lundi 18 avril 2011

chantier

LA NOSTRA VITA
de Daniele Luchetti

J'y suis allé suite à une double recommandation sur ce blog (Zvezdo et Mimi). Merci donc à eux. Même s'ils avaient tous deux usé d'un mot "fort" (adorer pour Zvezdo et exceptionnel pour Mimi) et donc que forcément le résultat fut un poil en-deçà de  mes espérances.
Le plaisir de voir un film 100% rital (j'adore ce mot, beaucoup plus parlant qu'italien, et je précise que sous ma plume il n'est absolument pas péjoratif...), à donf, et pas qu'à moitié, comme dans le Claudel,  était indiscutable (bizarrement -?-, en tant qu'espagnol de souche, j'ai autant de plaisir à entendre parler italien que de déplaisir à entendre le portugais...).
Une histoire de famille, qui démarre dans la joie, avec une caméra qui bouge bien (d'aucuns diront un peu beaucoup), peut-être un poil trop... (dans le sens du poil ?)  idéaliste (moralité 1: même quand t'es dans la merde, il suffit d'avoir une famille idéale pour t'en sortir, moralité 2 : l'argent ne fait pas le bonheur -mais quand même ça aide...-), centrée autour d'un acteur qui gagna là son prix d'interprétation à Cannes (et qui le mérite, ne serait-ce que pour la scène de la chanson à l'enterrement...) et de -donc- sa "famille", au sens large.
La galerie de personnages qui gravite autour de lui est suffisamment riche (étoffée) pour que ce récit haut en couleurs (et en éclats de voix -j'aime toujours bien entendre les stronzo et autres va fan culo...) emporte l'adhésion facilement.
Et le titre -pour une fois ?- dit justement et très exactement les choses. La nostra vita, notre vie à nous tous, quoi, par le petit bout de la lorgnette, pâtes refroidies, crises de fou-rire, supermarché, dettes, repas de famille, accouchement, projets de vacances, enterrement, et chansons italiennes (à tue-tête et faux) pour rire et pour pleurer (la même, en plus)...
On suit tout ça avec grand bonheur, d'utant que le réalisateur n'y est pas allé avec le dos de la cuillère de la main morte, (au risque d'en mettre trop plutôt que pas assez, et, conséquemment, de ne pas exploiter assez les multiples pistes qu'il lance). La générosité latine.
En plus des histoires familiales (un deuil à gérer, un frère qui n'y arrive pas avec les femmes, une séparation àchez la "nounou", deux gamins et demi ...) notre héros doit faire face à des problèmes financiers, professionnels, éthiques, moraux, affectifs, etc. La totale, quoi.
Il y a même un chantier, un cadavre "oublié", un patron véreux, un genre de chantage, des ouvriers de toutes nationalités (hmmmm pensais-je a priori mais non finalement pas la moindre scénette affriolante...), de la corruption, et des histoires de fric, de fric, et de fric (pas seulement caractéristiques de la Berlusconie), qu'on emprunte, qu'on doit, qu'on fait semblant de rendre, qu'on prête, etc. 
Et même une famille de roumains, où chacun des membres, le père, la mère, le gros fils, aura son rôle à jouer, et c'est d'ailleurs le fils de la famille en question qui aura, en quelque sorte, le mot de la fin, et donnera le bon conseil ultime, comme à la fin de The crossing guard, pour faire revenir notre héros -qui s'en sera pris un peu plein la gueule dans tous les sens pendant tout le film- aux vraies valeurs de la vie. Et lui faire penser à ce qu'il avait un peu perdu de vue.
Un mélo  ? Oui, et alors ? Traité de façon manichéenne ? Oui, et re-alors ? Irrealiste ? J'ai eu les larmes aux yeux quelques fois (la performance d'Elio Germano est vraiment à saluer..., mais tous les autres aussi) c'est ça qui compte. J'ai été attendri, ému, révolté, etc. Les Inrocks et les Cahiaîs ont fait la gueule, raison de plus pour accueillir La nostra vita avec les bras grands ouverts, et le serrer contre soi avec forces manifestations d'affection viriles et sonores genre grandes claques dans le dos.
Ritalissimo!

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dimanche 17 avril 2011

sequel(les)

SCREAM 4
de Wes Craven

Il est des plaisirs coupables... ceci en est un. J'avais déjà vu les trois premiers de la série, il y a... un certain temps, et l'envie donc me titillait d'aller voir ce quatrième, d'autant plus que la majorité des critiques étaient plutôt enthousiastes.
Fêter le début des vacances dites "de Pâques" était un bon prétexte, et donc ce soir j'y suis allé. J'aime bien ce mélange pervers, et plutôt malin, de slasher-movie basique (un tueur masqué poignarde des djeunz) et de réflexion ironique au trente-sixième degré sur le film-d'horreur-en train-de-se-faire-sous-nos-yeux et tous les poncifs du genre y afférant, les protagonistes passant notamment leur temps à nous le répéter qu'ils n'y sont pas, justement, dans un film, et que s'ils y étaient vraiment ça serait différent. sauf que bien sûr, justement, ils y sont...  Du Pirandello, quoi, avec des couteaux et du sang en plus.
Oui, Wes Craven (et surtout son scénariste Kevin Williamson) est un gros malin. Un roublard. Qui joue à la fois sur le beurre et l'argent du beurre. C'est très perceptible pendant le film, on l'apprécie simultanément de deux manières différentes, l'une au niveau du ventre, on a toujours les tripes un peu serrées parce que c'est un film qui fout quand même les jetons, et ça fonctionne plutôt bien, autant dans l'attente -la tension- de ce qui va arriver que dans le bouh fais-moi peur!, le gros coup de musique qui te fait sursauter, le truc qui surgit du côté où tu ne l'attends pas, et l'autre plutôt au niveau du cerveau, cette jouissance intellectuelle face à l'ironie de cet objet -le film d'horreur- qui se regarde le nombril en miroir et nous fait profiter de ses multiples réflexions avec private jokes, phrases définitives, perspectives faussées, mises en abîme, bref un petit jeu  (les djeunz vont-ils pouvoir le comprendre ???) plutôt excitant. (le début et la fin sont, à cet égard extrêmement réussis...)
Bon j'avoue que j'avais un peu oublié l'original (à part le début et la fin...) et il semblerait bien que celui-ci soit un "genre de" remake du 1, dont il suit la structure grosso modo mais en la commentant, en en faisant un genre de work in progress, où l'on serait à la fois et dedans et dehors (et même quelquefois aux deux endroits à la fois), jouant l'actualisation, la "modernisation", et, bien entendu une certaine distance ironique, mais, comme il est dit vers la fin "On ne déconne pas avec l'original..."

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samedi 16 avril 2011

chirurgie

RIO SEX COMEDY
de Jonathan Nossiter

Comme je l'ai dit à mes voisins en sortant, accompagné d'un large sourire, "ça faisait longtemps que je n'ai pas autant apprécié quelque chose qui vient de là-bas..." (ils connaissent mon aversion -viscérale- pour, notamment, la musique brésilienne et ça les a fait sourire).
Nossiter n'est pas à proprement parler un réalisateur qui déclenche l'hilarité, et pourtant, ici, contrairement, par exemple à un Philippe Claudel, il réussit sa comédie. Improbable, mais il la réussit. C'est réussi,avec tout du long comme un nuage de gaz doucement hilarant. Rio n'avit pas jusque là, je pense été le centre et l'épicentre d'un aussi aimable délire marivaudant... Il est question d'amour, bien sûr, de sexe, bien évidemment (on est à Rio, tout de même, et le film peut se targuer d'entrer dans la catégorie, pas ouverte à tout le monde, des FAQV qui me sont si chers...) d'adultère et d'épreuves de fidélité, mais aussi de chirurgie esthétique, de politique, d'ethnologie même -on visite plusieurs favelas, on se précoccupe du sort des indiens, on se fait refaire le nez, on drague un(e) transexuel(le), on tourne un documentaire chez les petites gens...- dans une joyeuse et bordélique salade mêlée, entre aigre-douce et plutôt salée, qui a de plus la bonne idée de brouiller encore un peu plus les frontières -déjà bien poreuse  et chahutée - entre fiction documentarisée et documentaire fictionnarisé...
Délicieux  à tous point(s) de vue, ce chassé-croisé entre un ambassadeur américain en goguette, une anthropologue documentariste, son mari et le frère de son mari, un barbu allumé amoureux d'une jeune indienne, une chirurgienne esthétique renommée, son fils qui joue de la guitare mais qui n'est pas le bienvenu, etc etc. On se régale...
Tant pis pour ceux qui n'y allèrent pas! 

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vendredi 15 avril 2011

choc

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Hasards... Que j'aie eu le temps, ce mercredi après-midi, de passer chez mon petit bouquiniste... Qu'en fouinant, je sois tombé sur ces deux bouquins, côte à côte, dont la tranche dépassait un peu du rayon "poches". J'aime bien l'éditeur (le Dilettante), je lui dois quelques grands bonheurs ("La belle jardinière",  notamment), je connaissais l'auteur juste de nom... que j'ouvre "Feuilles volantes", que j'en lise quelques lignes, et qu'immédiatement j'aie envie de l'acheter, que je repose alors le Ishiguro que j'avais déjà sélectionné, pour prendre à sa place le deuxième volume, trouver que 6,50€ chacun c'était un peu chérot mais néanmoins les prendre.
Je ne sais pas pourquoi, en sortant de la boutique, j'ai aussitôt ressorti un des deux de mon sac, c'était Feuilles volantes, et j'en ai aussitôt commencé la lecture. Le choc. J'avançais sur le trottoir avec une relative prudence, mais je ne pouvais me sortir les yeux des mots de cet homme. C'est comme si sa voix m'avait alors crié dans les oreilles, mais uniquement pour moi, comme si ses mots m'avaient été spécialement, tout particulièrement, destinés.
C'est rare qu'au bout de quelques lignes, j'aie ainsi quasiment les larmes aux yeux. Je suis arrivé à la voiture, j'ai encore lu quelques lignes, pages, je ne sais plus. J'aurais pu rester là, assis, et ne plus m'arrêter de lire.
Fasciné par cette écriture à la fois si "économe" (ce n'est pas moi qui le dis) et si forte. Puissante, touchante, noire, pessimiste, exacte. Humaine.
Une noirceur oserais-je dire réconfortante ? L'auteur a été prisonnier en Allemagne et il en parle. Des textes brefs, une écriture simple mais fascinante. C'est incroyable -et presque désespérant- qu'une voix pareille n'aie pas eu plus de retentissement, plus d'écho.
J'ai regardé ensuite sur Internet, j'ai cherché plus de détail sur cet homme, sur sa biographie et sa biblio. Quelqu'un qui n'a pas eu de chance, et c'est rien de le dire, a été superbement ignoré de son vivant en tant qu'écrivain, tandis que, redécouvert dans les années 80 (après sa mort, quoi), voilà que ses bouquins ne se vendent quasiment qu'à des prix plus ou moins prohibitifs.
Ironie du sort... et somme toute pas si inhabituelle, n'est-il pas ?

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dimanche 10 avril 2011

beau temps (pour moi)

Avril, j'aime ce moment où l'année prendrait comme un virage décisif. Vers le soleil, vers le beau, vers l'été. On respire, on soupire, on a soudain trop chaud, on enlève quelques épaisseurs ("on ôte ses couches" serait plus ambigu...) mais dès que le soleil se cache on se retrouve comme un con avec ses bras à l'air.
Surtout en ce moment où l'on bat, paraît-il, des records de chaleur (depuis 1951 ? Ca me fait penser à ce court texte de Benchley sur les recors météo, qui m'avait bien fait rire, dans le recueil Le supplice des week-ends : en gros, sa théorie c'est que n'importe quel jour peut-être prétexte à un record météo quelconque, pourvu qu'on cherche bien...)
Nous voilà quasiment en juillet/août (question températures et torses nus), mais avec, peut-être, l'appréhension, on ne sait jamais jamais, que d'ici quinze jours il pourrait bien geler, voire neiger (et c'est là qu'invariablement on évoque les saints de glace, qui ne sont pas, comme je l'ai longtemps crus à cause d'un cinéaste (lequel ?) les seins de glace de Mireille Darc).
Oui, hier soir on prenait l'apéritif dehors, sous un pommier extrêmement en fleur, ce qui n'est pas fréquent pour un 9 avril.
Et d'aucuns rajoutaient "mais rendez-vous compte, 26 en avril, ça signifie peut-être 46 en juillet !"...
Et ce matin j'ai tenté, sur l'injonction quelque peu insistante (mais justifiée) de ma voisine, de désherber les plate-bandes (je suis comme les enfants, c'est le genre de tâche dont je me désintéresse assez vite, le plaisir de manier la pioche et le râteau n'étant certainement pas pour moi une source d'émerveillement perpétuel (et en me sous-disant que ça ne doit pas faire du bien au dos de se courber tout le temps comme ça, et que si j'ai mal demain je saurai pourquoi, hein...)
Et le beau temps ajouté au fait d'habiter désormais (quasi) à la campagne m'a fait découvrir un autre bonheur local, qui revient avec le soleil et les plate-bandes qui fleurissent : les fourmis ! oui, une invasion de fourmis, nombreuses, méthodiques, affamées qui n'ont de cesse de m'énerver à marcher ainsi en colonnes organisées à la recherche de mon sucre. salopes! J'ai vite abandonné les recettes "propres" trouvées sur internet (marc de café, jus de citron, voire acide borique) rapidement tous plus inopérants les uns que les autres, pour la solution finale : "la" boîte verte achetée en droquerie, dont la vendeuse m'assurait de l'efficacité absolue dans l'éradication de la gent fourmilière... Comme un grand tamanoir, j'attends et j'observe...



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samedi 9 avril 2011

tanz

PINA
de Wim Wenders

On a le droit d'être déçu, c'est normal, ça arrive. un film sur une chorégraphe dont on admirait le travail réalisé par un réalisateur qu'on adora un certain temps... On était en droit d'espérer de grandes choses. Alors on est déçu, mais ça n'est pas si grave.
Surtout qu'on en a vu un autre, récemment, de film sur la même chorégraphe, on l'a même vu deux fois, avec les larmes aux yeux à chaque fois. Tandis que là, rien. L'oeil sec d'un bout à l'autre. Non, on n'y peut rien, c'est comme ça, on est déçu. Pourtant, c'est vrai, on a rarement été aussi près des danseurs, pourtant sont évoquées assez en détail un certain nombre de ses chorégraphies, pourtant parole est donnée à un certain nombre de danseuses et danseurs de sa troupe ; on suit ça avec intérêt, certes, mais le coeur est ailleurs.
Pour un film conçu pour la 3D (on se demande d'ailleurs quel pouvait bien en être l'intérêt - mais bon on l'a vu heureusement en copie plate, ouf!- ) c'est filmé platement (et je n'écris pas ceci juste pour faire un mauvais jeu de mots), ce qui est tout de même un comble. Sans génie, sans magie, sans étincelle, sans prise de risque. c'est bien filmé, mais... normalement.
Précisons les choses : ce n'est pas ce qui est filmé (la matière chorégraphique, le portrait en travers de Pina, les mots des danseurs) qui est en cause, c'estjuste  la façon dont c'est fait.
Je ne saurais dire autrement. De la part de celui qui réalisa -entre autres- Au fil du temps, L'ami américain, L'état des choses, Les ailes du désir... c'est juste un peu tristounet. On attendait plus. On était en droit d'attendre. Plus.

 

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lundi 4 avril 2011

micro91

*

ce n'est pas parce que je sais assez précisément ce qui me manque
que le ceci en question va soudain cesser de me faire défaut...

*

être au printemps, et avoir des plate-bandes...

*

"sèche-toi, sinon tu vas attraper la mort..."

*

rêvé des Harceleurs

*

l'apprentissage de la frustration : c'est face à l'échafaudage
que les batteries de mon appareil-photo m'ont (lâchement) lâché

*

Une fille et un garçon marchent à la même hauteur, chacun sur un trottoir
Le garçon se ronge les ongles et regarde la fille par en-dessous...

*

j'aurais tendance, a priori, à me méfier des chauves...

*

le conducteur était tellement bourré qu'il a embouti le radar,
et l'a déraciné

*

se rappeler -confusément- qu'on a eu seize ans.

*

dimanche ensoleillé, poids-lourds immobilisés
j'ai entraperçu mon premier routier de la saison en tenue légère
 fugace, mais ça s'imprime sur la rétine

*

 

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samedi 2 avril 2011

"anthropophages..."

SINGULARITES ORDINAIRES
par le GdRA

Honnêtement, à la lecture du résumé, je ne sais pas si j'aurais fait l'effort de me laisser tenter. Quand il s'est avéré que c'était Adèle, la fille de mon ami Pépin, qui "avait fait les lumières", il est devenu inenvisageable de le rater...
Le résultat est un spectacle extrêmement réussi, peut-être plus labellisé "performance" que "théâtre", et qui risque donc de décevoir les amateurs purzédurs (de théââtre, je voulais dire). Sur le papier, donc, trois études de cas (personnages plus ou moins atypiques (un berger musicien, une danseuse qui préfère la barre verticale et une "mulâtre" égérie d'un bistrot marseillais), singuliers en tout cas. Et sur scène, (plateau nu) trois gaillards : un longiligne aux oreilles décollées, un petit trapu baraqué, et un grand barbu bouclé, qui vont intervenir chacun dans sa spécialité , soit, respectivement, le hâbleur, le danseur, et le musicien, pour nous parler, à leur façon, de chacun des trois personnages, d'abord successivement, puis simultanément, dans une création en cinq parties (la cinquième, en forme de coda, justifiera l'eistence du losange rouge -après le triangle rose ? - que chacun des trois acteurs porte sur son vêtement.)


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Sur le papier, il était question de sociologie, et d'anthropologie (ce que pratique d'ailleurs leen forme de coda n'étant que le matérialisation, l'hommage, de l'oeil extérieur qui est à l'origine d'une certaine partie de ce tout créateur de la troupe, qui est musicien anthropologue) mais il s'agit surtout, et fondamentalement, de regards, ou plutôt, justement (coucou, Adèle, tu vois on y revient!) d'éclairage / d'éclairages : plutôt parler des autres en parlant de soi, ou parler de soi en parlant des autres ?
Et le titre de cette catégorie ("pluricul/multimed") est ici  exactement et parfaitement mérité : vidéo, musique, voix, danse, acrobatie, graphisme, poésie sonore, tout est bon à ces trois gaillards pour nous accrocher, nous étonner, et nous conquérir.
J'en connais qui souriront, de ne pas me sentir ainsi complètement objectif, à chroniquer un spectacle créé/joué par trois hommes, qui ont visiblement établi entre eux des liens (d'affect / de complicité) forts, et qui plus est physiquement plus qu'agréables à regarder / à écouter (chacun d'eux a son charme, indéniable), et qui, re-plus est, évoquant la différence, et matérialisant par ailleurs  l'affect en question , notamment dans un duo extrêmement touchant - qui débute d'ailleurs  par une étreinte- (où l'un est la ballerine et l'autre Merce Cunningham, sans qu'à aucun moment cela n'apparaisse ni grotesque ni déplacé ni quoi que ce soit de négatif.)

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J'ai particulièrement aimé ces prises de parole, au nom de quelqu'un d'autre, chacun des trois à son tour prenant / donnant la parole à un des personnages, le jouant ainsi, mais a minima, et rendant encore plus forte cette simplicité. Les mots (le discours) n'étant qu'un des axes envisagés, le corps (la gestuelle le mouvement l'acrobatie) et le son (la musique la voix le chant) en constituant les autres.
On joue, ils jouent, sans cesse de ces interactions, et le travail d'Adèle à la lumière organise tout cela en une belle cohérence narrative et plastique. Chacune des parties a sa tonalité chromatique propre, mais pas que. Les effets, même s'ils sont discrets, sont toujours signifiants. Je suis toujours émerveillé par la façon dont les lumières réussissent, d'un rien en apparence,  à transcender les choses. il y a quelque chose de magique là-dedans...
Une expérience sensorielle multiple et riche, donc, chaudement recommandée. Elle est annoncée comme la première partie d'une trilogie, les deux autres étant NOUR et Sujet.
A suivre ?

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mardi 29 mars 2011

oeufs durs

SI U MEURS JE TE TUE
de Hiner Saleem

J'aime les films fragiles, j'aime les films doux, j'aime les films buissonniers, pour lesquels la ligne droite n'est pas forcémùent le plus court chemin narratif. J'aime ces films attendrissants par leur maladresse même ; des fois ils sont un peu flageolants sur leurs petites pattes (je vais arrêter de filer la métaphore, voilà que j'ai dans la tête des images de la naissance de Bambi, faudrait tout de même pas pousser...), bref ces films qui prennent un peu la clé des champs cinématographique(s). Les chemings deu traverseu.
Le cinéma d'Hiner Saleem m'a irrésistiblement évoqué celui d'Otar Iosseliani, la même apparente désinvolture, le même mélange de sourires et de larmes, la même humanité (qui rimerait avec entraide et solidarité), et le même attachement, visible et viscéral,  pour un peuple (les Géorgiens pour Otar, et les Kurdes pour Hiner).
Au début du film, il pleut fort (il pleuvra aussi fort à la fin), un homme sort de prison, il s'appelle Philippe (incarné par un acteur que j'adore, Jonathan Zaccaï). Il croise à un comptoir, au détour d'un oeuf dur, Avdal, un kurde venu à paris pour exécuter un contrat (tuer un tueur) se lie d'amitié avec lui, et finit même par l'héberger. Il y a dans cette première partie, pour le pervers incorrigible que je suis, tout un sous-texte gay plutôt éloquent et troublant, bien vite dissipé lorsqu'entre en scène la mignonnissime fiancée de Avdal, Siba (Golshifteh Farahani)
Avdal, qui a eu la mauvaise idée de décéder soudainement, laisse au pauvre Philippe, désemparé, le soin de s'occuper des funérailles et de prévenir la famille... Tous ça va encore se compliquer avec l'apparition du père de Avdal, venu en France pour récupérer les cendres de son fils, et, espère-t-il, la jeune fiancée qu'il pense marier à son autre fils, avec pour interprète(s) (le français ne parle pas le kurde, ni les kurdes le français, sauf la jeune fiancée) une portée de six frangins, kurdes bien entendu, qui vont encore ajouter à la pagaille environnante...
Le film se promène dans Paris (que, visiblement, le réalisateur aime et qu'il aime filmer)  prend le bus,  le métro, la voiture, marche, flâne, musarde, et prend plaisir à ajouter à cette narration itinérante, déjà bien vagabonde, des petites escapades ici et là, des respirations, des "rien à voir mais on prend quand même le temps de le regarder"...
Et on prend un vrai plaisir à tout ça, toujours un peu entre la drôlerie (la bouffonnerie) et le sérieux (la gravité), passant parfois sans transition d'un état à l'autre, ex abrupto. Des personnages secondaires attachants -parfois juste esquissés, mais comme en acquérant du coup une certaine épaisseur- peuplent agréablement les bords de cette histoire. (de ces histoires).
Le film a énervé Les Inrocks, c'est tout à son honneur, et n'en a donc que plus de mérite (des fois, eux aussi, ils m'énervent très fort : les reproches formels qu'ils font au film, ils auraient pu les faire de la même façon, à, disons Oncle Boonmee, que pourtant ils ont -comme moi, cette fois- adoré. Va comprendre, hein, et reprends donc un oeuf dur...)

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lundi 28 mars 2011

dommages corporels

CARANCHO
de Pablo Trapero

Dans mon dernier post, je me laissais aller (un peu excessivement je le reconnaissais d'ailleurs) à évoquer Bambi .Ici, changement total d'humeur, thriller argentin oblige, on serait plutôt dans quelque chose entre la barre à mine et le piège à loup (le plus gros, celui qui fait le plus mal...) Il y a des films doux, et il y a des films forts. et celui-là est un des trucs les plus forts que j'ai vu depuis longtemps...
Un film qui pratiquement vous asphyxie tellement il vous empêche de reprendre votre souffle, que quand on croit que le pire est arrivé, hé ben le réalisateur vous en remet une louche, et en pleine figure, et une autre, et une autre encore! On ne fait que ça, attendre la catastrophe suivante, tant l'histoire des amours entre cette urgentiste qui se pique pour tenir le coup et cet ex-avocat devenu spécialiste des arnaques à l'assurance semble "mal barrée" et sans espoir dès le départ, et ne fait que confirmer ce sentiment.
Quel espoir peut-il y avoir, dans cette Argentine corrompue jusqu'à la moëlle ? Chacun des personnages a au-dessus de lui un autre, plus pourri, et la chaîne ainsi constituée semble sans fin : avocats, flics, médecins, ambulanciers,  plaignants, tous pourris, tous tous tous...
Le héros essaye de "s'en sortir", en réalisant une dernière opération, ça ne va pas évidemment tourner comme il l'espérait (et le spectateur aussi). il y aura du sang, qui dit tromperie dit représailles (plusieurs scènes vous obligent à détourner le regard de l'écran), jusqu'au choc final.
Un film véritablement... percutant, qu'on vit comme une épreuve physique (dès le début, le metteur en scène nous met en condition, nous plonge dans cette espèce d'hystérie survoltée et bruyante, hypernerveuse, qui irradie tout au long des images : musique violente, très forte) et vous laisse, pendant le générique de fin, hurlé lui aussi, pantelant sur votre siège.
Longtemps qu'un film ne m'avait pas, comme ça, coupé les pattes.

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