mercredi 24 janvier 2018

ne m'oublie pas

010
COCO
de Lee Unkrich & Adrian Molina

Samedi après-midi, 13h30, allez je me décide et j'y vais. c'est le dernier jour où je peux utiliser mon fameux ticket à 4,90€, et j'ai bien l'intention de ne pas le laisser perdre. Allons-y pour Coco, que je ne serais pas forcément allé voir "de mon plein gré", et entrons-donc dans une petite salle du bôô cinéma , emplie d'enfants et d'adultes les accompagnant...
C'est quand même un film Pixar, il a quand même été nommé meilleur film de l'année pour les lecteurs de Téléramuche, et, vers où que je me tourne, je n'en ai eu que des bons échos.
Direction Mexico, l'histoire d'un petit gamin qui rêve d'être musicien, dans une famille où la musique est farouchement interdite, à cause d'un arrière-grand père qui s'était enfui pour devenir un chanteur/musicien vedette, avait réussi et n'était jamais revenu, abandonnant sa femme et sa petite fille sans jamais donner aucune nouvelle.
Le jour de la Fête des Ancêtres (le seul jour de l'année où les fantômes des morts ont le droit de revenir voir les vivants, à condition que leur photo figure bien sur l'autel dédié à cet effet dans chacune des familles) va se mettre en place le noeud de l'intrigue qui va voir notre gamin transporté au royaume des morts, et avec l'obligation d'en revenir avant le petit matin, sous peine de se transformer lui-même en fantôme (je ne vous dis pas tout des pourquoi et des comment, vous verrez bien quand vous irez le voir, car vous allez aller le voir).
Le film est joyeux, malicieux, coloré, musical, tendre, bon enfant, on regarde ça comme un gamin, avec les yeux écarquillés et des petites lumières qui clignotent dedans (cling cling), mais au bout d'un moment, on se dit que quelque chose cloche, tout va trop bien et une lumière rouge s'allume dans un coin de notre tête : alerte rouge! Pourquoi? Ben tiens, il n'y a pas de méchant! (et pour qu'un film soit réussi, il faut que le méchant soit réussi...). Alors on se demande si tout va continuer à aller comme ça trop bien jusqu'à la fin, quand tout à coup, les scénaristes, malins, nous le déballent, le méchant, et on ne l'avait pas vraiment vu venir de ce côté-là (enfin, en ce qui me concerne...) Ah, quand même, caramba! (soupir de soulagement)
Les choses se compliquent donc un peu, heureusement, (on est dans un conte, c'est normal, il faut bien des épreuves) mais, re-heureusement, tout le monde va y mettre du sien, pour que tout finisse bien, bien sûr. en chansons, bien sûr (j'insiste, car c'est toujours ce que j'appréhende le plus chez les Disnuche...) mais on n'est pas chez Libéré Délivrée, et tout ça reste ici très supportable. Le méchant sera confondu, le gentil retrouvera la place qui lui avait été usurpée, le gamin pourra réaliser son rêve, la familia sera reunida, et on peut sortir, dignement , avec -si si- un peu les larmes aux yeux, quand même (ah les histoires de famille, de papas, de papys...)
Un film, effectivement, enthousiasmant (et, si le héros, le gamin, est très bien, j'aime beaucoup l'idée du compagnon imparfait (un peu raté) qui l'accompagne, je veux parler du clébard, -au début, à chaque fois on a le sentiment qu'il est mal dessiné ou que quelque chose ne va pas- qui est moche, maladroit, mal élevé, mais tellement tellement attachant (vive les moches et les maladroits!).
Et vive les grands-mères acariâtres, les squelettes rigolards, les mariachis roucoulants, les familles aimantes, les morts qu'on n'oublie pas !

"Ne m'oublie pas
c'est à regret que je pars
Ne m'oublie pas
Quand tu entendras une guitare !
Tu ne me vois pas pourtant je suis tout près de toi !
Quand je chante tu es dans mes bras !
Ne m'oublie pas !"

 

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Ils ont fait très fort aussi pour la campagne de pub, je trouve...

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le garçon et le chien raté

 

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mardi 23 janvier 2018

autruches

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L'USINE DE RIEN
de Pedro Pinho

Diable, serais-je en train de tourner casaque, de retourner ma veste hispanique ? Après les trois films lusophones dans mon top 19 de l'année dernière, voici un nouveau film plus que séduisant qui nous arrive du même pays (on s'est mis à 5 pour lui souhaiter la bienvenue, dans la salle 3 du bôô cinéma... mais bon tant pis pour les autres on était là pour se faire plaisir, et ça a marché...). Encore un film long, dense, intense, sociétal, pluriel et personnel à la fois...

Comme une feignasse, tiens, je recopie la rubrique synopsis et détails de allocinoche (parce que ahem j'ai un peu somnolé au tout début) : "Une nuit, des travailleurs surprennent la  direction en train de vider leur usine de ses machines. Ils comprennent qu'elle est en cours de démantèlement et qu'ils vont bientôt être licenciés. Pour empêcher la délocalisation de la production, ils décident d'occuper les lieux. À leur grande surprise, la direction se volatilise laissant au collectif toute la place pour imaginer de nouvelles façons de travailler dans un système où la crise est devenue le modèle de gouvernement dominant."
j'ai toujours été un peu circonspect  a priori à l'égard de ces films d'usine, "militants", ouvriers, de ces belles utopies prolétariennes (au départ, en vrac, Camarades de Marin Karmitz -eh oui qui se souvient qu'il a été à ses débuts un cinéaste militant, "engagé", hein ?-, puis le groupe Medvedkine, plus tard sont venus les touchants Les Lip, l'imagination au pouvoir, de Christian Rouaud, Reprise d'Hervé Le Roux, ou plus récemment Comme des lions de Françoise Davisse) où les camarades ouvriers saisissent la main tendue par leurs camarades cinéastes et font une ronde joyeuse dans un monde idéal aussi beau que la poésie Si tous les gars du monde...), car les bons sentiments -légitimes- et les saines révoltes anti-capitalistes  ne font pas forcément les films forts et/ou réussis...

et voilà que j'apprends, encore sur allocinoche, que le film est un "faux documentaire" mais une vrai fiction, puisque 'je recopie encore comme une feignasse) "En fait la fiction à rejoint la réalité ! En cherchant le lieu du tournage, ils ont découvert l'usine OTIS Portugal qui a été en autogestion pendant 40 ans et qui a accepté que soit tourné le film dans leur usine. Une des forces de ce film est d'avoir un seul acteur professionnel José Smith Vargas (qui joue le rôle principal) et un réalisateur qui joue son propre rôle puisqu'il a fait des documentaires (notamment sur une usine en autogestion en Argentine) Danièle Incalcaterra. Il fait un peu le lien dans le film et en fait on a un film dans le film. Tous les autres acteurs ont été recrutés parmi des ouvriers !!!" (extrait d'une critique enthousiaste de spectateur qui donna ****).

Donc je récapitule : des vrais ouvriers jouent le rôle d'ouvriers en auto-gestion dans une usine qui fut une vraie usine où des ouvriers se mirent (passé simple, mais le présent ma fois pourrait convenir) en auto-gestion. Ils sont filmés par un réalisateur de documentaires qui veut faire un film sur eux. Ca a l'air compliqué comme ça, mais pas du tout. Ça se regarde comme une chronique, tranquille, linéaire et sinueuse à la fois, avec toutes les prises de paroles nécessaires dans ce genre de situation, les discussions, les votes à main levée, les engueulades, les révoltes, les réconciliations qu'implique  le Tous ensemble! (j'aime finalement beaucoup cette image d'ouvriers main dans la main...). Toutes les paroles, mais aussi toutes images, toutes les situations, toutes les propositions... (ah la scène de comédie musicale... maintenant dans un film il suffit que ça chante et que ça danse pour que j'aie les larmes aux yeux. Demy avait-il tout compris ?)

Et je suis embêté (un peu) parce que de ce film que j'ai vu somme toute il y a peu de temps (la semaine dernière, au moment où j'écris) ne me reste quasiment plus rien (si, une scène de comédie musicale, de film dans le film) et le sentiment de l'avoir beaucoup beaucoup aimé. A revoir, donc ?

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et j'aime beaucoup l'affiche

ps : en allant au cinéma, j'ai revu la bande-annonce de l'usine de rien, et pas mal de choses me sont revenues -plop!- : le personnage principal (le seul acteur professionnel si j'ai bien compris) a des rouflaquettes, il était important que ce soit dit, et surtout, surtout, est instantanément remonté à la surface l'énorme plaisir que j'ai pris à voir ce film.
Et le dvd, je l'achèterai.

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lundi 22 janvier 2018

parachute

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BRILLANTISSIME
de Michèle Laroque

Mouais (en marmonnant, comme la marionnette d'Alain de Greef aux Guignols il y a longtemps)... envie de me changer les idées... ticket à 4,90 à utiliser rapidement... avant-première... capital sympathie M. Laroque (quelqu'un qui a le nom de mon village d'enfance ne peut pas être tout à fait mauvais) ... salle bien remplie... gens qui discutent (et continueront pendant le film)... et ça commence... et on sent dès le début que ça chtrochtrogne (comme dirait Muriel Robin)... une femme qui saute en parachute (la réalisatrice joue aussi le rôle principal et c'est elle qui saute) et commente en voix off, et la voix off continue à nous raconter l'histoire... grand flash-back pour expliquer comment elle en est arrivée là (comme le mec mort dans la piscine qui raconte l'histoire dans Sunset Boulevard), comme ça on peut se repérer et on saura, quand on sera revenu à cet scène, que la boucle est bouclée et le film est fini (bingo)!)... oui e ça démarre mou-mou et c'est moyennement drôle (au début, j'ai souri poliment)... une femme à qui tout un tas de tracas arrivent la veille de Noël... sa fille (sa vraie fille dans la vie), son mari (Pascal Elbé), sa meilleure copine (Rossy de Palma, étonnante en blonde), sa mère (Françoise Fabian, qui reprend le rôle de Marthe Villalonga -qu'on aperçoit d'ailleurs aussi dans le film- dans On ira tous au paradis d'Yves Robert) et son psy (Kad Merad, comme il est en haut du générique, avec Mimi, on sait que c'est dans ses bras qu'elle va finir), plus un marchand des quatre saisons (Gérard Darmon, plutôt pas mal)... et voilà ça se déroule... cahin-caha, boulevardi-boulevarda, ramolli-ramolla... (il m'a été rapportait qu'elle adaptait un de ses succès théâtraux, était-ce vraiment une bonne idée ?)... re-mouais... cette dame s'aime, visiblement, elle aime qu'on sache qu'elle s'aime, et qu'elle aime se filmer aussi... j'ai trouvé ça très auto-complaisant... mais bon dans la salle les gens avaient l'air de rire (du coup ça faisait du bien ils s'arrêtaient de discuter en eux)... je mentirais en disant que je ne l'ai pas fait (rire)... il y a quelques gags qui m'ont fait rire (Pierre Palmade dans la barque)... mais sinon que tout ça est convenu et raplapla et tiédasse... pour un moment réussi par ci par là que d'eau tiède et de mélasse (et même de scènes parfois quasiment... embarassantes : aïe le concert avec sa fille... aïe la scène du sex-shop...)... on est content qu'elle saute en parachute...

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dimanche 21 janvier 2018

gaydamour

LE BOUQUET
d'Henri Calet

Je viens passer une semaine en compagnie d'Adrien Gaydamour, le héros du roman (autobiographique) d'Henri Calet le bouquin n'est pas très gros (même pas 300 pages) mais je lis désormais peu à la fois (surtout le soir avant de m'endormir). Il m'a quasiment sauté dans les mains, ce bouquin, retrouvé en rangeant la bibliothèque de l'escalier (dont je ne suis pas peu fier, merci Gigis!), comme faisant appel à ma pitié, avec sa couverture un peu marquée, ses coins de bas de page cornés sur une cinquantaine de pages... Je l'ai pris sans trop y croire, et je ne l'ai plus lâché.
Me demandant au départ si je l'avais déjà lu ou non. L'auteur raconte sa captivité pendant la guerre (le livre a été écrit en 1942), sa vie de prisonnier avec ses potes de l'époque, en des chroniques  qui présentaient quelques similitudes avec les textes de captivité du très aimé de moi Georges Hyvernaud (à la différence qu'Hyvernaud était gradé, alors que notre narrateur n'est que simple troufion).
J'ai adoré ce bouquin. A cause de l'écriture de Calet, simple mais belle. Avec un accent de titi qui fleure bon la guinguette, le petit vin blanc, la casquette de Jean Gabin... Une écriture que d'aucun diraient fleurie (Calet appartint-il au mouvement des hussards littéraires ?) -il n'est pas fréquent de trouver le mot enculé , en toutes lettres, dans un livre écrit à cette époque-, une écriture riche aussi, avec régulièrement des mots sur lesquels je m'arrêtais, étaient-ce des néologismes pour l'époque (et donc des vieillologismes pour la nôtre ?), et de belles énumérations aussi (ce qui ne peut que m'émouvoir, j'adore les listes), que le réalisme, la lucidité (le désabusement ?) du narrateur venaient encore rehausser.
Calet/Gaydamour nous narre son arrestation, son emprisonnement dans un premier camp, puis un deuxième, calmement, précisément, simplement, en des chapitres en général assez courts, ce qui fait qu'on ne peut plus lâcher le bouquin (et j'étais énervé contre moi-même quand le soir en lisant je sentais mes yeux qui se fermaient et ne me permettaient même pas de lire jusqu'à la fin de la ligne...)
Humour, désenchantement, simplicité, sens du détail, richesse du lexique, naturalisme, font de bouquin une parfaite première lecture pour 2018 (et donnent envie de lire les autres bouquins de Calet, dont il me semble avoir quelques autres disséminés sur mes étagères... à suivre, donc.)

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"Il pleuvait. j'allais dans la ville, tout dépaysé dans ces rues étrangères. J'ai toujours eu du penchant pour les promenades solitaires, à Lyon ou autre part, sous la pluie, dans la froidure et surtout la nuit. Quand tout est contre moi. j'aime alors me faire pitié à moi-même. Et je me parle et je me plains. J'aime aussi aller dans un nuage de pensées confuses, comme cela, sans direction. J'ai repris mon soliloque interrompu, je le retrouvais au fond de mes poches. Je me sentais tout seul après ce grand tohu-bohu. Je reconnaissais ma misère à moi, celle d'avant. Là-bas, dans les camps, on perdait sa misère, on était pris dans la misère collective, on formait une motte de malheur, on languissait en gros, sans approfondir. Tandis que je redevenais un homme seul et travaillant le détail. Je portais ma disgrâce en breloque."
(Henri Calet, Le Bouquet, p290)

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samedi 20 janvier 2018

masque de bébé

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HAPPY BIRTHDEAD
de Christopher Landon

Précisons que celui-là je ne l'ai pas vu en salle ( dans le bôô cinéma et ailleurs en vf c'est tout). La bande-annonce m'avait hameçonné, et l'occasion a fait le larron...
Le pitch est à la fois sympathique et fainéant : fainéant parce qu'il reprend Un jour sans fin (rappelez-vous, Bill Murray en gros con coincé ad vitam aeternam dans la même journée, avec Andy Mc Dowell, qu'il revit encore et encore jusqu'à ce qu'il soit assez gentil pour mériter de passer au jour suivant) et sympathique parce qu'il s'agit ici d'une étudiante qui revit sans fin le jour de son anniversaire, à la fin duquel elle se fait à chaque fois trucider par un mystérieux tueur masqué (Scream, donc, et toute la ribambelle de film avec des tueurs-masqués-qui-trucident-des-étudiant(e)s qui ont suivi).
Comme dans Un jour sans fin, on assiste au même fonctionnement (le premier jour  tel quel / le deuxième premier jour - impression de déjà vu- / le troisième même jour -abattement- / le quatrième -incrédulité- / le cinquième -rage- etc.) la jeune fille est mignonne, la façon de renouveler à chaque fois le dégommage de la donzelle en variant la technique (mais en gardant toujours le même personnage mystérieux au masque de bébé) est plaisante, la mise en scène est plutôt soignée (certaines scènes -la première mort, par exemple- sont même très bien fichues), l'humour fait bien le joint, et on passe donc plutôt un bon moment.
La demoiselle est condamnée à trouver qui est son assassin (et à l'empêcher de la tuer) si elle veut réussir à passer enfin au lendemain.
Dommage que l'intrigue se prenne un peu les pieds dans le tapis pour le dernier tiers (où, même en étant indulgent, les invraisemblances  et/ou les grosses fistrouilles pullulent) mais bon indulgent on le reste jusqu'au bout. Jusqu'au bout d'un (bien sûr) happy-end ricainement nunuchon, où le boyfriend s'étonne que la jouvencelle -bien sûr, ils ont réussi à passer au jour suivant mais il lui a quand même fait une farce pour lui faire croire qu'elle était encore restée au jour d'avant- ne connaisse pas Un jour sans fin, tu sais, le film avec Bill Murray...
Bref, c'est pas gore, c'est pas malsain, c'est de l'horreur... bon enfant, quoi.

 Happy-Death-Day-Poster

l'affiche américaine

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l'affiche française -notez le changement de titre-

Happy-Death-Day

la gentille héroïne et lthe naughty killer

 

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vendredi 19 janvier 2018

west virginia

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LOGAN LUCKY
de Steven Soderbergh

Malou (qui avait vu le film bien avant moi) m'avait annoncé que j'allais me régaler.
Elle avait raison.
Sacré bonhomme, ce Soderbergh (dont je suis la carrière depuis son premier film, Sexe mensonges et vidéo -qui fut en son temps un sujet de discorde entre Pépin et moi : il n'avait sans doute pas tout à fait tort, et moi sans doute pas tout à fait raison...- une filmographie accidentée dont je n'ai pas vu quelques blockbusters chromés et rutilants (la série des Ocean quekque chose, notamment) et dont finalement , après vérification sur allocinoche, je n'ai pas vu tant de films  que ça, mais dont la liste  constitue un drôle de collier : Kafka, L'anglais, Traffic, Solaris, Bubble, The informant...
Celui-ci, pour être franc, c'est l'affiche qui m'a donné envie de le voir (mais comme il n'était passé qu'en vf -pouah- dans le bôô cinéma j'avais décidé de prendre mon mal en patience, et bien m'en a, justement, pris) et sans doute, surtout, Adam Driver.. C'est l'histoire de deux frangins de la famille Logan, dont la rumeur locale dit que leur famille est affectée par une poisse récurrente, l'un est handicapé du bras et l'autre de la jambe, qui décident de monter un super casse le jour d'une super course automobile. Une célébration super ricaine où les dollars coulent à flot. Ils ont besoin des talents d'un perceur de coffre-fort (Daniel Craig, délicieusement peroxydé) et de ses deux frangins aussi, deux rednecks pur jus (pure bière plutôt). Ils mettent sur pied un plan absolument étourdissant, qui, bien évidemment ne se passera pas tout à fait comme prévu...
Ca démarre tout doucement, paisiblement (au début j'aurais  presque été tenté de regarder ma montre) et puis la mécanique s'enclenche, inexorablement, pour le spectateur autant que pour les personnages, ça monte en pression, ça accélère, ça fume, ça vrombit sur les chapeaux de roues, ça étincelle, ça explose, et on jubile, à chaque instant, de plus en plus.
Encore plus lors de la dernière partie du film, qui est un véritable bloc de bonheur cinématographique, et dont je ne dirai absolument rien, sinon que j'ai a-do-ré tout ça. Question bonheur (et scénario) on est à mi-chemin entre Comancheria (pour les deux frangins qui commettent des casses) et la plupart des films des frérots Coen (c'est dire si je me suis régalé). la revanche des ploucs, le triomphe des petits, ça m'enchante -forcément- toujours
Steven Soderbergh avait annoncé qu'il arrêtait le cinéma, avant de réaliser finalement ce bijou. On ne peut donc que lui souhaiter  de s'arrêter une nouvelle fois...
Et si je l'avais vu "dans les temps", c'est sûr que je l'aurais mis dans mon top10 de l'année.
A revoir au Festival Téléramuche, profitez-en!

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Et j'avoue à ma grande honte avoir découvert avec stupéfaction que Channing Tatum n'était pas, comme je le croyais petite fille qui avait joué dans E.T (c'est Drew Barrymore, j'ai vérifié, j'ai dû faire l'amalgame avec Tatum O Neal...) mais que c'est un mec, un beau gaillard gaillard, qui non seulement joue un des rôles principaux dans le film (le frère de Adam Driver) mais l'a aussi produit!

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jeudi 18 janvier 2018

nettoyer l'étable

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SEULE LA TERRE
de Francis Lee

Oh comme je l'aime ce film...
Revu juste après Problemski Hotel (ce qui faisait donc une soirée à deux films que j'aime) avec deux fois plus de spectateurs qu'à la séance précdente (six contre trois). Film qui fait du bien, comment dire ça autrement, parce que c'est toujours agréable de voir parler d'amour intelligemment, simplement, cinématographiquement.
Et de voir quelqu'un qu'on nous avait présenté comme hermétiquement clos (un bloc, un brutal, un bourrin) progressivement se  décongeler, se transformer, germiner, et aller jusqu'à quasiment fleurir.
Redire que les acteurs sont magnifiques, que j'achèterai le dvd, et que j'attends avec impatience le prochain film de Francis Lee.

 

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mercredi 17 janvier 2018

"malheureusement..."

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PROBLEMSKI HOTEL
de Manu Riche

Comme on ne pouvait pas organiser de Semaine belge faute d'un nombre suffisant de films, j'avais proposé qu'on en programme au moins un, histoire de ne pas perdre les bonnes habitudes. Celui-là me semblait intéressant (et providentiel). Quand j'ai vu qu'il était adapté d'un bouquin -du même nom- de Dimitri Verhulst (cestuy-là même qui avait écrit La merditude des choses, le livre - je me suis d'abord procuré le bouquin en question, en projetant de l'offrir comme cadeau à Noël, mais j'ai commencé à le lire et ça m'a tellement plu que je n'ai plus voulu le lâcher et que j'ai du coup acheté autre chose mais c'est une autre histoire...-) ça m'a donné encore plus envie, et j'ai insisté, même si je sentais qu'Hervé n'était, allez savoir pourquoi, pas très chaud sur le coup.
J'ai obtenu gain de cause, et le film est donc programmé cette semaine dans le bôô cinéma (pour 6 séances, contre 5 à Seule la terre, allez savoir pourquoi...). J'avoue que j'étais curieux de voir comment le réalisateur allait s'en sortir pour adapter le bouquin, tâche qui me paraissait plutôt ardue, étant donné la forme même du livre (150 pages écrites pas très petit) composé d'une vingtaine de chapitres,  en général assez brefs, où le narrateur, un certain Bipul, retrace son expérience de la vie dans un centre d'accueil pour réfugiés, en Belgique. Qui dit centre d'accueil dit multiplicité des gens, des origines, des langues, des comportements, et simplement ce foisonnement-là me semblait difficile à retranscrire.
Le bouquin n'est pas facile (c'est un euphémisme) mais il est tout à fait conforme à (et respectueux de) la vie des tous ces gens, confinés dans un même espace, dans l'attente d'un hypothétique papier leur permettant de continuer à espérer, alors que la majorité d'entre eux seront finalement raccompagnés à l'aéroport et renvoyés chez eux manu militari (avioni militari, plutôt). Comme dans 12 jours, tout juste vu, on a affaire des gens, de simples gens, confrontés à l'Institution (aux Lois, Règlements, Articles et Alinéas divers), et c'est comme se smiley qui se tape inlassablement la tête contre le mur : c'est sans espoir, et ça fait mal, mais ça ne s'arrête jamais...
C'est peut-être bien d'avoir lu le livre avant de voir le film (je dis peut-être) car cela permet au spectateur d'en savoir un peu plus sur les personnages que ce que le film en dit (Igor, par exemple, le compagnon de chambre de Bipul, au très réussi look de Christ modiglianesque, en devient beaucoup moins inquiétant...). car le film, dans sa structure même reste fidèle à l'esprit du roman (des chroniques) : installant Bipul au centre de la narration, des histoires, en partant et y revenant à chaque fois.
J'avoue que le film m'a bouleversé (et j'ai un peu de mal à comprendre les réticences d'Hervé), avec sa construction dramatique imparable, et cette improbable scène finale qui me semblait paradoxalement faire un clin d'oeil à la chorégraphie dans le désert de En attendant les hirondelles, et c'est comme si la boucle était bouclée...

 

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mardi 16 janvier 2018

sans nivéa ni vaseline

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ENQUÊTE AU PARADIS
de Merzak Allouache

D'abord, à nouveau merci au distributeur Zootrope, qui nous a permis de visionner le film avant sa sortie (il sort mercredi 17 janvier). Enquête au paradis , kézako ? "Rendez-vous au paradis, attention c'est un piège..." chantait Alain Chamfort. Ici rien à voir a priori sauf que piège peut-être justement, oui. C'est une journaliste algérienne, Nedjma, qui enquête sur ce fameux paradis, et part dans le pays pour interroger ses compatriotes pour savoir comment ils se le représentent...
Deux heures dix, dans un noir et blanc magnifique (et ce choix n'est certainement pas dû au hasard) pour essayer, en apparence, de répondre à une question, (mais en réalité à beaucoup plus que ça) et, coïncidence, juste après En attendant les hirondelles, à quelques jours d'intervalle, un nouvel état des lieux de l'Algérie contemporaine (et des années qui ont précédé), sous une forme différente mais complémentaire. Et tout aussi captivant.
Le titre du post, je ne l'ai pas inventé, ces mots sont prononcés par un imam (vociférant dans un prêche quasiment haineux) qui décrit, par le détail, les 72 houris (qui attendent les valeureux combattants quand ils arriveront à ce fameux paradis), et combien leurs cheveux sont noirs, leurs yeux bleus, et leur peau si naturellement douce... Notre journaliste va jouer les Candide en promenant son ordinateur sur lequel est enregistrée la fameuse vidéo, et en la présentant aux gens qu'elle rencontre en leur demandant de la commenter, sans oublier de leur demander ensuite la réponse à la fameuse question "Et pour vous c'est quoi le paradis ?" (Tiens tiens... Qui se rappelle que Diane Keaton avait fait la même chose, en 1987, dans un film intitulé, justement, Heaven ?).
Le film est rangé dans la catégorie documentaire, mais on se rend compte progressivement que c'est en réalité "presque" un documentaire, ce que le générique nous confirmera (on apprend que, si les personnages interviewés (en majorité des intellectuel(le)s et des artistes, mais également toute une foule d'anonymes, de gens dans la rue, de vous et de moi) sont "vrais", jouent leur propre rôle, les autres par contre (la journaliste, sa mère, son collègue) sont joués par des acteurs, rajoutant juste à la réalité du documentaire le léger -et quasi imperceptible, on pourrait dire arachnéen- voile de la fiction.)
Le réalisateur a ainsi scénarisé ce qui est "hors documentaire", et  explique, dans une interview, , -je suis allé moi aussi fouiner sur le ouaibe pour en savoir plus- que cela lui permettait de rajouter à l'enquête de Nedjma quelques éléments précis qui lui tenaient à coeur (notamment la scène où sa mère lit un livre qu'on est surpris de trouver là et dont je ne veux même pas mentionner le titre...).
Mère, fille (fictionnées donc) mais aussi adolescentes, grand-mères, amies, passantes, voisines, le film non seulement s'intéresse de près à la condition féminine en Algérie (situation a priori pas très enviable), au statut des femmes et au peu de place que lui laisse le fonctionnement machiste, la religion, les imams, mais bien aussi les maris les pères les frères, à l'invisibilité à laquelle on les condamne, mais il tente de donner aussi la parole à toutes ces femmes (dont beaucoup, d'ailleurs refuseront de s'exprimer, de se donner la permission de répondre à Nedjma)...
Un sacré beau travail (une fois de plus, l'Algérie semble très à l'honneur ces derniers temps) dont la rigueur n'empêche pas un certain humour, bienvenu, notamment dans cette scène finale (genre de mise en abîme, où la journaliste se demande comment elle va bien pourvoir terminer son ouvrage...)
De la belle ouvrage, oui oui...

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vendredi 12 janvier 2018

hétéro-agressivité

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12 JOURS
de Raymond Depardon

En séance unique, ce mardi soir, dans la salle 12 du bôô cinéma (où il y avait beaucoup de monde, Zabetta, qui organisait la soirée, a de l'entregent...). Je ne suis spécialiste ni de la justice ni de la psychiatrie, et je ne suis pas sûr non plus qu'on en sache beaucoup plus sur ces deux vénérables institutions en sortant de ce film, tant Raymond nous le joue à la Depardon : avec le double regard du chroniqueur (celui qui constate, qui relate) et du photographe (celui qui cadre, qui met en scène, qui nous donne à voir).
Oui, il y a deux films dans 12 jours : d'abord le petit théâtre procédural (institutionnel) (que Depardon a déjà approché à plusieurs reprises : Délits Flagrants, Muriel Lerferle, 10ème chambre, mais qui continue visiblement de le fasciner) qui se tient entre le juge, le patient et l'avocat, où tout se (re)joue quasiment à l'identique (en gros, le juge informe le patient, avant la date-limite des douze jours,  qu'il autorise les médecins à poursuivre l'internement, après lui avoir donné la parole et avoir fait mine de l'écouter, et l'informe, toujours selon la procédure, qu'il peut bien sûr faire appel -en confirmant un peu plus tard que cela ne servira absolument à rien-), ensuite (ou d'abord)  le regard de Depardon sur ces lieux de la psychiatrie qu'il a déjà approchés par le passé (San Clemente, Urgences) qu'il cantonne fort judicieusement à des couloirs, des portes et des bruits hors-champ (ah le magnifique travelling ambulatoire d'ouverture, qui avance dans des couloirs et des couloirs pour terminer, littéralement, dans le mur...).
Deux films pour le prix d'un, deux films qui m'ont touché chacun à sa manière. Cinématographiquement, j'ai adoré cet état des lieux, ces couloirs vides ou quasiment, ces portes closes, cette déambulation vaguement inquiétante (on pourrait presque se croire dans Shining). Humainement, j'ai été bouleversé par ces patients successifs, qui tentent de dire, de se dire, de répondre, dans un ping-pong verbal qui est à chaque fois perdu d'avance, et la façon dont Depardon les filme "objectivement", sans intention, comme un genre de greffier cinématographique (et revient alors le titre du bouquin de Bourdieu, Toute la misère du monde) rend les choses encore plus fortes. Le film est construit selon une imparable progression dramatique (on part du plus anecdotique pour grimper jusqu'au plus poignant) le constat est sans appel (même si on a, hihi, dix jours pour le faire), et on sort du film, remué, en se disant qu'on vient d'assister à une chose "rare" qu'on n'aura plus jamais l'occasion de voir (même si elle continue de se produire, quotidiennement, derrière les portes closes de l'Institution.
Froid dans le dos.
Et,post-scriptum, je regrette un peu (mais comment pouvait-il faire autrement ?) que Raymond D. ferme son film en l'ouvrant, en sortant du bâtiment pour finir par cinq minutes -oh très joliment graphiques- sur Lyon au petit matin, lampadaires, brume, quais, passants, cinq minutes, oui, qui sont juste jolies (façon de dire "et pendant ce temps-là, dehors, la vie continue, comme si de rien n'était..." ?)
Et, re post-scritum, la musique d'Alexandre Desplats n'était absolument pas indispensable...

512235

Posté par chori à 05:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]