jeudi 8 mars 2018

pêche/abricot

033
CALL ME BY YOUR NAME
de Luca Guadagnino

... Et de deux d'affilée! C'est rare d'avoir ainsi l'occasion de voir, deux jours consécutifs, coup sur coup donc (!) deux "cathédrales" cinématographiques gay. Hier soir  l'islande, et cet après-midi l'italie. Hier deux ados en gros pulls et aujourd'hui un jeune et un plus vieux, en maillot de bain. Le film est adapté d'un roman d'André Aciman, Plus tard ou jamais, paru à L'Olivier en 2007 (titre original : Call me by your name), que j'avais à l'époque acheté, sans le connaître, à la librairie Les mots à la bouche (ma librairie chérie de la rue Ste Croix de la Bretonnerie), parce que le libraire le recommandait par un petit papier incitatoire sur lequel clignotait -pour moi- le mot Incandescent... (avec les points de suspension). J'avais dévoré ça bien sûr, et peut-être même l'ai-je chroniqué sur ce blog ? Je rechercherai...*)
Donc, contrairement au film d'hier, je savais cette fois, à quoi m'attendre (J'ai repris le bouquin et découvert que le film lui est extrêmement fidèle : noms des personnages, situations, lignes de dialogue reprises à la virgule près.). Et le film a été scénarisé par James ivory (qui le produit aussi), le cher vieux James Ivorychounet à qui je dois notamment un Maurice qui tourneboula ma psyché (comme on dit) de jeune homme, Maurice avec lequel ce film-ci aurait plus que quelque chose à voir...
J'avais juste un très bref (et très enthousiaste) compte-rendu incitatif de Jean-Luc et je suis donc allé à Besac, (sous un joyeux ciel très bleu) pour la séance de 13h20 avec Dominique.
Un adolescent, donc (le très doué et très mimi Timothée Chalamet), passe l'été dans la maison -luxueuse- de vacances de ses parents (les très très plaisant(e)s et justes Amira Casar et Michael Sthulbarg - ce dernier récemment apprécié dans La forme de l'eau, mais là encore mieux si c'est possible, notamment dans une sublime scène quasi-finale dont je ne me suis pas remis-), "quelque part dans le nord de l'Italie "  (et des années 80), il est en vacances, le jeune homme, un peu comme dans le jardin des Fizzi-Contini ("On est chez les pauvres..." m'a ironiquement murmuré Dominique au début du film), il a entrepris de draguer une jeune fille, avec laquelle il compte bien perdre son pucelage et découvrir les plaisirs de la chair (frémissement...).
C'est alors que débarque alors dans la maison Oliver, un universitaire américain, invité par les parents d'Elio (c'est le prénom du jeune homme) qui va mettre le feu aux poudres (et réciproquement) de l'adolescent attendri(ssant), dans une progressive entreprise de séduction réciproque qui va prendre son temps pour arriver à ses fins. (Ô pâmoison)
C'est... délicieux. Comme pour le Heartstone d'hier bien évidemment je me suis pâmé. Je suis -l'aviez-vous remarqué ?- sensible aux histoires d'amour entre mecs. Et là, tout y est, des prémisses à la conclusion. J'ai savouré ces entrechats de la séduction, ce pas-à-pas (peut-etre mieux approprié que goutte-à-goutte ? Quoique...) du désir, ce parcours du combattant somme tout très bien balisé (un vrai GR de la Carte du Tendre). La sensualité, l'indolence de l'été, les frôlements d'épiderme, les billets doux, les rendez-vous secrets, l'attente, la tension, non, rien n'y manque...
Les larmes me sont venues tard (la prodigieuse scène à la fin,  avec le père, sur le canapé**, qui m'a fait quasiment hoqueter d'émotion -comme Arnaud Rebotini à la cérémonie des César- et pleurer, oui), mais pendant tout le film je suis resté comme un papillon de nuit devant un halogène, fasciné par ce qu'on y raconte (et ce qu'on y montre -ou pas, d'ailleurs- (paradoxalement -mais peut-être est-ce dû à Mister Ivory- il est question de choses assez crues (de l'utilisation d'une pêche mûre à point et dénoyautée à cet effet) mais, comme dans un bon vieux film américain des années quarante, au moment crucial, celui "de l'acte", la caméra -hoooop!- panote tranquillement vers la droite et s'intéresse prudemment (prudement ?) à ce qui se passe par la fenêtre, à la nuit d'été, les grillons, tout ça... Ca ne m'a pas dérangé, ça m'a juste fait sourire.) et (la parenthèse fut longue) par la façon élégantissime dont tout cela est raconté.
Car le filmage est au diapason de cette confusion des sens, l'ébullition, l'incandescence (le libraire avait raison) dans sa façon de sauter d'un scène à une autre via juste un trait d'union sonore, de s'intéresser soudain  à un détail (une nature morte) au milieu d'une action, d'en partir et puis d'y revenir.
Oui, c'est magnifique.
Et magnifique aussi la façon dont le jeune Elio du film (Timothée Chalamet, encore une fois j'écris ton nom)  nous restitue cette effervescence des sens, ce trouble, ce paroxysme, cette indécision.Cette simplicité et cette confusion. Pour qui a été jeune et pédé (ce qui fut mais est encore mon cas) ça ne pourra que raviver des souvenirs -ou des fantasmes-.
Là je placerai une (toute) petite réserve, sur le personnage d'Oliver (et l'acteur qui l'incarne) : c'est dommage qu'il soit un peu trop beau, un peu trop ricain, un peu trop lisse (un peu trop fade, en  fait, à mon goût) mais peut-être conforme au personnage du livre ? Il faudra que je vérifie. Midinet, j'aurais souhaité -préféré- que cet ado s'amourachât d'un mec dont moi aussi j'aurais pu m'.
Mais ça n'est pas très important.
Le film, c'est certain figurera en bonne place dans mon Top 10 de la pâmoison. Peut-être lui manque-t-il juste de la petite pointe d'audace qui aurait pu venir pimenter ce filmage très/trop sage (même chez James Ivory, pourtant, il y a trenteans (!) il y avait, si ma mémoire est bonne, au moins une QV -celle du jeune Scudder, le palefernier, amant de Maurice (la célèbrissime scène, pour moi, du "Scudder do this, Scudder do that!"- eh bien là rien, rien de rien (mauvaise langue : "On voit bien que le film était en lice pour les Oscars***, il a fallu sans doute polir les aspérités, replier -hihi- ce qui dépassait...").
Mais je réalise que le réalisateur (voici un beau début de phrase) ne m'était pas inconnu au bataillon : c'était déjà lui qui avait signé le magnifique Amore (avec la non moins magnifique Tilda Swinton...), chroniqué ici.
Applaudissons, baignons-nous, buvons des citronnades, faisons du vélo, jouons du piano, soyons tourmentés, saignons du nez, espérons, attendons... Oh que tout cela que tout cela est bon!

4076138

 

* Eh bien non, je viens de vérifier, je n'en ai absolument pas parlé...

** Cette scène, comme beaucoup d'autres, se trouve, quasiment à la virgule près, dans le bouquin (que je vous engage énergiquement à lire). En voici la fin :
"Ecoute, me devança-t-il. Tu as eu une belle amitiè. Peut-être plus qu'une amitiè. Et je t'envie. A ma place, la plupart des parents espéreraient que tout cela passe vite, ou que leur fils retombe rapidement sur ses pieds. Mais je ne suis pas un tel parent. S'il y a du chagrin, chéris-le, et s'il y a une flamme, ne l'éteins pas ne sois pas brutal avec elle... Le manque peut-être un chose terrible quand il nous tient éveillé la nuit, et voir les autres nous oublier plus vite qu'on ne voudrait être oublié n'est pas mieux... Nous arrachons tant de nous-même pour guérir plus vite qu'il ne le faut, qu'à trente ans nous sommes démunis et avons moins à offrir chaque fois que nous commençons avec quelqu'un de nouveau. Mais ne rien ressentir pour ne rien ressentir quel gâchis !"

plus tard ou jamais


***  Aux Oscars, d'ailleurs, le film n'a obtenu "que" l'oscar de la mailleure adaptation (je le redis, sans vouloir diminuer les mérites de James Ivory : tout est déjà tellement bien ficelé dans le livre qu'il ne restait plus grand chose à faire...)

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mercredi 7 mars 2018

lompe

032
HEARTSTONE
de Gudmundur Arnar Gudmundsson

Ah l'Islande... les films qui nous viennent de là-bas ont toujours cette... spécifité islandaise : ce côté brut, rude, rugueux (adjectif galvaudé mais qui dans ce cas s'applique parfaitement), "âpre" (ça c'est Fabienne qui l'a proposé à la fin du film, et j'étais d'accord avec elle) bref si ça ressemble a priori à des choses connues, c'est toujours à l'arrivée un peu inattendu, un peu "plus", et ce Heartstone (titre "français" de Hjartasteinn, dont on peut contester la judiciosité) présente toutes les susdites qualités inhérentes à son genre (de film islandais, donc).
En plus l'affiche nous vendait -encore a priori- (le fond rose, les deux jeunes gens qui se tiennent, le regard-caméra) un produit légèrement différent : roudoudou adolescent, chamallow gay, bluette rafraîchissante et j'en passe. Mais elle (l'affiche) ne fait qu'enrober de sucre une robuste chronique islandaisissime, centrée sur le comme le dit le poète "vert -très vert à l'image mais pas si vert que ça métaphoriquement- paradis des amours enfantines", adolescentes plutôt, de nos deux héros : Thor (le petit) et Christian (le grand). Deux gamins qui s'occupent comme ils peuvent dans le trou paumé où ils habitent (attention, les paysages sont vraiment mêêêrveilleux, c'est l'effet-Islande, et les spectateurs affamés de certain festival asiatique seront ici rassasiés...) : jouer au foot, jouer aux cons, s'empoigner entre factions rivales, s'éclater dans une casse de voitures, se retrouver au "bar" local,et, et, (...) commencer à se sentir titillé par les présences féminines de leur âge.
Thor (le petit) est doté de deux soeurs aux tempéraments très différents (la rebelle et la poétesse, pour résumer) et d'une mère divorcée qui essaye de refaire sa vie, Christian (le grand) est sans  soeurs mais a une mère gentille et un papa bourrin alcoolo (ce qui peut épithéter pas mal d'hommes du cru). Et donc le réalisateur prend son temps pour poser et installer tout ça, et, dès le début, on sent qu'on n'aura pas vraiment affaire à la sucrerie gay suggérée par l'affiche, mais à une aventure autrement plus couillue. Premiers désirs, premiers émois, premières audaces. (Premiers espoirs, premières tentatives, premières désillusions) mais en Islande, et dans un trou du cul du monde. Le traitement est réaliste, et le critique qui évoquait Pialat a tapé juste.
Au début il semblerait que le petit, même s'il cherche une copine, est fasciné par le grand (qui est aussi un peu plus âgé), et l'ambiguité est toujours présente, dans leurs rapports de petits coqs toujours dressés sur leur ergots, par la force des choses, puis le rapport évoule, s'infléchit, puis les choses changent et le spectateur réalise que le plus hétéro des deux n'était pas forcément celui qu'on pensait... c'est le paradoxe de la relation de ces deux gamins qu'on verra en même temps portraiturés -au sens propre- en angelots romantiques mais forcés de jouer le jeu des petits durs en gros pulls qui s'échangent des "pédé!" auddi régulièrement que des petits bonjours.
Le traitement est à la mesure de ce qu'on voit (et qu'on sent) : poissons qu'on estourbit contre un poteau, les mêmes, avariés plus tard dans une caisse, fumier qu'on retourne à la fourche, slip trempé de pisse, moutons qu'on abat au fusil, puis les mêmes qu'on brûle, gnons divers, ecchymoses, le film, c'est sûr, n'est pas pour les chochottes... et le revendique par son filmage et son montage plutôt brutaux, frontaux, avec un parti-pris pour des effets sonores tout aussi brutaux, mais avec toujours au fond cette inexprimable -et impensable ?- tendresse (ou douceur ou désir, c'est selon) qui tourneboule (décontenance) nos deux godelureaux.
Certains ont trouvé la première partie trop longue, d'autres (c'est mon cas) plutôt la deuxième partie. Chacun son truc (et sa façon de ressentir) mais on était tous d'accord sur un fait : que le réalisateur aurait peut-être pu raccourcir d'un chouïa, sans dommage pour le déroulement de son histoire.
Bien évidemment je ne pouvais qu'être bouleversé par cette -finalement- tendre histoire, eh bien (comme pour Ni juge ni soumise) j'ai été un (tout petit) peu moins ravi que ce que j'espérais. Peut-être à cause de ce sentiment d'essoufflement et de répétition dans la partie centrale. Je chipote...
Car on sort de là tout aussi chamboulé que nos deux héros, le coeur battant, on s'y croirait, le gros pull trempé, échevelé par le vent du large et les yeux qui piquent à cause des embruns... Ah, l'amour! (et le fameux effet-Islande, il n'y a pas de doute).

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mardi 6 mars 2018

le jeu des 77 erreurs

(c'est dommage que je ne gare pas ma bagnole chaque fois exactement à la même place...)

77 erreurs

Trouve les 77 différences entre les 2 photographies

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samedi 3 mars 2018

résultat des courses

(en rouge, ce que j'avais vu juste)

Meilleure Actrice :
- Jeanne Balibar (Barbara)
Meilleur Acteur :
- Swan Arlaud (Petit paysan)
Meilleure Actrice dans un Second Rôle :
- Sara Giraudeau (Petit paysan)
Meilleur Acteur dans un Second Rôle :
- Vincent Macaigne (Le Sens de la fête) 120 battements par minute
Meilleur Espoir Féminin : 
- Laetitia Dosch (Jeunes femmes) Camelia Jordana
Meilleur Espoir Masculin : 
- Nahuel Perez Biscayart (120 battements par minute)
Meilleur Scénario Original :
- Julia Ducornau (Grave) 120 battements par minute
Meilleure Adaptation :
- Au revoir là-haut
Meilleure Musique Originale :
- Arnaud Rebotini (120 battements par minute)
Meilleur Son :
- Olivier Mauvezin, Nicolas Moreau, Stéphane Thiébault (Barbara)
Meilleure Photo :
- Vincent Mathias (Au revoir là-haut)
Meilleur Montage :
- François Gedigier (Barbara) 120 battements par minute
Meilleurs Costumes :
- Mimi Lempicka (Au revoir là-haut)
Meilleurs Décors :
- Laurent Baude (Barbara) Au revoir là-haut
Meilleur Film d'Animation :
- Le Grand méchant Renard et autres contes
Meilleur Film Documentaire :
- Visages Villages (Agnès Varda et JR) I'm not your negro
Meilleur Premier Film :
- Patients Petit Paysan
Meilleur Film Étranger :, et ça doit être aussi agaçant pour
- Faute d’amour
Meilleur Film :
- Barbara 120 battements par minute

résultat : 11 sur 19, juste un peu plus que la moyenne, quoi...
(dans la liste des nominations que j'avais recopiée ils avaient , bizarrement, oublié
"Meilleur Réalisateur", c'est Dupontel qui l'a eu...)

Une soirée un peu molle, un peu convenue, Manu Payet est sympa en présentateur, mais un peu trop lisse, gentiment, sans rien de férocement drôle comme avaient pu l'être Foresti ou Lermercier en leur temps, j'ai souri quelques fois, j'ai baillé quelques autres, j'ai zappé plusieurs fois, j'ai été agacé par la musique violonasse qui venait signifier aux primés qu'il fallait abréger leur discours, le ruban blanc n'a pas servi à grand-chose, à part montrer que chacun l'avait bien, heureusement les filles comme d'hab' avaient sorti les robes des grands soirs, (bon Marion Cotillard portait un machin épouvantable comme si elle avait oublié la moitié du bas), et Nahuel Perez Biscayart au début et Jeanne Balibar à la fin m'ont ému dans leur discours, j'ai trouvé qu'il y avait eu vraiment beaucoup de morts en 2017, le clin d'oeil d'Aure Attika pour Mireille Darc était plaisant, questions résultats c'est bien pour Petit Paysan, c'est dommage pour Grave et Patients, (et le sens de la Fête) qui repartent parfaitement bredouilles, et ça doit être aussi agaçant pour Robin Campillo que pour Albert Dupontel d'avoir obtenu le meilleur film mais pas le meilleur réalisateur, (et vice-versa), non ?

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vendredi 2 mars 2018

pronostiquons

pour ce soir :

Meilleure Actrice :
- Jeanne Balibar (Barbara)
Meilleur Acteur :
- Swan Arlaud (Petit paysan)
Meilleure Actrice dans un Second Rôle :
- Sara Giraudeau (Petit paysan)
Meilleur Acteur dans un Second Rôle :
- Vincent Macaigne (Le Sens de la fête)
Meilleur Espoir Féminin : 
- Laetitia Dosch (Jeunes femmes)
Meilleur Espoir Masculin : 
- Nahuel Perez Biscayart (120 battements par minute)
Meilleur Scénario Original :
- Julia Ducornau (Grave)
Meilleure Adaptation :
- Au revoir là-haut
Meilleure Musique Originale :
- Arnaud Rebotini (120 battements par minute)
Meilleur Son :
- Olivier Mauvezin, Nicolas Moreau, Stéphane Thiébault (Barbara)
Meilleure Photo :
- Vincent Mathias (Au revoir là-haut)
Meilleur Montage :
- François Gedigier (Barbara)
Meilleurs Costumes :
- Mimi Lempicka (Au revoir là-haut)
Meilleurs Décors :
- Laurent Baude (Barbara) 
Meilleur Film d'Animation :
- Le Grand méchant Renard et autres contes
Meilleur Film Documentaire :
- Visages Villages (Agnès Varda et JR)
Meilleur Premier Film :
- Patients
Meilleur Film Étranger :
- Faute d’amour
Meilleur Film :
- Barbara

liste déposée ce jour devant huissier (Maître Jaunâtre) à 17h47

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je ne serre pas la main aux malfrats

031
NI JUGE, NI SOUMISE
de Jean Libon et Yves Hinant

Je l'attendais d'autant plus qu'Hervé l'a présenté comme quasiment son film de l'année. La presse et les échos critiques semblaient assez d'accord, l'Amphore d'Or au Festival de Groland, et le taux de remplissage de la salle en ce dimanche après-midi semblaient confirmer cet enthousiasme...
Le portrait d'une femme assez extraordinaire (qui a déjà eu droit à deux reportages dans Strip-Tease), une juge belge qui pète le feu, qui ne prend pas de gants, et mâche pas ses mots. On la suit au quotidien, face aux prévenus (en présence de leur avocat) qui défilent dans son bureau, et, parallèlement, sur le terrain, où elle a déterré (cela s'avèrera, un peu plus tard, être au sens propre -beurk-) une vieille affaire : l'assassinat, il y a une vingtaine d'années, de deux prostituées, affaire restée inexpliquée, mais pouvant être reprise aujourd'hui grâce aux progrès scientifiques et à l'adn.
C'est vrai qu'elle vaut le déplacement, cette brave dame (plus jeune j'aurais dit "qu'elle arrache"...), et qu'elle justifie le film à elle seule. Elle cache bien son jeu, au début toute en candeur, en sourires affables et en sucreries distribuées, c'est au bout du compte une maîtresse-femme. Et c'est vrai aussi qu'au début on rit beaucoup. C'est du bonheur de la voir procéder. On repense, au début,bien sûr, à Depardon et à ses multiples instants d'audience (quand le quidam, vous, moi, est confronté à l'instance judiciaire, qui n'en fait généralement qu'une bouchée) et chacun des personnages face à Madame la Juge fait son petit cinéma et produit son petit effet, de ce côté là c'est impeccable. Et puis on rit un peu moins. Et encore moins, c'est l'effet Strip-Tease prend le dessus, ce mélange de fascination et de gêne mêlés (Bourdieu et sa Misère du monde ne sont jamais très loin...).
Car on finit, ici, par être un peu gêné aux entournures par le fait que tous ces prévenus ou presque sont maghrébins (plus jeune, j'aurais écrit "rebeus"). Et le film se continue un peu lourdement par une séance d'exhumation dont le réalisme insistant ne s'imposait peut-être pas, avant de se termine encore plus maladroitement par une audition interminable (et interminablement sérieuse) d'une mère infanticide qui ne méritait pas forcément qu'on lui consacre autant de temps (comparativement aux autres prévenus).
Un film acide, dérangeant, drôle, poil-à-grattesque, paradoxal, qui mérite bien son slogan "Ce n'est pas du cinéma, c'est pire!", qu'on ne peut qu'aimer fort (je viens d'en revoir la bande-annonce, et c'est bien l'effet produit) mais dont je suis sorti un petit poil moins ravi que j'aurais souhaité l'être.

ni-juge-ni-soumise-1

 

 

 

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jeudi 1 mars 2018

février 2018

jeudi 1er (hall du cinéma)
à 18h, entre ceux qui arrivent et ceux qui partent, c'est comme j'y trouvais soudain réunis tous ceux et celles que je connais ou presque (comme dans ces foules dont je rêve assez souvent)
vendredi 2 (fjt)
remarqué que deux mecs que j'aime bien (le nouveau cuisinier et le nounours barbu en veste de travail fluo) étaient allés tous les deux chez le coiffeur le même jour (et que les cheveux courts ça leur allait d'ailleurs très bien, à tous les deux)
samedi 3 (à la cuisine)
tiens pour fêter la Chandeleur trouvé une recette de crêpes au chocolat (avec le chocolat dans la pâte) et donc j'en fais (goûtées le soir en rentrant du cinéma)
dimanche 4 (at home)
je passe toute la journée comme un jour férié, sans sortir, en peignoir et en pyjama (mais quand même avec des grosses chaussettes)
lundi 5 (MDA)
étrange la façon dont le parking se remplit ou se vide très rapidement (à 11h quand je suis arrivé il était quasi plein, dix minutes plus tard il était presque vide) : hordes de vieux qui se déplacent en bande ?
mardi 6 (fjt)
deux places gratuites pour le ficâââ qui (re)passent de main en main sans trouver preneur (Catherine puis moi puis Odile puis...)
mercredi 7 (bulletin météo)
d'habitude on est toujours (dans notre région) les dindons de la farce, mais pas cette fois-ci : "ils" avaient de la neige, les autres,et même beaucoup et partout (c'était dit et répété aux j.t), mais pas nous
jeudi 8 (scrabble)
Marie dit que j'ai souvent beaucoup de chance au tirage, mais là ce fut elle : en trois parties, elle a eu à chaque fois les jokers (deux fois par deux, et une fois l'un après l'autre)
vendredi 9 (dans la voiture)
"C'est du sucre... " a dit Catherine avec un petit sourire en me tendant un petit paquet (qui contenait des macarons) posé dans un sac de pharmacie portant les mots " parce que la santé n'attend pas"
samedi 10 (ordi)
passé un long moment pour finaliser deux mix, un pour dimanche soir ("ça va pas nous rajeunir") et un autre pour jeudi soir ("inconnu(e)s au bataillon?"), disques et jaquettes
dimanche 11 (Vesoul-Besançon)
un aller pénible (à 18h) avec beaucoup de voitures dans les deux sens (les départs en vacances ?) et un retour (à minuit) contre toute attente parfaitement paisible (avec zéro voiture en vue dans le sens de mon trajet)
lundi 12 (cuisine)
une envie de gratin de crozets qui se concrétise avec le remplacement du jambon de Savoie par un talon de jambon à l'os mouliné, et celui du beaufort par un rest de munster bio (dedans) et des copeaux de parmesan (dessus), j'ai trouvé ça divin
mardi 13 (autour du lac)
même si on n'a pu faire qu'un demi-tour (pour cause de travaux), on a vu plein de choses remarquables (à divers titres): une voiture de flics embourbée, une ancienne élève pas revue depuis 23 ans,  la musique des plaques de glace au bord de l'eau, et la pose de la passerelle à la grue)
mercredi 14 (st valentin)
je pense très fort à  Charlie Brown (ah ah ah!) et à Snoopy ("Qui n'espère rien n'est pas déçu...")
jeudi 15 (Gy)
Emma et Régis avaient préparé un pot-au-feu de taille impressionnante, dans lequel ils avaient prévu un os à moëlle par personne
vendredi 16 (à la radio)
à 20h un sms d'Isa m'informe que là, maintenant, tout de suite, sur France inter, Laure Adler interviewe Laurie Anderson... (Merci Isa!)
samedi 17 (goûter)
Catherine avait apporté des petits gâteaux (cinq!), Dominique un biscuit de Savoie, moi j'avais acheté une brioche feuilletée et fait des brownies à l'orange... En principe, on se retrouvait pour jouer au scrabble et goûter, et on a donc respecté notre programme... 

dimanche 18 (à la maison)
traîné en pyjama jusqu'à fort tard dans l'après-midi mais me suis tout de même rhabillé in extremis, pour aller voir le très beau La Douleur, d'Emmanuel Finkiel
lundi 19
(dans la cuisine)
que faire un jour pareil ? Tiens, sur une idée de Dominique, nettoyer mon congélateur (et le frigo du même coup) dans lequel  tant de glace s'était accumulée qu'on pouvait tout juste en fermer la porte
mardi 20 (en m'endormant)
Incroyable à quel point je peux parfois être sidéré par ma propre connerie, vraiment comme un lapin pris dans la lumière des phares
mercredi 21 (salle 9)
étonné de ne découvrir dans la salle qu'un groupe d'ados (fort sages) pour cette séance en VO de La forme de l'eau, et encore plus d'y être ensuite rejoint par Isa, en goguette et sans famille
jeudi 22 (devant chez moi)
j'ai -enfin ?- eu l'occasion de vérifier l'efficacité eet la courtoisie de Maif Assistance : contactés à 13h, batterie changée à 13h45 (mais tout ça parce que j'avais opté pour la bonne formule avec l'option dépannage à zéro kilomètre)
vendredi 23 (Azouz)
Je voulais acheter des très bons chocolats à Dominique pour son anniversaire : las! un écriteau sur la porte de la boutique m'informait de la "fermeture exceptionnelle les vendredi 23 et samedi 24".... Arghhhh!
samedi 24 (Authoison)
pouur le dessert, Martha avait préparé des verrines individuelles de mousse au chocolat, et, lorsqu'elle  les a servies, joueuse, elle m'en a apporté une minuscule,(un bébé mousse) spécialement pour moi (mais j'eu droit à une vraie, après, quand même)
dimanche 25 (Victor Hugo)
Rarement vu autant de monde qu'à cette sénce de 15h de Ni juge, ni soumise (heureusement, avec Emma et Dominique nous étions -bien-  installés à nos places de vieux)
lundi 26 (sur la route)
harnaché comme un bidendum pour aller retrouver Catherine à l'école (bonnet écharpe gants deux paires de chaussettes et quatre épaisseurs) ciel très bleu et vent glacé
mardi 27 (autour du lac)
le plaisir de marcher là, sous ce ciel très bleu, en ce jour le plus froid de l'hiver, avec toutes nos épaisseurs (voir message précédent) pour se protéger du vent sibérien (et agressif)
mercredi 28 (résolution)
et fêter donc, tagada tsoin tsoin,  le deuxième mois de 2018 où j'ai tenu bon sans acheter de livre...

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mardi 27 février 2018

vous êtes ici...


en ami
par jeu
souvent
par peur
par choix
par envie
par amour
en habitué
par intérêt
en touriste
par hasard
pour le fun
par paresse
pour rigoler
par accident
par faiblesse
par curiosité
amicalement
par la bande
par habitude
par solidarité
par effraction
aléatoirement
pour le plaisir
par obligation
par étourderie
par gentillesse
par abnégation
de fil en aiguille
(volontairement)
involontairement
de votre plein gré
par excès de zèle
suite à une erreur
comme chez vous
par concupiscence
dans un but précis
pour  vous amuser
pour vous informer
par procrastination
par désoeuvrement
par un coup du sort
pour la bonne cause
pour vous renseigner
en tout état de cause
suite à une recherche
suite à un malentendu
pour ne pas perdre le fil
par acquit de conscience
pour profiter de l'occasion
en connaissance de cause
pour en avoir le coeur net
pour vous tenir au courant
pour ne pas mourir idiot(e)
en votre âme et conscience
pour prendre des nouvelles
parce qu'on vous y a obligé
par souci du qu'en-dira-t-on
suite à une mauvaise manip'
parce qu'on vous l'a conseillé
par l'opération du saint-esprit
sans vraiment savoir pourquoi
parce que vous en aviez envie
sans vraiment savoir comment
pour me confirmer que j'existe
parce que ça vous faisait plaisir
parce qu'on vous l'a déconseillé
pour n'en pas perdre une miette
pour faire comme tout le monde
parce que vous y aviez été invité
parce que vous en avez l'habitude
parce que c'est la toute première fois
parce que vous aviez envie d'y revenir
parce que vous avez du temps à perdre
parce que les circonstances s'y prêtaient
parce que vous n'aviez plus rien à perdre
parce que la première fois ça vous avait plu
parce que quelque chose vous y a fait penser
par suite d'un problème du moteur de recherche
parce que vous avez appuyé sur la mauvaise touche
par suite d'un accident indépendant de votre volonté
parce vous aviez vu de la lumière, et que vous êtes entré
parce que, d'abord, hein, qu'est-ce que ça peut bien me faire
parce que vous étiez en train de chercher tout à fait autre chose
parce que vous avez oublié ce que vous étiez en train de chercher
parce que vous ne savez même plus ce que vous étiez en train de faire
parce que vous ne savez pas du tout ou vous êtes ni ce que vous  faites là

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vendredi 23 février 2018

deux doigts

030
LA FORME DE L'EAU
de Guillermo Del Toro

Oh le joli film.
En sortie nationale dans le bôô cinéma, avec donc hmmm séances par jour, mais une seule en VO, celle de 18h, à laquelle je suis allé, en ce premier jour d'exploitation, fort étonné d'ailleurs de découvrir faisant la queue devant ladite salle un certain nombre d'ados... Des ados, à une séance en VO ? (smiley perplexe) Oui oui...
De Guillermo del Toro je n'ai vu, il y a longtemps, que Le labyrinthe de Pan (avec Sergichounet Lopez en méchant très méchant), qui ne m'avait pas plus emballé que ça, et HellBoy, (beaucoup plus dans mes cordes celui-là...), autant dire que me font défaut de vastes pans de sa cinématographie... Mais celui-là, allez savoir pourquoi, j'en ai eu soudain énormément envie, n'en connaissant pourtant que le pitch : une femme sourde tombe amoureuse d'un monstre aquatique style L'étrange créature du Lac Noir, un peu en plastoche donc, mais c'est pour ça aussi qu'on l'aime...
Dès les premières images, et jusqu'au bout, le film a pour moi fonctionné - clic clic clic- par associations et résonnances : la très belle scène aquatique initiale me renvoyant -peut-être à tort- à la  pièce immergée où plonge l'héroïne au debut d'Inferno (de Dario Argento), sauf que là c'est beaucoup plus vert et beaucoup plus doux... Et j'ai pensé aussi à un vieux roman de science-fiction lu quand j'étais ado, Verte Destinée...
Ce songe aquatique est celui d'une demoiselle, muette -mais pas sourde- (Sally Hawkins, vue dans le Blue Jasmine de Woodychounet, en frangine "nature" de Cate Blanchett) qui vit dans un appartement (et un immeuble) qui m'ont aussitôt évoqué ceux de Delicatessen (de Jean-Pierre Jeunet), tandis que cet univers évoquait plutôt pour ma voisine celui d'Amélie Poulain (du même Jeunet).
Cette jeune personne travaille, en compagnie d'une copine black qui l'a prise sous son aile, comme femme de ménage dans un Institut Océanographique, où va faire irruption, enchaîné dans un caisson mystérieux, une non moins mystérieuse créature, surveillée par un militaire déplaisant (joué par Michael Shannon, découvert chez Jeff Nichols, occupant ici le rôle du méchant vraiment très très méchant, peut-être un peu systématiquement c'est vrai) et dont s'occupe le professeur Hostetter (incarné par Michael Stuhlbarg, adoré dans A simple man des frères Coen puis dans, tiens lui aussi, Blue Jasmine de Woodychounet)... Ah et j'oubliais le voisin de la jeune fille (au fait elle s'appelle Elisa), un artiste homosexuel "d'un certain âge" (hum hum suivez mon regard), joué par le grand Richard Jenkins, lui aussi adoré dans, entre autres The Visitor, mais aussi en papa fantôme dans la chérie chérie série Six feet under). Voilà pour les références. Y rajouter qu'à l'ambiance Delicatessen du début se substitue progressivement un univers -et une façon de filmer- que je pourrais qualifier de "à la Wes Anderson", qu'ici on adore, avec toute les nuances de plaisir que cela suppose (la fantaisie, le vague à l'âme, les intuitions géniales, la minutie, les surprises etc.)  et tout ça fait qu'on ne peut qu'aimer tendrement ce film. (Autant un sacré beau film de genre qu'un genre de sacré beau film.)
D'autant plus que, comme à son habitude, en plus du récit d'aventures et de l'archétype fantastique, le réalisateur pose un touchant regard sur un certain nombre de laissés-pour-compte dans cette Amérique des années 50/60 -mais qui le sont toujours  dans celle d'aujourd'hui, et pas que l'Amérique d'ailleurs- brossant, via un inventaire des minorités, un éloge de la différence  : la créature aquatique en étant l'omega (le climax) de l'exclusion, tandis que chacun des autres personnages (ou presque) endosse sa singularité comme un costume : celle qui est muette (et qui utilise la langue des signes), celle qui est black, celui qui est gay, celles qui sont femmes de ménage, celui qui est Russe, celui qui est sans-emploi etc.,  comme un touchant catalogue de la déroute de toutes les formes d'exclusion (et donc un plaidoyer en leur faveur).
Et j'ai adoré ça, de a jusqu'à z, surtout qu'il s'agit, d'abord, finalement, d'une histoire d'amour (encore une fois, en écho(s) : si Elisa montre à la créature combien elle l'aime, Guillermo del Toro nous montre, à nous spectateurs, à la fois combien il nous aime, et combien il aime aussi le cinéma) et le réalisateur charge la barque dans un empilement gourmand à plusieurs étages : fantastique, espionnage, chronique sociale, récit d'aventures, polar, vengeance, avec beaucoup d'eau, certes, et sous toutes ses formes, multiple, à l'image de toutes les péripéties inhérentes à ces genres, attendues qu'elles sont dans la stylisation de ce genre de récit.... (Tiens,  à propos d'eau, j'évoquais dans le post précédent mon goût pour les gouttes sur les vitres, eh bien muchas gracias Guillermito, parce que, question gouttes, j'ai été comblé!).
De l'amour, de l'amour, oui, mais tout n'est pas que rose dans ce sucre candide, et ça vire parfois à l'éclaboussant, voire au brutal (et il faudra à plusieurs reprises -brièvement- détourner le regard), mais toujours dans la vision de Guillermo del Toro, avec un genre de petit sourire complice, de clin d'oeil quasiment, (c'est ce qui me faisait évoquer plus haut le cinéma de Wes Anderson) qui vous chuchote affectueusement "ne soyez pas dupe, vous savez bien, ce n'est que du cinéma...".
Et le film repartira  dans l'eau, (très doucement) tout comme il avait commencé...
Re Top 10, il me semble bien, au vu du plaisir procuré.

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jeudi 22 février 2018

madame antelme

029
LA DOULEUR
d'Emmanuel Finkiel

Emmanuel Finkiel est un réalisateur passionnant, que j'ai suivi depuis le premier film de lui que j'ai vu, Voyages, en 1999 (je n'ai pas vu son tout premier, Madame Jacques sur la Croisette, même s'il me semble l'avoir quelque part -un coffret Bref ? à vérifier- ) jusqu'au dernier Je ne suis pas un salaud (avec de grandissimes Nicolas Duvauchelle et, déjà, Mélanie Thierry). Mélanie Thierry qu'on retrouve ici, mais là c'est Duras. Elle joue le rôle de Marguerite Duras, jeune, qui attend, en 1945, le retour de son mari, Robert Antelme, des camps.

Le film est éblouissant.

Par ce qu'il raconte, et par la façon dont il le raconte. (Je me suis plongé dans Les Cahiers de la Guerre, achetés à la FAL il y a deux ou trois ans, que je n'avais pas lu(s), et qui contiennent des "ébauches" de La Douleur, - je connaissais déjà le texte de La Douleur vial le spectacle qu'en avait tiré Dominique Blanc, et que j'avais vu sur scène dans botre bôô théâtre- mais en le (re)lisant  je me suis aperçu que, pour  la voix-off de Marguerite, le réalisateur est vraiment parti de ça, de ses mots, de ses phrases, de ses lignes, et, déjà, rien que ça c'est un ravissement, par cette appropriation / retranscription de la petite musica durassienne -dont je précise que je ne suis absolument pas un idolâtre, que cela soit dit-, une justesse, un équilibre, fascinants).
J'ai toujours admiré le travail cinématographique d'Emmanuel Finkiel, sur la matière même de l'image et de son utilisation (même si parfois -rarement- il a pu me sembler un peu trop théorique, comme dans Nulle part Terre promise, que je trouvais si beau qu'il en était presque abstrait, un dispositif fictionnel) . Il est pour moi l'homme des reflets -c'est une chose que j'adore-,  et se rajoute cette fois un nouvel objet de  fascination : celle du flou. (qui est une autre chose que j'adore, la troisième étant les gouttes sur les vitres mais c'est une autre histoire). De la même façon que le personnage de Marguerite est un peu perdue dans son attente, dans sa douleur, dans sa mémoire, dans son espoir, et finalement ne voit que ce qu'elle veut bien voir, le film se permet régulièrement des jeux de mise au point qui nimbent soudain (ou dissimulent ou diffractent) ce qu'il n'est pas facile de voir (ou de montrer).
Le film débute en 1945, opère un long flash-back en 1944, et se clôt lumineusement (mais un peu douloureusement) sur la lumière de cet été 1945quelque part en Italie. Et j'adore la façon dont Emmanuel Finkiel traite un quotidien somme toute réaliste (pragmatique), celui de l'Occupation, (celui des privations, des tickets de rationnement, de l'omniprésence allemande, des rumeurs, des nouvelles qu'on attend) en le reconstituant -via ce que Marguerite en a dit dans ses petits cahiers- à la fois d'une façon conventionnelle (attendue), mais a minima, quasiment en la stylisant, sans jouer la carte de l'hyper-reproduction à hmmm milliers de figurants.
On est à la fois dans cette réalité-là et dans la façon dont Marguerite D. (à ce moment, encore Marguerite A.) la perçoit et la retranscrit. On est en même temps dans la tête du personnage et à l'extérieur, dans le monde vivant, dans le réel.
Il convient de complimenter Mélanie Thierry pour cette incarnation-là, mais Benjamin Biolay et Benoît Magimel sont tout aussi dignes d'éloges (et même Grégoire Leprince-Ringuet, que j'aime bien mais dont les compositions parfois m'agacent un peu les dents, est très bon, dans oublier -quelle émotion de la retrouver ici, après l'avoir vue dans Voyages- la précieuse Shulamit Adar).
Le film m'a vraiment bouleversé (dès le tout début, j'étais dedans, capturé captivé) et m'a laissé en larmes. Bien plus que les bouquins de la Guigitte, d'ailleurs (ainsi l'appelons-nous, entre nous, familièrement)
Top 10

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