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"nu comme un verre"
(dans un polar)

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La mamie, revenant, des bananes à la main,
auprès de son mari, resté près du caddie
plein à ras bord :" Et ça, j'en avais déjà pris ?"

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les ciseaux se prêtent très bien au découpage de la viande crue

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"j'avais la testostérone au taquet"
(un correspondant)

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le gros sel fait crépiter la neige durcie
(ou peut-être est-ce l'inverse ? )

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"(il) se trimballe la nouille à l'air et le cerveau en vitrine"
(un critique d'un disque de rap)

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dix ventes en quatre jours!
(le plaisir d'avoir plus de 60€ à dépenser)

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 ciel bleu et toits enneigés de carte de voeux

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petit, je disais géolier, comme on dit géomètre (ou géographe)

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 la neige cétacé

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jeudi 17 janvier 2013

pourquoi, y a un problème ?

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mercredi 16 janvier 2013

just a fucking business

COGAN : KILLING THEM SOFTLY
de Andrew Dominik

Bonne surprise : voilà que ça passait pour quelques séances en vo dans le bôô cinéma (alors qu'on n'avait même rien demandé!) j'y suis donc allé (s'il n'était passé qu'en vf je n'aurais pas bougé!). Andrew Dominik, c'est (j'ai cherché en sortant du ciné) le monsieur qui a réalisé L'assassinat de Jesse James par le lâche dont j'ai oublié le nom, qui est quasiment au western ce que ce film-ci est au polar : une quintessence, un exercice de style, une métaphore (plus ou moins) roublarde.
On y retrouve Brad Pitt, qui passe ici du rôle de tué à celui de tueur. Un tueur "propre" engagé pour venir faire le ménage sur una sale affaire de braquage par deux idiots coachés par un à peine moins (idiot) d'un tripot clandestin dont la paricularité est que son gérant a eu, quelques temps auparavant, la mauvaise idée d'organiser son propre braquage (par deux autres idiots). Deux fois de suite, ça fait désordre, et il faut donc y en mettre un peu (de rordre).
Le film est un peu longuet à démarrer parce qu'il faut expliquer tout ça. c'est un film qui parle énormément (mais j'adore ça) avec quelques pics de tension, régulièrement (le braquage étant le premier temps fort).  Brad Pitt est très bien (il ne nous la joue pas du tout beau gosse), mais il est entouré d'une distribution (pas la peine de préciser "masculine", il n'y a pratiquement que ça, à part une pute dans une chambre d'hôtel me semble-t-il) tout à fait à la hauteur : Richard Jenkins en comptable mafieux réprésentant des "on" et des "ils", James Gandolfini (mon armoire à glace préférée) sublime en tueur alcoolo et dépressif, Ray Liotta en souffre-douleur (il a pris quelques heures de vol, lui, depuis le temps ou il jeunepremiérait et sexsymbolait...)
Un vaste règlement de comptes, donc, et un film plus que plaisant. Non seulement  les dialogues sont délicieux, mais la bande musicale a été soignée, ainsi que l'intervention judicieuse, à intervalles réguliers d'écrans de télévision qui parlent de politique américaine (on assiste ainsi  entre autres aux discours du sénateur Obama), histoire de bien casser l'ambiance. festival de tronches, dialogues au cordeau, montage plus que malin. Du grand art, donc.
Qu'en restera-t-il alors ?
Trois scènes : une de tabassage,mémorable,  hyper et complaisamment violente (je me cachais un peu les yeux en disant "c'est du cinéma! c'est de l'humour! c'est du deuxième degré!" en pensant à Killer Joe), une seconde, délicieuse, de championnat du monde des faux-raccords, entre Pitt et Gandolfini, à base de verres de bières et de vodka-machin, et une autre, enfin, magnifique,de meurtre (d'une bagnole à l'autre) filmée au ralenti, qui est une des plus belles scènes de meurtre que j'ai vu(e) au cinéma...
Sans oublier cette fameuse dernière phrase de Pitt "America is not a country, it's just a fucking business!"

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mardi 15 janvier 2013

les misères de lisbonne

LES LIGNES DE WELLINGTON
de Valeria Sarmiento

J'en sors, encore décoiffé par le souffle de l'Histoire er le vent des boulets. C'est que ça ne rigole pas, au Portugal, au début du XIXème, quand les troupes françaises (commandées par Masséna) projettent de l''envahir (le Portugal, justement) tandis que les troupes anglaises, commandées par Wellington, aidées des autochtones,s'y opposent. Wellington, qui a donné son nom aux fortifications du même nom (qui donnent  au film son titre) mais également à une délicieuse recette de boeuf en croûte (d'ailleurs donnée dans le film, et que j'essaierais bien).
Wellington c'est John Malkovich, et Masséna c'est Melvin Poupaud, mais on verra aussi passer en coup de vent Piccoli, Deneuve, Huppert, Mastroianni - Clara - (juste pour le plaisir, dirait-on) dans cette histoire de guerre et d'amour(s), de stratégies et de mystifications, de coups-fourrés et d'altercations, de bottes secrètes et de révélations, où s'entrecroisent, en plus des "famous people" les destins d'un certain nombre de "petites gens" (bien plus intéressants à suivre d'ailleurs, parce que peut-être, justement moins esquissés).
Le fait que les portugais parlent parfois anglais, et réciproquement, ne facilite pas forcément la compréhension du spectateur lambda, (que je me plais à représenter), qui doit donc sans cesse être attentif ("bon, çui-là, il est vraiment copain avec çui-là d'autre, ou bien il fait juste semblant ?) des généraux plein de morgue, des fantassins pleins de bravoure, des belles dames au coeur d'artichaut, des amants vénaux et/ou  peu scrupuleux, des religieuses au grand coeur, des blessés à la tête, des dames nobles qui deviennent folles, des femmes qui recherchent follement leur défunt mari... on se laisse avec délices embobiner par ce grand tourbillon narratif aussi voluptueusement coloré que précisément reconstitué (comme ces amateurs qui peignent avec la plus grande minutie - et le plus fin des pinceaux - chacun des petits soldats de plomb qu'ils vont installer au coeur de la bataille de leur salle de jeux.
Bref, du bruit, de la fureur, de la passion, de la mort, des mystères (on n'est pas très loin de Lisbonne, hihihi), tout ce qu'on aime, quoi...
Valeria Sarmiento est la compagne de Raul Ruiz, à qui le film est dédié, et dont on apprend en début de générique qu'il a participé à sa préparation. On y sentirait presque sa respiration. Tout à son honneur, et tout pour notre bonheur.
Splendide.

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(ouahhh pas moins de trois affiches pour le film! je ne résiste pas au plaisir de vous les mettre toutes!)

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lundi 14 janvier 2013

de ci de là... 2

On continue avec la lecture... (2013 serait-elle l'année du relisage ?)
Parmi les emplettes récentes (livres neufs!) je viens de lire en même temps (en alternance, donc)

bernheim

La dame écrit peu, des petits bouquins, et j'en ai tout lu. j'aime énormément, y compris ses coquetteries stylistiques. Toujours des histoires d'amour (un homme, une femme). Sauf là. Il s'agit d'un récit où son père, très diminué par la maladie, lui demande de l'aider à en finir. Le Tout s'est bien passé du  titre est un des derniers mots du titre, quand la dame lui téléphone de Suisse pour lui confimer le décès de son père.
De a jusqu'à z, de la première hospitalisation jusqu'à la mort de son père, Emmanuèle Bernheim tient une chronique juste et sincère (où l'on pourrait trouver justifiée et "normale"  la façon qu'elle a de tirer à la ligne.) Un bouquin objectif et émouvant, un enchaînement de faits, d'actions, de souvenirs, où, tout de même, on se rend compte qu'on ne vit pas exactement dans le même monde (on feuillette et commente  le catalogue de la vente St Laurent-Berger, lorsqu'on a besoin d'une caméra, on l'emprunte à Alain Cavalier, et, si on a besoin d'un avocat on fait appel à  Georges Kiejman). Comme chaque fois qu'il est question du père (et de la mort du père) j'ai eu les larmes aux yeux à la fin.

 

la liste

Celui-là, je l'ai commandé avec un autre 10/18, Les nouvelles enquêtes du Juge Ti, juste pour recevoir en cadeau le coffret de 50 cartes postales offert par l'éditeur pour l'achat de 2 volumes de la collection. un bouquin qui sent le cadeau de Noël ou d'anniversaire (d'abord parce qu'il est beaucoup plus solidement relié que la majorité des autres volumes du même éditeur, avec une grosse couverture en carton épais, ensuite par cq'il s'agit d'une liste de prénoms, classés par ordre alphabétique (de Alain à Zoltan), auxquels sont consacrées à chaque fois quelques pages, en général eux et demie, en général aussi drôles et vachardes. C'est inégal mais c'est plaisant(quelques pages confinent au sublime). Un objet idéal pour la lecture fractionnée (sur la table de nuit, donc, ou bien aux toilettes, ou, éventuellement dans le sac, pour lire dans les transports en commun, ou, comme je l'ai vu hier soir, au théâtre, en attendant le début du spectacle).

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samedi 12 janvier 2013

la mort d'alina ringhis

AU-DELA DES COLLINES
de Christian Mungiu

Celui-là, il fallait être précis pour ne pas le manquer : un seul soir dans le bôô cinéma! (avec une autre séance le même jour à 13h45, que seuls les oisifs ou les retraités pouvaient s'offrir). Alors ? Pfiouhhh! Aussi impeccable qu'implacable. Profondément et incontestablement roumain. (j'adore le cinéma roumain, je crois l'avoir déjà dit à maintes reprises, mais je persiste et signe. pourtant la lecture du résumé ne me donnait que moyennement -et c'est un euphémisme- envie d'y aller : fait divers (d'hiver, aussi), couvent, exorcisme, pope, bonnes soeurs...)
Un film grand format (dans tous les sens du terme : dans la salle 1 j'vais l'impression de devoir bouger la tête pour balayer l'écran dans toute sa largeur), qui commence au grand air (sur un quai de gare) et se termine dans un espace confiné et irrespirable (une bagnole de flics, avec un flic qui fume) et se déroule, entre les deux, principalement dans un couvent (on a droit à quelques "échappées", qui dans un hôpital, qui dans un commissariat, qui dans la maison d'une famille d'accueil, tout cela procédant bien évidemment au caractère inéluctablement asphyxiant (et tout aussi anxiogène) du film.
Christian Mungiu ne nous avait déjà pas fait rigoler avec 4 mois, 3 semaines et 2 jours (qui parlait aussi, tiens, d'une jeune fille -qui voulait se faire avorter - et d'une de ses copines). Ici les copines en question sont encore plus proches puisqu'elles sont (ou ont été) amantes, et que l'une (la blonde) vient d'allemagne rendre visite à sa copine (la brune) dans le couvent où elle est religieuse (avec l'espoir de la sortir de là et de s'enfuir avec elle.)
Mais rien ne se passe, évidemment, comme elles l'auraient voulu, ni comme chacune l'aurait souhaité (car il apparaît assez vite que ça ne concorde pas.)
L'aspect bondieuseries du sujet m'inquiétait assez, je l'ai dit, et les premières scènes dans le couvent sont effectivement - et à juste titre -  pénibles, mais le regard de Mungiu biaise assez vite tout ça, d'abord en l'inscrivant dans un réalisme "pragmatique" (cette fameuse réalité roumaine, les pieds dans la gadoue, que ces réalisateurs que j'aime (Mungiu, Puiu, Porumboiu,Crisan, Nesmecu, Muntean, sans oublier leur ancêtre commun, le tonton Pintilié) traitent avec autant de sobriété que de lucidité, et où le pessimisme du constat se nuance toujours de cet imperceptible sourire qui retrousse les commissures, pas très loin du rictus, d'ailleurs. J'adore ce ton, ce "on est dans la merde mais bon on assume...". Mungiu a; de plus, une façon bluffante de retranscrire cette affaire somme toute tristement ordinaire (ordinairement triste ?) en aérant ses cadres, en soignant la composition, en peaufinant la lumière, bref en organisant cette matière première grisâtre en représentation superbement cinématographique.
Mais la belle image ne fait pas tout (même si ça aide, dans certains cas, à sacrément faire passer la pilule) car la finesse du propos est au diapason. L'acuité du regard. Sur les rapports entre les gens, où les motifs des actes ne sont jamais vraiment les boss (l'une rentre au couvent peut-être pour nier sa passion, et l'autre y entre pour venir chercher sa copine), sur ce qu'on nomme amour, ou foi, ou respect, ou liberté.
Mais sans jamais tomber dans le manifeste théorique. Il ne s'agit ici que de faits, que du corps, que des sensations physiques (le froid, la faim, la fièvre), que du quotidien "rustique" (pas de chauffage, pas d'électricité, pas d'ambulance, pas de place à l'hôpital, "pas de ça chez nous"), une chose entraînant l'autre, dans un processus inéluctable. Avec des scènes et des plans d'une beauté à couper le souffle (une scène d'hystérie féminine collective hallucinante, notamment, mais également des plans de neige -la neige est toujours cinématographiquement impeccable, non ?- et une dernière scène extraordinaire, où l'on revient de plain-pied dans la trivialité la plus banale, magistralement.)
Bref, un grand film roumain (encore un de plus!)


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(c'est rigolo, dans le dossier des affiches , celle-ci est venue se ranger entre celle de Reality et celle de Like someone in love... Impeccable, non ?)

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