mercredi 30 décembre 2009

pariscope

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HONEYMOONS
de Goran Paskaljevic

Un film serbo-albanais, le premier du genre. Deux couples, un serbe et un albanais, tentent de fuir leurs pays respectifs. Ca ne finira pas bien, ni pour l'un ni pour l'autre. Quand on lit la bio  et les intentions du réalisateur, inattaquable. quasiment. Pourtant un peu faiblard, mollasson (à la fois la mise en scène et les acteurs...). Un peu dommage, quoi. J'avais été beaucoup plus touché me semble-t-il par son Songe d'une nuit d'hiver...

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TETRO
de Francis Ford Coppola

Dans un noir et blanc magnifique (avec un peu de couleur quand même... oui oui comme dans Rusty James...), quelque chose d'énorme, qu'on pourrait résumer par, soyons honnête, un vrai mélo des familles. Avec des belles choses et d'autres plus... folkloriques dirons-nous. Je dois reconnaître que je préfère sans hésiter Coppola à Scorsese, par exemple. (qui se souvient de Peggy Sue got married ? j'avais adoré ça...) Techniquement c'est impeccable. Scénaristiquement c'est moins sûr. (La danse était-elle vraiment indispensable ?) Mais bon faut le reconnaître : le jeune frère de Vincent Gallo est mimi comme tout.

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AVATAR
de James Cameron

Ciel! J'ai pris part à un phénomène de masse!  Heureusement c'était le matin, et au MK2 Nation, et donc, ni foule ni stabulation. Tout ça hélas  pour me voir confirmer ce que je craignais depuis un certain temps : je n'ai quasiment aucune vision stéréoscopique. Dommage pour moi. Mon voisin avait l'air de se régaler. Des bonnes choses quand il s'agit d'évoquer la planète et ses habitants, mais des grosses bourrinades pour le reste (rhalala les quarante dernières minutes avec l'affreux Rambo de mes deux...). Et le (toujours) grand plaisir de revoir Sigouney Weaver, dans un rôle de grande gueule style Ripley dans Alien. Quant à l'affiche, elle m'a agréablement rappelé les vieux Anticipation Fleuve Noir que je dévorais quand j'étais gamin.

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QU'UN SEUL TIENNE ET LES AUTRES SUIVRONT
de Léa Fehner

C'est pas parce que la réalisatrice est une amie de la fille du copain de Malou, mais j'ai trouvé ça plutôt très bien. Malgré un début un peu inquiétant (ça ne joue pas très juste), le film met en place plutôt intelligemment sa triple intrigue de parloir(s) (trois situations pas conventionnelles et -a priori- invraisemblables). Une mère et l'assassin de son fils, une demoiselle mineure et le père son futur enfant, un caïd et son sosie... Apreté, émotion, amertume. Pas très loin, finalement, mais en tout cas complémentaire, du bel A côté, de Stéphane Mercurio.Une mention spéciale à Reda Kateb et une autre à Pauline Etienne.

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LE PERE DE MES ENFANTS
de Mia Hansen-Love

On ne devait pas tous aller voir ça, au début. Pour cause d'affluence avatarienne au MK2 Bibli, on est restés "groupés". Le film n'a pas convaincu dans l'ensemble. (Les trois filles étaient quasiment contre moi et me sont tombées sur le râble à la fin). Agréable, mais ne mérite certes pas la couronne de dithyrambes tressée par les Cahiaîs. Personnellement j'ai plutôt bien aimé, et préféré la première partie (avant la mort). Une chronique familiale touchante mais bon, sans plus quoi (avec quelques scènes horripilantes de bonnes intentions...)

PRIMITIVE
d'Apichatpong Weerasethakul

Une installation vidéo de mon Apichatpongounet au Musée d'Art Moderne, je n'allais pas manquer ça... Je suis resté -véritablement- scotché dans la dernière salle, où deux -grands- écrans voisins diffusent deux films peut-être aussi voisins : celui de droite a la parole (et les sous-titres), avec de splendides images rouges où il serait question de jeunes gens et de machine à voyager dans le temps, celui de gauche n'a que les images et les bruits (d'autres jeunes gens). On peut tenter de les regarder tous les deux en même temps, ou d'abord l'un (en entier) puis l'autre (idem) ou enfin tous les deux alternativement. J'ai essayé les trois solutions. Je n'arrivais plus à quitter la salle. Après être sorti pour visiter l'expo de peinture voisine (j'avais pris un ticket groupé) que j'ai parcouru au petit trot, je n'ai pas pu m'empêcher de revenir voir Primitive une dernière fois. Je ne comprends pas pourquoi ce cinéma-là me fascine aussi manifestement. J'ai retrouvé des sensations éprouvées devant Syndromes and a century : une certaine douceur extrême, une façon de voir (et donc de montrer), quelque chose de très simple en apparence et de très beau (de très mystérieux aussi), et qui (je l'ai déjà écrit juste en dessous) me débarbouillerait l'âme, d'une certaine façon sans que je puisse du tout expliquer pourquoi ni comment.

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mardi 29 décembre 2009

micro74

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J'ai mangé de la blanquette de poulet hallal

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"Chine chic et Chine cheap"

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la plupart des boulangers sont rebeus dans le XXème

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deux départs "cinématographiques" à quelques heures d'intervalle :
Y (gare de Lyon) et A (Les Halles)

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cette installation vidéo d'Apichatpong Weerasethakul
(la dernière salle surtout) qui me "débarbouille l'âme"

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le pliage des pétales extérieurs des fleurs de lotus

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vu Roland Bacri, pas rasé, sortir de chez Dalloyau,
et y entrer à nouveau cinq minutes plus tard

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comme pour la cuisson des légumes vapeur de Malou,
alterner des couches de tristesse avec des couches d'autre chose

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Passe au petit trot un jogger au cul superbe,
duquel le mouvement détourne mon regard des photographies exposées,
le temps de le voir disparaître

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vraiment pas de bol au scrabble

*

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lundi 28 décembre 2009

de retour

choses que je fais quand je rentre de "vacances" :

1) ouvrir la porte
2) poser la valise
3) allumer l'ordinateur
4) aller chercher le courrier
5) ouvrir les volets
5 bis ) ôter mon manteau
6) dépouiller le courrier (en général ça se passe aux toilettes!)
7) aller faire un tour sur l'ordi : blog, mails, etc.
8) ouvrir la valise
9) trier ce qu'il y a dans la valise : le linge sale, les cadeaux, etc
10) démarrer une lessive
11) ranger la valise
12) ouvrir le frigo pour en faire l'inventaire succinct
13) aller au Super U pour remplir le frigo... (tiens, j'y vais de ce pas!)

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lundi 21 décembre 2009

poils

MAX ET LES MAXIMONSTRES
de Spike Jonze

C'était en quelque sorte une séance pédagogique, avec Marie, ce mercredi, nous étions là pour vérifier si nous avions bien fait de décider de ne pas y emmener tous nos enfants... Spike Jonze a réalisé un film de sale gosse (et nous le souligne graphiquement dès le prégénérique) mais, pour le voir, il me semble qu'ils doivent avoir un certain âge, sous faute de les voir s'enfuir de la salle en hurlant (comme la légende veut que cela se soir produit aux premiers screen tests) ou, à défaut, de se piquer une sacrée trouille (il ya quelques scènes susceptibles "d'impressionner les plus jeunes"...)
Le bouquin adapté est un classique, et, il faut reconnaître que les images en ont été adaptées au petit poil près (les Maximonstres ont été fidèlement reconstitués, ainsi que Max avec son petit costume de chat (qui m'avait fait un peu rêver lorsque j'étais plus jeune))
Le hic d'une possible adaptation, au fil de toutes ces années, était la minceur de l'intrigue de l'album originel (les images ici ont beaucoup plus d'importance que les mots) mais Spike Jonze a relevé le défi et a su "étoffer" chacune des pages, faisant de sa chaque image un vrai petit chapitre, en y rajoutant donc des péripéties  (induites par le contenu de l'image, ou carrément inventées.)
C'est très plaisant, même en VF (j'aurais bien voulu entendre en VO ce gros poilu de James Gandolfini doublant ce gros poilu de Carol) où, bizarrement une seule voix de doublage est connue (et immédiatement reconnaissable) celle de Charlotte Gainsbourg (qui double KW), ce qui m'a d'ailleurs un peu gênouillé, car on n'entend  que la voix de Charlotte, et plus celle du personnage), gentiment iconoclaste...
Les Maximonstres sont fidèles à leur réputation : des joyeux fêtards, des gros bordelleurs, mais aussi  en fin de compte, des sensibles sous leur aspect... monstrueux, toujours sur le fil entre violence et passion, juste une petite troupe d'esseulés, des grands / gros enfants sans parents qui cherchent surtout quelqu'un qui les aime, à défaut de les fédérer ("Tu es le premier roi qu'on n'aura pas mangé" lui dira Judith, au moment de le remettre dans son bateau.)

Comme le chantait France Gall : "au secououours, j'ai besoin d'amououour..."

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dimanche 20 décembre 2009

ça caille

Le site météo l'annonce de bien sibylline façon :

"DIM 20
matin : ciel couvert
min -14°C ressenti -21°C
max -4°C  ressenti -11°C

Bon, ben je confirme, la météo ici, c'est vachement plus près du ressenti! Il a bien dû faire -20 cette nuit, et du coup  ce matin, bingo, plus d'eau ! les canalisations ont gelé je pense. On est dimanche, qui donc les dégèlera ?
Pas de toilette matinale donc (je ne vais pas me débarbouiller à la St Yorre, quand même!), et pas de toilette(s) non plus! J'ai dû aller faire mon caca matinal dans celles de l'école! (où les traces laissées dans la neige tombée cette nuit m'ont prouvé de façon indubitable qu'il y a des mecs qui viennent y faire pisser leur chien pendant la nuit , justement!)

gling gling gling (sur l'air de "vive le vent...")

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samedi 19 décembre 2009

"children..."

MEDEE
d'Euripide
Mise en scène de Laurent Fréchuret

Réalisé assez rapidement que cette pièce n'est, finalement, que la suite de Jason et les argonautes, présenté il n'y a pas très longtemps dans le cadre d'Ecole et cinéma.
Réalisé aussi que le personnage en est beaucoup moins kitscho que l'actrice sixties (j'ai oublié son nom) qui l'incarnait dans le susdit Jason. Catherine Guermain, ici,  est impressionnante de simplicité (robe rouge, pieds nus, cheveux défaits, longs bras maigres) face à (soyons honnête) celui sur le nom de qui j'étais venu voir la pièce, Jean-Louis Coulloc'h, qui incarne Jason (Un Jason robuste, certes, au physique impressionnant -il finit hmmm la pièce torse nu- mais également un Jason pitoyable, vaniteux, veule, macho, bêta, tout au moins pendant une grande partie de la pièce.)
Le dispositif scénique est clairement pluricul/multimed : sur scène, des musiciens s'accordent (guitare, violon, batterie) , une femme à cheveux roux/ras se maquille (ce sera le Choeur) tandis qu'est projeté format géant sur tout l'espace du fond de scène un film de famille (papa maman les enfants) plutôt joyeux comme savent l'être les films de famille en super-8, derrière le quel une bascule lumière va progressivement nous faire apparaître un Médée prostrée dans une haute maison de bois (j'ai beaucoup aimé cette façon de nous faire passer quasi insensiblement de la salle à la scène  sans qu'on sache vraiment à quel moment ça a commencé, on y est tout à coup et c'est tout) tandis que la musique monte et sinue...
Je ne connaissais grosso modo que le noeud de l'intrigue : Médée va employer les grands moyens pour faire le malheur de ceux qui ont voulu la chasser, et, après avoir fait mourir la future jeune épouse de son ex dans d'atroces souffrances grâce à un voile magique apporté par ses enfants (ceux qu'on a vu rigoler avec papa Jason et maman Médée dans le film du début) va égorger ces enfants-là pour que sa vengeance soit complète. Dieu merci tout cela est hors-champ, figuré par le récit (la mort de l'épouse) ou par l'image (la scène précédant la mort des enfants est une belle et impressionnant montée -dans tous les sens du terme- Médée grimpant sans fin les escaliers de bois qui mènent à son crime tandis que la musique -il n'y a plus me semble-t-il à cet instant que la guitare électrique- l'accompagne dans des riffs lancinants et de plus en plus forts. Un grand moment assurément de climax après lequel il ne restera plus grand-chose à dire. La douleur de Jason, qui finit immobile, à mi-hauteur, à l'endroit même ou Médée se tenait au début de la pièce, tandis que cette même Médée vient elle s'installer à la table où se maquillait le Choeur en ce même début, et, se démaquillant, désormais seule en scène dans un pinceau de lumière, lance juste avant le noir final, se détournant de son miroir, un regard au public d'une force extrême.
Laurent Fréchuret m'avait déjà ravi avec son Roi Lear, et continue ici -avec quasiment le même bonheur- son entreprise de "dépoussiérage", ou, en tout cas, de relecture des  standards du théâtre, (la traduction du texte est nouvelle) même si, dans le cas présent, j'ai pu être par instants -au moins au début- un poil gêné par cette volonté d'enfoncer un "coin" quasiment comique (le personnage de Jason) dans la bûche de la tragédie pure et dure, comme une fissure, pourtant (assez vite) refermée, le Jason de la fin étant presque un autre personnage.

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dimanche 13 décembre 2009

micro73

"Ma nature profonde c'est de rester chez moi pour ne pas faire grand-chose."
(Charlotte G.)

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La dernière image de "la maison aux fenêtres qui rient" me terrifie complètement.

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La mixture au chlorure de magnésium (sensé tout guérir) qu'Evelyne m'a préparée
a un goût vraiment dégueulasse

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(quand) le coeur n'y est pas

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à la radio, je tombe sur "Et maintenant", et, pendant un certain temps, je pense écouter "Non rien de rien"

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un fond de tristesse aussi persistante qu'irraisonnée, comme un dépôt calcaire

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des odeurs fantômes

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percevoir confusément qu'on n'a peut-être jamais été ni au bon endroit ni au bon moment

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la première neige se fait attendre (le froid, lui, est déjà là)

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la très jolie tomate va bientôt basculer dans le néant

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avoir subitement les larmes aux yeux en lisant ce mail de Charlie

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mardi 8 décembre 2009

à vue de nez

Pfff! je n'y comprends rien... Alors que, hier soir, je pensais que "c"'était définitivement parti, éteint, envolé, disparu (je ne sentais à nouveau plus rien de rien de chez rien) voilà que ce midi, retournant au FJT avec Manu et Marie, c'est soudain revenu (la sauce du poisson n'était pas terrible, ça rappelait un peu le désodorisant des toilettes, et les pompiers, hélas, NE SENTENT RIEN.) Ce soir, au repas, c'était encore là (les pâtes au pesto / la tomme de chèvre / la mousse au café / l'orange, j'ai senti tous les goûts) et voici qu'à nouveau il semble que ça s'estompe.
Pourquoi est-ce que c'est, comme ça, en pointillés ?
C'est exaspérant.

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lundi 7 décembre 2009

tipota

STRELLA
de Panos H. Koutras

Décidément c'était le jour des films atypiques! (Ca c'est pour appâter Pépin... Si je savais comment le faire clignoter, je le ferais!!!)
Sortant de l'Espagne jarmuschienne, j'ai à peine eu le temps de sauter dans ma vaillante 306 pourrie pour faire les 50km qui me séparaient de la Grèce de Koutras (pour l'info, c'est le monsieur qui avait réalisé L'attaque de la moussaka géante, qui m'a laissé peronnellement (je voulais écrire personnellement, mais ça aussi c'est joli, et du coup je le garde, tiens, surtout pour parler de trav') au bord de l'indigestion kitsch, mais bon il a fait du chemin depuis, et ce film-là est sans conteste d'une autre trempe.)
J'aurais pu faire ma grosse feignasse et vous donner simplement le lien qui conduit à la jouissive critique qu'en a fait Gérard Lefort dans Libéchounet mais bon je vais quand même me forcer un peu pour vous dire tout d le bien que j'en pense (sans m'abîmer mes faux-ongles).
Dès le début, on sait à quoi s'en tenir : Yiorgos sort de prison, après 15 ans de détention, dit tendrement au revoir à son jeune copain de cellule, et va se mettre en quête de Léonidas, son fils, dont il est sans nouvelles depuis tout ce temps. Il s'installe dans un hôtel, où il fait assez vite connaissance de la Strella du titre, un(e) jeun(e) transexuel(le), avec qui il va vite faire phosphorer ses hormones mâles (qu'il a puissantes d'ailleurs : Yiorgos est du genre mâle sans hésitation, sans concessions, sans sommations).
Voilà le point de départ, et je n'irai guère plus loin, sous risque de défloration (ouch!) dommageable d'une intrigue à propos de laquelle je proposerais volontiers à notre ami Almodovar d'aller se rhabiller. D'abord parce qu'ici les transexuels le sont vraiment et le prouvent... (Oui oui Strella est -grand bien nous fasse- un FAQV) et que, finalement, c'est assez rigolo de voir un film où l'altersexualité est posée quasiment en norme (il y a très peu d'hétéros purzédurs dans cette histoire plutôt échevelée -à perruques, je veux dire-). Histoire de famille et de liens familiaux : Yiorgos cherche son fils, Strella prend soin de celle qui l'a élevé, et qui est en train de mourir, le copain de Strella enterre sa mère et récupère une soeur... ("La famille ça fait partie des p'tits soucis quotidiens (vous rappelez-vous de Sheila ?) mais pourtant c'est une vie qu'on aime bien...") dans un univers de paillettes, de strass, d'éclairages nocturnes, de perruques et de faux-semblants.
A la différence de L'attaque de la moussaka... qui était une grosse pochade poilade au nième degré, très follasse et très cheap, Panos H.Koutras, s'il n'a visiblement pas beaucoup plus de moyens financiers (mais il se débrouille très bien comme ça), a opté -au moins au départ- pour un  certain "réalisme" , un "profil bas " naturaliste, qui tire progressivement le récit vers le mélo flamboyant, avec tadam! révélation (lorsque le fils réapparaît) et changement de perspective en plein milieu du film (on se demande d'ailleurs à ce moment comment le réalisateur va réussir à se tirer d'affaire et boucler son odyssée, ce qu'il va pourtant réussir   avec un brio certain lors de la scène finale "Noël en famille", comme un clin d'oeil joyeux (idyllique ? ), qui tiendrait plus du chromo sous coke que de l'imagerie sulpicienne (quoique...).
C'est vrai que le film avance parfois comme un travesti qui monte pour la première fois sur des talons-aiguilles, pas toujours sûr de son équilibre, mais continuant à avancer bravement, même  en claudiquant parfois, manquant de peu de se casser la figure, et se relevant bravement, reprenant soudain de l'altitude et de l'audace pour nous mener à bon terme de son histoire. Mais les acteurs sont là pour compenser (comme les semelles huhuhu)  les passages à vide ou les scènes un peu plantées (je pense à une déambulation de Strella sur fond de Callas qui juste ne fonctionne pas, mais alors pas, pas le bon rythme, pas le bon timing, je ne sais pas...)
Les deux principaux, en tout cas, sont superbes, et assurent à tous points de vue (Mina Orfanou as Strella, et Yannis Kokiasmenos as Yiorgos) les excès et abymes d'un scénar pour le moins couillu.
Le renouveau (plutôt la renouvelle, dans le cas présent) du cinéma grec serait-il donc arrivé(e) ? Allons (nous faire) voir... (Oui bon je sais elle est facile, mais elle est comme qui dirait au diapason, non ?)

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dimanche 6 décembre 2009

peyotl

THE LIMITS OF CONTROL
de Jim Jarmusch

Radical. C'est le premier mot qui me soit venu en tête lors de la projection. Radicalement beau, radicalement différent, radicalement ailleurs. (Bon c'est vrai j'adore Jarmusch et je ne suis peut-être pas tout à fait objectif.) Le film a visiblement désarçonné pas mal de critiques et a visiblement été assez peu apprécié. Et pourtant...
C'est l'essence même du cinéma (que j'aime) qui coule ici lentement sous nos yeux ébahis. Jim Jarmusch nous l'annonce  dès le générique, la musique lancinante, le défilé de noms d'acteurs (ils sont rangés dans l'ordre chronologique, c'est commode, et on sait donc que, quand on verra Bill Murray, ce sera pas loin de la fin) et la petite citation de Rimbaud pour ouvrir les yeux et aiguiser les appétits. Jim est parti en vacance(s) en Espagne, et voici ce qu'il a a ramené...
Un film en forme de faux-semblant. D'apparence, on a sous les yeux l'exosquelette d'un polar standard (un tueur / un contrat à exécuter / des rencontres / des messages codés / une pin-up. / une exécution..) mais, à l'intérieur, ce n'est pas ça du tout, ou, peut-être, justement qu'en vrai il n'y a rien.
De l'espace, des pas, du rêve, des private jokes, des références à l'art (espagnol ?) sous ses multiples formes, et, surtout une structure qui s'apparenterait plutôt à la chanson (couplet / refrain / couplet / etc.) ou à la poésie (voire même au rêve), qu'au film proprement dit.
Le lonesome killer (Isaach de Bankolé, monolithique) marche beaucoup, s'arrête de temps en temps à une terrasse de café ou il commande two expressos in separate cups, et, au bout d'un certain temps vient s'asseoir à sa table un personnage (John Hurt, Tilda Swinton, Gael Garcia Bernal...) qui, après lui avoir invariablement demandé "Usted no habla español? " lui raconte sa petite histoire perso (à propos de la musique, du cinéma, de la peinture, de la science, de la guitare, des hallucinations...) tout en lui remettant une boite d'allumettes (rouge ou verte) qu'il échangera tout aussi invariablement contre une autre boîte d'allumettes  (verte ou rouge) qui est dans sa poche, dont il sortira un papier sur lequel est codé un message, papier qu'il mangera idem invariablement...
Cet "itinéraire" a un but : un américain à exécuter, retranché dans une forteresse protégée par des dizaines de gardes du corps. ("Comment avez vous fait pour entrer ? " "J'ai utilisé mon imagination..."). But qui sera atteint au terme d'un itinéraire tortueux (et pourtant rectiligne) où il s'est agi de ramasser des indices, des signes (la tour, le violon, le pain,etc.) avant de relancer les dés. Jarmush s'amuse, sur ce canevas minimaliste, à jouer de la répétition comme élément ironique (il ya toujours chez lui le même humour à froid, un peu distant) et en même temps à saupoudrer son récit de micro-éléments fictionnels (les diamants, l'affiche de film, l'enlèvement, le flamenco) avec lesquels le spectateur peut s'amuser à jouer s'il le souhaite.
Le spectateur regarde le film comme Isaach de Bankolé regarde certaines toiles au musée (Juan Gris, puis Antonio Lopes -oui, celui du cognassier dans Le songe de la lumière, de Victor Erice, film par moi chéri s'il en est-, pour finir par Antoni Tapiès (que j'aime énormément aussi) -dont il a curieusement choisi une des seules toiles "vierges", sans signes, juste un drap blanc noué aux quatre coins, comprend qui peut ou comprend qui veut). Un dispositif frontal, impliquant un face-à-face, une confrontation avec un univers dans lequel on peut entrer ou duquel on peut s'abstraire, et y rester juste sur le seuil.
Avec, comme dans les rêves, une persistance des visions, une répétition obsessionnelle de certaines phrases, entendues dès le début du film (une scène à l'aéroport assez drôle avec Alex Descas et Jean-François Stévenin) où, déjà, tout est dit, et sera pourtant répété, sous différentes formes et dans différentes langues...
Plutôt que comment raconter une histoire, Jim Jarmusch s'intéresserait à comment inscrire un corps, une présence, dans l'espace (le travail de cadrage est, comme chaque fois, impressionnant de virtuosité). Ce qui est un travail somme toute éminemment théorique peut néanmoins, et paradoxalement, être reçu juste sensoriellement et affectivement, comme une expérience hallucinogène forte et douce à la fois.
Encore une fois la musique a aussi une grande importance dans cette perception (les ambiances guitareuses  éthérées de Boris et Sun 0))) s'équilibrent avec un quintet(te?) à cordes de Schubert) ourlant ouatant cet univers español légèrement surex par Christopher Doyle le chef-op. Et on sort de là comme si on était un peu jeté dehors (circulez y a plus rien à voir, d'ailleurs l'ultime mouvement de caméra semble, à cet effet, coupé en plein élan) et que, porté par la force d'inertie, on prolongeait encore au-delà de l'espace stricto sensu du film la fascination dont on aurait fait l'objet.

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